31/12/2004
Eloges de la grenouille (26)
Y
Le i grec
« L’origine du monde »
(en hommage à Gustave Courbet)
Yolande-de-la Lande aimait jouer à cache-cache dans les champs, avec les enfants d’Ornans…
« Venez », lançait-elle aux bambins. « Des prés, j’ai la clef…La clef magique qui déverrouille les portes des mystères les mieux cachés »
Les gamins se croyaient malins « On va t’attraper Yoyo. Et tes cuisses, on va écarter… »

Mais Yoyo, chevilles déliées et poignets de fée, savait, de bas en haut et de haut en bas, sautiller sans cesse et échapper aux petits chasseurs qui, même avec une ficelle, ne pouvaient l’attraper. Le jeu de Yoyo, d’ailleurs, est ainsi né… « Le mystère le mieux caché est en moi », ironisait Yoyo-l’insaisissable : « C’est mon champ secret. Et ce n’est pas vous qui le labourerez.. »
Un jour, pourtant, le petit Gustave, qui savait observer, réussit à attraper Yoyo-la sauteuse. Il la prit dans sa main et la caressa gentiment. « Tu as gagné, Gustave. Tu as le droit de me regarder », dit-elle en se mettant sur le dos, en étirant tous ses membres et en dévoilant son camp secret. Gustave en resta coi. La porte de la vie sidère. Médusé, le jouvenceau. Figé comme un pinceau au repos. « Eh oui ! Tout est là, dans ce paysage de tous les paysages, dans les branches de ce Y, source de vie, origine du monde »
Yoyo, bien vite, se retourna et, d’un saut , se dégagea d’une main à jamais marquée par le destin. Devenu grand, et habile du pinceau, Gustave Courbet se souviendra de Yoyo, quand, pour la première fois, dans les champs d’Ornans, une fermière dévêtue, les fesses dans les blés en herbe, écarta langoureusement des cuisses fermes et douces, et offrit tout ce qui fait monter la sève dans les arbres de vie: une toison qui pousse à la déraison, une orchidée épanouie qui engendre la folie et un nids de lèvres fleuries qui conduisent au paradis…
« L’Origine du monde » est dans le Y, en effet. Les grenouilles, toujours saintes , le savent bien, même sans cette imagination qui , selon Bachelard, est « une faculté de surhumanité »Y, c’est Upsilon, Yakintos, « fleur de jacinthe ».
C’est surtout , en hébreu, si bien décrypté par Marc-Alain Ouaknin, YTEPA, la matrice, l’utérus, le bas ventre. Ce sexe féminin qui donne le jour, le YOM.
Cette « Porte des hommes » qui est l’outil de Dieu, de YHWH (Yahweh)
Cette source de l’Histoire qui n’« accouche » d’événements que parce que des enfants naissent dans cette « base », ce « fondement », ce YESOD
Dans ce Temple, où « le Verbe s’est fait chair pour que la chair devienne Verbe », ainsi qu’il est dit dans le prologue de l’Evangile selon Saint-Jean. Et c’est dans cette source de vie que se recherche le YOD qui est à la fois « éternité » et « moi profond »

Si la tradition judéo-chrétienne, souvent, voue aux gémonies la grenouille, c’est, bien sûr, parce que les batraciens, par leur impétus naturel, désacralisent ce i grec, si chargé de forces réelles, de puissance symbolique, de sens divin et de… signes païens , avec ses Histoires d’ O et son triangle d’Or si brûlant.
Vous avez dit « brûlant » ?
La femme, toujours en hébreu , c’est ICHA, « le feu qui émane d’elle »… « La parole du féminin est brûlure », résume Marc-Alain Ouaknin.. Pas seulement parce qu’elle joue avec les mots comme on joue avec le feu : elle transforme les « paperoles » chères à Kafka en redoutables « flammeroles ».
Mais surtout, parce que, face à elle , souvent , l’homme reste coi. Pourquoi ? Mystères de la « quoibilité », sourit Ouaknin en faisant chanter les mots…
« Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce ce sexe ? ». Histoire de l’Histoire. « Quoi ? Question. Coït ? Silence ». Effroi.
« Aimer, c’est le mot qui ouvre l’âme dans le corps » , a écrit joliment Pascal Quignard en nous incitant à « accepter d’être le fils de ses rêves ». Alors rêvons et aimons. Rêvons d’amour et aimons l’amour. En permanence, puisque tout vrai bonheur est « un émerveillement qui se dit lui-même adieu ».
Dans les champs d’Ornans, de coquines « Yoyo », sautillantes et souriantes, font toujours courir des enfants qui deviendront grands…
12:50 Publié dans Les Grenouilles de Noël | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note











Commentaires
Superbe note, rédigée avec beaucoup de talent !
Écrit par : Philippe | 31/12/2004
La je reconnais que t'es tres fort !
Mais je confirme : t'es un queutard de chez queutard !
Écrit par : finger | 31/12/2004
Merci Philippe...
Écrit par : daniel | 31/12/2004
> finger
J'ai répondu à ton sondage. Merci de laisser tranquile Daniel comme tu t'es engagé à la faire.
Bonne année à toi :)
Écrit par : ~laurent | 01/01/2005
Bon d'accord mais du coup la fréquentation de son blog va baisser !
Par contre je n'exclus pas de parler de lui sur le mien !
Bonne année !
Écrit par : finger | 01/01/2005
Pourquoi les hommes ont-ils à la fois si peur et savent-ils si bien parler du sexe féminin ?
J'entends beaucoup moins de femmes parler du sexe masculin. Pourtant, il n'est pas mal non plus...
;-)
Aurions-nous moins d'imagination ? Ou plus de pudeur ?
Écrit par : pat | 02/01/2005
Excellentes questions. Qui peut répondre? Des psychologues peut-être... cela mérite es reherches cognitives, non? Expérimentales, aussi....
Écrit par : daniel | 03/01/2005
Parce que les hommes ont une B ... a la palce du cerveau ?
Écrit par : finger | 03/01/2005
La reponse par le blog :
http://finger.blogspirit.com/archive/2004/12/31/ils_ont_dit.html#comments
Écrit par : finger | 03/01/2005
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