09/12/2004
Eloges de la grenouille (5)
D
Delphes
Les secrets de Delphine
« Heureux qui comme Delphine a fait un beau voyage ! »…
Plutarque et quelques autres conteurs ont commis une petite erreur . Ce n’est Apollon qui a crée Delphes. Et ce n’est pas parce que deux aigles lancés en même temps par Zeus, l’un de l’Est, l’autre de l’Ouest s’y sont rencontrés, que cette contrée hellénique, au flanc du Parnasse, est devenue le « nombril du monde », le pays des oracles, la capitale universelle des pythies, des sibylles, des prophétesses, des « émanations de la Sagesse divine », des « instruments de la Révélation », des voyantes du futur, donc de l’avenir écrit au présent.
« Arrivée de toujours qui t’en iras partout»
Arthur Rimbaud
Il était une fois une petite grenouille rousse qui portait un petit soleil bleu, sur son dos, au-dessus de ses petites fesses érotiquement tachetées de braises. Elle avait fait un tour du monde bien avant Ulysse..Au grand étonnement des poissons et des Goélands, des dieux des flots et des cieux, cette grenouille magique supportait très bien l’eau salée, dans l’écume des surfaces où elle nageait comme une sirène, comme dans les profondeurs du Grand Bleu où elle plongeait sans craindre les Dents de la Mer
Pourtant, elle n’était ni de la famille des Bufo Arenarum, la seule espèce de batraciens marins, toujours très présente en Argentine, ni en parenté avec les Bufo Halophilus ou des Alkali Toad, ces grenouilles des marais salants bien connues au Névada et en Californie.
Il est vrai que cette grenouille rousse au soleil bleu était un vrai mystère par sa naissance même. Aucun œuf de grenouille ne l’avait abritée. Elle n’avait jamais connu ni la vie ni les métamorphoses des têtards. Elle aurait pu être une fille de Mahamandûka, la Grande Grenouille, qui, en Inde, est le support de l’Univers, la matrice du monde…
En fait, elle est tombée du ciel, en fragment d’étoile, sur la plage de Tyr, le jour même où Europe, la fille d’ Agenor, Roi de Phénicie, fils de Poséidon fut enlevée par un taureau blanc qui sentait le safran… Le taureau, c’était Zeus, bien sûr, Dieu de la métamorphose et de l’amour, avant de devenir le tout puissant Roi des Dieux.« La mer se dresse vers le soleil comme mille seins de femmes »
Nietzsche
Zeus emmena la jeune et jolie fille dans les flots jusqu’en Crète où, près d’une source, sous un platane, il lui fit trois enfants avant de la transformer en reine puis en constellation. Femme fécondée par Dieu devient divinité : toutes les grenouilles le savent…
Personne, ce jour là, ne fit attention à cette petite grenouille rousse inconnue. Elle savait pourtant tout ce qui était arrivé à Europe et le sort qui lui était réservé.
Elle a tenté de dire au Roi qu’il ne la retrouverait jamais mais qu’il n’avait pas à s’inquiéter. Mais un père dans la douleur et la fureur sait rarement reconnaître les voix de la sagesse et de la raison. Le roi envoya ses trois fils à la recherche d’Europe. Ils ne la retrouvèrent pas. L’un d’eux créa Thèbes, la ville d’Œdipe. Un mystère que Freud n’a pas su expliquer...
Désolée, la grenouille rousse au soleil bleu décida de quitter les humains trop sourds : elle prit le grand large en direction de Cythère où un dauphin, envoyé par Océanos, le fils de la terre et du ciel étoilé, lui fit une cour que même Aphrodite, la déesse de la beauté née de l’écume des flots, n’a jamais connu…Pourquoi un dauphin ne tomberait-il pas amoureux d’une grenouille ? Et pourquoi une grenouille ne saurait-elle pas l’aimer en retour ? Le couple fut heureux et fit un beau et long voyage. En s’amusant, en chantant, en dansant, en se contant de belles histoires qui se terminaient toujours par des éclats de rire ou des sourires tendres
« L’Homme peut-il s’ennoblir ? »
Maître Eckart
Elle était pleinement rassurée par son compagnon qui incarne si bien la sagesse, la prudence et la sérénité. Comment, aujourd’hui, ose -t-on dresser des dauphins à des fins militaires, les transformer (comme les otaries d’ailleurs) en poseurs ou en détecteurs de bombes ? Le dauphin est fait pour s’amuser. Seuls des soldats du diable peuvent oser utiliser ses sonars et ses talents enviés des hommes à des fins guerrières…Avec sa roussette au soleil bleu, le dauphin globe-trotter ne connaissait pas, heureusement, ces jeux de vilains.Cette roussette au soleil bleu s’appelait Delphine. L’étymologie ne ment pas. Delphine, c’est Delphys, la matrice, la mère du monde, symbole de la régénérescence, et Delphis, c’est le dauphin, le roi des intelligences océanes, le symbole de « l’âme en voyage »
C’est en arrivant au large de la Phocide, dans la baie de Vorios Ennoikos qui débouche sur une verdoyante vallée entourée de trois montagnes que Delphine a entendu une voix venue des cieux, lui ordonner de mettre un terme à son voyage :
« Tu aideras les humains dans leurs choix difficiles. Les hommes ont besoins de ta Sagesse héritée de ton expérience ancestrale. Ton Dauphin deviendra Apollon. Il tuera le dragon qui, depuis l’origine du monde, veille sur ce qui va devenir ton Royaume. Et toi, grâce au serpent Python qui, pour toi, sera merveilleux et non venimeux, tu deviendras la Reine-Mère des pythies.
- Mais qui me parle ainsi ?
-Tu le sais puisque tu vas devoir tout savoir. Déjà tu sais presque tout. Apprends seulement que les mystères ne doivent jamais être démystifier et que les mythes ne doivent pas être démythifiés. Assume ta fonction divine. Tu vas devenir femme.
-Une femme ? Mais je suis très bien en grenouille…Et j’aime mon dauphin d’un amour non feint.
- Oui, mais tu resteras une étoile tombée du ciel, une enfant du Soleil et de la Lune, le produit extraordinaire de l’eau et du feu. »
Le ciel se fit d’orage, noir et rouge. Des éclairs illuminèrent toute la contrée. Une pluie diluvienne lava tout le paysage. Le dauphin regagna la mer, escorté par d’autres « rois de la navigation ». Et la roussette au soleil bleu devint femme.« La mer veut recevoir les baisers du soleil assoiffé et elle veut qu’il l’aspire à lui ; elle veut devenir la lumière elle-même »
Nietszche
Une femme ? Davantage…Une fée, une muse, une déesse. Une beauté divine, Delphine…Enigmatique. Mystérieuse. Fascinante.
Ses cheveux étaient du plus beau des roux.
Non le roux, fade et vulgaire d’un Poil de Carotte qui attirera les railleries, ni celui d’un Lafayette qui aura une queue de renard en guise de chevelure, encore moins celui, vulgaire, de cette Julie-la-Rousse qui ne pensait qu’à danser et à donner des baisers à des hommes en quête d’illusions.
Il n’était pas non plus le roux des messagers du diable : celui de Judas, par exemple, ou de Set-Typhon, ce dieu maléfique égyptien de la concupiscence. Il est des roux produits, en couleur chthoniennes, par les incendiaires de l’enfer. Achtung ! Ils sont plus dangereux que celui des nixes, des Loreleï en tous genres, des sataniques enchanteresses.
Le roux de Delphine était celui que les meilleurs coiffeurs d’aujourd’hui, magiciens des couleurs, n’arrivent pas à donner aux élégantes en quête de l’arme absolue de la séduction fatale. C’est le roux du mélange alchimique (magique) de l’ocre le plus noble et du rouge le plus divin : le roux des Dieux du feu paradisiaque qui chauffe et qui éclaire. Des feux du cœur et de l’esprit. De l’âme épanouie.
« Innocence et désir-de-créateur, telles sont toujours les amours des soleils »
Nietzsche
Peut-on la décrire, cette grenouille métamorphosée en Divinité qui rendrait furieuses de jalousie Héra, Aphrodite, toutes les conquêtes de Zeus, toutes les nymphes et toutes les muses? Les mots sont impuissants face à des formes aussi parfaites. Les meilleurs poètes y ont renoncé. La beauté sublime est indicible, comme les douleurs terribles, d’ailleurs
Aucun peintre ne put reproduire ses traits, se montrer digne de ses harmonies, traduire son charme et son magnétisme, donner un image fidèle de Delphine-la-Divine. Aucun sculpteur ne sut suffisamment forcer son talent pour oser la représenter dans le marbre, le bronze. Ou dans le cristal et l’or.
«Amour est Dieu et Dieu est Amour(…) Si brûlante en la fournaise du dieu Amour, l’âme en est devenue feu »
Marguerite Porète (Le Miroir des âmes simples), morte sur le bûcher en 1310
Face à elle, les femmes détournaient la tête et se voilaient la face . Par vertige ou jalousie Et les hommes étaient comme paralysés. L’admiration jusqu’à l’effroi. Intouchable, une telle beauté ! Le désir jusqu’à la mort. Le fantasme jusqu’à l’asphyxie. Dangereuse, Delphine…En rêver, n’est-ce pas, déjà, blasphémer ? La regarder, n’est-ce pas se condamner à perdre la vue ou à être transformé en pierre ?
«Dieu est une femme , je l’ai rencontrée . elle est plus belle et plus séduisante encore que tout ce que l’on peut imaginer», lança un berger qui l’avait aperçue et en fut aveuglé. Il s’agenouilla pour baiser la terre avant de se tourner vers le soleil de midi.-Je sais, intervint un python qui passait par là ,par nécessité plus que par hasard. C’est mon épousée promise. Elle n’est pas pour Toi, l’humain trop imparfait. Mais elle est pour moi et tu en seras stupéfait. Veux-tu un secret ? Je vais la féconder sans altérer sa virginité. Et aucun humain ne pourra la toucher, ni toucher nos filles. Vous pourrez seulement faire des sacrifices en leur honneur et en échange des conseils divins et divinatoires qu’elles pourront vous donner si vous savez les écouter.
-Mais que me racontes-tu là ? , repris le berger tout hébété d’entendre un serpent parler. Les animaux rampants de ton espèce n’ont rien de divin. Si non , ils ne mangeraient pas de grenouille… Leur langue ne serait pas de vipère. Et leurs contorsions ne seraient pas aussi diaboliquement fourbes.
-Dis ce que tu veux , berger, avec ta gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec. Un jour, dans un autre millénaire, un Moustaqui, barde d’ici, te rendra célèbre par une jolie musiquette. En attendant veille bien sur tes moutons et des chèvres. Même ton chien ne me fait pas peur. Mais je suis pressé. Et je dois retrouver la Belle rousse inaccessible pour toi. Tu ne verras jamais le soleil bleu qu’elle porte sur le dos ni la toison magique, or-cuivre et feu où je vais me lover »
Python n’avait fait qu’une erreur. De la Belle, il n’aura pas l’exclusivité. Car Delphine-la-Rousse était restée trop grenouille-la- joueuse ( et la jouisseuse) pour respecter sans ennui la chasteté des divinités et se contenter d’un serpent pour ces moments d’éternité que procurent les joies du corps quand l’âme est en feu.
« C’est à la manière du soleil que j’aime la vie et toutes les mers profondes. Et voici ce que j’appelle connaissance :toute profondeur doit s’élever—jusqu’à mes hauteurs ! Ainsi parlait Zarathoustra »
Nietzsche
Vierge, elle n’était pas en permanence :Miracle chez les oracles .
Elle retrouvait sa virginité, dans l’eau de la source Cassotis, après chacune de ses relations amoureuses. Des relations qu’elle avait, non avec les hommes qui la désiraient et osaient la courtiser mais avec des hommes, fils d’Apollon ou de berger, qu’elle choisissait, en maîtresse absolue, selon ses envies et ses humeurs.
« Quand l’Amour est authentique, c’est toujours la première fois », disait-elle aux heureux élus. « Il est plus important d’aimer que d’être aimé », assurait-elle aux prétendants éconduits. Le vrai secret de Delphes, donc de Delphine, est d’abord là : « Aimer, c’est s’aimer soi-même. Aimer aimer. Aimer être aimé. Et savoir donner et se donner. Même sans recevoir. L’Amour n’est jamais un péché, sauf quand il est le masque de la concupiscence, de l’esprit de possession et de l’égoïsme possessif »
Aujourd’hui, si vous allez à Delphes, regardez bien la statue d’Apollon. Une petite grenouille est figée pour l’éternité au pied du Dieu du Soleil . Si vous allez à Rhodes, examinez bien le Colosse, ce géant de 35 mètres qui représente Hélios, le Dieu-Soleil:vous trouverez aussi une petite grenouille rousse avec un soleil bleu sur le dos qui rôde dans les parages...
« Elle est retrouvée !
-Quoi ? -L’Eternité.
C’est la mer mêlée
Au soleil »
Rimbaud
A Delphes, quand « l’eau eut cessé de parler », après un dernier oracle fait à l’adresse de Julien, l’empereur romain, Delphine la Déesse est redevenue une grenouille plantée dans une étoile pour mieux méditer les maximes quelle avait fait graver dans les pierres du sanctuaire sacré : « Connais-toi toi-même » et « Rien de trop »…
( A suivre...si la lettre E vous intéresse. E comme...?)
00:05 Publié dans Les Grenouilles de Noël | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note













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Commentaires
Eh bien, jolie histoire de grenouille!
Il aime la sensualité Dan. Vous permettez que je vous appelle dan et que je te tutoie?
Mais qui es-tu vraiment Dan?
Il faut passer du mythe à la réalité......
La mémoire de ton âme te transporte-t-elle souvent jusqu'en ces temps reculés de l'Antiquité?
Plutôt Grecque ou Babylonienne ta mémoire?
Et Rome dans tout ça? Et les Celtes? Les Normands? Les Maïa?
Kristna? Le berger qui a précédé un autre berger et qui nous raconte les mêmes histoires que le Christ mais bien longtemps avant?
Il y a plus ancien que l'Europe et il y a eu du passage sur terre...du recyclage, une roue qui tourne, qui intègre, éjecte, broie, consacre, transforme......
Le roux magnifique ou divin, c'est le blond vénitien, le blond or avec un impressionnisme de rousseur cuivrée.
J'aime la courbe de ces femmes...Aphrodite ou encore les Trois Grâces, la Toilette de Vénus.....
Boticelli leur faisait des hanches appelant à la fusion des corps...Pour la poitrine il se contentait d'un balconnet B....
J'aurais trouvé un balconnet D plus excitant...mais bon, son égérie avait peut être une silhouette de violoncelle...
Grosse bise!
Véro
Écrit par : vero | 12/12/2004
Eh bien, jolie histoire de grenouille!
Il aime la sensualité Dan.
On se dit "tu" ou "vous"???
Mais qui es-tu vraiment Dan?
Il faut passer du mythe à la réalité......
La mémoire de ton âme te transporte-t-elle souvent jusqu'en ces temps reculés de l'Antiquité?
Plutôt Grecque ou Babylonienne ta mémoire?
Et Rome dans tout ça? Et les Celtes? Les Normands? Les Maïa?
Kristna? Le berger qui a précédé un autre berger et qui nous raconte les mêmes histoires que le Christ mais bien longtemps avant?
Il y a plus ancien que l'Europe et il y a eu du passage sur terre...du recyclage, une roue qui tourne, qui intègre, éjecte, broie, consacre, transforme......
Le roux magnifique ou divin, c'est le blond vénitien, le blond or avec un impressionnisme de rousseur cuivrée.
J'aime la courbe de ces femmes...Aphrodite ou encore les Trois Grâces, la Toilette de Vénus.....
Boticelli leur faisait des hanches appelant à la fusion des corps...Pour la poitrine il se contentait d'un balconnet B....
J'aurais trouvé un balconnet D plus excitant...mais bon, son égérie avait peut être une silhouette de violoncelle...
Grosse bise!
Véro
Écrit par : veronique | 12/12/2004
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