10/12/2004

Eloges de la grenouille (6)

E
Expériences


Eprouvantes éprouvettes…

« Comtois rends-toi. Ne nie ta foi »…

dr_jekylljpeg.2.jpgC’était un 22 février, jour de la Fête de la Chaire, donc du Banquet de Saint-Pierre, dans un cimetière comtois, près d’une ville baptisée Baume-les-Dames sans doute pour donner aux hommes un peu de baume au cœur.

Une souris verte croise un grenouille grise…

« Mais que fais-tu là, Pétula, si loin de l’Angleterre ?

-Je viens de Vesontio, Patricia. De cette vielle ville espagnole, où Victor Hugo est né quand le XIXème siècle avait deux ans…

-J’en viens aussi, figures-toi . Et je suis heureuse de m’être échappée du laboratoire d’un monstre…Pourquoi es-tu verte, Pétula ? Ce n’est pas là la couleur d’une souris honnête…

-J’en suis verte de rage, crois-moi. Et toi, Patricia, pourquoi es-tu grise ? C’est ma couleur naturelle, non la tienne…

savant_fou_2_jpge.jpg-Je fais grise mine, en effet. Et c’est pour éviter les moqueries des vivants que, chez les morts, je me suis réfugiée. J’y ai passé l’hiver, à dormir, pour oublier. Mais les crécelles, les clochettes, les sonnettes des gamins d’à-côté m’ont sortie de mon sommeil.

-Que veux-tu, Patricia ? Le printemps est arrivé. Le marteau de Donas a frappé. Et les clefs de Saint-Pierre vont déverrouiller la Nature

-Je suis trop grise pour me laisser dégriser. Qu’une cigogne ou un héron cendré m’emporte. Mieux vaut la mort que l’humiliation…

« Le plus beau présent de la vie est la liberté
qu’elle vous laisse d’en sortir à votre heure »
André Breton


-Allons allons, arrêtes tes sornettes Patricia-la-désespérée. Expliques-moi plutôt le pourquoi de ta peau…

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-Dans un laboratoire, un savant fou, passionné de manipulations génétiques, a voulu en souris me transformer.

-Doux jésus ( de Morteau) ! Au labo, déjà, nous aurions pu nous rencontrer. Moi, le savant fou voulait me transformer en grenouille. Tu étais, je suppose, chez le professeur Darwein ?

-Tout à fait, Pétula. Et ce génie du génie génétique n’a rien d’un Nimbus ou d’un Tournesol. Il se prend pour l’envoyé spécial de Dieu chez les Humains. L’interlocuteur privilégié des extra-terrestres, des Aloïms, des Elus du Ciel…Des immortels et des Parfaits. Il a eu la Révélation des révélations. Celle qui, de clonage en clonage, mettra l’Eternité à portée de mains des Humains.

-Je sais : j’ai entendu tous ses discours, les comptes-rendus de ses visions, de ses clowneries médiatisées. Et des dialogues directs qu’il a avec ses inspirateurs célestes. D’une soucoupe volante, paraît-il, les Eternels ont débarqué un jour, dans des volcans éteints, du Massif central. Et en Franche-Comté, à Consolation, une vision céleste lui a ordonné de transformer l’Humanité en un « Parc humain »…Il veut réussir où Hitler et ses hommes de science démoniaques ont échoué. La pureté de la race par élimination et transformation génétique…

« La plus grande faiblesse de la pensée contemporaine me paraît résider dans la surestimation extravagante du connu par rapport à ce qui reste à connaître »
André Breton

-Arrêtes. J’en tremble, Pétula. De peur et de rage. Les Illuminés sont de tous les temps. Et ceux de ce temps sont les plus dangereux. Le Diable sait utiliser la science que le Bon Dieu, dans sa Bonté, sous-estime…

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-A une époque, être animal de laboratoire, était une vraie fierté. Au progrès, nous participions, vous les souris et nous les grenouilles. Que de progrès avons-nous permis aux hommes de faire-

« S’il fallait tenir compte des services rendus
à la science, la grenouille occuperait la première place »
Claude Bernard


-Nous devrions avoir des monuments en notre honneur… « A la souris inconnue »...« A la grenouille anonyme : L’Humanité reconnaissante ». Sans nous, pas de biologie.

-Depuis le XVIII ième siècle, les grenouilles sont à l’origine de la plupart des découvertes en embryologie. C’est grâce à nous que les banques de sperme existent. C’est grâce à nous que des stérilités peuvent être surmontées. Et nous n’avons pas été utiles que par notre mode de reproduction :les connaissances sur le système nerveux, les réflexes, le sang, la peau, les muscles, les os ne seraient pas ce qu’elles sont sans nous. C’est notre sang, l’engrais de la connaissance humaine. C’est notre peau, le terreau de leurs cerveaux Nous sommes aux chercheurs ce que le cochon est au charcutier : tout sert, chez nous. Et nous pouvons encore contribuer à éclaircir bien des mystères…

-J’en conviens : bien des noms propres de savants respectés seraient restés dans l’anonymat sans vous, les batraciens héritiers des amphibiens. L’abbé Spallanzani, Albrecht von Haller, Luigi Galvani, Alexandro Volta, Jules Marey, Etienne Bataillon. Et j’en passe… Comme Cuvier, par exemple…

-C’est fou comme même les savants les plus sérieux ont été fascinés par l’excitabilité de nos cuisses, par notre électricité animale, par notre libido…

« Nous sommes de la même
substance que la bête»
Jean Rostand


-Que veux-tu ? L’érotisme est partout, même dans les labos… Seulement, notre Darwein n’a rien d’érotique. Ce Frankenstein est un monstre. Ce n’est pas la soif et le plaisir de la découverte qui le guident. Ce n‘est pas le savoir qui compte pour lui : c’est le pouvoir. Ce n’est pas l’élargissement des connaissances qui le motive : c’est le profit.

-Ah ! Si nous avions connu Jean Rostand…Il respectait les grenouilles qu’il disséquait, lui…

-Comme toutes les bêtes qu’il touchait. « Le biologiste passe, les grenouilles restent», a-t-il dit un jour. « L’Homme est un miracle sans intérêt » C’est pourquoi quelques consœurs à moi, font chaque année le pèlerinage de Ville-d’Avray, où en honnête homme, il officiait. Naturaliste, mais aussi moraliste, citoyen du monde. Humaniste.

« On tue un homme, on est un assassin.
On tue des milliers d’hommes, on est un conquérant.
On les tue tous , on est un dieu »
Jean Rostand


-Cela dit, c’est tout de même Jean Rostand qui, délibérément, a faire naître des monstres en fécondant des ovules de crapaud par du sperme de grenouille. Il ne parlait pas de clonage, mais de « bouturage humain ».. Quelle poésie !. Et il a trouvé « magistrale » la réussite de deux Américains, Robert Briggs et Thomas King, qui, dès 1952, avaient cloné des grenouilles. Darwein, dans sa folie, veut aller plus loin…

-Il ferait mieux d’essayer de lever le mystère des gènes du vice et de la vertu ou l’élucider les mécanismes de la haine et de la violence. Avec lui, « l’avenir n’a pas forcément raison ». En dénaturant la nature, l’homme se déshumanise. Quel prix aurons-nous à payer, nous, les bêtes de labos qu’on sacrifie sur l’autel de rêves sataniques ?

-Mais j’y pense…Nous avons fui. Ce n’est pas un réflexe d’ici. Ce n’est surtout pas une attitude courageuse. Face à un prof barjot, faisons preuve de culot ! Je sens monter en moi la salive du clairon. Aux armes citoyens ! L’heure est la Résistance. Regardes ces Monts du Lomont qui ont tant fait corps avec le Vercors. Malraux revient ! La deuxième DB va se relever ! N’y a-t-il pas en ce cimetière suffisamment d’ingrédients pour que les fines laborantines que nous sommes cessent de jouer aux cobayes pour tenter elles-mêmes des expériences nouvelles.

-Tu as raison. Empoisonnons le vin de Darwein. Mettons-le à l’épreuve éprouvante de ses éprouvettes ! Il a tenté de nous métamorphoser. C’est lui qui va changer…

-Je l’imagine bien avec un dos vert, plein de pustules comme les plus hideux des crapauds…

-Et un ventre noir, comme le plus laid des rats.

-Et sa tête ? De mort, peut-être. Ou d’âne ? Non…Jaune, comme le teint de ceux dont le foie est dévoré par les corbeaux.

-La version moderne du sorcier ensorcelé. Comme pour l’arroseur arrosé des frères Lumière, il faudra tout filmer. Des images, nous ferons parvenir aux membres de sa secte et aux extra-terrestres qui lui servent de mages »

Quelques semaines plus tard, je jour du mercredi des cendres, dans un laboratoire de la bonne ville de Besançon, un savant avait disparu mystérieusement. Sa place était prise par le singe le plus monstrueux que le monde, de mémoire d’homme, ait connu. Il faisait les singeries les plus folles. En riant jaune.


Pétula, redevenue souris souriante, était repartie pour l’Angleterre où « Dieu protège la Reine » ( et les rongeurs). Et Patricia, retrouvant ses couleurs de grenouillette jouisseuse, était partie pour la Corse où d’un batracien, comédien et metteur en scène, elle était tombée amoureuse. Eperdument. L’épreuve du cœur ne se joue pas au fond d’une éprouvette…Et au théâtre, on peut se métamorphoser sans être génétiquement modifié.

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Oh!!! Où peuvent mener ces expériences de savants fous. L'image est trop grande,donc masquer:un clic vous la dévoilera...si vous n'avez pas de "mauvaises" idées
(A Suivre, si cela vous amuse. F comme Femme? Pas sûr...A voir)



Commentaires

Bonjour Daniel,

Savais-tu que l'abbé Spallanzani que tu cites dans les "Eprouvantes éprouvettes" de l'Eloge sur la grenouille, tout épris de pudeur, mettait à ses grenouilles des culottes de tafetas pour cacher ces choses qu'une âme pure ne saurait voir ?
Authentique...

Reponse DR. Je savais. Mais on ne peut pas tout dire...Merci à toi de rajouter cette histoire de petite culotte...
Une précision:la plupart de mes historiettes sont inspirées d'anectodes, de légendes, de contes "autentiques".
Au fait, Patricia la grenouille, c'est toi Pat?
Je répète:"toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant vécus est le fruit de coïncidences ou de projections subjectives dont je ne suis absolument pas responsable". Je dis celà car j'enregistre des réactions surprenantes: c'est un "cherchez la femme" à chaque lettre de l'aphabet...J'ai même croisé les reproches de jolies femmes déçues de ne pas se reconnaître..jusqu'à présent. heireusement, la plupart de mes grenouillettes sont sympathiques...

Écrit par : Pat | 11/12/2004

Suis-je la grenouillette Patricia ?
Avec grand plaisir, merci. Et, chipie comme je suis, je rêverais de porter une culotte de tafetas, rose et blanche, ou encore bleue avec des étoiles jaunes, c'est selon. Juste pour affoler l'horrible Darwein et le laisser ensuite mariner dans les remords éternels de ses recherches liberticides.
Souhaitons que la recherche selon Darwein (ou Spallanzani) ne pollue pas (trop) l'espace européen.
Je suis vigilante, mais...

Écrit par : Pat | 12/12/2004

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