03/10/2006
François Hollande : Une phrase trop sur la "candidature installée"?
Décidément, PS rime avec « sacrificiel ». Hier, c’est Lang qui se « sacrifiait ». Aujourd’hui, c’est Hollande qui avoue, dans Le Monde, que sa non-candidature à la candidature a été pour lui un « sacrifice »… Même au plus beau temps de la démocratie-chrétienne ou du communisme « rigoureux », l’esprit de sacrifice n’avait été autant mis en relief et érigé en vertu…
Dommage que cet « esprit de sacrifice » n’ait pas été celui de Fabius et de ses amis du Non après le « référendum interne » du PS sur le projet de Constitution pour l’Union européenne n’ait pas été aussi fort et répandu. Là, le parti pris des ambitions personnelles l’avait emporté sur l’esprit (et la discipline) de parti. Passons. Fabius y gagné une place en « finaliste » d’une primaire qui n’a pas fini d’avoir des effets secondaires…
Extraits de l’ITW de Hollande au Monde :
« Comme premier secrétaire, j'ai toujours veillé au rassemblement des socialistes et je n'ai jamais confondu ma responsabilité à la tête du parti avec la préparation d'une candidature. Celle-ci n'avait de sens que si elle permettait le rassemblement de tous, car je suis au service du PS, et pas l'inverse. Mon seul objectif, c'est la victoire de la gauche en 2007, pas mon destin personnel …
Cette décision vous a coûté ?
Bien sûr qu'on pense toujours être le mieux qualifié, le plus légitime. Moi-même je pensais en avoir fait la démonstration pour avoir redressé le PS après le 21 avril 2002, gagné les élections régionales et européennes de 2004, réussi la synthèse autour du projet ».
Ségolène Royal avait dit que vous prendriez votre décision en couple. Cela a-t-il été le cas ?
Non et cela n'avait pas à l'être. Il y a eu des discussions, comme avec d'autres. Mais j'ai toujours considéré que nous devions, elle et moi, chacun agir en responsabilité et en liberté.
S'effacer au profit de sa compagne, c'est moderne ?
Je ne me suis jamais posé la question ainsi. Je me détermine en fonction de ce que je crois être l'intérêt général. Je n'ai jamais fait prévaloir un choix individuel ou personnel. Il n'y a là ni bravoure ni humilité. »
Oh ! que c’est beau… Même si de mauvais esprits peuvent imaginer des scènes conjugales qui feraient les choux gras de cette presse « poeple » si en vogue…
Le problème, c’est que Hollande dans cette ITW-confidence au Monde fait une phrase de trop. Qui peut susciter des procès en suspicion de la part de bien des militants PS. Si les carottes sont cuites, si les jeux sont faits, pourquoi ces « primaires » et ce festival de « démocratie interne »?
A la question « Auriez-vous fait ce même choix si elle n'avait pas été en lice ? », il répond : « Oui exactement le même. Il n'est pas lié aux personnes, mais au contexte. Une candidature s'est incontestablement installée. »
Une candidature « installée »… Qu’est-ce à dire ? Le constat qu’imposent les sondages ? En démocratie, « l’opinion compte forcément »… Pour Hollande, c’est « la multiplication des candidatures qui a permis à l'une, moins prévue que d'autres, de surgi ». Soit. « Installé » a tout le même un sens volontaire sinon volontariste. Le mot sous-entend une volonté. Donc, en l’occurrence, une ambition servie par une stratégie, une tactique. Et de belles complicités de réseaux. Même si François Hollande ne confond pas vie conjugale et vie du parti.
Une promesse de Hollande : « J'appellerai au rassemblement des socialistes derrière celui ou celle qui sera désigné. Je ne ferai pas connaître mon choix durant la période où les militants devront faire le leur. Et j'interviendrai comme premier secrétaire si l'essentiel me paraît en cause. Mon rôle, c'est d'être le garant de la clarté du débat et du respect : respect des candidats, du projet, des adhérents et, j'insiste, respect de leur vote. La démocratie ne doit pas être une procédure, mais une propulsion. J'ajoute qu'il n'y a pas trois socialismes en débat, mais trois conceptions de l'action politique. Les trois candidats en compétition ont siégé dans le même gouvernement, signé parfois les mêmes motions de congrès derrière moi, et ils ont approuvé le même projet. Le rassemblement, après le vote, en sera facilité’. Et Hollande ne cache pas qu’il souhaite un « vote clair » dès le 16 novembre, date du premier tour de la consultation du PS.
Cette « candidature installée » va-t-elle s’enraciner et s’imposer ? Hollande n’a pas eu à répondre à une question qui ne lui a pas été posée… Mais une chose est sûre, et c’est l’espoir de DSK et de Fabius, Ségolène devra encore « tenir » un mois et demi, avec des débats de fond qui ne sont pas gagné d’avance. Et l’impérative nécessité de continuer à mener la course en tête… Course de haies et rallye anti-peaux de banane…
Une remarque, essentielle : les sondages sont forcément plus volatiles (donc trompeurs) quand l’électorat est restreint, ce qui est le cas dans le cadre du PS, même si ce parti a raison d’être fier de ses 90 000 nouveaux adhérents… Attention aux renversements de tendance ! Les politologues n’ont pas une grande expérience de ce genre de choses. D’autant plus que les « sympathisants » ne comptent pas puisque seuls les militants votent.
Indépendamment des personnalités en course, cette « primaire » sera très intéressante à suivre.
Sarko ne s’y trompe pas. Il y jouera un rôle d’ailleurs. Indirectement. N’a-t-il pas commencé ? Sa définition du clivage droite-gauche ne manque pas d’esprit : « Un leader de gauche proche du peuple est populaire, un leader de droite proche du peuple est populiste »… Il n’a pas tout à fait tort, non ? En tous cas, il existe un populisme de gauche : on l’a vu pendant la campagne sur le référendum « européen ». Et on le voit encore, y compris et surtout, à gauche du PS…
Tous les autres candidats à l’Elysée aussi seront très attentifs aux jeux (pardon aux débats) internes du PS. De Le Pen, qui n’a besoin de ne rien dire pour engranger des voix, aux leaders de l‘ultra-gauche, qui finissent par faire le jeu de la droite, en passant par les Verts, bien mal en point, et par Bayrou qui a le mérité de la cohérence, de la persévérance et de la combativité, même si au PS comme à l’UMP, on ne cherche qu’une chose ; l’ignorer, le minimiser, le marginaliser. Ce qui, pour lui, peut constituer une chance : celle d’incarner la vraie « rupture »…
Les conseillers en communication et les « nègres » des uns et des autres ont intérêt à affûter leurs crayons… Tout ne fait que commencer. Et le vrai scrutin, décisif, est encore bien lointain… « Faites vos jeux, rien ne va plus »… La roue peut tourner vite. Rien ni personne n’est « installé »
20:10 Publié dans Présidentielles 2007: carnet de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, présidentielles, PS, Hollande, Ségolène Royal, Sarkozy, Bayrou











Trackbacks
SUIVRE LA CAMPAGNE DES PRESIDENTIELLES FRANCAISES
SELECTION RELATIO: Au jour le jour, la carnet de campagne de DANIEL RIOT>>>>>
Trackback par : RELATIO | 03/10/2006
Les commentaires sont fermés.