31/12/2004
Eloges de la Grenouille (suite et FIN)
Z
Zodiaque
L’horoscope des grenouilles
« Pourquoi les humains si friands de prédictions et si superstitieux n’ont-ils pas fait de la grenouille un des signes du zodiaque, une figure de leurs cartes, un de leurs outils de leur voyance, mon BOB d’Amour ? Tu dois le savoir, toi qui est le magicien de l’étang …
-Tu sais, Fabienne, FAFA ma sorcière bien aimée, que c’est parce que, nous les grenouilles, nous sommes de tous les signes, sous toutes les latitudes . Nous sommes aussi de tous les chiffres. C’est pour cela que nous sommes les reines de la métamorphose. Les déesses des magiciens sont souvent des grenouilles
-Certains scouts nous prennent comme totems. Mais ce n’est pas toujours gentils : « Aime aider les autres. Parle à tord et à travers », dit-on de nous…
-C’est parce qu’ils ne comprennent ce qu’on chante et ce qu’on dit. Et ceux qui croient nous comprendre se trompent : la batromancie est un piège à naïfs. C’est comme les météorologues qui comptent que nous jouions les baromètres au fond d’un bocal
-Tout de même, nous savons mieux que quiconque quand il sera agréable de sortir et quand il vaut mieux se mettre à l’abri…
-Parce que nous sommes de la Lune et du Soleil et de tous les éléments : la terre, l’eau, l’air. Nous sommes même du Feu, puisque notre sang froid ne nous empêche pas d’avoir le cœur chaud. Les Chinois le savent puisqu’ils nous relient à la fois au ciel et au centre de la terre. C’est d’ailleurs pourquoi nous n’avons jamais eu peur des dragons.
-Tu es un vrai poète, mon BOB chéri…Il paraît que, grâce à nous, les Chinois pouvaient mesurer les tremblements de terre. Le premier sismographe était, paraît-il, constitué d’un vase rempli de billes et de statuettes nous représentant bouche ouverte. Quand séisme il y avait, les billes tombaient dans nos bouches. Et ils les comptaient. La première échelle de Richert, pardon de Richter, c’est Nous !
-Et c’est parce que nous sommes des créatures sensibles que nous savons comment le Cosmos évolue. La grosse erreur des humains, dans tous leurs horoscopes, dans leurs jeux de chiffres, de cartes, d’astres, d’arbres, de pierres, de boules de cristal, de marcs de café et autres, c’est de ne pas se préoccuper de « l’ascendant grenouille » qui est en tout en en chacun
-Tu veux dire, BOB mon coeur,que nous jouons un rôle qui est ignoré dans tous les horoscopes : l’Occidental, le Celte, l’Egyptien, l’Hindou, le Chinois, l’Arabe…
-Absolument, FAFA ma fabuleuse. L’ascendant grenouille, c’est le facteur qui détermine la force de la libido de chacun. La grenouille est un vrai libidomêtre ou un libidographe, comme tu veux. L’échelle de Grenouiller, ce thermomètre des secousses sexuelles, compte évidemment sept degrés, sept barreaux.
-Et on arrive au huitième ciel quand les amants font exploser le thermomètre, quand leurs "travaux" ne s'arrêtent pas en cours de chantier…
-C’est là, FAFA mon élue, qu’ils ont l’impression de décrocher la Lune, d’approcher le soleil, de féconder l’univers…De détenir le vrai pouvoir.Celui de la jouissance totale.
« Les mages disent beaucoup
de choses et si leurs assertions
sont exactes, il faudrait regarder
les grenouilles comme
plus utiles aux sociétés que les lois »
Pline l’Ancien
-Mais comment les Humains pourraient-il calculer leur « ascendant grenouille », mon BOB qui sait tout ? Ils manquent déjà d’esprit pour être pleinement bien avec leurs corps, dans leurs corps et avec d’autres corps. Et ils semblent tout confondre. Le désir, le besoin, le manque…Le don, la possession, la domination…Le sexe et le sens…Le cœur et le Cul. L’Amour et la bestialité. L’érotisme et la pornographie. La viande et l’âme. Où est-il cet « Amour-force » que chantait Rimbaud, ce chemin qui mène au cœur de la Grande Rose des Elus que décrivait Dante ? Nous sommes dans l’ère de l’Amour falsifié
-Ne joue pas les pessimistes, FAFA d'Amour. La grande Rose des Elus est toujours là. Le problème, c’est que les Hommes ont peur de tout, y compris du Bonheur. Ils ont même peur de ne plus avoir peur…C’est ce qui les empêchent d’assumer leur « ascendant Grenouille » Ils ont même peur de le calculer…
-Mais comment veux-tu qu’ils le calculent ? C’est trop complexe…
-Chacun, FAFA de mon Coeur, doit faire le calcul en appréciant la « portion grenouille » de chaque signe dans tous les horoscopes. Un exemple : Notre ami Doudou est Bélier dans le zodiaque classique, Pommier dans l’horoscope celte, Chien dans le Chinois
-Et alors, mon BOBY (building)? Je peux même ajouter qu’il est sous la protection de Thôt dans l’astrologie égyptienne. Tu sais ce dieu d’Hermopolis qui avait huit dieux grenouilles avec lui et qui était l’incarnation de la Parole, le patron des scribes, et saint protecteur des magiciens, bien avant saint Jean Bosco, fêté aujourd’hui sans doute parce que les farceurs sont rarement des sanctifiés…Ce Piémontais a d’ailleurs été canonisé un 1er avril (en 1934 par pie XI). Cela ne s’invente pas…
-Cela assure à notre ami Doudou un bel « ascendant grenouille ». Cela ne m’étonne pas, d’ailleurs. Il est comme nous ou comme nous aimrerions être, si nous 'étions pas contaminé par le mal qui nous entoure: il aime aimer et il déteste les injustices et la méchanceté. Mais il faut évidemment tenir compte des autres facteurs Il est aussi sous le signe du grand « Li Zombi », le dieu serpent des vaudous, paraît-il. Et dans l’horoscope arabe, son arme, c’est le poignard. Sans doute parce qu’il utilise souvent sa langue pour fendre les cœurs ou dénoncer les travers du genre humain, ce qui ne lui vaut pas que des amis. Il faudrait également connaître son horoscope Karmique : les vies antérieures sont inscrites dans les cartes du ciel.
-Tu parles du kama-sutra, BOB mon athlète? Tu es si souple...
- Fadaises ma FAFA!Le karma, pas le kama...La reine Chanchant te le dirait si tu ne l'avais pas rejeter de notre Cour pour lui faire payer ta jalousie et son refus de la courtisannerie te le dirait:le karma, c'est important. Il suffit d’y croire pour le voir. Et là encore, l’influence « grenouille » peut être plus ou moins forte, plus ou bénéfique ou bienfaisante …
-D’accord mon BOB, mais nous voilà bien avancés... Il faudrait mettre tous ses éléments dans l’ordinateur, rajouter les cartes du ciel de son heure de naissance et celles d’aujourd’hui et lui faire tirer quelques cartes en plus. Quel chantier ! Même une plytechnicienne s'y perdrait...Si nous passons notre temps à savoir ce que notre avenir sera, nous sommes sûrs de ne rien faire de notre présent, mon bon BOB…Si nous retournions dans notre étang ? Ma peau attend tes ventouses magiques.ET les astres me disent que mon corps attend le tien »
« On rencontre sa destinée
Souvent par des chemins qu’on
Prend pour l’éviter »
Jean de La Fontaine
En fait, Bob voulait impressionner sa Fafa, sa prtenaire de tandem, par son érudition. Magicien sait parler pour mieux cacher ses tours…Mais il avait raison sur un point : il faut avoir la sagesse, pour tous les signes, de mesurer le plus précisément possible l’influence intrinsèque des grenouilles, omniprésentes. « Connais-toi toi-même »

Voici, puisés aux meilleures sources de l’intuition, quelques conseils, signe par signe, donnés avec l’aide posthume de maître William Shakespeare. Seul un Maître d’Outre-Manche pouvait servir de parolier pour cet horoscope des admirateurs (et des mangeurs) de grenouilles…Merci ,William.
Bélier
Vous plongez dans l’action comme les grenouilles dans l’étang. Mais la grenouille sait, en hibernant, se reposer. Par les deux bouts, elle ne suce pas la vie en permanence. Vous avez raison : « les hommes ne sont que l’instant », « la vérité a un cœur tranquille » et « nous glissons de jour en jour jusqu’à la dernière syllabe du temps inscrit sur le livre de notre destinée ». Un conseil argent : ne vous contentez pas du « Est bien payé celui qui est satisfait »
Taureau
Venus, donc la grenouille, est au centre des cornes du signe. Et le culte du phallus est d’origine céleste. Mais plaisirs et sécurité, élans et stabilité sont mariages difficiles. Attention : « Le sang attire le sang » et « les puissants ne travaillent qu’à marcher sur nos vies ». Assumez : « être grand, c’est épouser une grande querelle »
Gémeaux
Mercure aux commandes. Les grenouilles coassent et vous communiquez. Restez en mouvement sans oublier que « lorsque l’esprit est libre le corps est délicat » et que « les hommes ne sont que des oiseaux de passage »
Cancer
La Lune gouverne la grenouille au cœur et au corps. Restez sensible, mais n’oubliez pas : si « les caresses prouvent l’affection », « elles ne sont pas un remède ».Un conseil de vie : il faut savoir « faire une folie qui rend gai » plutôt qu’une « expérience qui rend triste »
Lion
En plein Soleil. Cà chauffe !. La grenouille envient, mais elle a toujours su, bien avant La Fontaine qu’un seul soleil suffit à l’équilibre général. Oui à l’énergie, mais attention aux coup de soleil sur un égo trop exposé ou démesuré. « Nous doutes nous assaillent et nous font échouer. Et nous manquons le but que nous pourrions atteindre par crainte seulement de ne pas l’atteindre »
Vierge
Le symbole même de la grenouille (et réciproquement). Mercure monte parfois partout, y compris dans les thermomètres. « La vertu accouplée à la beauté, c’est le miel servant de sauce au sucre ». Méfiez-vous : « faire du zèle est dangereux »
Balance
Venus sur les plateaux, donc la grenouille en quête d’équilibre.. « Pour leurrer le monde , ressemble au monde. Ressemble à l’innocente fleur, mais sois le serpent qu’elle cache ». Attention : « La sécurité est la plus grande ennemie des mortels » Coté cœur : « L’amour contient tout juste ce qu’il faut pour l’éteindre »
Scorpion
Pluton au gouvernail. Et la grenouille est à l’aise dans les eaux. Assumez vos passions… « Fées répandez partout la rosée sacrée des champs » et « Tout esclave a en sa main la pouvoir de briser sa servitude ». Un conseil : « Etre dans le doute, c’est déjà être résolu »
Sagittaire
Jupiter inspire et un double feu entretient énergie et esprit de liberté. La grenouille en sourit de bonheur. « Le temps n’a pas la même allure pour tout le monde »…« Celui qui peut sourire alors qu’on a volé , vole lui-même quelque chose à son voleur »…Une question : « pourquoi faut-il que l’amour qui est si doux d’aspect, mis à l’épreuve, soit si tyrannique et si brutal ? »
Capricorne
Ca tourne, grâce à Saturne. Et grenouillette envie les cornes qu’elle n’aura jamais. Ambition et sensibilité font parfois mal… « Qu’ils sont pauvres , ceux qui n’ont pas de patience »… « Qui veut élever en un instant une flamme puissante commence par l’allumer avec de faibles brins de paille »… « Etre furieux, c’est être vaillant par excès de peur »
Verseau
Les grenouilles aimeraient bien jouer les commères avec les humains de ce signe gouvernés par un Uranus plein de bonté. Elles savent , comme eux, que « c’est à l’endroit où l’eau est la plus profonde qu’elle est le plus calme » et que si « les petites pluies sont longues, les tempêtes soudaines sont courtes ». Attention : « Là où loge le souci, le sommeil ne s’abat jamais ». Etre heureux, c’est d’abord ne pas refuser l’idée du bonheur : « Il y a des gens qui n’embrassent que des ombres. Ceux-là n’ont que l’ombre du bonheur »
Poissons
Neptune tient la barque, et les mystères de la personnalité sont profonds…Grenouille le sait : « Il n’y a pas d’art pour découvrir sur le visage les dispositions de l’âme ». Attention : « Le malheur se fait d’autant plus lourd qu’il s’aperçoit qu’on le supporte difficilement »… Une consolation : « Quand il est sans remède, un chagrin est fini. Qui n’a plus d’espoir n’aura plus de regret »…« Un feu qui brûle en éteint un autre »
Vous l’aurez compris : dans chaque signe la grenouille est un facteur, équilibrant et stimulant…Mais arrêtons là puisque « les hommes de peu de mots sont les meilleurs ».Tout, même cet abécédaire (où toute ressemblance avec des personnages existants est évidemment dûe aux... astres) se termine dans l’inachevé.
En attendant les coa-coa de l’Eternité…
FIN
Bonne et heureuse année à toutes et à tous:je n'ai pas lu un seul "horoscope des grenouilles" pour 2005 qui soit pessimiste sur l'avenir ds "roseaux pensants" que nous sommes au bord du "lac des incertitudes"...Coa-Coa-Coa:entendez-vous les chants de l'Amour?

13:55 Publié dans Les Grenouilles de Noël | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Eloges de la grenouille (26)
Y
Le i grec
« L’origine du monde »
(en hommage à Gustave Courbet)
Yolande-de-la Lande aimait jouer à cache-cache dans les champs, avec les enfants d’Ornans…
« Venez », lançait-elle aux bambins. « Des prés, j’ai la clef…La clef magique qui déverrouille les portes des mystères les mieux cachés »
Les gamins se croyaient malins « On va t’attraper Yoyo. Et tes cuisses, on va écarter… »

Mais Yoyo, chevilles déliées et poignets de fée, savait, de bas en haut et de haut en bas, sautiller sans cesse et échapper aux petits chasseurs qui, même avec une ficelle, ne pouvaient l’attraper. Le jeu de Yoyo, d’ailleurs, est ainsi né… « Le mystère le mieux caché est en moi », ironisait Yoyo-l’insaisissable : « C’est mon champ secret. Et ce n’est pas vous qui le labourerez.. »
Un jour, pourtant, le petit Gustave, qui savait observer, réussit à attraper Yoyo-la sauteuse. Il la prit dans sa main et la caressa gentiment. « Tu as gagné, Gustave. Tu as le droit de me regarder », dit-elle en se mettant sur le dos, en étirant tous ses membres et en dévoilant son camp secret. Gustave en resta coi. La porte de la vie sidère. Médusé, le jouvenceau. Figé comme un pinceau au repos. « Eh oui ! Tout est là, dans ce paysage de tous les paysages, dans les branches de ce Y, source de vie, origine du monde »
Yoyo, bien vite, se retourna et, d’un saut , se dégagea d’une main à jamais marquée par le destin. Devenu grand, et habile du pinceau, Gustave Courbet se souviendra de Yoyo, quand, pour la première fois, dans les champs d’Ornans, une fermière dévêtue, les fesses dans les blés en herbe, écarta langoureusement des cuisses fermes et douces, et offrit tout ce qui fait monter la sève dans les arbres de vie: une toison qui pousse à la déraison, une orchidée épanouie qui engendre la folie et un nids de lèvres fleuries qui conduisent au paradis…
« L’Origine du monde » est dans le Y, en effet. Les grenouilles, toujours saintes , le savent bien, même sans cette imagination qui , selon Bachelard, est « une faculté de surhumanité »Y, c’est Upsilon, Yakintos, « fleur de jacinthe ».
C’est surtout , en hébreu, si bien décrypté par Marc-Alain Ouaknin, YTEPA, la matrice, l’utérus, le bas ventre. Ce sexe féminin qui donne le jour, le YOM.
Cette « Porte des hommes » qui est l’outil de Dieu, de YHWH (Yahweh)
Cette source de l’Histoire qui n’« accouche » d’événements que parce que des enfants naissent dans cette « base », ce « fondement », ce YESOD
Dans ce Temple, où « le Verbe s’est fait chair pour que la chair devienne Verbe », ainsi qu’il est dit dans le prologue de l’Evangile selon Saint-Jean. Et c’est dans cette source de vie que se recherche le YOD qui est à la fois « éternité » et « moi profond »

Si la tradition judéo-chrétienne, souvent, voue aux gémonies la grenouille, c’est, bien sûr, parce que les batraciens, par leur impétus naturel, désacralisent ce i grec, si chargé de forces réelles, de puissance symbolique, de sens divin et de… signes païens , avec ses Histoires d’ O et son triangle d’Or si brûlant.
Vous avez dit « brûlant » ?
La femme, toujours en hébreu , c’est ICHA, « le feu qui émane d’elle »… « La parole du féminin est brûlure », résume Marc-Alain Ouaknin.. Pas seulement parce qu’elle joue avec les mots comme on joue avec le feu : elle transforme les « paperoles » chères à Kafka en redoutables « flammeroles ».
Mais surtout, parce que, face à elle , souvent , l’homme reste coi. Pourquoi ? Mystères de la « quoibilité », sourit Ouaknin en faisant chanter les mots…
« Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce ce sexe ? ». Histoire de l’Histoire. « Quoi ? Question. Coït ? Silence ». Effroi.
« Aimer, c’est le mot qui ouvre l’âme dans le corps » , a écrit joliment Pascal Quignard en nous incitant à « accepter d’être le fils de ses rêves ». Alors rêvons et aimons. Rêvons d’amour et aimons l’amour. En permanence, puisque tout vrai bonheur est « un émerveillement qui se dit lui-même adieu ».
Dans les champs d’Ornans, de coquines « Yoyo », sautillantes et souriantes, font toujours courir des enfants qui deviendront grands…
12:50 Publié dans Les Grenouilles de Noël | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Eloges de la Grenouille (25)
X
(Classé) X…
Dieu est une femme
Par définition, « X » est une inconnue. Ou une variable. En tout et pour tout…Dans les équations, comme dans les inadéquations !
Les rayons X mettent plus qu’à nu: Dame Grenouille, sous X, devient un squelette….Et l’on voit mal où l’érotisme se glisse dans les appareillages de l’X condition…Les rayons de la vie se font rayons de la mort. Ce n’est pas la chair transfigurée, c’est la chair décharnée. Désincarnée. Désenchantée. Mystères de la vie.
Un jour, en Alsace, dans cet espace rhénan où l’histoire du monde s’est si souvent joué, Margueritte de Navarre posa à Georges d’Armagnac, son batracien préféré, une question difficile : « Pourquoi suis-je une femelle et pourquoi êtes-vous un mâle ? »
Georges d’Armagnac tergiversa : « Une histoire classée sous X, ma Margueritte d’Amour…La vie est une équation , avec de nombreuses inconnues…Le hasard et la nécessité !…
-De moi, vous vous moquez. Et cela, je ne peux supporter ! Aux rayons X, je veux tout passer, y compris vos sentiments les plus cachés…Votre peau, je veux dépasser. Dans vos os, je veux voir. Vos nerfs, je veux écouter. Et dans votre cœur, je veux me lover.
-Mais que voulez-vous , Margueritte d’Amour? Je vous aime et vous attends. Dans mes os, je sens, tout votre être, vibrer. Et tous mes muscles, pour vous, se bandent…Mon cœur est au bord de l’explosion. Que voulez-vous de plus ?
-Arrêtez votre Cour, Georges mon bien-aimé. A me séduire, vous n’avez plus:c'est fait...Mais sérieuse, je suis. Et je veux savoir pourquoi femme je suis et pourquoi homme vous êtes. Si j’étais homme, j’aimerais être vous. D’accord. Si vous étiez femme, vous aimeriez être moi. D’accord. Mais vous êtes homme et je suis femme. Et c’est très gênant…Nous devrions pouvoir être l’un et l’autre, ensemble ou à tour de rôle. Ce serait plus drôle. Et entre homos et hétéros, toute guerre serait évitée.
-Préféreriez-vous être hermaphrodite, comme nos amis les escargots ? Diderot s’était posé la même question en répondant : « Peut-être l’homme n’est-il que le monstre de la femmes, ou la femme n’est-elle que le monstre de l’homme ? » C’est une affaire de chromosome X. Jean Rostand, un jour, répondra à votre question, grâce à ses travaux sur les grenouilles.
-Oh ! Je peux aussi le prédire grâce à mon intuition féminine… « Si un œuf XY donne un mâle et un œuf XX une femelle, ce n’est pas parce que le premier renferme un chromosome Y et que le second n’en contient pas, mais parce ce que le premier contient un seul chromosome X alors que le second en contient deux »
-Cela confirme bien que la femme mène le monde. X, c’est le chromosome le plus grand : 4 à 5 microns pour un micron et demi chez le Y. Et c’est le chromosome le plus déterminant. Celui qui contient « des gènes à effets sexuels ». C’est pour cela que je pense que Dieu , en fait, est une femme
-Arrêtez de blasphémer, Georges d’Armagnac, aussi spirituel que spiritueux. Dieu n’a pas de sexe. Ou plutôt, il est Sexe, puisque vous êtes mon Dieu. Et puisque nous sommes tous à la fois mâle et femelle. Progestérones et testostérones sont les deux laits de la vie.
-Cessons cette conversation sous X.Peu importent les mystères de la Création. Tu es moi, je suis moi. Nous nous aimons. Allons faire des enfants. Des XX et des XY. Peu importent les gènes : il nous faut du plaisir. Je veux stimuler vos oestrogènes Je trouverai votre point G. Mon nez vous aurez sur votre périnée. Dix orgasmes différents , vous connaîtrez. Avec mes mains, ma peau, mes sucs, ma langue et tout ce qui, chez moi et chez vous, est Classé X.
-Oh ! Votre langue, Mon Georges ! Je l’aime partout, et pas seulement dans ma gorge.Lui ferez-vous, coquin, soigner mes pétales et mes sépales de roses ? Les transformerez-vous en ailes de papillon ? Anulingus et cunnilingus : aucun jeu n’est interdit. Et je saurai, moi aussi, vous transformer. Shiva vous deviendrez et Shakti je serai. L’Amour, c’est la transcendance »
L’activité heureuse dispense de penser au bonheur et aux mystères qui nous dépassent.
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Eloges de la Grenouille (24)
W
Winstub
Conversation de stammtisch…

Dans une de ces winstubs qui font de l’Alsace une terre de chaude convivialité (un peu comme les « bouchons » lyonnais), les habitués du stammtisch, cette « table d’hôte » qui est un peu au bistrot ce que l’autel est à l’église, des anciens wagges, tendres voyous un peu espiègles mais très embourgeoisés, devisaient… Sur le « Arsch », si essentiel, mais pas seulement … « L’esprit alsacien, redirait Alfred Kern, est un mélange très subtil des excès et de l’ascèse. Ici, la pensée n’est pas une abstraction, c’est une image »
« Les grenouilles de bénitiers, lança Robbes, anticlérical cultivé, ne sont pas que les Bigottes qui « vieillissent à petit pas de petits chiens, en petits chats », qui « meurent à petits pas, à petits feu, en petits tas »…Celles, chantées par Jacques Brel, qui, au diable, donnent l’idée de se châtrer et au bon dieu, fait perdre sa foi…
-Ah Bon !, soupira Seppele le sceptique
-La grenouille de bénitier existe bel et bien. A Narbonne, pour être précis. Je l’ai vue. De mes yeux vus ! A la basilique Saint-Paul, pour être précis. Une histoire pas très drôle C’est parce qu’elle voulait mêler son chant au « Gloria » des fidèles, qu’une grenouille pieuse fut frappée par la crosse d’un prélat. Assommée, elle se transforma en pierre…
-Tu parles !, reprit Seppele. Encore un miracle ! je préfère les histoires de grenouilles-princesses si tu veux nous faire rêver. J’en des tonnes en stocks, et pas seulement pour les enfants…
-Mais laisse-le parler, bondit Gusti qui adorait les histoires où les curés se font manger
-Stupéfait, l’Archevêque !, poursuivit Robbes. Un signe du Ciel ! Oui, mais du diable ou du bon dieu ? Dans le bénitier, il la fit porter. Pour la purifier, sans doute. Mais il n’a pu la retirer : la grenouille s’était collée au fond du bénitier, se coulant dans le marbre. Pour l’Eternité.
-Elle n’est vraiment drôle ton histoire, insista Seppele
-Aujourd’hui, elle n’a que trois pattes. Car elle fut victime d’un jeune tailleur de pierre, Calixte, un fils de Lorraine, qui tenta de la briser. Seule une cuisse fut touchée. L’eau du bénitier est devenue rouge de sang. Et l’Eglise résonna comme si une bombe avait explosée. L’archange qui domine le chœur a soufflé dans sa trompette Le tailleur fut hospitalisé. Puis mourut, deux ans après , jour pour jour.
-Oui, et tu l’as vu cette grenouille à trois pattes sculptée dans le marbre ? ironisa Seppele. Avec un bénitier rouge de vin, oui, mais pas de sang…

-Ici, il y a plus de grenouilles de winstubs que de grenouilles de bénitier, commenta Gusti. Si André était là , il nous en ferait un dessin, de ta grenouille »
André, c’est Wenger. André Wenger. Il a été victime de la vie « cette maladie mortelle sexuellement transmissible », mais son esprit règne toujours dans les winstubs alsaciennes, où souvent ses pinceaux et ses tableaux lui permettaient de profiter du sirop des vignes qu’il aimait tant.
«Il nous manque celui-là, enchaîna D’r Gilles. Dieu l’a rappelé près de lui parce qu’il avait besoin d’un caricaturiste de talent pour se consoler des turpitudes humaines. Dieu ne doit pas s’amuser tous les jours en voyant vivre ses créatures possédées si souvent par le diable.
-André disait toujours : « j’ai appris à haïr la haine », se souvint Robbès. Un tendre croqueur. Son crayon n’était pas un scalpel ou un couteau. Il ne griffait pas : il caressait.
-Te souviens-tu de ses illustrations de l’Ami Fritz ?, reprit Gusti.
-Un chef d’œuvre…,s’exclama D’r Gilles. Le ton d’Erckmann et de Chatrian lui convenait bien…«Quiconque aime les autres connaît Dieu. Dieu est Amour»
-«Suzel, Tu l’aimes?» ajouta Seppele. «Oh! Oui, j’ai comme une meule qui tourne dans ma tête»

-Moi, ce sont ses têtes que je préférais. Ce Poulbot strasbourgeois a fait un vrai « who is who » local de toute une génération, reprit. Gusti en évoquant Germain Muller et les décors du Barabli. « Avec lui, le stammtisch prenait une dimension métaphysique. Il était aussi salé que sucré, à la fois charcutier et pâtissier. Avec de bonnes bouffes sans esbroufe. Et avec, en refrain, le couplet de Raoul Ponchon : « Quand mon verre est vide je le plains. Quand mon verre est plein , je le vide »
-Sans sombrer dans « les miasmes fangeux du vice alcoolique !», précisa Gusti. Comme disait Courteline : « Ce n’est pas pour boire un verre ensemble, c’est pour dire qu’on est ensemble »
-C’était un temps où l’on savait encore cultiver l’utopie, commenta D’r Gilles. On savait soigner nos racines en les plantant dans le ciel, dans les étoiles, redirait le bon pasteur Martin Graff, premier des Alsakons.
-Assez de nostalgie, gronda Gusti. C’est la mort qui donne de l’importance à la vie. Et « les mauvaises idées sont encore souvent les meilleures » redirait Tomi.
-Les « schnappes-idées » ne viennent qu’avec un peu de schnappes : c’est une évidence, ajouta Robbès Nous ne buvons pas assez. Si André avait été une grenouille de Grendelbruche, il aurait transformé tous les étangs en bistrots et tous les nénuphars en lits d’amour. La winstub, c’est notre étang, non? D’ailleurs, les petites alsaciennes d’André avaient des airs de grenouillettes coquines. Et ses grosses têtes ne sont pas de Montgolfier : elles sont batraciennes. Batrachiennes
-Je l’imagine bien au paradis, transformé en grenouille, notre André, rêva Seppele. Heureux, faisant de jolis tableaux avec les roseaux. On le retrouvera un jour : il doit être en bonne compagnie, à commencer par Salvador Dali et André Breton.…Ce n’est pas la gare de perpignan, le « centre du monde », c’est le bistrot du coin.
-Nous avons le temps de le rejoindre, intervint Robbès. D’abord, il est encore parmi nous. Et, comme disait Courteline ;: « Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le sur-lendemain ». C’est encore plus vrai pour la mort que pour le travail…

-Waydelich, lui, c’est sans doute en rat qu’il va finir. En rat, en rhinocéros , en crocodile ou en corbeau , intervint Gussti
-Raymond-Roger Waydelich intégrera aussi le paradis des grenouilles de wynstubs, coupa Seppele…Il fait partie de ces gens qui, comme disait René Char, se promènent souvent au bord de la Folie. L’ami Bricka, qui a connu ces rivages, y est déjà. Avec d’autres si riches de talents
-Peut-être, mais ce génie va être capable de nous refaire des tableaux sur l’horrible guerre des rats et des grenouilles, insista Robbès.
-Homère revu et corrigé ! « Et le soleil levant monta du lac splendide ».. La Batrachomyomachie ! Distelli, un artiste suisse, en a fait un tableau surréaliste. Cette guerre de Troie là n’a vraiment jamais eu lieu
-Quelle érudition, mon Gusti!, reprit Robbès Il y a aussi la grenouille et le corbeau, la grenouille et le serpent, la grenouille et le tigre, la grenouille et le scorpion…Avec, toujours ou presque, des grenouilles faibles et craintives mais vantardes et pas spécialement gentilles. Le coq gaulois donne d’ailleurs parfois l’impression d’avoir avaler une grenouille, vous ne trouvez pas… ?
-Arrêtes, tu vas repartir dans ton anti-patriotisme, coupa Seppele. Les mangeurs de grenouilles que sont les Français sont suffisamment critiqués dans le monde pour qu’ils ne soient pas accablés chez eux. Moi, j’aime les grenouilles et le coq. Comme oncle Hansi !
-Il y a aussi des grenouilles dévoreuses, tu sais, intervint Gusti. Une espèce ne survit pas aussi longtemps, sans qualités. Le venin de certains crapaud est d’une efficacité redoutable : qui s’y pique en meurt. Et tu n’imagines pas toutes les substances que renferment les batraciens dans leurs petits corps.
-Et tu les trouves partout, les grenouilles, reprit Seppele. C’est comme les Alsaciens et les Bretons… Du bord de la mer jusque dans les montagnes de plus de quatre mille mètres. Dans les pays chauds comme dans les pays froids. Son sang froid est capable de devenir glaçon et de se décongeler la température monte. Elle fait de la cryobiologie : à partir du glycogène de son foie, elle synthèse du glucose à haute dose. Son cœur le répand dans tout son corps. Elle fabrique aussi des protéines anti-gel qui permet à son organisme de vivre en état d’anaérobie .
-Je ne vous savais aussi portés sur les sciences naturelles , ironisa Robbès
-J’ai horreur des fabulistes qui présentent les grenouilles comme « une gent fort sotte et fort peureuse » ou comme des paumées qui cherchent un Roi ou un Empereur, se fâcha Gusti. Elles ne sont pas lasses de leur état démocratique, les grenouilles ! Jamais elles n’éprouvent le besoin de se tatouer des croix gammées, des faucilles et des marteaux ou je ne sais quoi sur le dos. Elles ignorent les mirages du populisme, du conservatisme, du révolutionnarisme. Et elles ne s’abritent pas derrière Dieu pour faire le jeu du Diable
-Si elles survivent depuis 350 millions d’années, c’est parce qu’elles ont une sagesse que les hommes n’ont pas, opina Seppele. Même les crocodiles ne leur font pas peur. Elles les voient venir, elles !… Contre les rats, elles n’auraient pas eu besoin du secours des crabes pour se défendre. Et les rats de Waydelich, elles sauront les vaincre par la ruse, sinon par la force. Quant à ses corbeaux, ils sont comme tous les oiseaux noirs du ciel. Personne ne peut les empêcher de voler. Mais on peut les empêcher de faire leurs nids…
-Arrêtes ton chant !, coupa Robbès en avalant son verre de Gewurtztraminer, sirop des vignes du seigneur où les grenouilles sont heureuses même sans eau à proximité… Tes grenouilles ne sont que de sales petites bestioles. Elles se mangent entre elles. Elles bouffent même leurs enfants…Une espèce championne du monde de l’infanticide et des fratricides. Je me demande d’ailleurs pourquoi on les idéalise autant dans les publicités. Pour l’eau, le cirage, les chaussures, les produits d’entretien, des sous-vêtements, du matériel de bricolage…La grenouille ferait-elle vendre ?
-Tu ne comprends vraiment rien à la magie des grenouilles, lança D’r Gilles. Un sanglier te le dirait : le frai de grenouille est la plus haute friandise que la terre offre à un solitaire. Ce n’est pas un hasard : un ami scientifique m’a fait déguster du sperma ranarum…Cela passe en saveur le meilleur des caviars. Un fruit d’amour divinement bon.
-Je n’ai pas ton expérience gustative, mais je suis sûr que les grenouilles font partie intégrante de notre univers neuronal, ajouta Gusti. Nous sommes tous des grenouilles. Ne serait-ce que parce que la grenouille c’est l’hystérie qui nous habite tous. La grenouille est « en connexion fondamentale avec le phallos et la vulve », explique le professeur Lévêque.
-Tu donnes dans la psychanalyse, maintenant ?, reprit Robbès. « Toute femme est une rebelle, en général en révolte sauvage contre elle-même », disait Oscar Wilde en ajoutant : « Les femmes sont faites pour être aimées , par pour être comprises ».
-Mais tu le sais : l’hystérie n’est pas que féminine. Il y a des grenouilles mâles aussi, ironisa Gusti…Chez les Egyptiens, la grenouille symbolisait même le sexe masculin.
-Ah ! C’est vrai : le crapaud n’est pas le mari de la grenouille. On le croit trop souvent. C’est un problème de vocabulaire … Le genre des mots reste souvent un mystère. Pourquoi dit-on une verge et un vagin, par exemple ? En allemand, la Lune est masculine et le soleil féminin. A propos de langage, qui coasse et qui croasse ?, demanda Robbès subitement modeste .
-Les grenouilles coassent et les corbeaux croassent, répondit avec assurance Gusti. Qui ne le sait ? Comme la pie jase ou jacasse, la pintade criarde, le pinson ramage, la bécasse croule, l’alouette grisolle, la grue glapit, la cigogne claquette, la cigale stridule, le héron craquette, le bélier blatère…

-Et toi, tu nous assommes…Sais-tu que les coassements des grenouilles ne sont pas tous les mêmes ? Ils varient en fonction des espèces, mais aussi des lieux et des circonstances, précisa Seppele.
-Pourquoi voudrais-tu qu’elles aient des voix monocordes ? Selon de très grands spécialistes, toute la voix humaine est déjà en germe dans la voix des batraciens. Dans ses « Grenouilles » , Aristophane fait chanter ses chœurs de l’étang: «Brekekekex, brekekekex, coax, coax ». Nous, les humains sommes plus doués pour le bla-bla que pour imiter, en des onomatopées nuancées, le « coa coa », fin et distingué des déesses aquatiques qui, en fait, chantent l’amour.
-Tu parles d’un beau chant ! Infernal, oui !, scanda Robbès, soudain de mauvaise humeur. Au bord de l’étang, on se croirait dans les mauvais moments de « Musica ». Sérielle est leur musique…Des cotons-tiges, je veux dans mes oreilles. Et des musiques d’ascenseurs, je veux me protéger. Le bruit, c’ est l’ennemi. Ouir n’est pas toujours jouir ! Il est des chants qui désenchantent…Ouir, c’est obéir, a joliment écrit Quignard en dénonçant « l’épouvantail sonore », la « musique qui méduse l’âme »
-Ne dénigre pas Musica : c’est l’un des festivals les plus intelligents.Et tu aurais dû mieux lire Pascal Quignard , réprimanda D’r Gilles, amateur de bons livres et de bonne musique. Quignard, en homme d’esprit, parle de « nos aïeules les grenouilles ». Et il célèbre, comme Ovide, le chant-brâme des grenouilles mâles et le chant rauque des bruyants accouplements.
-Ovide prétend même que les grenouilles femelles se sont enrouées à jamais dans des cris du refus et que les mâles ont mué en criant en vain leurs envies, insista Seppele
-Tu parles, rectifia D’r Gilles. Les Batraciens se cassent l’organe par excès d’orgasme, et non par frustration amoureuse. Vos maîtresses ont-t-elles des orgasmes silencieux, mes amis ?
-Gai, gué, guet, ô gué ! Coa-coa-coa-cloaque ! Frais, frayer, effrayer ! D’effroi ! J’ai chaud pour vous Ouh ouh ouh ! Mamadou aime, Mamadou chante…Are are, are ! Aaaaaaah! Ooooooh! Uuuuuuh…Non, oui, encore, arrêtes, non continues. Ouf-ouf-ouf ; j’suis out ! Aout ! Toc-Toc-toc, qui-qui-qu’est-là ? Qui-qui-frappe à ma porte ? Mais c’est toi ma Charlotte, ma Charlotte ma bien aimée…, plaisanta Gusti en chantant
-Oh ! Elle est belle ta Charlotte, plaisanta D’r Gilles…Elle est comme les grenouilles : elle n’a plus de culotte. Tu connais la blague de je ne sais plus quel humoriste bigarré à la mode sur l’évolution des mœurs : « Avant, il fallait écarter la culotte pour voir les fesses. Maintenant, il faut écarter les fesses pour voir la culotte »
-Oh ! C’est d’un drôle…, ironisa Seppele. Sais-tu que « blaguer » est un terme néerlandais qui veut dire « gonfler » ? Tu me les gonfles, un peu…Mes sacs résonateurs, comme dirait un crapaud, vont exploser…Sais-tu que l’abbé Spallanzani, qui s’est rendu célèbre, par ses expériences sur les grenouilles avait une pudeur qui nous fait défaut ? Chaque matin, il habillait ses grenouilles de petites caleçons de taffetas avant de leur faire subir sa gégène…
-Tous les savants sont un peu fous, non ? Quand je pense que nous sommes partis d’une histoire de grenouille de bénitier ! Dieu, au moins, était avec nous, pauvres pêcheurs… Mais, avec ce type de débats, j’ai peur : je ne suis pas sûr qu’on rejoindra André Wenger au paradis des grenouilles de winstubs ! », s’interrogea Seppele en donnant le signal du départ, puisque même les stammtisches ont une fin.
« Pythagore, au quatrième siècle avant Jésus-Christ, disait : « Je me souviens d’avoir été laurier-rose et poison muet ». Moi, je me souviens que ma grenouille m ‘attends dans mon étang. En faisant « J’t’attends, j’t’attends, j’t’attends ! Et tu me voles mon temps ! » Dans une prochaine vie, c’est le temps qui peut-être ne comptera plus. Alors nous aurons tout le temps…d’avoir le temps. Donc de prendre notre temps.
-Le temps est ce qu’on en fait, repris Gusti. Ronsard avait raison : ce n’est pas lui qui s’en va ; c’est nous. Mais, comme Raymond Devos, je suis sûr qu’il y a un au-delà non seulement du réel mais de l’imaginaire. « Un au-delà de l’Au-delà ! » C’est une grenouille de comptoir qui me l’a dit. Salut les fêtards, bonsoir les têtards ! »
En quittant leur winstub préférée, les fidèles du stammtisch croisèrent une petite reinette, qui, dans la rue, non loin de la cathédrale, boitillait et marchait comme un crapaud. Elle n’avait que trois pattes. « Boiter n’est pas un pêché », redirait Lucien Israel imprègné de Freud
Elle les regarda avec un brin d’ironie au fond des yeux . En pensant à Paul Valéry : « Je sais beaucoup plus de choses que mon chien , mais si je savais ce qu’il sait, je saurais bien des choses que j’ignore ». Et si les hommes , un jour, interrogeaient les Batraciens ? L’homme, peut-être, devrait se rêver aussi petit que la grenouille. Cela ferait un effet…bœuf. Et personne n’éclaterait. Le fabuliste deviendrait (enfin) fabuleux. Mais ce n’est qu’un de ces contes qui ne font pas les bons amis…

12:20 Publié dans Les Grenouilles de Noël | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le futur se construit au présent

Pour chacune et chacun:une Année de Bonheur, pour vous et pour ceux que vous aimez et/ou qui vous aiment. Personnellement , je ne peux évidemment pas oublier les grands enjeux d'une situation internationale lourde de tragédies et de menaces, une situation sociale déplorable, un "vivre ensemble" en piteux état et un univers politco-médiatique en pleine crise de croisance....Et si la "montée de l'insignifiance" pouvait être enrayée! Oh les beaux voeux...L'Europe, une chance de ré-enchanter la politique?Oh! La belle occasion à ne pas manquer...
03:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bonne Année 2005 !
Pollueurs et pirates de blogs:la bêtise n'excuse pas tout
Au risque de paraître complètement incongru, en ce 31 décembre,
je publie un message de Noël...
Je l'avais vu et copié sur le site de Chantal Cutajar où il a mystérieusement disparu, comme d'autres "notes" publiées sur le même site le 29 décembre avec des commentaires intelligents qui y avaient été déposés . Ces notes, Mme Cutajar a pu les récupérer et les republier: sur la place de l'Europe dans le système éducatif et sur la place des handicapés
Je reprend ce message car je le trouve tout simplement digne d'une personne animée dans ses engagements , y compris sur son Blog, d'un humanisme exemplaire, de qualités d'esprit et d'âme qui devraient être l'honneur des bloggeurs.
Qui donc peut être offusqué de ce type de message au point de non seulement polluer les rublriques "commentaires" mais de jouer les pirates pour s'introduire en malfrat dans l'atelier de ce Blog?
Qui peut donc et pourquoi maquiller vulgairement la photo d'une bloggeuse qui ne souhaite qu'internet constitue une véritable agora et non un dépotoire?
Je sais que certains masquent leur vrai visage derière des images de cochons. C'est insultant pour les porcs.
Je ne leur trouve qu'une seule excuse:leur fausse auto-dérision cache un réel mal-être. L'humour aussi a ses lois...qui ne sont pas celles de la bêtise. Et la liberté d'expression s'arrête ou commence la liberté de nuire.
L'irrespect et l'incivilité, la vulgarité et l'impolitesse sont certede plus en plus érigées en vertus surtout chez ceux qui ont le conformisme de l'anticonformisme et confondent contestation et défoulement. Les gens n'ont pas être jugés, mais leurs actes et leurs propos, oui. Surtout quand cela relève du pénal.
Je crois trop dans les vertus des blogs et j'apprécie trop les animateurs de Blogspirit pour céder au découragement,cette faiblesse que savent si bien utiliser ceux qui s'affirment ou plutôt croient s'affirmer dns l'art de souiller, salir et détruire, comme les enfants trop gâtés qui cassent leurs jouets.
Au moins cet incident met-il en relief un impératif que , personnellement, comme tous ceux qui pêchent par naïveté et par excès de confiance dans la nature humaine, j'avais sous-estimé: les mots de pase et les identifiants ne sont pas là que par pure forme. Ne les choisissons pas selon une logique facile à décrypter. Les verrous n'ont pas été inventer pour s'enfermer mais pour se protéger des intrus.
J'espère que le ou les pirates de blogs est ou sont satisfait(s):ils ont fait perdre du temps, de l'énergie et des ondes positives à un certain nombre de gens qui ont autre chose à faire qu'à jouer indirectement les thérapeutes d'une maldie non reconnue pr la sécu:la bêtise.

Merci Madame Cutajar. "Pardonnez-leur: ils ne savent pas ce qu'ils font".
"Noël, fête de l’enfantement, donc de la vie : « la terre appartient à nos enfants »
Noël, fête de l’enfance, donc de l’espérance : « je suis qui je deviens »
Noël, fête de la crèche, donc de l’hospitalité : « si tu frappes à ma porte…»
Noël, fête des présents, donc de la générosité : « savoir donner et recevoir »
Noël, fête de la paix, donc des luttes contre le mal qui est en chacun de nous : «la guerre se fait, la paix se construit »
Noël, fête de la naissance du « Dieu fait Homme », donc de la transcendance : « vivre c’est tenter de se dépasser soi-même »
Noël, fête de ces étoiles qui sont dans le ciel et n’appartiennent à personne : ni à ceux « qui Y croient, ni à ceux qui n’Y croient pas, ni à ceux qui Y croient comme moi, ni à ceux qui Y croient différemment de moi » : « le soleil passe les frontières sans que les soldats lui tirent dessus » et « je ne suis JE que parce que Tu es Je »
Joyeux Noël à toutes et à tous"
Chantal Cutajar ( 24 décembre 2004)
En ce 31 décembre, toutes celles et ceux qui ont confiance dans la perfectibilité de l'Humanité et des humains, ne peuvent que faire un voeux trop souvent passé sous silence: que la bêtise fasse moins de ravage dans les têtes et dans les coeurs!...Bloguons sans débloquer!
02:43 Publié dans humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Blog
Eloges de la grenouille (23)
V
(Amour) Vache
« Je t’aime. Et alors? »
Un jour, un bœuf comtois rêva de tomber amoureux d’une grenouille vosgienne. Une fable plus plausible que celle de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Mais, en fille émancipée, la grenouillette n’aimait que…l’Amour-vache !
Le premier jour…« Madame, je vous aime.
-Et alors ? »
Le deuxième jour…
« Madame, je vous aime.
-Moi non plus »
Le troisième jour…
« Madame , je vous aime.
-Je m’aime aussi… »
Le quatrième jour…
« Madame, je vous aime.
-N’en parlons plus »
Le cinquième jour…
« Madame, je vous aime.
-Ce n’est pas une question »
Le sixième jour…
« Madame , je vous aime
-Je ne suis en rien responsable
des amours que j’inspire »
Le septième jour…
« Madame, je vous aime.
-Aimer, c’est donner quelque chose qu’on
n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »
La batracienne lacanienne retourna à son étang…
« C’est en taureau et non en boeuf que la grenouille aurait dû se transformer », expliqua Nadia-de-Xonrupt, bien installée. sur le canapé d’un sexologue, qui venait de lui raconter cette fable qu’Esope n’avait pas inventée.
-Peut-être, répliqua l’expert aux grandes oreilles, Drusus-de-Bittenheim. L’amour ne se déclame pas : il se démontre. Et même mille fois assénée, une vérité proclamée ne devient pas réalité. Un amour sans retour n’est qu’une maladie narcissique infantile. Le bœuf n’est qu’un mythomane hystérique. Et il est lâche de laisser à la grenouille le monopole de l’Amour-Vache »
Comme cette consultation ne respectait en rien les secrets de la confession, Fifi-de-Berschett, fit irruption et, se mêla à la conversation . Plein de certitudes mais riche de doutes , ce Crapaud-chercheur, fort d’une union sans tâche avec Fred-la-Tendresse, adorable mignonnette, s’écria :
« C’est la carte du Tendre qu’il faudrait réinventer. Entre ceux qui n’ ont le cœur que dans les couilles et celles qui n’ont leur libido que dans le cerveau, on renoue avec la plus grave des misères sexuelles. Et pas seulement en milieu étudiant ! Les Situationnistes d’Avant-68 devraient ré-écrire des manifestes libérateurs. Pour que Mille Fleurs s’épanouissent dans un Mai radieux qui illumine les cœurs toute l’année, et pas seulement le temps d’un muguet »
Interloqué, le sexo-sophrolo-psycho-spécialo-logue du cœur ne trouva qu’une réponse :
« Tous , vous avez raison. Aujourd’hui, nous sommes tous en échec. Les romantiques et les réalistes. Les frustrés comme les comblés. Les coincés comme les libérés. Ce bœuf est un âne. Jamais, il ne faut déclamer sa passion. Un amour trop avoué est un amour sacrifié. Mais la grenouille, aussi, est stupide : un Amour refusé, c’est une orchidée écrasée. Un moment de bonheur assassiné. Cueillez dès aujourd’hui, les roses de la vie »
Evoquant, l’une de ses mésaventures personnelles, Drusus-de-Bittenheim se lança dans un chant que ni Denis de Rougemont, maître en « Amour d’ Occident », ni Philippe Sollers, réincarnation de Casanova, ni Catherine M., le sexe en encrier, n’auraient pu entonner …
« Je sais…J’ai pêché.
Le vrai séducteur
Masque ses ardeurs
Fait taire son cœur.
Je sais…J’ai fauté.
Pour se faire aimer
Il faut appâter
Sans trop caresser.
Je sais… C’est manqué.
Se faire désirer
C’est savoir garder
Un air dégagé.
Je sais , c’est raté.
L’amour déclaré sans détour
Appelle un soufflet en retour
Veuillez-m’en excuser,
Ma Très Chère bien-aimée…
Sachez seulement,
Qu’en rien, mes compliments
Ne sont des harcèlements
Ou de stupides investissements.
Seule, ma sincérité
Peut être blâmée.
Mon pêché d’amour
Est faute de velours »
Drusus-de-Bittenheim, sexologue malade du sexe, se précipita sur Nadia. Qui n‘attendait que cela. En taureau, il se transforma. Et Nadia soigna son mal par le mâle.
Fifi, en deux bonds, retrouva Fred qu’il engrossa. Sur un lit de lis, de roses et d’orchidées en fête. Dans un concert où les musiques les plus chaudes se mêlaient aux rythmes les plus torrides.
Dans le pré d’à coté, une grenouille, par les cris d’amour alertée, lança à un bœuf avachi, le chant des Grands Elans…
« Il y eut un soir, il y eut un matin. Et ce fut le premier jour…Nous en aurons sept, au moins. Et rien ne dit que le septième, nous nous reposerons…Viens mon Bœuf. Même chez le plus Bof des Bœufs, l’Amour-Vache est la négation de l’Amour.
C’est vachement que je t’aime. Et si Âne, tu es, bitte d’âne , tu dois avoir. Ce n’est pas si mal. Je serai ta meuf. Et nous ferons un effet bœuf. Dieu a crée le monde pour que toutes ses créatures fassent l’Amour, vivent l’Amour »
« L’enfer, c’est de ne plus aimer »
Georges Bernanos
« Baise m’encor, rebaise moi et baise :
Donne moi un de tes plus savoureux »
Louise Labé
« Le christianisme a beaucoup fait pour
l’amour en en faisant un péché »
Anatole France
Moralité : Aucune !
« Aimer, c’est se surpasser »
Oscar Wilde
02:34 Publié dans Les Grenouilles de Noël | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Eloges de la grenouilles (22)
U
Usurpation
Juliette, la Tatouée

Sur son sein gauche épanoui
La Belle au sourire fleuri
Arborait, en tatouage,
Une grenouille très sage.
Une rainette des prés
Sur une reine gravée :
Un totem tatoué…
La marque d’un signe—dessiné
Le signe d’une marque—déposée
Marque d’un dessein –travaillé
Signe d’un Destin—maîtrisé.
Un vrai sceau sur le sein. Un vrai seing dans la peau…
« Pose –moi comme un sceau,
sur ton cœur comme un sceau,
sur ton bras. Car l’amour est fort,
comme la mort »,
Le Cantique des Cantiques
« Pourquoi une grenouille ?, demanda un quidam en quête de Dame qui se prenait pour Casanova sans avoir lu Sollers le magnifique…
-Farfouille ton cerveau , Arsouille, répondit Juliette, la Dame qui aimait draguer mais détestait être dérangée par des mâles affamés
-Un acte d’allégeance à un rêve d’enfance ?
-Peut-être…Il n’y aurait là aucune engeance.
-Un culte mystique des vertus amphibiennes ?
-Une cartésienne peut être épicurienne
-Une nostalgie féminine de la nuit ovipare ?
-Ou le refus du mâle tintamarre des vivipares ?
-Un exorcisme des maléfiques batraciens ?
-Ou le rejet malin des mystères oedipiens…
-Un fruit de l’humain, cet Amour des Anoures ?
-Une quête du divin tatouée pour toujours »
Mais toujours, chez les humains, s’arrête toujours un jour…
Un jour, Juliette la Tatouée
Près d’un étang, s’est promenée.
La mousse d’une pierre
La faucha sans prière !
Dans les eaux troublées,
La Belle fut emportée…
Lourd silence dans les flots
Tout le marais en sanglots.
Les oiseaux ont chanté—gravement
Les roseaux ont pleuré—douloureusement
Les libellules ont dansé – macabrement.
Requiem pour la Belle Tatouée !
Sept jours durant, les corbeaux croassant
Jouèrent les croques-morts de l’étang…
Sept jours sans soleil et sept nuits sans lune
Alléluia pour la Belle Tatouée !
Sur une feuille sacrée
Des nymphes inspirées
Où coule le nectar lacté
Des femmes fécondées,
Grenouille s’est posée
En serein presse-papier.
Elle coassa, souriat
S’étira et sauta…
Sur son ventre blanc
Poitrine au vent,
Un tatouage luisait.
Héraldique
Celui d’une Belle
Qui souriait…
Erotique
Ex-libris in folio
A fleur de peau
Mythique graffito
A pleine peau…
Mystique ex-voto
Sur le sein d’Erato.
La Belle était sereine.
Et Grenouille chantait sur les flots.
Ironique
02:15 Publié dans Les Grenouilles de Noël | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30/12/2004
Eloges de la grenouille (21)
T
Toilette
Où la belle prend son bain…
En une fin d’après-midi, Julia, une grenouille verte de La Robertsau, s’introduisit dans l’appartement de la coquette Alexanda, qui à l’Opéra, se préparait pour aller. Elle se fit discrète : Alexandra prenait son bain…
« Pourquoi donc, cette mousse ? Pourquoi tous ces flacons parfumés ? Moi aussi, je me lave. Et, même de l’eau sale, je sais propre et pure sortir… »
Julia pensait trop fort…La coquette Alexandra la remarqua et poussa un cri de vierge effarouchée, chez elle peu imaginable…« Quoi ? un crapaud, dans ma salle de bain? Ces vermines ne respectent rien. !

-Allons, la Belle, rassurez-vous !…Je ne veux ni vous violer, ni vous voler, ni vous agresser. Je ne suis pas un crapaud, mais une grenouille. Et dans votre bain, je ne veux pas plonger. J’aurais bien trop peur de me blesser avec vos brosses, vos pierres-ponces, vos gants de crin…J’aurais bien trop peur de m’empoisonner avec vos huiles, vos sels, vos mousses, vos savons, vos parfums et vos crèmes. Je vous regarde. Et je suis fascinée. Par votre beauté. Et par le soin que vous prenez à vous faire plus belle encore. Prenez-vous autant de temps à soigner votre esprit ? »
« Ne parfumons pas
trop les roses »
Jean Cocteau
Stupéfaite, et en colère, Alexandra, abrégea son bain. En sortant de sa baignoire, comme une baleine en mal de saut. De l’eau partout fut répandue, et aux murs, de la mousse s’accrocha.
« Ce n’est pas moi qui vous fait peur », osa Julia.« C’est vous, à travers mon regard. Frayeur ou timidité ? Rejet de votre beauté ? Désamour de votre corps ? Honte d’un physique mal assumé ? Vous vous voudriez plus svelte, peut-être ? Avec un ventre plus musclé, une taille mieux dessinée, des seins plus fermes, un bassin moins large, des jambes plus effilées, des épaules plus dégagées, un cou plus affiné, des fesses plus lisses, des cuisses plus élancées, des chevilles plus spirituelles, des poignets plus coquins et des doigts plus inspirés ? Je connais les rêves des femmes qui, très rarement, ont une image d’elles-mêmes qui correspond à l’image qu’elles donnent ou aux visons qu’elles offrent …
« Rien n’empêche tant d’être naturel
que l’envie de le paraître »
La Rochefoucauld
-Tais-toi, diablesse. !Ta bave de crapaud n’atteint pas ma blanche peau. C’est aux concours de laideur que tu devrais te présenter. Moi, aux concours de beauté, j’ai été sacrée.. Et tous les hommes qui m’aiment sont de goût. Je suis pressée. A l’opéra, je vais. Et Roméo m’attend…Jamais, m’a-t-il dit, il n’avait vue, nue, une pareille merveille. Je veux m’en montrer digne. Et le surprendre, ce qui est la façon la plus sûre de prendre celui qui veut vous prendre…

-Faîtes, Alexanda. Ne vous gênez point pour moi. Ma nudité, toujours, sera d’ailleurs plus grande que la votre. Vous avez des cheveux, je n’en ai point. Vous avez des poils, je n’en ai pas. Vous avez une belle toison : je n’en bénéficie pas. Vous avez même des sourcils, dont je ne dispose pas … « Sourcil qui rend peureux les plus hardis. Et plus courageux les plus accouardis», dit le poète. Vous avez des cils, aussi, dont je ne dispose pas pour nuancer les œillades, armer le clin d’œil, jouer les timides agressées ou les conquérantes habiles. Les cils sont les armes de l’amour, les lances , les flèches de Cupidon, non ?
-Tu parles…Les regards trompent. Ils tuent même, parfois. Comme les voix. Heureusement ,les yeux ont des paupières : ce qui n’est pas le cas des oreilles. « Ouir, c’est obéir ». Guignard l’a bien dit. Du regard, on peut se protéger. De l’oreille, on ne peut. Les tympans n’ont pas de paupières.
-Savez-vous, que, nous, les grenouilles, nous avons trois paupières ? Deux comme vous. Et une troisième qui nous permet de protéger nos yeux, sous l’eau et dans l’eau…C’est ce qui fait que partout notre regard est toujours à la fois pudique et luisant. Sa transparence nous porte toujours où l’amour nous transporte. Qui plus est, sans être celui des mouches, mon œil me permet de voir alentours. En permanence, je guette, devant, derrière, des deux cotés. Mes ennemis je peux éviter. Et mes amoureux, je peux attirer. Bon pied pour sauter. Et on œil pour me sauver. Ce que j’envie le plus, chez vous, les femmes, ce ne sont les cheveux…Les vôtres sont fantastiques…
« Le désir de plaire naît
chez les femmes avant
le besoin d’aimer »
Ninon de Lenclos
-J’ai des difficultés à bien les ordonner. Quand ils sont courts, je les voudrais longs. Et quand ils sont longs, je les voudrais courts. Bouclés, je les voudrais lisses. Et plats, je les souhaiterais frisés.

-Tu es femme, c’est ton destin. Jamais Sanson n’aurait pensé couper les cheveux de Dalida. Et toujours femme pelée saura trouver perruque. Chez les batraciens, on dit la même chose différemment : « fontaine sans cresson, mauvaise saison » ou « marre sans mousse, coït sans pâmoison. Chez vous, les cheveux et les poils ont une importance que nous les sans poils, désopilants… au poil, ont du mal à comprendre. « Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums »…Aucun Baudelaire batracien n’aurait pu écrire les Fleurs du Mal, au bord d’un de nos étangs.
-Il est vrai que chez nous, le cheveux habille et déshabille…Protège et provoque. « Un cheveu de femme est assez fort pour tenir en laisse un éléphant », dit un proverbe japonais. C’est pour cela que les juives prennent perruques, que les musulmanes se voilent, que les bonnes chrétiennes se couvrent, que d’autres se font des tresses, des chignons, ou rangent leurs chevelures avec des catogans pudiques, des rubans sobres, des pinces serrées ou des peignes protecteurs. Les Cheveux au vent attirent le diable Et les cheveux jusqu’aux fesses sont le signe des diablesses. D’ailleurs, tous les cheveux longs portent les fourches de l’enfer. Couper les pointes de ses cheveux, c’est limer les ongles du diable.

-Mais pourquoi, vous les femmes, vous épilez-vous, sous les bras, sur les jambes et ailleurs. Nous les grenouilles, des poils, nous aimerions avoir…Vous au moins, Alexandra, vous n’avez pas supprimé cette Toison d’Amour que certaines femmes rasent comme un visage ou taillent comme une moustache. Vous n’éprouvez pas non plus le plaisir malsain de la colorer.
-Non, je suis, comme vous voyez, plus brune et plus frisée dans le bas-ventre qu’au-dessus du crâne. Parce que je veux qu’en ma plus stricte intimité, ma vraie nature soit préservée. Ma vérité est plus dans la culotte que sous la calotte. Et si de voiles, je peux cacher ma face et mes cheveux, jamais de masque je ne mets sur mes fesses et sur ma toison. C’est le cadeau que je fais aux amants autorisés à s’abreuver au jus de la vie et à me donner le suc divin qui me fait oublier mon corps dans l’union de deux âmes. Mais je cause, je cause, et, à l’Opéra , je vais être en retard.
-Ne me grondez pas , Alexandra. Dans une autre vie, peut-être, je serai Femme et vous, vous serez grenouille »
Julia regarda Alexandra, et rêva…
« Quand je serai femme, une petite culotte, je mettrai. Mes seins, je les protégerai d’un soutien-gorge coquin et bien adapté. Sur mes ongles bien limés, du vernis, j’étalerai. Même aux pieds…Sur tout mon corps, avec de la crème je me caresserai. Sur mes jambes, des bas je ferai glisser. Mon visage, je maquillerai. Devant le miroir, je m’attarderai. Et partout je me parfumerai »
Son rêve fini, Julia retrouva Alexandra, en boule nerfs. La Belle ne savait plus qu’elle robe elle voulait mettre, avec quelles chaussures et quels bijoux, pour paraître à l’Opéra, écouter dieu sait quoi, aller dans un restaurant manger diable sait quoi, finir dan un bar, n’importe où, avec un homme qu’elle n’est pas sûre d’aimer et qui, lui-même, pense peut-être à une autre femme, prise par autre homme, ailleurs, dans une autre soirée préparée dans la nervosité. Sacrée soirée…
Qui plus est, chaque fois que, devant une glace, elle passait, Alexandra se trouvait moche. « Pas dans un bon jour ». Sa Tête ? « Une sorcière bouffie ». Ses cheveux ? « Une signasse indomptable ». Ses hanches ? « Un cul de vache » . Ses seins ?« Des pendards ». Ses jambes ? « Des poteaux électriques »…Quel tableau !

Julia, silencieuse, la regarda, pensive. «Dieu fasse que jamais je ne devienne femme. Tout ce temps pour se faire propre et belle ! Lavage, rinçage, maquillage, démaquillage; habillage, déshabillage: tout cet essorage est-il sage ? Et en plus, jamais contente…C’est à chaque instant que la vieillesse dévore la jeunesse. A tout âge…Chez les grenouilles, nous sommes propres et belles naturellement. Sans perdre de temps. Et l’Amour, je l’aurais fait avant la pièce, pendant et après. Sans maquillage »
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Eloges de la Grenouille (20)
S
Satan
La Bête du Diable
« Fiches le camp », hurla Elie-la-vertueuse…
Surnommée Sainte- Zabeth-la- Glaciale pour sa sécheresse de corps, et Jurassique Parque pour sa frigidité de cœur, Elie-l’inacessible, lisait, au bord de sa piscine, de Rosheim, protégée des regards indiscrets comme par un bunker, quand une jolie petite « grenouille de Darwin » osa faire irruption dans sa solitude délibérément glacée malgré le Soleil
La grenouille de Darwin est, sur le dos, noire comme le charbon, donc comme le diable, et, sur le ventre, tachetée de rouge comme une coccinelle, donc comme une « Bête du bon Dieu ». Elle est telle qu’on la voit. Au choix. « Nos jugements nous jugent » , redirait Paul Valéry.
« Ici, dans cette ville d’Alsace, où même les pierres sont des fleurs, nous sommes bénis des Dieux : Le diable y est hors -la-loi. Hors des murs, Satan ! Ou je veux te voir tomber comme l’éclair », lança Elie-la-vertueuse en tentant de faire fuir la grenouillette avec le livre de René Girard qu’elle lisait pour se divertir des manuels de psychologie dont elle se gavait habituellement.
-Mais je ne suis pas le diable, répliqua, calmement, Darwinette, en fixant du regard Elie malgré la menace du livre transformé en arme, ce qui est la marque des lettrés incultes ou des érudits non cultivés
-Tu es le Diable, l’incarnation du Diable, comme toutes tes semblables, quelle que soit leur couleur…C’est écrit dans les saintes écritures., reprit Elie en forçant la voix. Tu es l’une des « immondes bêtes » des plaies d’Egypte. (Exode VIII, 5, 15). Et l’Apocalypse selon Saint-Jean fait de toi le symbole vivant de tous les péchés, de toutes les turpitudes, de toutes les tentations sataniques. Tu es le Diable en personne. Tu viens de l’enfer. Tu es l’Enfer.
«Alors de la bouche du Dragon, de la bouche
de la Bête et de la bouche du faux Prophète,
je vis sortir trois esprits impurs, comme des grenouilles.
Ce sont, en effet, des démons »
L’Apocalypse (16.13-1)
-Tu sais, femme pieuse, j’ai beaucoup voyagé, répliqua la grenouille noire. Et je sais toutes les représentations qui sont faites de moi et de mes semblables à travers le monde. J’ai vu les tableaux de Béatus de Silos, de Béatus de Facundus. J’ai vu les tapisseries der Nicolas Bataille, les croquis de Hennequin de Bruges, les gravures sur bois de Dürer, les toiles de Jérôme Bosch, champion en fantasmes toute catégorie, avec son « Jardin des Délices ». Dans sa campagne de Bois le Duc, les bourgeois bien pensants obligeaient les prostituées à porter des foulards illustrées d’horribles dessins de grenouilles, ces Bêtes du Diable.
-Quelle culture ! Et alors ? Toi, tu es encore plus diabolique que tes semblables puisque je crois savoir que, chez les Rhinodermes de Darwin, ta famille, les mâles avalent les œufs après la ponte des femelles…
-Oui, pour qu’ils se métamorphosent dans notre sac vocal. Chez nous, les enfants sont vraiment faits à deux ! Ce n’est pas comme chez vous les humains, où l’homme devient inutile… Je m’étonne qu’une femme aussi charmante que toi soit habitée par des images d’un autre temps. Rosheim est sortie du Moyen-Age, non ? En fait, ce qui te fait peur en moi, c’est ce qui t’effraie en toi…
« La femme est semblable à une
eau très profonde dont on ne
connaît pas les remous »
Vizir Ptahotep (ancienne Egypte, 2600 av J-C)
-Que dis-tu là vilaine bestiole ?
-C’est une grenouille qui te gratouille quand tes sens sont en effervescence, quand tes papouilles te chatouillent, quand tes seins bandouillent, quand ta vulve se mouille…Tu as peur de toi-même et de tes chaleurs mal assumées, Sainte-Zabeth-la-Glaciale. Et j’imagine que, dans le sexe des hommes, tu vois des crapauds recouverts de pustules. Tu me détestes comme tu détestes les serpents. Car tu es vipère et tu rêves de postures que ta bonne éducation réprouve…pour te mettre à l’épreuve.
-Mais tu m’insultes. Comment, d’ailleurs, connais-tu les surnoms injustes dont on m’affuble ? J’en reste bouche bée.

-Bouche béante , oui. Bouche gourmande, plutôt…Tu n’es pas la sainte que tu rêvais de devenir dans ton enfance bercée par des contes trop moraux. Tu te voudrais âme, esprit, vierge pure. Or, ton corps crie ses envies de grenouille baiseuse. A genoux, parfois tu te mets, non pour prier mais pour imaginer te faire prendre par derrière, ou par le derrière. Vieux rêves naturels de fesses à fesses qui valent tous les faces à faces. Je sais de quoi je parle. Ce sont tes propres turpitudes que tu projettes en moi. Mais peut-être aie-je tort. Ce peut être ta frigidité qui te rend si nerveuse…
« Si les femmes étaient
sans fesse , que ferions-nous
de nos mains, pauvres humains ? »
Raoul Ponchon
-Mais tu m’ennuies et me blesses, vilaine créature de l’enfer, petite peste démoniaque, sorcière satanique. C’est stupide que je sois en garbouille avec une grenouille. Je fais de mon corps ce qu’il me plaît. Et je m’offre à qui j’aime et à qui je veux sans fausse honte et sans culpabilité. Pour qui te prends-tu ? Ce n’est vraiment pas un hasard si ton espèce est maudite. Tu es dans ma propriété. Dans ma piscine. Tu regardes mon corps.
-Rassures-toi je te viendrai ni sur ta main, ni sur ton sein, ni sur ton ventre…Es-tu sûre d’ailleurs de bien t’appartenir ?…Paul Valéry avait sans doute raison :«Une femme intelligente, c’est une femme avec laquelle on peut être aussi bête que l’on veut ». Avec toi, je me régale…
-Ne sois pas aussi misogyne que les humains. Revenons à ton espèce…J’ai lu, donc je sais : je ne suis pas psychologue pour rien…Tu parlais de mes seins. Une grenouille dans la poitrine, c’est le diable de la luxure. Une grenouille dans les mains, c’est la tentation de l’avarice, de la concupiscence, de l’égoïsme. Une grenouille dans l’estomac, c’est le pêché de gourmandise. Et une grenouille dans les pieds, comme toi, en ce moment, c’est l’appel de la paresse. File ! Tu me fait perdre mon temps. Et je vais t’écraser si tu ne disparaît pas de ma vue. C’est en toute tranquillité que je veux prendre un bain purificateur. Ne viens pas polluer ma piscine. Sur une grenouille, je n’ai aucune envie de glisser » , insista Elie, au bord de la crise de nerfs en se couvrant d’un drap de bain transformé en bouclier.
« Un mot encore, si tu permets, petite sotte de femelle coincée », osa la Darwinette insolente en sautillant comme par provocation «Quand je te vois dans ton drap de bain trop grand pour n’être qu’une tunique pudique et trop mobile pour ne pas être un instrument de séduction mal utilisé, c’est au diable que je pense aussi. Si tu étais grenouille, sais-tu à qui tu ressemblerais, sainte-nitouche à la vulve muselée mais aux envies plus grosses que tes fesses ? A Kaeru, l’une de ces grenouilles géantes que les peintres japonais transformaient en monstres. Et si tu étais crapaud, tu serait Gama, comme la O-Gama de Su-Wo, l’incarnation du diable, qui, par sa seule salive, provoquait un arc-en ciel capable d’empoisonner tous ceux qui le voyaient. Je plains les hommes que tu réussis à séduire. Moi, je m’en vais. Tu m’as appris que la seule vraie beauté, c’est celle qui tu n’as pas :celle de l’intérieur. Ne te noie pas, surtout. L’eau de Rosheim serait empoisonnée. Tu as déjà pollué trop de cœurs généreux pris au piège de tes yeux de fée et de ton âme de sorcière»
Darwinette laissa Elie se purifier, solitaire, dans sa piscine. Et se fit prendre, en crapaudine, par un mâle batracien qui n’avait d’autre état d’âme et d’autres projets que de célébrer Dieu en jouissant de son corps sans penser à Satan.
Le « Diable au Corps » est une expression sacrilège. Satan, c’est l’empêcheur de jouir de la vie, donc des dons de Dieu. L’Amour perverti par la mauvaise conscience et la censure des sens est une invention du Diable, non du Bon Dieu qui est Amour.
Les grenouilles, elles, savent jouir au présent, « ici et maintenant ». L’abbaye de Thélème du bon et généreux Rabelais est à réinventer : elle était peuplée de moines batraciens et de nonnes à têtes de grenouilles jouisseuses. On y pratiquait la morale authentique mais pas le moralisme ou ce que Nietzsche appelait la « moraline ». La vraie fille du Diable, c’est l’hypocrisie. Un sentiment et un comportement inconnus chez les grenouilles…
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