18/11/2004

Lettre à quelques amis tentés par le Non

effroi.gifLe train fantôme Vichy-Moscou

Il fut un temps où les forces dites « progressistes » rêvaient « d’Avant-garde »…

Une partie du PS français d’aujourd’hui a pris le dernier wagon du train de « l’Arrière- Garde ». De ce « train fantôme Vichy-Moscou » dont se plait à parler Philippe Sollers et qui sillonne toujours les campagnes mentales françaises.

« Vichy », ce n’est pas que la « collaboration » : c’est la fierté de « collaborer » (comme « Munich » a été, plus que l’abandon, la « joie de la lâcheté »). Et ce n’est pas que la soumission à la loi du plus fort : c’est l’utopie de la « révolution nationale ».
Ce réflexe « national » tient à la fois du paon qui fait la roue et de l’escargot qui se replie dans sa coquille. Nostalgie du « Royaume contre l’Empire », de réminiscence de la Révolution ou de l’Empire contre les autres pays européens, attachement à la France mythique à la fois « universelle » et « exceptionnelle », éclairant le monde avec la fierté du coq… qui chante même quand il est déplumé. Gallicanisme, impérialisme, révolutionnarisme : tout se mêle…

« Moscou », ce n’est pas que l’idéal « révolutionnaire » trahi et défiguré : c’est le délire messianique d’une société d’ « hommes-dieux » capables de transformer la cité terrestre en cité céleste, avec l’affirmation de soi au nom du peuple… contre le peuple. Avec, surtout, une soif de pureté et de perfection qui a les mêmes ressorts que les intégrismes et les fondamentalismes dénoncés chez d’autres et qui conduit, mécaniquement, à l’écrasement des « valeurs » proclamées.

Ce « train- fantôme » Vichy-Moscou ne traverse pas que la France : il sillonne tout le continent européen. En charriant des voyageurs coincés entre des nostalgies aussi stupides que vaines et des utopies plus ravageuses que stimulantes. En crachant des étincelles qui mettent le feu aux plus belles intelligences, aveuglent les plus beaux esprits et brûlent les cervelles les mieux faites. En provoquant des épidémies de maladies différentes qui provoquent de curieux troubles de la vision, de la mémoire et du comportement : la neuro-dégénérescence de « l’euro-connerie », pardon de « l’euro-conservatisme ».


Les "euro-cons"

blobtriche.2.gifL’ « euro-con » (servateur) est à l’Europe ce que le « néocon » (servativ) est l’Amérique. Eurocon, tout le monde l’est un peu : chacun est malade, mais tout le monde ne le sait pas…L’Euro-con est atteint à la fois de puérilité et de sénilité.

Est sénile celui qui avance dans le futur à reculons. Avec une mémoire très sélective et infidèle. Avec,aussi, une aversion pour tout ce qui lui fait du bien malgré lui ; C’est le syndrome de Monsieur Berrichon.

Est puérile, celui qui refuse de grandir : c’est le complexe de Peter Pan.
C’est aussi celui qui et a envie de casser le jouet dont il ne sait pas se servir. Ou adore jouer avec des allumettes. « SOS psy »…

Résultat : L’« euro-con » veut tout changer pour que rien de change, ce qui est la marque de bien des « réformes » et de la plupart des rêves impossibles. Il joue volontiers au « tout ou rien », à la « roulette russe » ou au « poker-menteur ». Et il flatte davantage son ego en criant « Non » même quand la Raison, si souvent célébrée comme une Déesse, commande le « Oui »…
S’opposer, c’est exister. « Ex-ister », c’est, littéralement, « vivre-en dehors ». Et c’est s’exciter…Tant pis si, comme an casino, les gains ne sont pas à la hauteur des espérances : c’est le goût du risque plus que l’appât du gain qui fait jouir le joueur…

lettrine.gifLes enfants le savent bien : c’est très valorisant de dire « Non ». Psychologiquement, le Non est plus enthousiasmant, surtout chez ceux qui baignent une « culture d’opposition » : devenir le Che, c’est beau ; être Castro, c’est catastrophique.
Il est vrai que le pouvoir est plus facile à désirer qu’à exercer, à fantasmer qu’à assumer. Comme dans les faux amours : la plus grande des jouissances, c’est « dans l’escalier »…
Il est vrai surtout qu’il est plus facile de détruire que de construire.
Les « Oui » sonnent comme des résignations et les « Non » comme des affirmations.
C’est d’ailleurs pour cela que les cantiques du Non se font plus entendre que les berceuses du Oui.

De plus, les prêcheurs du Non s’arrangent plus facilement avec leur (mauvaise) conscience que les prédicateurs du Oui : il n’y a pas d’euro-béat, d’euro-satisafait, d’eur-enthousiaste devant le texte constitutionnel et l’état actuel de la construction européenne. Pour les partisans du Non, la perspective d’une crise est d’autant plus jouissive qu’on prétend parier sur ses conséquences salutaires…

grenou6.gifJe vous entends : « D’un bien peut naître un mal, non ? ». Parfois, oui, mais c’est l’échec de l’Europe politique espérée en 1948 et les rejet (par la France) de la CED en 1954 qui prive aujourd’hui encore l’Europe d’une diplomatie et d’une défense communes. Il est faut de dire que « l’Europe n’a avancé qu’à travers des crises » : elle a progressé en surmontant des crises qui l’ont rendue plus imparfaite que le modèle rêvé.
Je vous suis : « Demain est un autre jour »….Oui, mais demain est le fruit d’aujourd’hui. La tactique du « reculer pour mieux sauter » peut avoir des effets catastrophiques. Surtout quand, sur d’autres continents, l’Histoire galope.
Je tends une oreille attentive : « A quoi sert la liberté si je n’ai pas la liberté de la refuser ?».C’est vrai : Un référendum « tourne au plébiscite » s’il n’est pas raisonnable de dire Non. Mais la liberté de se suicider n’est pas un acte de confiance dans la vie

citrouille.jpgQui plus est, le contexte actuel ne peut que conforter les partisans du Non : la « loi du tapage » bien analysée par Kouchner et les phénomènes d’ « emballements mimétiques » bien décortiqués par René Girard, donnent au Non « socialiste » une résonance particulière.
Certains lui trouvent même une « portée historique ». Pour le PS, pour la France, pour le socialisme européen, pour l’Europe…. « Pour le monde », aie-je même entendu chez un inconditionnel du « refus de la Constitution » qui n’a pas suffisamment méditer ni « l’art de toujours avoir raison » de Schopenhauer ni la terrible sentence de Valéry : « il ‘y a que les huîtres et les sots qui adhèrent »

La « doxocratie »

Vous imaginez ! Un « referendum »-sondage, grandeur nature- qui concerne 120 000 militants peut « tout changer » si le « Non » triomphe ! Quelle force peuvent prendre les « minoritaires » s’ils font basculer le PS dans le camp des partis socialistes européens qui prônent le Non. Un camp qui, pour l’heure, ne compte que le PS Maltais…

La « doxocratie » (pour reprendre le néologisme pertinent de Jacques Julliard) interne au PS est une vraie cure d’égotisme à défaut d’héroïsme pour tous ceux qui dans « internationalisme » entendent surtout « nationalisme ».Pour ceux qui font rimer « socialisme » avec « nihilisme ». Et, bien sûr, pour ceux qui commettent un détournement, un rapt, un kidnapping du débat «européen » à des fins tactiques
« L’autre Europe » existe : c’est celle du Conseil de l’Europe.
« L’Europe sociale » existe : demandez à tous ceux qui sont animés d’un vrai « désir d’Europe » et qui ne bénéficient pas de notre statut de nantis, même si les politiques menées depuis …1974 aboutissent à un accroissement des inégalités et des difficultés de vie MALGRE l’unification (trop lente et incomplète) de l’Europe.

Une boite à outils

hiboux_livres.gifLa Constitution est une boîte à outils, non un jouet. Elle marque une étape non un couronnement. Et elle n’empêche en rien une plus grande dynamique sociale. La prospérité partagée présuppose une…prospérité. « Compétitivité » et « solidarité » : c’est ce mariage, « l’économie sociale de marché ».
L’Union européenne souffre de deux maux : sa lenteur et son inachèvement. Mais elle a un gros atout : sa perfectibilité.
Le Oui n’a évidemment rien d’obligatoire. Je voterais Non si j’étais (entre autres) partisan de la peine de mort, de la torture, des inégalités, des discriminations en tous genres, des politiques d’exclusion et de négation de l’Autre, des totalitarismes qui se disputent la planète, de l’hyperlibéralisme qui n’est que l’exacerbation de cet « individualisme possessif de masse » qui domine la pensée et les actions de nos sociétés dites « développées » et du renforcement de la puissance économique américaine. C’est vrai : il existe mille et une MAUVAISES raisons de voter NON…
elephant.gifDaniel Riot








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