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03/02/2007

Mon carnet de campagne : Sarko, Blum, Jaurès et les enseignants…

Qui a écrit : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. » ? Jean Jaurès. Sarkozy s’en réclame….

Qui a écrit : « Sans la République, le Socialisme est impuissant, sans le Socialisme, la République est vide. » ? Jean Jaurès. Sarkozy nous le recommande…

Qui a écrit : « Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté, doit commencer par leur garantir l'existence ». ? Léon Blum. Sarkozy dit  s’en inspirer.

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Etonnant, Sarkozy ! Comme dopé par les sondages. Comme rendu euphorique par les trous d’air ou la chute libre de Ségolène. Non seulement il persiste et signe dans ses références socialistes (les morts n’appartiennent à personne…). Mais il donne des leçons de gauche à la…gauche. Et tout en ménageant la droite, en ressortant la vieille formule de la « majorité silencieuse », il s’adresse, les yeux dans les yeux au « peuple de gauche », « par devoir » !

« La gauche de Jospin et de Ségolène Royal », dit-il, s’oppose  à celle de Jaurès et Blum, qui, elle, « respectait le travail ». « La gauche de Jospin et de Ségolène Royal, elle parle des statuts, elle fait les 35 heures parce qu'elle ne comprend rien au travail », a dénoncé celui qui fait de la  « valeur travail » le thème central de sa campagne. 

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Jadis, la gauche était « dangereuse » (ah ! le péril rouge du « programme commun » !), aujourd’hui elle est pernicieuse, parce que paresseuse. Les « travailleuses, travailleurs » d’Arlette vont apprécier. Les classes moyennes (si oubliées et si pénalisées fiscalement) aussi. Toutes celles et ceux qui ne vivent que de leur travail (et non du travail de l’argent des autres) aussi. En draguant électoralement une gauche déçue par un PS…maladroit, Sarkozy joue tout de même avec le feu : qu’est-ce que le « travail », en dialecte sarkozyen ? Celui qu’on fait ou celui que l’on fait faire aux autres ?

Comme disait Jaurès, à l’ironie amère : «Parce que le millionnaire n'a pas récolté sans peine, il s'imagine avoir semé ». Une citation qui a du échapper aux conseillers du Prince de Neuilly… Si la gauche n’a pas le monopole du coeur, comme lançait Giscard, la droite a-t-elle, avec Sarko, le monopole du travail et de la défense des travailleurs ? Cela se saurait depuis longtemps, non.

Il est vrai que tous les moyens sont bons pour qui voit son ambition à portée d’urnes : « Réaliser dans l'âge d'homme les rêves de la jeunesse, c'est ainsi qu'un poète a défini le bonheur », écrivait Léon Blum. Heu-reux, Sarko ! Débordant de bonheur, même…(par anticipation).

Avec des référence « de gauche », il a tenté de draguer l’un des anciens bastions de la gauche : les enseignants. Déjà un récent sondage affirmait que les enseignants déçus par Ségolène étaient prêts, à 30 % à voter pour Sarkozy et étaient de plus en plus attirés par Bayrou. Le ministre-candidat se devait d’enfoncer le clou, non ?

Il l’a fait, sans préciser en quoi que ce soit son programme (ou d’une manière très marginale). En jouant sur la séduction et non sur l’argumentation. Donjuanesque, de plus en  plus, la campagne de Sarkozy homme de Cour qui sait se faire courtisan !

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« J'ai vu qu'il y en avait qui étaient gênés que je m'adresse à l'électeur de gauche. Pour moi, avant d'être de gauche, il est de France » a-t-il lancé. Heureusement, non ?  Le seul fait d’éprouver le besoin le préciser est le signe d’un doute surmonté ou d’un regret étouffé…Nostalgie d’un temps où la gauche était  par la droite accusée de  réunir de « mauvais français », de « compter des ennemis de l’intérieur », de jouer les « cinquièmes colonnes » ? J’exagère ? Bien sûr. Mais je crois beaucoup au poids, donc aux choix des mots…Après tout, le « parti de l’étranger » n’est une expression très ancienne (Chirac à Cochin…)

Comme le 1er décembre à Angers, où il avait déjà parlé de ce sujet, Nicolas Sarkozy a dénoncé la "faillite" d'une école qui "n'assure plus la promotion sociale" et "aggrave" les inégalités.

Le président de l'UMP a de nouveau expliqué cette "faillite" par les "idées erronées" de 1968, qui a "abaissé le niveau de l'école pour le mettre à la portée du plus grand nombre", qui n'apprend plus aux élèves à "faire la différence entre Antigone et Harry Potter". Mais il a exonéré les enseignants de toute responsabilité dans ce désastre "dont la politique est seule responsable".

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"C'est la politique qui a fait l'école de la République. C'est la politique qui l'a défaite (...) en désertant le terrain de l'éducation, en se contentant de parler des moyens et de l'organisation", a-t-il résumé. Il s'est donc engagé s'il est élu à ce que le Parlement "débatte à nouveau des programmes scolaires et du projet éducatif".

Belles perspectives. Mais joli procès aussi. Des gouvernements auquel il a participé activement. Un nul, Luc Ferry ? Un nul De Robien ? Pourquoi et en quoi Sarkozy-Président pourrait-il faire mieux en la matière que Chirac-Président ?

Et charger la barque de « mai 68 » d’une façon aussi facile valorise des « événements » plus révélateurs d’une crise sociétale et transgénérationnelle que porteurs d’une idéologie ou « d’idées ».Prisonnier de sa propre facilité, Sarkozy ! Il se défile et n’assume pas. L’UNR, le RPR et l’UMP ont en la matière des responsabilités qui valent bien celles du PS. C’est fou comme il a une mémoire sélective, Nicolas-de-Neuilly ! « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. », disait Jaurès. Lui, il l’a dit sans la chercher.

Nicolas Sarkozy a donc promis de « refaire l'école du XXIe siècle avec les enseignants ». Heureusement qu’il ne veut pas la faire contre eux ou sans eux.Il est plein de bon sens , Sarkozy. Il va nous dire qu’il veut être élu avec les électeurs…

Le président de l'UMP, qui a confié une mission à l'ancien ministre Xavier Darcos sur le sujet, s'est engagé « à revaloriser leur carrière si dévalorisée depuis un quart de siècle ». Un quart de siècle? les 25 ans ans dont parle BAYROU... Darcos ? Encore un « nul » de ces « politiques qui ont défait ce que la république avait fait » ? Passons…Il fera mieux dans ses futures fonction…Puisqu’on nous le dit ! Tous  "Einstein", à la sortie,  bientôt, puisque "tout est possible"...

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Sarkozy a de nouveau promis de permettre à « ceux qui voudront travailler davantage » de pouvoir « gagner plus » et de leur « redistribuer pour moitié » les gains de productivité réalisés.Cela se mesure comment dans l’éducation nationale ?

Le candidat UMP a fondé sa "révolution de l'école" sur sept grands principes: liberté pédagogique, autonomie, évaluation, modulation des moyens en fonction des handicaps des élèves, orientation, deuxième chance et formation tout au long de la vie. Bien, très bien.

« Deuxième chance » ? C’est Edith Cresson. « Formation tout au long de sa vie » ? C’est Jacques Delors. « Liberté pédagogique » ? C’est de l’Edgar Faure. « Autonomie » ? C’était l’une des revendications de…mai 68 ! « Modulation », « orientation » : qui peut être contre ? Surtout pas les enseignants si on leur en donne les moyens…

Tout au long de ce discours faisant la part belle aux « valeurs », Nicolas Sarkozy est peu entré dans le détail de son projet. Il n'a ainsi évoqué qu'en passant l'abolition de la carte scolaire qu'il propose. Dans sa seule proposition concrète nouvelle, il a souhaité que les allocations familiales soient versées dès le premier enfant pour aider « les jeunes couples au début de leur carrière professionnelle » ou les mères célibataires. Cela aussi, c’est bien, très bien.

« Combien çà coûte ? », comme on dit chez ses amis de TF1. Et à quel niveau le budget de l’Education nationale ? De Gaulle redirait « l’intendance suivra ». Mais Nicolas n’est pas Charles.

Au bout du compte, Sarkozy fait bien de relire (ou découvrir) Jaurès et Blum…

Il peut y trouver les vraies raisons de la crise que connaît la France d’aujourd’hui : 

 *« Toute classe dirigeante qui ne peut maintenir sa cohésion qu’à la condition de ne pas agir, qui ne peut durer qu’à la condition de ne pas changer, qui n’est capable ni de s’adapter au cours des événements ni d’employer la force fraîche des générations montantes, est condamnée à disparaître de l’histoire », écrivait Blum. Sarko est déjà un vieux de la vieille de cette classe politique qui n’agit pas (ou pas assez et pas assez bien) depuis bien trop d’années !

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*« Il n’y a de classe dirigeante que courageuse. Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer. Est respecté celui qui, volontairement, accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux. Est un chef celui qui procure aux autres la sécurité, en prenant pour soi les dangers », écrivait Jaurès. En matière d ‘éducation, c’est le courage qui a manqué le plus dans les gouvernements de l’ère Chirac.

Il peut aussi y trouver des raisons de se montrer prudent, lui qui se pose en « guérisseur » d’une France malade à qui il promet les miracles de la potion magique des mirages du « tout est possible » : «  Les poisons sont quelquefois des remèdes, mais certains poisons ne sont pourtant que des poisons », avertissait Léon BLUM… Un avis aux électeurs aussi, peut-être.

Daniel RIOT

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