30/01/2005

Le Boche et l'Ami allemand (I)

Le Boche et l’ami allemand

Tiens, tiens...Les relations franco-allemandes n'ont pas fait la Une de l'actualite depuis longtemps. Un bon signe? On parle peu de ce qui fonctionne bien. Un peu. Mais il est possible aussi que ce silence révèle comme une stagnation, l'absecnce de progrès nouveau dans une coopération qui est loin d'avoir atteint tous ses buts. Le point, en plusieurs épisodes, sur hier, aujourd'hui et demain. Petite radiographie de relations qui restent la collonne vertébrale de l'Union européenne

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I) "Devenir des frères"

« Les Français et les Allemands doivent devenir des frères. La fraternité des deux peuples doit devenir quelque chose d’élémentaire (…) Il est clair que nos intérêts se rencontrent et se rencontreront de plus en plus. Elle a besoin de nous autant que nous avons besoin d’elle ».

Ce n’est pas Robert Schuman, celui que l’on traitait de « Boche », à l’Assemblée nationale, qui parle : c’est le général de Gaulle, l’homme qui avait combattu la CECA, tuer dans l’oeuf la CED, condamné la construction d’une Europe fédérale, ces « billevesées », cette « chimère » et combattu la reconnaissance d’une Allemagne « traitée à égalité », donc tout ce pourquoi Adenauer s’était battu…

La vie est mouvement, heureusement. Et les « grands hommes » savent rester eux-mêmes en se métamorphosant. En l’occurrence, ce n’est pas Adenauer qui s’en plaindra. Schuman non plus : cette réconcliation franco-allemande qui , bientôt va se trduir par le tritéde l’Elysée, c’est aussi sa victoire. La dernière victoire qu’il ait remporté, vivant.

En l’occurrence, de Gaulle renoue avec ce qu’il pensait depuis longtemps : « L’Allemagne n’est pas l’ennemi héréditaire des la France », le Rhin ne doit plus etre une frontière, mais l’artère vitale de l’Europe. Charlemagne ressuscité, presque…

Nous sommes le 27 juin 1962 : le général, dans le salon doré de l’Elysée, tient à s’assurer que la visite officielle que doit faire Adenauer en France sera bien « comprise par la presse » et se déroulera du mieux possible. Il veille à tout, personnellement, y compris aux roses de la chambre du Chancelier, et à la grand croix de la Légion d’honneur qu’il lui dédernera .

« Ce voyage est capital(…) pour lui, nous faisons le grand jeu. Une visite d’Etat comme s’il était président de la République (…) Personne ne peut mieux que lui me serrer la main. Mais personne ne peut mieux que moi la lui tendre. Parce que j’ai été pour eux un adversaire implacable pendant la guerre, c’est de moi qu’ils attendent l’absolution de leurs crimes de guerre (…) L’essentiel c’est que les deux peuples exorcisent les démons du passé et qu’ils comprennent maintenant qu’ils doivent s’unir pour toujours »…
Le 6 juillet, de Gaulle et Adenauer se retrouvent à Mormelon, au cœur de cette Champagne qui a tant souffert. Ils passent les troupes en revue : après la 11ième division légère d’infanterie française, les Panzer-grenadiers de la 13ième brigade de Wetzlar. Dix-sept ans après la guerre. Ce défilé soulèvera moins de polémiques que celui des Allemands de l’Eurocorps le 14 juillet 1994, 50 ans après la Libération, note Alain Peyrefitte…

Puis c’est la messe solennelle dans la cathédrale de Reims, si chargée d’Histoire, presque complètement détruite par les Allemands. « Reims, évidemment… », avait dit le général. « Reims, ville martyre de la première guerre mondiale. Ville qui a reçu la réédition de l’armée allemande à la fin de la Seconde. Dans cette cathédrale où étaient sacrés nos rois, où Jeanne d’Arc est venue pour couronner ce pauvre Charles VII. Ces lieux où a été baptisé Clovis, et où l’on opeut dire que la France aussi a été baptisée »



De Gaulle et Adenauer sont cote à cote, dans le chœur. Mgr Marty célèbre l’office, assisté de deux prêtres, l’un avait été prisonnier, l’autre déporté. Adenauer communie, de Gaulle, chef d’un état laïc, non. Un Alléluia de Haendel retentit quand les deux hommes redescendent la nef, comme pour un mariage …

Tant pis si , à Paris, le peuple « avait montré peu d’empressement » pour accueillir le Chancelier, des cris et des banderoles avaient dénoncé « le militarisme allemand» et les « revanchards allemands » et si à Reims même, dans des rues presque désertes, des colifichets étaient on ne peut plus clairs : « vive la République démocratique allemande », « pas de nazis en France »…

De Gaulle a souligné la « vague des témoignages admiratifs », la « convivialité venue des profondeurs françaises» , « l’approbation » de « l’âme populaire » à ce qui constituait « un acte capital »… Adenauer, lui aussi, « a fait comme si …» La première fois qu’il était venu à Paris en voyage officiel, le 18 avril 1951, pour la signature du traité de la CECA, tout avait été très discret : des menaces d’attentats avaient été proférées, et des manifestations d’hostilité avaient été annoncées Adenauer avait été pratiquement caché…« Le chancelier n’était pas homme à s’arrêter aux formes extérieures, écrira Monnet. Lui aussi avait affaire à ses conservateurs de droite et de gauche et à ses militaires traditionalistes qui le poussaient vers un neutralisme qu’il jugeait illusoire ».

Des manifestations populaires, il y an a eu, en revanche, quand de Gaulle a fait son voyage officiel en Allemagne. Triomphal. « Un vrai délire », commentera Couve de Murville, pourtant expert en litotes. »Un déchaînement d’enthousiasme ». C’est « l’ami français », mais aussi le chef de la Résistance à Hitler et celui qui « voulait faire la paix dans les cœurs » qui était accueilli. « J’ai été pris dans un torrent », dira de Gaulle. « il y avait là un fait historique, aqel on ne pouvait pas se dérober et qui était clair comme la lumière du jour »

Résultats le Traité de l’Elysée dont le quarantième anniversaire a été célébré avec faste, mais qui reste encore à appliquer plus complètement : toutes ses promesses ne sont pas tenues. Et des projets de véritable « union entre la France et l’Allemagne » restent hélas dans des tiroirs. La « fraternité » souhaitée par De Gaulle comme par Schuman reste à trouver le sens qu’elle devrait avoir : les « frères » sont trop soupçonneux l’un envers l’autre. Et les divisions françaises sur l’Europe ne facilitent en rien les choses … même si la plupart de ceux qui parlent d’une « prochaine guerre avec l’Allemagne » fon de la provocation ou affichent un rétrofuturisme d’une pathologie particulière.



En fait les Françis connaissent trop peu les Allemands, ce qui les rend soupçonneux quoique fassent les Allemand. Comme dit, avec un sens du paradoxe humoristique, un journaliste d’outre-rhin : « Les Allemands pensent comme les Français, mais ils aimeraient bien que les Français pensent comme eux »

Derniers soupçons, depuis la chute du Mur : L'Allemagne depuis 1950 n'a-t-elle été "européenne" que par obligation morale et géopolitique ? Conservera-t-elle son engagement pour l'Union Européenne alors qu'elle a recouvré toute sa souveraineté, toute sa puissance économique, tout son rayonnement culturel au cœur du continent ?

" Que devons-nous faire ?Vous pouvez nous reprocher notre histoire, redirait Kohl. Mais pas notre géographie". Cette question allemande reste évidemment au cœur de la "question d'Europe" . Elle est d'ailleurs autant franco-allemande, ou anglo-allemande, ou polono-allemande que strictement germanique. Elle est peut-être même d'abord française...

(A SUIVRE...)

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