26/11/2004

Le Prix Jean Monnet: Angel Wagenstein

signature_daniel_2.2.gifJe ne suis pas un fanatique des « prix littéraires ». Mais je ne nie pas leur utilité. Surtout quand ils traduisent plus un esprit d’émulation que la furie de la compétition.
A Cognac, le « Prix Jean Monnet » consacre et stimule. Il consacre des talents. Il stimule un état d’esprit : celui qui place l’Homme au cœur de toute finalité d’action. L’homme dans sa solitude face aux autres…L’être humain dans la mêlée de la déshumanité, en révolte pour un continent « plus humain », plus riche d’Humanité.
Les dix lauréats de ce Prix crée par les organisatrices du « salon de littérature européenne de Cognac » sont tous des « artistes d’honneur » de la Culture européenne.
Pardonnez l’énumération : William Boyd, Patrick Modiano, Jorje Semprun, Lidia Jorge, Harry Mulisch (Pays-Bas), Herbjorg Wassmo, Arturo Perez Reverte (Espagne), Pierre Mertens (Belgique) , Antonio Tabucchi (Italie)
wangenstein_bon_.jpgCette année, le Prix Jean Monnet couronne Angel Wagenstein (Bulgarie).
Pour « Adieu Shangaï », le dernier volet d’une trilogie sur le destin des juifs en Europe, donc sur le destin même de l’Europe… Les Juifs n’ont-ils pas été longtemps les « seuls Européens authentiques» dans un continent morcelé par ces « nationalismes » inventés pour tenter d’en finir avec les guerres de religions ?
Le « Paris vaut bien une messe » devrait être re-médité en cette ère de réinvention obligatoire de la laïcité, donc de la cohabitation « terrestre » de citoyens de « cités célestes » unies par un même dieu(ou son rejet) mais séparées par des ciels différents ?
Après « Pentateuque ou les cinq livres d’Abraham » et « Abraham le Poivrot », Wagenstein qui sait que l’humour est la seule béquille de la survie dans un monde tragique, signe un volume qui est une vraie symphonie, dans la forme et dans le fond. L’art comme dépassement de soi et des autres.
Je ne vous raconterez pas l’histoire : lisez-là ! La télé devrait en faire un feuilleton…si le mot intelligence a vraiment une traduction cathodique.
Je profite de la circonstance pour rendre hommage à son éditeur français : « L’esprit des Péninsules » … Discrètement, efficacement, Eric Naulleau et son équipe font en permanence le pari de l’intelligence dans un environnement où la « Bêtise » est la « chose du monde la mieux partagée » : le sacre d’Angel Wagenstein est aussi leur consécration, loin de « l’escargotisme parisianiste ».
monnet_utilisable.jpgJean Monnet aussi se sentait seul, souvent, mais il avait raison : « l’esprit de résistance » est à la base de la « construction européenne » : « l’Esprit des Péninsules » est en fait l’esprit d’un continent dont le passé (pleinement assumé) n’hypothèque pas l’avenir. Un mode où l’étrange n’est pas l’étranger. Et où le « proche » est réellement le « prochain », bien loin de cette « proximité » qui se confond trop avec la « promiscuité » et de cette « étrangéité » qui se veut « étrangère ».
Pour en savoir plus : « espritdespeninsules@wanadoo.fr »

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