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02/05/2006

STRASBOURG: La "bataille du siège" encore....

Le Conseil municipal de Strasbourg débat ce mardi de la nouvelle affaire du « siège » du Parlement européen. De cette affaire qui défraie la chronique, surtout dans des journaux et des médias étrangers, et qui sont repris bien sottement par quelques sites internet et quelques journaux parisiens.
Les affaires de « gros sous » liées aux institutions européennes font les choux gras des anti-européens de tous bords, des populistes de toutes tendances, et de ceux qui ne vivent que pour et par l’audimat, c’est-à-dire l’audience : les mots « scandale », « gabegie », « arnaque », « profits », « combines » font toujours recettes même s’ils sont suivis d’un point d’interrogation… Et d’informations qui, jusqu’à preuve du contraire, sont à classer dans la rubrique « désinformation ».
Je suis avec passion cette « bataille du siège » depuis toujours : directement, en témoin, depuis 1969, indirectement en passionné d’histoire et en « cueilleur de confidences » depuis les débuts de la construction européenne…
« Vous verrez, Daniel, cette querelle du siège  durera des années. Elle sera un combat permanent pendant longtemps », m’avait confié Pierre Pflimlin, qui savait ce que le mot « combattre » veut dire dans l’une de nos dernières conversations. « Les Strasbourgeois, les Alsaciens, nos voisins allemands, devront se battre, se battre et encore se battre pendant des décennies. Contre les bureaucraties bruxelloises qui rêvent de centralisme. Contre les jacobins parisiens qui n’ont qu’un regret depuis 1950, c’est que PARIS ne soit pas la Capitale de l’Europe, et regardent Strasbourg avec condescendance. Et contre les anti-européens de tous bords». Une belle lucidité. Prémonitoire.
Cela reste plus vrai que jamais. Et les responsabilités sont bien partagées… Avec des culpabilités (à Paris) jamais assumées : La France politique n’a jamais compris pourquoi Paris n’était pas la vraie « Capitale » de l’Europe…
Confidence : la première fois que j’ai rencontré Catherine Trautmann, c’est à sa demande…parce que Michel Rocard (pourtant riche de qualités personelles) lui conseillait de renoncer à faire du « siège » l‘un de ses chevaux de bataille pour les élections municipales. « Laisses tombe », lui avait-il dit. « La Bataille pour Strasbourg est perdue. C’est la faute de la droite qui n’a pas bien défendue le dossier depuis le départ de Pierre Pflimlin. Négocie des contre-parties. Strasbourg peut devenir un pôle d’excellence européen sur le plan universitaire »… Catherine Trautmann a tenu bon, a trouvé de bons arguments, a su convaincre Mitterrand de  défendre « Strasbourg capitale parlementaire », donc démocratique de l’Union européenne. Merci à elle : ce fut difficile.
Autre confidence : A un moment où tout semblait perdu (histoire oubliée !), alors que Marcel Rudloff, maire de la Ville, avait des problèmes relationnels avec la gauche au pouvoir (pour cause de « synchrotron » et de pressions sociopolitiques ridicules), alors que Strasbourg n’abritait que six sessions par an du PE, alors  que « Bruxelles » était prête à recueillir toutes les sessions de l’Assemblée parlemenetaire qui se tenaient à Luxembourg, c’est Roland Dumas, ministre des affaires européennes,  conscient des enjeux pour la France et pour l’Europe, qui a « sauvé » le parlement européen à  Strasbourg. Avec l’aide du chancelier Kohl, qui avait pleine conscience de la force symbolique du Rhin.
C’est avec lui, à la suite de deux alertes téléphoniques (très matinales) de sa part, et avec les soutiens décisifs de Jacques Puymartin, PDG des DNA, de Pierre Pflimlin, de Daniel Hoeffel que j’ai pu avec Jean-Marie Caro lancer et réussir  (en partie et provisoirement) une opération « Strasbourg-Europe » transpolitique, interdisciplinaire, et multi-institutionnelle.
*J’écris « réussir en partie » parce que nous avons « sauvé les meubles » (le maintien de sessions à Strasbourg, ou plutôt la fixation de 12 sessions pleinières à Strasbourg) sans réussir à faire de « Strasbourg l’européenne », donc de  « l’Europe A et DE Strasbourg » une vraie « cause nationale » (ce qui aurait été la concrétisation des promesses du président Giscard d’Estaing qui voulait faire de l’Alsace « une vitrine de la France sur le Rhin » et qui a eu le grand mérite de lancer  les « contrats Triennaux » Etat-Ville pour renforcer le rôle européen de Strasbourg. Un contrat qui a été amélioré par Chirac mais qui doit l’être encore.
*J’écris « réussir provisoirement » parce que ce que les événements montrent bien que la « bataille » n’est pas gagnée. Malgré les débauches d’énergie exemplaires déployées  par les autorités locales, toutes tendances confondues.
Sur ce plan, quelle critique peut-on faire OBJECTIVEMENT, à Catherine Traumann, qui a fait construire les nouveaux bâtiments du PE en prenant des risques (en tous genres) énormes, en menant des combats permanents avec intelligence et pertinence et à Roland Riess (dont le rapport sur le « siège » commandité par le gouvernement dort dans des tiroirs parisiens d’une façon éhontée) ?
De même, quelle critique peut-on faire, aujourd’hui, à Fabienne Keller et à Robert Grossmann ? Sur ce terrain européen, tout est difficile,  mais je vois ce que le « tandem » a fait et fait. Et j’applaudis des deux mains
Sans être exhaustif, je cite en vrac :
*La création du « Club de Strasbourg », ce réseau de villes européennes dont peu de média parlent, hélas, est une idée fantastique, dans la lignée du jumelage que la gauche avait lié avec Dresde.
*Le lancement du « Parlement des philosophes », de l’Académie européenne de Strasbourg, de la chaire Levinas, des entretiens du Conseil de l’Europe et de la Ville, des Conversations de Strasbourg s’inscrivent dans une perspective d’espérance et répondent à un vrai besoin : mieux PENSER l’Europe pour mieux la connaître et mieux  la vivre.
*Je sais en TEMOIN à quel point les responsables politiques actuels de la Ville sont  soucieux de tout faire pour nouer des relations étroites et permanentes avec les parlementaires et les fonctionnaires de l’Union européenne. Pour assumer ce qui est plus qu’une vocation mais une mission gravée dans les marbre des traités de Strasbourg
Evidemment, comme en tout et comme toujours, on pourrait toujours faire mieux et plus.  Mais « c’est plus cher »: il faut le savoir. Et il faut, surtout,  savoir, dégager, une vraie volonté collective d’ACTION. A tous les niveaux, y compris national.
 Un lobbying plus efficace ? Bien sûr. Encore faut-il que Strasbourg, les deux départements alsaciens, la Région ALSACE, les « euro-districts » en gestation, le « grand Est » (qui est la circonscription électorale des euro-députés), les institutions transfrontalières dites du « Rhin supérieur » travaillent main dans la main , rament dans le même sens, travaillent en synergie et en convergence.  Dans les mêmes « laboratoires d’idées », sur les mêmes chantiers, avec les mêmes buts.
Je suis en train de recenser dans tous les domaines toutes les institutions, toutes les organisations, toutes les associations qui ont une dimension européenne. C’est fabuleux ! Quelle richesse ! Mais quel cloisonnement, aussi, quel émiettement, quel éparpillement…et quelle stupide concurrence, quel manque d’efficacité pour cause de rivalités personnelles ou fonctionnelles, y compris à l’intérieur d’une même université, ou d’un même secteur d’activité. J’y reviendrai, un autre jour, sur ce blog et ailleurs. Je suis déjà trop long pour rester lisible. La question du jour reste celle du siège du Parlement européendans le contexte actuel.  
C’est vrai : il y a menace. Sérieuse. Et ce n’est pas une surprise : le NON français à la Constitution (nous l’avions prévu) a affaibli la position de la France en Europe, donc, par ricochet,  de la mission européenne de Strasbourg (et la langue française, d’ailleurs)
C’est faux : les critiques sur l’Europe A Strasbourg n’ont rien à voir avec des questions de budgets, de difficultés d’accès ou de problèmes d’accueil. Arguties et hypocrisie. Les fonctionnaires, les experts et les élus européens voyagent en permanence dans toute l’Europe, tiennent réunions (dans le sud en hiver, dans le nord en été) partout, y compris dans des contrées qui n’ont ni aéroport international, ni TGV, ni autoroutes… Il arrive que des avions aient du retard : Strasbourg n’en a pas l’exclusivité…
Les adversaires du Parlement européen à Strasbourg sont, en fait, les adversaires d’une Europe réellement construite autour de ses valeurs fondatrices. Ils existent. Ils sont même nombreux. Et ils ne sont pas qu’anglais….
Catherine Lalumière qui a été ministre des affaires européennes, secrétaire générale du Conseil de l’Europe, parlementaire européenne, l’avait bien vu : «  Ceux qui sont contre une extension des compétences de l’Union sont les mêmes que ceux qui sont contre une augmentation des moyens du Conseil de l’Europe et contre  le fait que Strasbourg soit la capitale parlementaire, citoyenne, démocratique de l’Europe »
L’Europe A Strasbourg contestée, c’est l’Europe DE Strasbourg agressée. Les valeurs, le sens, l’état de droit, l’esprit de Justice, les droits de l’Homme, les dialogues inter-culturels, les luttes contre tous les  totalitarismes, les Lumières contre les « Anti-Lumières », la et les Libertés, la solidarité vécue dans une compétitivité réfléchie, la Paix  par la rencontre et le dialogue. La Culture et pas seulement les affaires et la géo-finance d’une globalisation qui oublie que LA PERSONNE, donc le principe d’humanité, doit être mis au cœur de toute action. L’ EUROPE, qui ne s’unifiera que « pas à pas », comme le prévoyait Robert Schuman, n’est pas qu’une simple zone de libre-échange gérée d’une façon bureaucratique.
Un espoir dans le contexte actuel : que les divergences, les rivalités personnelles, les arrière-pensées carriéristes, les calculs politiciens (« politichiens » disait De gaulle) s’effacent devant ces querelles de chiffres qui ne sont que des coups bas.
Aux coups bas, il faut répondre avec hauteur, sans agressivité et sans arrogance, mais avec pédagogie, transparence et efficacité. Dans l’unité. Le Parlement européen a des « négociateurs redoutables » : soyons des négociateurs redoutés.  Et tirons parti de cette « affaire » qu’il importe de ne minimiser en rien (elle laissera des traces négatives qu’elle en soit l’issue) pour relancer non la structure mais l’esprit de « Strasbourg-Europe ».
Je me répète : Cela exige une réflexion et des actions  TRANSPOLITIQUES, INTERDISCIPLINAIRES et (j’ajoute) TRANSGENERATIONNELLES, car l’Europe reste  un PROJET plus qu’un souvenir ou une nostalgie. Nous souffrons d’un manque, d’un inachèvement, d’une insuffisance  de l’Europe. De cette Union européenne qui est ce  que Spinoza nommait un IDEAT, un idéal en voie de réalisation.
Puisque cette note est remplie de confidences, je termine sur une confidence : c’est à la suite d’un déjeuner avec Robert Grossmann, voilà un an, que j’ai décidé de lancer RELATIO, une vieille idée réactualisée avec de jeunes journalistes, de jeunes universitaires, des jeunes écrivains de droite, de gauche et du centre, et  un jeune gestionnaire (Vincent Gouvion, 24 ans)  pour que l’Europe  A Strasbourg serve l’Europe DE Strasbourg, et réciproquement.
Je regrette que cette entreprise (privée) soit lancée dans un contexte (public) conflictuel. Mais  nous serons jugés sur nos textes, indépendamment du contexte. Et nous faisons un pari sur l’intelligence, le bn sens et de courage de tous les acteurs de l’Europe DE et A strasbourg.
Quand je vois le succès de l’Opération « Portes ouvertes » du Parlement européen, orchestrée ce week-end, par Jean-Jacques Fritz, directeur de l’antenne (encore trop faible du PE à Strasbourg), je reste sinon  optimiste, du moins déterminé.
Comme me disait Pierre Pflimlin : « J’appartiens à la Génération des Pères de l’Europe. La vraie Génération Europe, ce sera celle de ceux et de ceux qui auront 20 ou 30 ans quand, vous, vous en aurez 60 ». On y est. Et tout reste à gagner.  L’Europe (De Strasbourg, A Strasbourg… et d’ailleurs) dépend d’abord de chacun de nous. RELATIO se veut la revue des ACTEURS de l’Europe
Daniel RIOT

01:40 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe

Commentaires

Bon. Et concrètement, on fait quoi? On attend que nos fantastiques élus parviennent à convaincre "Paris"? Parce que, en face, la mobilisation continue (cf: http://www.oneseat.eu/).

Je vous rejoins totalement pour déplorer l'éclatement des organisations pro-européennes. Mais il faudra bien que la société civile se bouge. Une nouvelle initiative Strasbourg-Europe serait sans aucun doute la bienvenue! Ah, si j'étais sur place... Je vous donnerais bien volontier un coup de main. Bonne chance!

Cordialement,
EV

Ecrit par : Emmanuel Vallens | 08/05/2006

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