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11/01/2007

« Sarkopolice » ou la Grande illusion…

Les statistiques sur la délinquance ne sont pas plus crédibles sous Sarkozy que sous d’autres ministres de l’intérieur. C’est dans la « nature des choses », redirait De Gaulle… Ce qui est à la fois bête et scandaleux, c’est leur exploitation politique. En la matière, Sarkozy est expert. Trop sans doute. Les contre rapports publiés en cascade cette semaine (pas seulement par le PS) sont des effets boomerang logiques. Selon une formule à ne jamais oublier : « une vérité officielle n’est pas vraie, elle est officielle ». Il est bon qu’elle soit contestée, car elle est contestable.

La belle assurance et l’autosatisfaction de façade de Sarkozy seraient légitimes si elles se fondaient sur des données chiffrées incontestables. Sur des analyses aussi qualitatives que quantitatives.

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Les chiffres mentent ? Bien sur…Pour cause : trop d’inconnues, trop d’incertitudes, trop de données erronées, trop de mélange des genres… Quand on pense (par exemple) que, dans une nuit de voitures brûlées, les chiffres des pompiers sont souvent différents de ceux de la police, qu’un vol de portable ou d’un vélo compte autant que le vol d’une valise pleine de billets, qu’un œil au beurre noir compte autant qu’ ventre troué par un couteau, que selon un rapport inédit rendu public par le Nouvel Obs plus de 500 000 délits en tous genres sont « oubliés » tandis que des interpellations « faciles «  sont comptabilisées,  on comprend que dans ce domaine plus que dans tout autre on peut « faire dire n’importe quoi » aux chiffres. Et tricher non seulement dans leur interprétation mais aussi dans leur confection…

Qui plus est, bien des progrès constatés dans les chiffres « officiels » (vols de voitures et cambriolages par exemple) ne sont pas dus aux forces du « premier policier de France », mais à des évolutions visibles dans toute l’Europe : gardiennage privé, alarmes, vidéo-surveillance, réflexes de prudence plus vifs, actions des autorités locales  etc...).

Le pire, sans doute : la grande délinquance (en cols blancs, dans l’économie souterraine et dans l’économie criminelle) n’est évidemment pas comptabilisée…

Même les statistiques sur les taux d’  « élucidation » sont trompeuses : deux chercheurs viennent de démontrer que dans les chiffres de Sarkozy, il y aurait eu depuis 2002 plus d’affaires « élucidées » que de dossiers ouverts…  Beau bilan de la « culture du résultat » chantée par Sarko-le-mystificateur.

Cela ne veut évidemment pas dire que les bilans chiffrés ne doivent pas être faits. Il faut les affiner même, accroître leur fiabilité, perfectionner leur mode d’établissement.

Mais il ne faut surtout en jouer et s’en servir comme argument de vente électoral. Les effets de manche et de gueule « sécuritaires » n’assurent en rien la vraie sécurité. L’échec de Sarkozy c’est le décalage entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, entre ce qu’il prétend et ce qui est. Aux promesses non tenues s’ajoutent les bilans mensongers. Les dupés comptez-vous… Zéro de conduite pour le chantre de la « tolérance zéro ». Les discours démagogiques ne règlent rien, mais aggravent tout.

Mais le pire des échecs du ministre d’Etat si fier de son bilan faussé, c’est la carence des carences : l’absence d’une vraie réforme en profondeur d’un système qui pour l’heure ne correspond pas à des impératifs citoyens et à des nécessités vitales pour une sécurité authentique.

Qu’a-t-il fait malgré sept lois plus répressives que « sécuritaires » ? Des compléments, des ajustements, des amendements à ce qui a été par Chevènement et Vaillant… Dans certains domaines, celui de la police de proximité notamment, il a même engendré des régressions regrettables

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Qu’aurait-il du faire ? Une seule grande réforme qui assure un système policier démocratisé, modernisé avec des finalités prioritaires claires :

*luttes contre les violences contre les personnes, contre les trafics en tous genres, contre les délinquances urbaines

*renforcement des coopérations policières au niveau européen (domaine dans lequel Sarkozy n’a pris aucune initiative digne de ce nom)

*amélioration des outils statistiques (sur 2005, l’INSE a recensé trois fois plus de délits que les fonctionnaires du ministère de l’intérieur et l’Observatoire crée par Sarkozy est tributaire des chiffres des policiers)

*inscription d’une stratégie de police nationale dans une politique d’ensemble notamment dans les quartiers dits difficiles non raison de ceux qui y habitent mais des conditions dans les quelles on y vit sont inadmissibles

La sécurité n’est pas qu’un problème de police. Elle ne s’assure pas que par des mesures répressives parfois liberticides. Elle repose sur un carré d’or : « conditions de vie-éducation-prévention-répression » 

La sécurité exige aussi des réactions politiques réelles quand des « explosions » surviennent, quand des modes asociales se développent, quand des périls s’annoncent… Quelle réaction autre que verbale après les « émeutes » de l’automne 2005 ? Aucune...sauf quelques exhortations vides de sens. Quel suivi à la promesse de supprimer les « zones de non-droit » ? Aucune… sauf de la publicité pour Karcher. Quelles études et quelles mesures face au développement de la « violence gratuite » ? Aucune… sauf la remise à l’honneur du mot « voyou » à la mode dans les années 50-60. Comme l’expression « police réactive »

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Sarkozy a excellé dans un genre: le volontarisme, Cette « gymnastique en chambre », selon la formule de Jean-Louis Bourlanges, est bonne pour mobiliser les « troupes » et faire des plateaux sur le 20 heures de TF1. C’est payant dans les sondages. Mais il a manqué de ce qui est essentiel quand on tient les commandes d’une des responsabilités d’Etat les plus hautes : la volonté. C’est dramatique pour la France et les Français.

Si l’on  faisait un film sur Sarkozy à l’intérieur, ce pourrait être « Sarkopolice, ou la grande illusion ».

Daniel RIOT