15/12/2006

Une femme d'Etat à réhabiliter: Edith Cresson

>>> Edith CRESSON est ce vendredi à 17h30 à la Salle Blanche de la Librairie Kléber, à Strasbourg, pour une rencontre autour de son livre("Histoires françaises", aux éditions du Rocher) que l'aurai le plaisir d'animer. 

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Quand on lutte contre les iinjustices en tous genres, on ne peut que lire avec intérêt le livre d'Edih, qui a été victime de nombre de faux procès. Et d'attaques  qui dépassent en laiseur les inévitables polémiques des combats politique. Cette autobiographie, écrite avec tact et pudeur, complète le livre que lui avait consacré Elisabeth Schemla  en 1993, mérite le pluriel de son titre ("HistoireS françaiseS"). Histoire d'une vie, Histoire de France, Histoire d'Europe, histoire du Ps, histoire d'une femme en politique, histoires des réseaux du Pouvoir, et galerie de portraits souvent surprenants.

Je connais Edith Cresson depuis 1979.J'ai suivi de près son parcours. Souvent j'ai été choqué ou scandalisé par le silence fait sur les bilans de ses actions et par le bruit tapageur des tempêtes dans des verres d'eau politico-médiatiques sucitées par des non-événement. Ce sont ces bilans qu'il faut réhabiliter. La liste de ce qu'elle a pu faire est longue. Si on l'avait plus et mieux écoutée et suive, la france serait sans doute aujourd'hui en meilleure santé... En matière de recherche et de compétitivité, notamment. En matière d'éducation, aussi. Lucide et courageuse, Edith! Merci pour votre livre, Madame Cresson. Daniel RIOT

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Mot de l'éditeur

Incroyable destin que celui d'Edith Cresson. Une enfance mouvementée, une jeunesse passionnée, des combats politiques rudes, des responsabilités de premier plan. D'abord au gouvernement pendant près de dix ans, à Châtellerault, sa ville, puis comme Premier ministre, blessée, maltraitée. Le parcours politique d'une femme, la seule - à ce jour - à être parvenue à ce niveau de responsabilité. Avec sa famille comme point d'équilibre.

C'est peu dire qu'Edith Cresson a pu déranger. On lui reprochera son regard sur la «gauche caviar», son franc-parler, son goût de l'action pris pour une dérive droitière. La presse, on s'en souvient, ne l'épargna jamais. Elle luttera contre une conspiration fomentée au sein des institutions européennes, où certains, l'attaquant personnellement, s'en prirent en vérité à la France. La justice, depuis, lui a donné raison.

Ce livre est aussi une formidable galerie de portraits : en première place François Mitterrand, qui très tôt perçoit toutes ses qualités, lui confie les plus hautes responsabilités, pour finalement la sacrifier aux intrigues d'un pouvoir finissant. Puis Bérégovoy, Dumas, dans l'âpreté des rapports politiques, et Jacques Chirac, qui occupe ici une place à part.

Plus près de l'actualité politique des prochaines présidentielles, on retrouvera ici Ségolène Royal et ses rivaux, qu'Edith Cresson connaît bien, Jospin, Lang, Fabius, Strauss-Kahn. Nourrie de son expérience et sur un ton de libre confidence, Edith Cresson analyse la fréquente hypocrisie du discours et la difficulté d'être une femme en politique. Peut-on rêver aujourd'hui témoignage plus autorisé que le sien ?

Livre-témoin d'un parcours qui tiendra en haleine tous les passionnés de la vie politique, Histoires françaises est aussi un ouvrage de prospective, dans lequel l'auteur définit les enjeux de la présidentielle de 2007, où le meilleur atout de la gauche sera le renouvellement de sa pensée et le courage d'affronter les vrais problèmes.

En ce temps de crise des institutions, le témoignage, le diagnostic et les perspectives proposés par Edith Cresson sont plus que jamais d'une brûlante actualité. À lire absolument !

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Extrait du livre :
"Le rôle du politique n'est-il pas de préparer le pays aux nouveaux enjeux ? La désaffection vis-à-vis du politique ne vient-elle pas du sentiment qu'ont les citoyens de ce que les vrais débats - l'analyse lucide de la situation de la France dans le monde et les orientations qui devraient en découler - ne sont pas abordés ? Si le discours de Ségolène Royal semble avoir touché le peuple, n'est-ce pas parce qu'il sait bien que les positions lénifiantes sur la sécurité ou simplistes sur le «partage du travail» résultent d'une observation insuffisante de la société française dans un monde menaçant ? Comme les contrats successifs proposés aux jeunes sans espoir et qui sont perçus comme autant de recettes pour agir rapidement sur les chiffres du chômage. Les Français sentent la menace et savent qu'on ne la conjurera pas par des formules dont l'évolution de l'Europe et du monde souligne tous les jours les limites.
Mais faute d'avoir associé le peuple à une analyse pertinente" d'un monde qui n'a plus rien à voir avec celui d'avant 1990, on se contentera de jeter l'opprobre sur celui ou celle qui dira que le roi est nu. Aujourd'hui, manifestement, avec moins de succès qu'hier.
Donc, puisqu'on me demande de parler de mon expérience, commençons par le début. Je suis née dans une famille bourgeoise et mon père, inspecteur des finances, était en poste à l'ambassade de France à Belgrade. Avec ma mère et mes deux petits frères nous vivions à Jersey, où il pensait qu'en ces temps incertains, nous étions plus en sécurité. J'avais cinq ans. La guerre a éclaté et les autorités nous ont gracieusement offert un petit masque à gaz que je portais en bandoulière pour aller à l'école. On a attendu longtemps. Ma mère écoutait la radio nuit et jour et quand il s'est avéré que les Allemands marchaient sur Paris précédés d'immenses foules éperdues et souvent mitraillées, elle a décidé d'embarquer pour l'Angleterre. Nous y avons séjourné dans de vastes camps bien organisés où elle retrouvait ses relations et continuait d'entretenir sous la tente, la vie mondaine qui l'avait toujours enchantée. Des messieurs graves lui donnaient des conseils alors que personne ne savait que faire. Et la première fois que j'ai vu des adultes pleurer, c'était le jour où les Allemands sont entrés dans Paris. Ma mère décida alors de contourner l'obstacle et de gagner Belgrade."

ARCHIVES INA: Radioscopie d'Edith Cresson >>>>>>>

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