08/12/2004
Eloges de la Grenouille (3)
B
Bonheur
Le crapaud qui peut rapporter gros…
Sylvia, une fée rainette, brunette d’Aquitaine, retrouva, son amie Isa-la-Belle, une blonde magicienne de Vendée, à la terrasse d’un café strasbourgeois un peu magique, qui, au cœur de la vie des arts et des sciences, trône au milieu du Boulevard de la Victoire…Un vrai Café Bonheur.
Le Maître des lieux, séducteur aux neurones toujours bien huilées et à l’âme généreuse, fils d’Abraham patenté, était surnommé «Le Rocco-du Rif » par des mâles jaloux du cœur « gros comme çà » qu’il avait à la place du sexe ou du sexe « gros comme çà » qu’il avait à la place du cœur…Allez-savoir : on ne prête qu’aux riches.
Il leur servit deux sirops de grenouilles. Une eau fraîche comme puisée à une source de jouvence, stimulante comme la salive d’Aphrodite… « Ici, se désaltérer, c’est toujours, se purifier », lança le Maître qui savait guérir tous les bobos de l’âme et tous les maux-maux du cœur. Zikhila, l’ami fidèle :c’est le surnom qui convenait le mieux à cet esprit généreux. Plus qu’un surnom : un renom.
Elles donnèrent le treize, le sept, le neuf, le douze, l’as, le six et le vingt-et un. Tous les chiffres de l’Amour ou de la perfection. Et Zikhila fut comblé : Dans l’ordre, ces chiffres magiques, pleine fortune lui ont apportée…
-Comment avez-vous fait, inspiratrices divines, pour me faire ainsi gagner d’un coup ce que je n’espérais pas gagné en une vie ?
-Parce que vous êtes vous, et parce que nous sommes nous. Vous avez su apprécier nos lignes de hanches, sans en abuser outrageusement. Nous avons su influencer votre ligne de chance…
-Mais vous êtes des grenouilles, non des crapauds. Je croyais, qu’au jeu, seuls les crapauds, pouvaient rapporte gros…
-Légendes, répondit, Isa-la- Belle. Nous, nous portons bonheur à ceux qui, avec respect et sagesse, savent nous considérer dans toute notre dignité…
-Il est vrai que des Humains superstitieux, à leurs Belles, imposent d’étonnantes tortures, admit Sylvia. On m’a conté l’histoire d’une femme de trottoir qui, chaque soir, au Casino de Baden-Baden, devait accompagner son protecteur, avec un crapaud dans le slip ou dans le soutien-gorges. Les porte-bonheurs ne connaissent pas les places du déshonneur…Le crapaud était tué et la fille rossée, si la roue avait mal tourné …Crimes d’honneur ! Et d’horreur…
-J’ai rencontré une femme, insista Isa, qui chaque soir, à Niederbronn-les- Bains, ou ailleurs, doit trouver, pour son protecteur, une cuisse de crapaud dépourvue de toute odeur de formol, donc arrachée à vif. Il la met dans la poche, gauche, de son pantalon, ou dans son slip, quand il va sur le tapis vert, blanchir l’argent sale gagné ailleurs.
-Mais c’est scandaleux » , répliqua , suffoqué, Zikhila qui sans être un saint, détestait les trop malins …
« En bon fils d’Abraham, vous savez ce que les mots moralité et vertu veulent dire. Vous n’êtes pas un monstre. Et cela se voit : les femmes, vous savez les respecter. Comme des êtres respectables et non comme des respectueuses, souria Sylvia
-Je les aime et les respecte parce que je sais que Dieu est une femme ! Une femme-grenouille, peut-être…Mes gains, avec vous, mes fées, je veux partager, lança Zikhila-le-généreux. Mais vous n’avez pas éclairci mon mystère :je pensais que seuls les crapauds portaient chance, dans les jeux de l’argent…-Vous avez raison :les grenouilles s’occupent, en général, davantage des cœurs que des porte-feuilles, répliqua Isa-la-Belle. Mais en chaque grenouille un crapaud sommeille…Comme le Cochon, qui en tout Humain sommeille …Ou comme l’Ecureuil, qui en tire-lire sait se transformer. Chez l’Homme, le symbole compte plus que la réalité. Du crapaud, vous avez fait l’incarnation de l’Epargne, de l’avarice, de l’investissement. Oncle Picsou n’est pas un canard : c’est un crapaud.
-Picsou, c’est le capitalisme anglo-saxon. Le crapaud, c’est le capitalisme rhénan. De doctes essayistes pourraient vous l’expliquer », insista Sylvia, qui, comme toutes les grandes voyageuses, avait plus d’érudition que les rats de bibliothèques aux yeux usées, aux coudes lustrés et aux fesses paresseuses qui polluent les pages « Opinions » et « Débats » de grands journaux parisiens.
« Nous les grenouilles, reprit Isa-la-Belle, Nous incarnons la dépense, la frivolité , la légèreté. « Casser la grenouille », c’est briser la tire-lire et tout dépenser. Pour tout consommer, pour jouir des biens de la vie, pour brûler la bougie par les deux bouts Que voulez-vous ? Nous ne sommes pas fourmi.. A la fontaine de la jouissance, nous nous abreuvons. Comme la cigale « Avaler la grenouille », c’est, dans les bistrots où des cagnottes communes ont été constituées, partir avec la caisse .En toute illégalité.-On m’a dit qu’en Alsace, en Bretagne et au Québec, notamment, les grenouilles de bistrots étaient à la base du mutualisme…Ce serait donc vrai ? », interrogea Zikhila, fils d’Abraham, donc descendant d’Ismaël et frère des descendants d’Isaac.
« Tout cela remonte bien plus loin encore, répliqua Isa-la Belle. En Mésopotamie, déjà, les batraciens étaient les gardiens de ces temples de l’argent qu’aujourd’hui banques on appelle…La grenouille, c’est l’argent dont on dispose. Le crapaud, c’est l’argent qui indispose. « Donner à manger à la grenouille », c’est épargner. « Donner de l’argent au crapaud », c’est travailler pour le roi de Prusse et gaspiller…Faire comme vous faîtes, vous, quand vous ne jouez pas les numéros de la chance saisie, mais ceux de la malchance convoquée…Je pourrais vous conter de histoires où les avares et les cupides sont transformés en crapauds…
-Chez les crapauds, insista Sylvia avec les rougeurs de la gêne que savent encore prendre les filles timides, l’argent souvent est un poison. Celui du profit immérité. C’est bien pour cela, qu’en pays rhénan, le crapaud incarne soit le banquier soit l’usurier, qui aujourd’hui se confondent trop souvent dans ce système où le capitalisme va finir pas tuer le capitalisme, comme disent de doctes experts en géo-finance.
Le crapaud, à Zurich, c’est le porte-monnaie, le Krott, expliqua Isa. Lâcher quelques sous, c’est lâcher « quelques crapauds ». Et le banquier, c’est le Krottenvogt, le prévôt des crapauds, dans maints endroits où l’argent fait la loi.

-Le langage dit tout, insista Sylvia. La réalité est la même, ailleurs, au Luxembourg, au Liechtenstein, dans les îles anglo-normandes, sous les tropiques, dans tous les Hong-Kong ou sur toutes les îles de Man de la planète. Le droit ne peut s’apprécier que par rapport au non- droit. L’hypocrisie, plus que le bon sens, est la chose du monde la mieux partagée. La planète des singes est d’abord la terre marécageuse des crapauds les plus monstrueusement cupides»
Zikhila, si joueur et jouisseur, se promit de rejouer les bons numéros : ceux, magiques, des grenouillettes venues d’ailleurs qui avaient des lignes de hanches trop bien dessinées pour n’être pas des lignes de chance. Et il jura de donner tous ses gains aux enfants malheureux, aux femmes en détresse et aux âmes meurtries par la solitude.
En voyant les deux grenouillettes s’éloigner, il regarda l’arbre phallique qui de l’autre coté de la rue tente de monter jusqu’au ciel et se dit : « Si les Batraciens étaient des coqs, ils porteraient des plumes . S’ils étaient des Béliers, ils porteraient des cornes. S’ils étaient Poissons, ils auraient des queues. S’ils étaient crabes, ils auraient des pinces. Tout ce qui vit a un cœur. C’est vrai pour les plantes, les animaux, et les humains. Là, dans le cœur, est le vrai Porte-Bonheur. »Depuis, dans son « Bonheur-Café », Zikhila fait chanter toutes les fées. Qu’elles soient grenouilles :ouille, ouille , ouille !.Ou crapauds. Eh Oh, eh oh, eh oh !…Et les chœurs se mettent en voix pour mettre les cœurs en fête
Comme le génie, selon Valéry, le bonheur est « une habitude que prennent certains ». Chez Zikhila, cette habitude-là se prend plus souvent et plus facilement qu’ailleurs parce qu’au « Bonheur Café » se cultive ce qu’il y a de plus précieux : l’Amitié, la vraie chance qui porte chance, même dans l’infortune.
(à suivre:C comme?.....)
15:45 Publié dans Les Grenouilles de Noël | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note













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