21/10/2006
La nouvelle bataille des 35 heures: Quand l'esprit de rupture est un esprit d'escalier...
Turbulences dans l’avion présidentiel qui va partir pour la Chine ? Parmi les passagers qui accompagneront Chirac, Thierry Breton et Laurence Parisot. Le ministre ne décolère pas contre la Présidente du MEDEF. Et la seconde a , au moins, un caractère aussi trempé que le premier… Scènes de ménage en plein ciel entre un patronat qui n’est pas de « gauche » (cela se saurait) et un gouvernement de « droite » ? Les contentieux s’accumulent en effet. Après les polémiques sur le « patriotisme économique », sur le CPE, sur les « silences » du MEDEF face aux « propositions « invraisemblables » (Breton dixit) des candidats du PS, c’est l’affaire des 35 heures qui provoque une polémique, en public et en privé. « Le torchon brûle entre le Medef et le gouvernement », constate Le Figaro
LES FAITS
Je cite Le Figaro : « Intervenant devant l'association Jeunesse et Entreprises, le ministre de l'Économie est parti dans une violente diatribe, se disant « atterré » par le silence du Medef sur les « propositions invraisemblables des trois candidats du PS comme la généralisation des 35 heures ». Et évoquant « une espèce de somnolence et d'anesthésie générale », dont le Medef serait responsable en oubliant de défendre les entreprises. Thierry Breton est allé jusqu'à estimer « qu'elles ne sont plus très bien représentées »
Le Figaro poursuit le récit : « Une attaque frontale que Laurence Parisot n'a pas appréciée. Elle a d'ailleurs, dans l'heure, décroché son téléphone pour s'en expliquer avec le ministre. (…) Sur RTL, elle a contre-attaqué. « La présidente du Medef dit depuis longtemps, et son prédécesseur également, que les 35 heures ont été une catastrophe pour les entreprises. Mais une catastrophe plus générale pour notre pays... Qu'attend le gouvernement y compris M. Breton ? Il peut déposer un projet de loi pour abroger ce que le gouvernement socialiste a fait en instaurant les 35 heures. Il est encore temps ». Laurence Parisot qui a vu dans la décision du Conseil d'État sur les hôtels cafés-restaurants une nouvelle illustration du « fatras juridique » dans lequel se meuvent les entreprises, a dans la foulée jugé « tout à fait regrettable qu'on n'ait pas d'emblée abordé ce sujet dès le début de la législature ».
Dans le Parisien d’aujourd’hui, François Fillon qui alimente la polémique. En allant dans le sens du medef Il propose une série de réformes pour permettre à la France de "rattraper son retard". Avec ces mesures, "il ne restera pas grand-chose des 35 heures", assure-t-il
LE COMMENTAIRE
Cette polémique est intéressante à plusieurs niveaux, dans le contexte pré-électoral actuel…
Un constat : Dans son optique et sa logique, le medef n’a pas tort … Pourquoi les gouvernements de la Présidence Chirac n’ont-ils pas été plus clairs sur le temps de travail et sur les 35 heures ? Effets de manche, réformettes et, comme dans de nombreux domaines, politique de contournement, d’autruche et de fuite en avant…
Peur d’une flambée sociale ? Timidité devant des réformes pourtant jugées indispensables ? Manque de « lisibilit » (pour reprendre une formule du medef et, surtout, manque courage politique Ce qui est évidemment le plus grave.
Fillon, ancien ministre des affaires sociales parle « d’erreur historique », en expliquant : « Abaisser le temps du travail en pleine mondialisation, au moment où tous les pays étaient en train de renforcer leur compétitivité, a constitué une faute considérable à l'origine de la diminution du pouvoir d'achat, la préoccupation majeure des Français »( ;;;)
« Quand on fait le comparatif international des heures travaillées, on s'aperçoit que la France est grosso modo 20% derrière les Espagnols, 27% derrière les Danois, 33% derrière les Britanniques, et 40% derrière les Américains »(…) « Il ne faut pas s'étonner, dans ces conditions, de voir notre pays reculer dans tous les grands classements internationaux à caractère économique, d'éducation ou de santé »
Si le raisonnement de Fillon est juste, la gauche porte effectivement « la responsabilité exclusive » de cette « faute historique ». Mais la droite, porte « l’entière responsabilité historique » d’avoir lassé les choses en l’état.
On aurait pu comprendre cette passivité si Chirac, élu (aussi) par la gauche avait tiré les leçons des présidentielles en cessant de jouer un « camp » contre l’autre. Mais l’UMP a eu tous les pouvoirs pour imposer des mesures qui auraient permis d’éviter à la France la « situation d’une extrême gravité » qu’elle connaît selon Fillon qui s’exprime en tant que conseiller politique de Sarkozy…
Cette attitude est révélatrice de « l’esprit de rupture » des sarkozystes Ils veulent rompre avec tout ce que leur « camp » n’a pas fait ou mal fait….en mettant la « faute » sur la gauche. Ils en restent à l’inventaire et au bilan Jospin, en mettant entre parenthèse l’inventaire te le bilan Raffarin-de Villepin, de ces gouvernement dont ils faisaient partie, de cette majorité qu’ils avaient (et ont toujours) omnipotente voire écrasante…
Ce n’est évidemment pas un hasard si Fillon passe ainsi à l’offensive et si la polémique sur les 35 heures rebondit à un moment où, à gauche, Ségolène-la-favorite critique les 35 heures telles qu’elles sont appliquées, donc en manifestant un « esprit de rupture » qui n’est pas que verbal…malgré le projet socialiste qui prévoit leur « généralisation ».
Fillon pense-t-il déjà au deuxième tour des Présidentielles ? « En plein débat sur le pouvoir d'achat, nous allons dire aux Français: vous pourrez travailler plus et si vous travaillez plus, vous gagnerez plus grâce aux heures supplémentaires », dit-il. Vite dit et simple, non? A condition d’avoir un boulot, bien sûr.
Mais il s’agit là d’un autre dossier. Celui du chômage sur lequel la France accuse toujours un « retard considérable » et paye la note de « fautes historiques »… bien partagées par le gauche et par la droite, qui n'ont pas su jouer sur toutes les touches du iano économico-social et ont trop saucisoné les pbroblèmes et les solutions ! Pardonnons à Fillon : L’ancien ministre des affaires sociales a su se convertir : il a des soucis de compétitivité, aujourd’hui, et non de solidarité . C’est peut-être cela aussi « l’esprit de rupture » à la sauce Sarko… A moins que Fillon ministre des affaires sociales ait été le fruit d’une « erreur de casting ». En tous cas, sur le temps de travail, sa vitalité d’aujourd’hui traduit un bel esprit d’escalier : cinq ans pour énoncer quelques idées( trop?) simples, c’est beaucoup, non ? Cela mérite débat, en tous cas…
16:35 Publié dans Edito, Présidentielles 2007: carnet de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : 35 heures, Présidentielles, social, Ps, Breton, medef, Parisot











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