26/11/2004

Viviane Forester:l'Horreur européenne

v.forrester_7.jpgVoilà trois fois que je noue dialogue avec Viviane Forrester : grande Dame des Lettres, esprit fin, plume sûre. Et, surtout, qualités d’âme qui provoquent plus que de la sympathie : une empathie chargée d’affection et de respect. Elle fait partie de ces (rares ?) personnes qui rendent meilleurs ceux qu’elles rencontrent…
Son « Horreur économique » avait permis de prendre la pleine mesure de l’Hyper-mercantilisme qui vide la Personne humaine de sa richesse et fait passer le « principe d’humanité » dans les poubelles des espérances déçues.
Depuis la parution de ce livre, rien ne s’est amélioré : au moins quelques consciences se sont éveillées…même si , comme elle le constate, « l’alter-mondialisme » n’est pas la réponse adéquate. « Le problème n’est économique : il est politique », confie-t-elle avant de rencontrer le plublic e la Salle blanche de la Librairie Kléber, à Strasbourg.« C’est la conclusion des nombreux débats que ce livre m’a permis d’avoir. La question est même philosophique : c’est la place qu’on accorde à la Personne dans les actes de production et de consommation »
auschwitz.jpgSon « Crime de l’Occident » publié chez Fayard fait aussi grincer quelques dents. Les critiques sont tantôt élogieuses (celle de Jean Daniel, notamment) tantôt chargées d’agressivité.
Elle met à mal, il est vrai, quelques « lieux communs » sur les pères du sionisme et sur le « mythe » Ben Gourion avec des rappels de citations qui font froid dans le dos, du style de cette déclaration de 1942 : « Le désastre qu’affronte le judaïsme européen n’est pas mon affaire »
Elle remue aussi les mémoires (sublimées et sélectives) des Européens et des Américains sur les lâchetés face à l’hitlérisme : « On savait…Encore fallait-il vouloir savoir, ou plutôt, plus simplement, voir »
Elle replace les Palestiniens et les Israéliens non face à face mais côte à côte, victimes d’histoires et de « protections » envahissantes qui leur volent leur commun destin: ce qui implique l’exploration d’autres « chemins de la paix », d’autres « feuilles de route »…et bien des remises en cause.
Comment ses développements sur le caractère « néo-colonialiste » d’Israël (où « métropole » et « colonies » ne font qu’un) ne pourraient-ils pas susciter la colère des « inconditionnels » des politiques actuelles de Sharon et de Bush sur cette terre trois fois sainte ? « Il faut, martèle-t-elle avec force et intelligence, sortir le politique du passionnel ».
Facile à dire, bien sûr : encore faut-il avoir le courage de le dire…et d’entendre ce que cela veut dire.
Viviane Forrester a pris des risques avec ce livre, y compris celui d’alimenter cet « euro-masochisme » qui fait tant de ravage dans les têtes en cultivant, depuis Spengler, l’idée du « déclin », de la « culpabilité ».
L’Europe, redirait Bernard-Henri Lévy, a « inventé le pire » mais a su aussi trouver des remèdes à tous ces « pires » : le scénario de la paix entre Israéliens et Palestiniens ne peut être que calqué sur l’audacieuse réconciliation franco-allemande et de la paix sur le Rhin élargie au continent dans la démocratie, la liberté concrétisée et la coopération co-citoyenne. Sadate et Rabin en étaient conscients : tous les deux ont été assassinés…par des « ennemis intérieurs ».
drapeaux_europeen.2.jpgMais le vrai crime, ce serait de se résigner à une guerre de mille ans ! La solution est d’abord entre les mains de deux peuples qui doivent croiser leurs destins en cessant de croiser le fer. Mais l’Europe se doit de jouer le rôle indispensable du « Tiers médiateur », comme dirait Pierre Legendre…
La première responsabilité de ce « Tiers » est de convaincre les deux « camps » qu’ils ne sont pas, chacun de leur côté, « en danger de paix » (pour reprendre le titre d’un livre prémonitoire de Marc Hillel dans les années 70).
Ce n’est pas simple parce que trop de forces n’ont pas intérêt à cette paix. Des deux cotés, la présence d’un « ennemi » permet de bander les énergies. Et alentours les conflits israélo-palestiniens « arrangent » bien les affaires de tout le monde, ou presque…
jerusalem.jpgLes Etats-Unis verraient-ils d’un bon œil l’ONU quitter New-York pour s’installer à Jérusalem sacrée capitale du monde ? Les joueurs d’échec du Pentagone et du Département d’Etat n’ont aucune envie de casser l’un de leurs plus beaux échiquiers…
Les régimes conservateurs arabes crouleraient devant une démocratisation et une pacification générales de la « région ».
Les « fascislamistes » qui font tout pour exploiter la « cause palestinienne » en transformant des revendications territoriales en aspirations « théologiques » (ce qui explique en partie la déterritorialisation de la terreur terroriste) perdraient un « terrain de recrutement » de première classe.
Quant aux « fondamentalistes » juifs (en nombre croissant) qui détournent le sionisme de ses fondements « humanistes », ils jouent avec les réflexes de peur grâce à l’adversité et n’ « existent » que par le Dieu de l’Ancien testament le plus « vengeur », le plus « justicier », le plus « dompteur » qui présuppose des ennemis diaboliques.
hearts_shot_md_wht.gifC’est « l’Internationale des intégristes » qu’il faut faire exploser : cela de se fera ni par un angélisme stupide ni par un manichéisme meurtrier et suicidaire. Le premier courage, c’est d’accepter des propos dérangeants, des remises en cause, des remises à plat. C’est de faire triompher la réflexion sur les réflexes. C’est en cela que le livre de Viviane Forrester devrait être sérieusement méditer dans ce qu’on appelle encore les « Chancelleries », sans doute parce qu’elles ne cessent de … chanceler.




Commentaires

Notre radio nationale consacrait hier une émission à une rencontre avec V. FORESTER à propos de son ouvrage "Crime de l'Occident". Difficile de rester insensible à ses propos. Quelle femme extraordinaire ! Désireux d'acquérir son bouquin, j'en ai cherché les références sur internet et je tombe sur votre site et votre appréciation sur l'auteur. Bravo pour l'initiative; je reviendrai.

Écrit par : José SEVRIN | 22/12/2004

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