16/02/2005
Luc Ferry et la "dépossession démocratique"

Il n’a pas subi que des « blessures narcissiques » ou d’orgueil…Ou des griffures d’amour-propre : « la réputation c’est ce qui ne dépend pas de nous », écrivait déjà Aristote….
Il a la peine de ceux qui n’ont pas fait le dixième de ce qu’ils auraient pu faire à un poste où ils se sentaient investis d’un vraie « mission républicaine ».
Il a la déception de ceux qui ont se sentent trahi dans la confiance faite dans un système, dans des amis.
Il a la souffrance de ceux qui voulant ré-enchanter la politique dans l’action après avoir, des années durant, réfléchi sur les difficultés et les crises de la démocratie, s’est cassé les dents sur des réalités et des moeurs dont il avait sous-estimé les aspects pervers.
Il a l’inquiétude, surtout, de ceux qui savent ce que le « mal français » décrié voilà des décennies par Alain Peyrefitte s’aggrave. Parce que tout le monde veut des réformes pour les autres mais pas pour soi-même.
Naïf, Ferry ?
Oui, si au royaume des cyniques agir au nom de convictions relève de la naïveté. Oui, si croire dans la perfectibilité de la démocratie par l’esprit des Lumières relève de l’utopie.
Oui, si espérer que le « vivre ensemble » pourra être ressouder par une réinvention de la notion de « grand dessein », par l’art de « projeter l’idéal de la république dans le futur », sans « la nostalgie des blouses grises », par l’audace de mettre au point des programmes d’action cohérents et d’agir une éthique d’action qui ne soit pas dictée que de faux et mauvais calculs « politichiens »…
Cette forme de naïveté là s’appelle vertu.
Elle nous manque cruellement dans notre système politico-médiatique mis au service d’un individualisme de masse qui aboutit à ne massification des individus, à l’émergence de communautarismes, de corporatismes, de sectarisme et à cette « montée de l’insignifiance » qu’avait si bien su décrypter Castoriadis.
Ceux qui ne veulent voir dans le livre de Luc Ferry que des « règlements de compte » (avec des journalistes, des animateurs de média, et des personnalités telles que Debré, Bayrou, Lang) devraient prendre la peine de le lire.
Ce n’est pas « Comment peut-on être Ministre ? » le vrai titre de cet ouvrage : c’est « essai sur la gouvernabilité des démocraties » à l’ère de la globalisation et de la société médiatique, donc en cette ère d’impuissance politique et de doxocratie, de « dépossession démocratique ». De « Démocrassouille »
Nostalgie de paradis perdus qui n’ont jamais existés, peur de l’avenir, souci de soi au présent dans un « ici, maintenant et tout de suite », exacerbation des envies dans une société de compétition qui transforme l’homme-dieu en homme-diable et conduit à une généralisation suicidaire du nihilisme rampant …Les maux sont décryptés :il faut trouver les remèdes. En changeant un système qui privilégie le « maillon faible » en redonnant une actualité brûlant au mot de Frédéric Bon : "Que le meilleur perde ! "
Luc Ferry se reconnaît dans une définition « baroque » de la politique. Nous avons sans doute besoin d’une révolution baroque en politique. L’expérience de Ferry après celle d’Allègre pourraient servir, si on prenait le temps de les méditer au lieu d’ironiser. Mais qui prend encore le temps de penser ? Le mot de Kant (« penser, c’est juger ») doit être aujourd’hui inverser :on juge sans penser et sans savoir…C’est la « Défaite de la pensée » qui provoque l’impuissance de la puissance publique…
Mais pas de déprime : un jour, bientôt, le peuple que l’on confond de plus en plus avec les masses de l’audimat, reprendra conscience que la doxocratie, cette dictature de l’opinion, est aussi exécrable que le despotisme non éclairé :elle fait le jeu d’un « poujadisme technocratique », d’un « monocratisme élitiste », de toutes les démagogies. Elle bloque et trahit l’idéal démocratique, cet idéal dont « le cœur du cœur reste l’égalité des chances ». et l’élargissement des champs de libertés. A méditer à droite,à gauche,au centre. Et dans les média.Daniel RIOT
*« Comment peut-on être ministre ? Essai sur la gouvernabilité des démoraties », par Luc FERRY. Plon
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21:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : Démocratie











Commentaires
Elle est vraiment aussi bien que ça sa femme ?
Je suis sur que si elle était là, Dany t'as du avoir du mal a suivre les debats.
Ecrit par : finger | 16/02/2005
Beaucoup de mot et de ^philosophie pour un constat : le pouvoir d'un minsitre de l'education nationale s'arrete au seuil de son bureau !
La faute à qui ? Pas aux maux que vous decrivez a travers ces longues lignes : tout simplement a cause de syndicats omniprésents et omnipotents.
Ecrit par : finger | 17/02/2005
Je suis d'accord avec vous, Finger. Oui, les syndicats omniprésents et omnipotents sont parmi les premiers responsables de l'immobilisme pathologique de notre société et de l'impossibilité endémique qu'il y a à réformer ce pays.
Mais n'oublions pas une chose. Ils ne constituent pas des générations spontanées. Ils sont eux-mêmes des produits de cette société, de ce pays. Ils en proviennent, ils en émanent. C'est donc elle qui les a créé.
Ecrit par : Pat | 17/02/2005
Pat de tea time ?
Ecrit par : finger | 17/02/2005
mais qu'il est bas-rhinois notre finger....donc un proche de son Dany....voila l'explication !! (y a qu'ici qu on passe "tea time" pour les non bas rhinois.) dis moi oses tu lui dire en direct live tes commentaires ??? naaannn OBLIGE de te cacher sous un pseudo. serais tu R... G ???
Ecrit par : sylvana | 17/02/2005
Désolé je comprends rien à ce que tu dis Sylvana.
Tea Time est un blog animé par une Patricia et je me demandais si c'etait elle l'auteur de ce commentaire.
Je ne suis pas bas rhinois (désolé pour ton regio centrisme). Mais ancêtres sans soute mais c'etait avant 1830.
Quant à dire tout cela en face à Dany, non bien sûr, j'en ai les fesses qui font bravo rien que d'y penser.
Ecrit par : finger | 17/02/2005
Là j'ai besoin de décodeur...Tea time est un blog et une émission, c'est clair! Et toutes les patricia ne sont pas des Pat, c'est évident. RG, c'est qui? renseignements génraux? Et les fesses qui applaudissent, c'est quoi? A noter;j'adore les jolies femmes mais je ne suis pas jaloux de leurs mecs. Et chaque fois qu'un type bien (ou une femme bien) se plante en politique,(de droite de gauche ou d'ailleurs), je trouve que c'est une défaite de la démocratie...Pour ce qui est des syndicats, ils sont encrise, comme toutes les structures d'une société malade. Ils ne sont pas assez représentatifs, c'est leur problème. Et c'est le notre. mais ce n'est pas le seul. Comme dit DSK à l'heure où je joue avec mon ordi, "qu'est-ce qui va bien en france? ce sont les profits. Qu'est-ce quiva mal? Ce sont les salaires et les pouvoirs d'achat". Est-ce de gauche? Non. Mais qui peut me dire ce qui sépare vraiment la gauche de la droite? Rien , pas mêm les logements ministériels (ce qui n'a rien à voir avec ce qui précède, mais je vois Gaymard à la télé qui devrait avoir autre chose à dire...mais qui répond aux questions du ragot-poujadisme ambiant)
Ecrit par : daniel | 17/02/2005
Tu peux pas t'empecher de les admirer les politicards !
Les salaires vont mal ? Augmentation de 5% du SMIC, j'aurais aimé que mes actions rapportent les mêmes dividendes ! (ah oui j'ai des actions donc je dois être un poujadiste).
On s'offusque qu'un ministre se paye un 600 m2 au frais de la ripoublique, on est là aussi poujadiste (voire le peniste !), alors que lui meme l'admet puisqu'il légifère en la matière !
Ecrit par : finger | 17/02/2005
Ah oui j'oubliais, les fesses qui font bravo c'est une metaphore pour dire que j'ai tres peur de toi comme tu dois l'imaginer !
Par contre tu as enfin avouer t'es un sacré queutard Dani !
Ecrit par : finger | 17/02/2005
Non, Finger, désolée de vous décevoir. Je n'anime aucun blog et Tea Time ne m'évoque rien. En revanche, j'aime bien ce blog parce que j'aime beaucoup Daniel Riot, et j'admire son engagement pour l'Europe parce que j'aime aussi l'Europe.
Mais pour en revenir à la question des syndicats, Daniel dit que c'est leur problème s'ils ne sont pas assez représentatifs. Je ne suis pas tout à fait d'accord. Le fait qu'il y ait un gouffre entre les dirigeants et leur base, le fait qu'ils font un barouf énorme dès qu'une réforme pointe timidement son nez en faisant croire qu'ils représentent beaucoup de monde alors que c'est faux, me paraît être un déni majeur de démocratie et regarde donc tout le monde.
J'en ai justement assez de voir des bons politiciens (il y en a tout de même, Finger !), des personnes qui ont des idées et qui ont envie de les mettre en application, se retrouver systématiquement sur des sièges éjectables à cause de syndicats irresponsables qui au lieu de défendre la justice sociale, ne défendent en fait que des intérêts corporatistes.
Et c'est en cela, Daniel, que je pense que certains de nos syndicats (pas tous, heureusement !) sont le produit d'une société égoïste et autocentrée. Mais malade, je ne suis pas sûre. Je ne pense pas que notre société soit malade. Je pense qu'elle est en train de faire un choix de vie fondée sur l'individualisme. Pour moi, ce n'est pas être malade, c'est juste un choix comme un autre. Mais que je déplore, même si j'en fais partie et qu'inconsciemment, j'en fais peut-être autant, après tout.
Ecrit par : Pat | 18/02/2005
Quel charmeur ce Dani !
Attention cependant Pat, il va vpus taxer de poujadiste !
ce qui me navre c'est que la loi protège les 5 principales centrales syndicales et leur donne un quadi monopole.
Si l'Europe pouvait imposer en France un syndicalisme a l'allemande, je vote tout de suite pour la constit'
Ecrit par : finger | 18/02/2005
J'ai presque envie de dire que l'Europe est la dernière chance de notre pays pour le "décrotter" de son immobilisme.
Ecrit par : Pat | 18/02/2005
Vision optimiste des choses.
Ecrit par : finger | 18/02/2005
L'Europe comme levier d'Archimède du "décrottage" d'une société bloquée, d'une France paralysée, d'une réalité sociétale malade,? Evidemment. Le "poujadisme", c'est la démagogie. Or "Pat" n'est en rien "démagogique".... Ce qu'elle dit ne me plait pas seulement , mais me conforte: les anti-européens sont des gens qui n'ont pas confiance en eux-mêmes. Du "poujadisme"? Non , du nihilisme inaouvé, parce qu'inavouable. Mais finger sait qu'il est intelligent, donc qu'il peut changer d'avis...L'Europe n'est une emmerdeuse que parce qu'elle gêne ceux qui ne s'en sentent pas dignes. Ils ont nombreux, hélas..."finger" doit savoir que la "vision optimisme des choses" est d'abord le respect du "principe de réalité": l'Europe ne sera que ce qu'on la fera.Ou on ne la fera pas. Salut les "constructifs", bye-bye les euro-peesimistes. Finger est àmontrer du doigt...
Ecrit par : daniel | 18/02/2005
Avec ce coquin (puisqu'il n'aime pas queutard) de Dani, la logique est diffcilement applicable.
Platon aurait dit Finger est d'accord avec Pat, Dani est d'accord avec Pat donc Dani est d'accord avec Finger.
Mais Platon ignorait la servilité face au beau sexe et avec Dani tout Sylogisme de ce genre est à proscrire !
Ecrit par : finger | 18/02/2005
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