07/10/2005

Quand le "rêve" d'Europe devient tragique.....

Ils rêvent d’Europe. Et ils en meurent… Images terribles, terrifiantes : Ces milliers d'Africains escaladant les barbelés de Ceuta et Melilla, deux  miettes d’Europe en terre marocaine, ou se noyant dans des traversées clandestines, payant cher, très cher, de leur vie leur volonté d’échapper aux misère sud-sahariennes. Pas de miracle, ou très peu : d’innombrables mirages. Hier encore six morts : cela devient une statistique quotidienne, un non-événement. Banalisation de la tragédie permanente.
Les chiffres publiés ne sont qu’un reflet bien faible de ces tragédies d’instinct de survie. L'an dernier, au moins 133 personnes sont mortes en tentant de rejoindre l'Espagne par la mer. Moyennant 1 500 à 2 500 dollars, la mafia des passeurs leur a promis d'aborder Gibraltar ou les Canaries, au large du Maroc. En Italie, selon des chiffres du ministre italien de l'Intérieur Giuseppe Pisanu, 15 327 personnes ont débarqué illégalement en Italie depuis janvier 2005 : 60 % de plus qu’en 2004. Et combien ne sont pas arrivés ? Chypre et Malte jouent aussi les ports de l’espérance… Fin septembre, après un débarquement groupé de clandestins, le ministre de l'Intérieur maltais appelait l'Europe à l'aide : «L'arrivée de 235 immigrants à Malte équivaut à l'arrivée de 23 500 personnes en Sicile.» Entre 2003 et 2004, Chypre a enregistré une explosion de 124 % des demandes d’asile, et Malte de 116 %. Et ne parlons pas des « rêves d’Europe » nourris en Ukraine, en Moldavie, en Biélorussie et ailleurs, plus à l’Est encore…

Que faire ? Il est clair que l’Europe, comme disait Rocard jadis à propos de la France « ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Il est évident aussi que les « rêveurs d’Europe » risquent leur vie non pour trouver un « Eldorado » mais pour travailler, vivre et ne plus survivre. Il est certain que la répression seule ne règlera rien, ni aux frontières hispano-marocaines ni ailleurs. Dire cela ne règle rien, hélàs. Pas davantage que les sentiments de honte ou de culpabilisation que nous pouvons ressentir.

Là encore, nous payons trois factures :

1)       Notre incapacité à favoriser un décollage économique africain : la construction  européenne avait pourtant commencé en se préoccupant de cette Afrique trop oubliée. Les conventions de Yaoundé et de Lomé étaient des avancées fantastiques. Mais le monde évolue plus vite que les esprits qui prétendent le gérer et les « trente piteuses » succédant aux « trente glorieuses » n’ont pas favorisé un progrès partagé. L’échec du processus de Barcelone s’inscrit dans le même contexte.

2)       Notre incapacité (nationale et européenne) d’avoir une politique des flux migratoires débarrassée des  scories passionnelles.

3)       Le refus des gouvernements européens de mettre sur pieds une politique commune en la matière. La Commission a multiplié les propositions. Mais les politiques nationales restent différentes, ce qui est une aberration puisque l’union repose sur la « libre-circulation »

S’il est un domaine où l’Europe en panne, en berne et en crise doit pouvoir progresser concrètement, sans hypothèque institutionnelle , c’est bien celui-là. A la Commission de prendre des INITIATIVES (et pas seulement de lancer des idées…). A chacun de ne pas oublier les principes fondateurs de l’Union . Un rappel : au Conseil de l’Europe, depuis 1950, on ne parle pas « d’immigration » mais de « flux migratoires », pas « immigrés » maisne « migrants ». Les mots vont toujours plus loin que les lettres qui les composent … Qui disait que l’Europe était d’abord un état d’esprit ?

Daniel RIOT

11:15 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe

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Trackback par : RELATIO | 07/10/2005

Commentaires

En raison d'un discours "politiquement correct" érigé en dogme, en raison du jeu politicien qui mettait le pen en son centre, il n'a pas encore été possible d'aborder les problèmes de l'immigration .....

Et le pire, c'est que même un lepen moribond sert encore d'étalon puisque la gauche qualifiera forcément de crypto-lepeniste, celui qui osera briser le tabou !

Machiavel démagogue, celui qui fit rentre le pen au coeur de l'arêne savait cela

Ecrit par : http://alsator67.blogspirit.com/ | 07/10/2005

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