06/12/2004

La leçon de ténèbres de Varsovie

Varsovie 44

Récit d’une insurrection trahie :
Contre les neiges de l’oubli et
les fautes de l’ignorance…

« Une dette d’absence ».
Une « dette » personnelle : les rescapés et les enfants de rescapés ne sont jamais comptés dans les statistiques de l’horreur, parmi les « victimes » de la Barbarie. Et pourtant….
Une « dette» collective » : non seulement les insurgés trahis de Varsovie 44 ont été « oubliés » durant leur Résistance, mais ils sont, aujourd’hui, ignorés, ou presque. Et pourtant…
Ce n’est pas un livre de papier et d’encre qu’a écrit,avec pudeur et empathie, Elisabeth Sledziewski : c’est un ouvrage de sang, de chair et de larmes
Ce n’est pas un livre d’histoire qu’a rédigé cette universitaire, philosophe, professeur en sciences politiques : c’est un « livre de communion ». Avec ses héros et ses lecteurs.
Poignant. Emouvant. Et « questionnant »
Son père et six autres membres de sa famille appartenaient à « l’Armée de l’intérieur ». Ils sont livrés leurs témoignages, avec la difficulté de narrer l’indicible. Cette difficulté que connaissent aussi les rescapés des camps ; l’enfer ne se raconte pas.
Elisabeth s’est imprégnée de leurs souvenirs et de ceux de leurs compagnons. Et elle a fait un gros travail de recherche et de recoupement qu’elle a complété par des « visites » de ces lieux où l’héroïsme a été vain contre les rouleaux compresseurs de la Barbarie…Des lieux devenus « mystiques »

Au moment où Paris était libéré, Varsovie était crucifiée. Sous l’œil indifférent des troupes de Staline qui campaient sur les collines voisines. Sans l’appui des « Alliés » qui n’envoyaient que des caisses et non les « anges libérateurs » attendus. Avec au bout de la route de l’espérance :un totalitarisme qui prend la place d’un autre... dans l’indifférence générale d'une Europe en ruines.

On ne peut pas comprendre certaines prises de positions polonaises dans l’Europe d’aujourd’hui sans avoir à l’esprit cette catastrophe qui s’ajoute à l’écrasement du « ghetto » l’année précédente. Histoires du « Pianiste » de Bernard Cohen, mêlé aux deux insurrections.. Histoires d’Europe. Nous sommes tous des rescapés de l’horreur varsovienne.

Que « les neiges de l’oubli » ne recouvrent jamais cette « Europe de l’Inhumanité » : il ne s’agit pas seulement de « commémorer » mais aussi de « prévenir » d’autres et imprévisibles explosions de cette Barbarie orgiaque contre laquelle l’Union européenne se fait si laborieusement.

« Que soit nommé le nœud de sang et de sens qui attache Varsovie à la conscience universelle » Et que l’Europe tire mieux encore la « leçon de ténèbres varsovienne » :les insurgés de 44 incarnent cet « esprit de Résistance », qui fonde l’Europe d’aujourd’hui. La Résistance « contre la mort », pour « l’entêtement à l’espérance ».Les « fontaines jaillissantes de la civilisation » sont menacées en permanence. Payons nos « dettes d’abscence » pour les protéger

Pour en savoir plus
« Varsovie 44 ; récit d’insurrection », Elisabeth G. Sledziewski Editions Autrement. Collection Mémoires
« Les Pianiste », Bernard Cohen. Editions Robert Laffon.

Voir ou revoir « Kanal » d’Andrzej Wajda (1956) et « Le Pianiste » de Roman Polanski
Sur le web
www.polishresistance-ak.org/

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