02/02/2007
Mon carnet de campagne : La médiacratie au service de la Sarkozie ?

Ici, Télé-Sarko…Ici Radio-Sarko, ici le journal de Sarko…. Dans son genre, le Berlusconi à la mode de Neuilly est incontestablement l’Empereur du microcosme médiatique français. Une toile tissée depuis longtemps avec une stratégie efficace de prise en tenailles : flagorneries et amitiés sélectionnées avec pressions et intimidations. Qu’est-ce que cela va devenir s’il devient le patron de l’Elysée ? Montesquieu reviens ! La « séparation des pouvoirs » aux oubliettes….
Cà chauffe sur la planète Ségolène ! Qui disait que Mme Royal était un « produit médiatique », une vedette du star-système généré par l’info-spectacle et la médiacratie ? Qui disait qu'elle avait gagné la primaire du PS grâce aux médias? Elle emboîte, tardivement, les pas de Bayrou (sans s'attaquer au système), en lançant une charge contre « mes médias amis du pouvoir » qui « relaient tous les coups, tous les pièges, toutes les « chausse-trapes ». Ingrate, Ségolène ? Ceux qui ont « fait » peuvent « défaire », Madame… Et pour ne pas se laisser « défaire », il ne faut pas se laisser « faire » avec complaisance et complicité.
Sur le fond, Mme royal n’a pas tort de réagir avec vigueur: « Je n'accepterai pas que le débat soit dévoyé, escamoté par le jeu de pièges, de manœuvres subalternes, de harcèlements injurieux ou illicites", a lancé la prétendante à l'Elysée lors d'un débat participatif sur la jeunesse, devant 3.500 personnes qui scandaient "Ségolène, présidente!". Ces "médias amis du pouvoir" (…) "se demandent tous les jours si je vais tenir"(…) et même s'il faudrait changer de candidate (…), je leur dis ce soir qu'avec vous, nous n'avons pas peur et que nous resterons debout!".
Il est vrai que Ségolène ne bénéficie d’aucune indulgence, même si ses bourdes n’ont rien d’une invention médiatique. Il est vrai surtout que les « liaisons dangereuses » entre Sarkozy et les médias mériteraient une thèse de doctorat sérieuse… Berlusconi à la mode de Neuilly ! Le Nouvel observateur y a consacré un article (bien documenté) signé Véronique Groussard et Claude Soula. Le journaliste (indépendant) que je suis ne résiste pas au plaisir d’en reprendre ici quelques extraits

>>> Sarko empereur du microcosme médiatique, c’est déjà fait. Pourtant l’intéressé ne cesse de râler contre le mauvais traitement qui lui est infligé. Il serine que "les trois quarts des médias sont contre [lui]". Il se souvient, avec rancune, de toutes les unes qui ne l’ont pas encensé… Les dix couvertures que "le Point" lui a consacrées en vingt mois (contre quatre à Ségolène Royal) ou ce Sarkozy en majesté à la une de "Paris Match" – "Un destin en marche" – ne lui suffisent pas.
>>> Côté télé, Jean-Claude Dassier, le patron de LCI, ne cache pas à ses équipes qu’il rêve de voir Sarkozy élu président. France 2, avec un "Sarkothon" ("A vous de juger", pour le vrai titre) de près de trois heures, remporte le pompon. Programmé juste avant que les règles du CSA empêchent de donner autant de temps à un seul! Déjà, après les émeutes en banlieue de 2005, Sarkozy avait eu droit à une spéciale mettant en scène des contradicteurs qui ne risquaient pas de le mettre en difficulté.
>>> On n’a pas encore trouvé la méthode pour calculer le niveau de sarkozysation des médias. Simplement, une succession d’indices troublants finit par camper un paysage. Fin septembre, 220 policiers font une descente dans la cité des Tarterêts. Ils arrêtent 12 personnes suspectées d’avoir violemment tabassé deux CRS. Ce spectacle, orchestré sous l’œil des caméras, ouvre tous les journaux télévisés. Trois jours plus tard, le "guet-apens" invoqué au début est récusé par les enquêteurs et 7 des 12 personnes arrêtées sont disculpées. France 3 traitera l’épilogue en grand, Jean-Pierre Pernaut, sur TF1, l’expédiera en huit secondes chrono, PPDA attendra… sept jours, l’occasion d’une autre descente, pour l’évoquer.
>>> En sous-estimant le phénomène Ségolène, de nombreux médias ont aussi – en creux – favorisé son concurrent. Le directeur de la rédaction de la Tribune – un journal qui appartient au milliardaire Bernard Arnault, proche de Sarkozy – a ainsi fait sauter un sondage qui avait le tort de placer la candidate socialiste en tête pour "résoudre les problèmes économiques et sociaux de la France".
>>> Sarkozy est doté d’une surmémoire: les faits peuvent dater, il vous les resservira sans relâche. Dans la hiérarchie des représailles, il y a d’abord cette manière de prendre publiquement les gens à partie. Lorsque, devant un parterre d’HEC, le directeur de la rédaction de Challenges, Vincent Beaufils, l’interroge, il le cueille sur un numéro paru neuf mois plus tôt: "Challenges, vous avez dit? C’est ce journal qui a fait cette célèbre couverture: “Pourquoi Sarko fait-il peur?” Eh bien, vous ne manquez pas de courage de m’affronter comme cela!" La salle ricane.
En octobre dernier, sur les ondes de France-Inter, il lance dès le début de son interview au journaliste Nicolas Demorand, qui pilote depuis peu la tranche matinale: "Ah, ben, vous êtes aussi bon journaliste qu’on me l’a dit, alors! – C'est-à-dire? – Vous êtes le contraire de cette journaliste russe, courageuse, qui voyait tout [Anna Politkovskaïa venait d’être assassinée]. Donc vous ne voyez rien…"
Fin novembre, il a même asséné gratuitement une leçon de journalisme à Patrick Poivre d’Arvor sur le plateau du 20-heures: "J’ai regardé le Journal de TF1 où vous avez interviewé – c’est un grand mot! – Mme Royal, et l’art avec lequel elle n’a répondu à aucune de vos questions."

>>> Lui et les siens savent faire planer une forme d’intimidation, voire de menace. En riant… bien sûr. Recevant la rédaction du Parisien, le premier flic de France interpelle ainsi l’auteur d’articles sur ses déboires conjugaux: "Moi aussi, je sais des choses sur votre vie privée…" Il insiste: "Moi aussi, je pourrais en dire, des trucs…" Et il y a l’autre version, glaciale celle-là, expérimentée par notre confrère de l’Obs, Hervé Algalarrondo, sur qui Sarkozy a par deux fois pointé publiquement un index vengeur: "Je ne l’oublierai pas! Je ne l’oublierai pas!" Quoi donc? Le numéro titré "Sarko secret", qui lui avait déplu.
Le 1er mars dernier, il vient au "Grand Journal". Canal+ le voit débarquer "blême et fou de rage", selon un témoin, harponner Rodolphe Belmer, directeur général, et lui asséner un "coup de boule psychologique". Tout, à Canal+, l’énerve: "les Guignols", "7 Jours au Groland", "la Matinale", Ardisson… Ce jour-là, c’est une micro-phrase de Michel Denisot dans le Parisien qui l’a mis en rage. L’animateur prend ses distances avec son invité: "J’avais fait un livre avec lui […]. Il n’est plus vraiment le même, et je n’ai pas gardé de relation."
Il faut préciser que Sarkozy avait instrumentalisé sa venue au "Grand Journal". Il avait " dealé ", sans y associer Canal+, une couverture de TV Magazine (5 millions d’exemplaires!) en imposant sa mise en scène.
>>> Nicolas Sarkozy a conçu un système de tenaille inédit et diablement efficace. Au sommet des principaux médias, il compte nombre d’amis intimes dans le club des propriétaires: Martin Bouygues (TF1, LCI), Bernard Arnault (la Tribune, Radio-Classique), Arnaud Lagardère (Europe 1, Paris Match, le Journal du dimanche, plusieurs quotidiens régionaux)…
Quand on dit "ami intime ", ce ne sont pas que des mots. En 2004, Sarkozy dénoue les problèmes d’héritage d’Arnaud Lagardère, et ce dernier désigne publiquement son bienfaiteur comme "un frère". Il l’a prouvé en licenciant Alain Genestar: le directeur de la rédaction de "Paris Match" avait publié en une la photo de Cécilia Sarkozy avec son amant, sans prévenir son patron.

>>>Au sommet des rédactions, aussi, Sarkozy a son réseau: les vacances au Pyla sont des occasions de fréquenter en privé Jean-Claude Dassier (LCI), dont le fils est d’ailleurs le conseiller internet de l’UMP. Ou encore le voisin d’Arcachon, Nicolas Beytout, directeur du Figaro. Jean-Marie Colombani (le Monde) est aussi un ami, si l’on en croit son ancien adjoint Edwy Plenel, qui relate ainsi un rendez-vous à trois : "J’en suis ressorti avec le sentiment d’avoir été un intrus. " Et comme la vie est bien faite, l’Agence France Presse est dirigée par Pierre Louette, ancien conseiller de Balladur, dont Sarkozy était lui-même ministre.
>>>Cette porosité avec les décideurs s’accompagne d’une incroyable intimité avec la base. Avec lui, c’est tutoiement imposé, main sur le bras, tape sur l’épaule. Il n’a jamais négligé les sans-grade. Lesquels, au fil des années, sont montés dans les hiérarchies… Il applique ce qu’il théorisait, en 1995 et sous pseudonyme, dans un feuilleton estival publié par le quotidien les Echos : "Privilégiez les [journalistes] les plus jeunes et les moins titrés […], vous les formerez à votre main et vous bénéficierez d’un réseau qui vous sera acquis."
>>> La toile tissée par le président de l’UMP, du haut jusqu’au bas de la hiérarchie – et c’est inédit à ce degré – l’amène à ignorer délibérément la séparation des pouvoirs. Déjeunant avec la rédaction du "Parisien", il lance à l’ex-directeur, Christian de Villeneuve: "Toi, Christian, t’es un mec de droite, tu peux adhérer à l’UMP." Sourire crispé de l’intéressé. De la proximité à l’ingérence, il n’y a qu’un pas... Il est intervenu pour sauver (en vain) "le Vrai Journal" de Karl Zéro sur Canal+. On l’a vu aussi se lancer publiquement, lors d’une conférence de presse à Bercy, dans une fort inhabituelle protestation d’amitié envers Gérard Leclerc (France 2), qui venait d’être placardisé. Venant d’un ministre éminent, cela revient à se mêler d’une affaire interne de la chaîne publique...
Mais pourquoi se gênerait-il? Il s’est même trouvé un Jean-Pierre Elkabbach, patron d’Europe 1, pour le consulter sur le recrutement d’un journaliste politique.Décidément, la règle d’airain édictée voici bien longtemps par Hubert Beuve-Méry garde toute son actualité: « Un journaliste doit être proche de ses sources et distant à la fois. »
Cet article de l'OBS est à lire et à faire étudier dans les écoles de journalisme….>>>>>>>
Ce carnet de camapagne est illustré par des dessins d'un dessinateur de presse pétri de talents qui avait fait ces premières armes aux DNA à Strasbourg et avec lequel j'ai adoré travailler: Christian ANTONELLI. Visitez et appréciez son site: Bonne détente garantie >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>
13:20 Publié dans Présidentielles 2007: carnet de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politque, sarkozy, royal, média, presse, présidentielles











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