31/12/2004

Eloges de la grenouille (23)

V
(Amour) Vache


« Je t’aime. Et alors? »
Un jour, un bœuf comtois rêva de tomber amoureux d’une grenouille vosgienne. Une fable plus plausible que celle de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Mais, en fille émancipée, la grenouillette n’aimait que…l’Amour-vache !

Le premier jour…« Madame, je vous aime.
-Et alors ? »
Le deuxième jour…
« Madame, je vous aime.
-Moi non plus »
Le troisième jour…
« Madame , je vous aime.
-Je m’aime aussi… »
Le quatrième jour…
« Madame, je vous aime.
-N’en parlons plus »
Le cinquième jour…
« Madame, je vous aime.
-Ce n’est pas une question »
Le sixième jour…
« Madame , je vous aime
-Je ne suis en rien responsable
des amours que j’inspire »
Le septième jour…
« Madame, je vous aime.
-Aimer, c’est donner quelque chose qu’on
n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »

La batracienne lacanienne retourna à son étang…

« C’est en taureau et non en boeuf que la grenouille aurait dû se transformer », expliqua Nadia-de-Xonrupt, bien installée. sur le canapé d’un sexologue, qui venait de lui raconter cette fable qu’Esope n’avait pas inventée.

-Peut-être, répliqua l’expert aux grandes oreilles, Drusus-de-Bittenheim. L’amour ne se déclame pas : il se démontre. Et même mille fois assénée, une vérité proclamée ne devient pas réalité. Un amour sans retour n’est qu’une maladie narcissique infantile. Le bœuf n’est qu’un mythomane hystérique. Et il est lâche de laisser à la grenouille le monopole de l’Amour-Vache »

Comme cette consultation ne respectait en rien les secrets de la confession, Fifi-de-Berschett, fit irruption et, se mêla à la conversation . Plein de certitudes mais riche de doutes , ce Crapaud-chercheur, fort d’une union sans tâche avec Fred-la-Tendresse, adorable mignonnette, s’écria :

« C’est la carte du Tendre qu’il faudrait réinventer. Entre ceux qui n’ ont le cœur que dans les couilles et celles qui n’ont leur libido que dans le cerveau, on renoue avec la plus grave des misères sexuelles. Et pas seulement en milieu étudiant ! Les Situationnistes d’Avant-68 devraient ré-écrire des manifestes libérateurs. Pour que Mille Fleurs s’épanouissent dans un Mai radieux qui illumine les cœurs toute l’année, et pas seulement le temps d’un muguet »

Interloqué, le sexo-sophrolo-psycho-spécialo-logue du cœur ne trouva qu’une réponse :

« Tous , vous avez raison. Aujourd’hui, nous sommes tous en échec. Les romantiques et les réalistes. Les frustrés comme les comblés. Les coincés comme les libérés. Ce bœuf est un âne. Jamais, il ne faut déclamer sa passion. Un amour trop avoué est un amour sacrifié. Mais la grenouille, aussi, est stupide : un Amour refusé, c’est une orchidée écrasée. Un moment de bonheur assassiné. Cueillez dès aujourd’hui, les roses de la vie »

Evoquant, l’une de ses mésaventures personnelles, Drusus-de-Bittenheim se lança dans un chant que ni Denis de Rougemont, maître en « Amour d’ Occident », ni Philippe Sollers, réincarnation de Casanova, ni Catherine M., le sexe en encrier, n’auraient pu entonner …

« Je sais…J’ai pêché.

Le vrai séducteur
Masque ses ardeurs
Fait taire son cœur.

Je sais…J’ai fauté.

Pour se faire aimer
Il faut appâter
Sans trop caresser.

Je sais… C’est manqué.

Se faire désirer
C’est savoir garder
Un air dégagé.

Je sais , c’est raté.

L’amour déclaré sans détour
Appelle un soufflet en retour

Veuillez-m’en excuser,
Ma Très Chère bien-aimée…

Sachez seulement,
Qu’en rien, mes compliments
Ne sont des harcèlements
Ou de stupides investissements.
Seule, ma sincérité
Peut être blâmée.

Mon pêché d’amour
Est faute de velours »


Drusus-de-Bittenheim, sexologue malade du sexe, se précipita sur Nadia. Qui n‘attendait que cela. En taureau, il se transforma. Et Nadia soigna son mal par le mâle.

Fifi, en deux bonds, retrouva Fred qu’il engrossa. Sur un lit de lis, de roses et d’orchidées en fête. Dans un concert où les musiques les plus chaudes se mêlaient aux rythmes les plus torrides.

Dans le pré d’à coté, une grenouille, par les cris d’amour alertée, lança à un bœuf avachi, le chant des Grands Elans…

« Il y eut un soir, il y eut un matin. Et ce fut le premier jour…Nous en aurons sept, au moins. Et rien ne dit que le septième, nous nous reposerons…Viens mon Bœuf. Même chez le plus Bof des Bœufs, l’Amour-Vache est la négation de l’Amour.

C’est vachement que je t’aime. Et si Âne, tu es, bitte d’âne , tu dois avoir. Ce n’est pas si mal. Je serai ta meuf. Et nous ferons un effet bœuf. Dieu a crée le monde pour que toutes ses créatures fassent l’Amour, vivent l’Amour »

« L’enfer, c’est de ne plus aimer »
Georges Bernanos
« Baise m’encor, rebaise moi et baise :
Donne moi un de tes plus savoureux »
Louise Labé
« Le christianisme a beaucoup fait pour
l’amour en en faisant un péché »
Anatole France


Moralité : Aucune !


« Aimer, c’est se surpasser »
Oscar Wilde



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