18/02/2007
Mon carnet de campagne: "rien n'est joué"
>>>Voici un sondage qui arrange tout le monde (y compris les médias qui ont besoin d’entretenir le suspense) : Près de huit Français sur dix estiment que rien n'est encore joué à neuf semaines de l'élection présidentielle, selon l’ Ifop dans "Le Journal du Dimanche". Seuls déçus, sans doute, les 17% des personnes interrogées qui considèrent que l'élection "est jouée en faveur de Nicolas Sarkozy". Une question : qui peuvent bien être les 4% qui disent que tout est "joué en faveur de Ségolène Royal" ?
>>> Je me suis trompé : je pensais vraiment que sa prestation dominicale sur ses 100 propositions allait sortir Ségolène de son « trou d’air ». Sa chute libre est provisoirement enrayée. Mais aucun des rebonds logiquement attendus ne s’est produit. Pourquoi ? Ses qualités affichées en rose n’ont pas suffi à effacer ses défauts démasqués en blanc, en dépit d’un sourire plus maîtrisé, d’une voix moins haut perché et de quelques accents de sincérité mieux travaillés.
Remarque un : elle a mal été servie par une couverture médiatique qui s’attarde sur une ou deux formules mais trouve indigeste 100 propositions. Loi du genre, pas seulement. Elle a raison de s’en plaindre. Mais elle formule des critiques qui la « victimisent » personnellement et non, comme Bayrou, pour remettre en cause un système qui l’avait si bien servie dan sa bataille interne au PS…
Remarque deux : une analyse du vocabulaire révèle (comme dans les interventions de Sarkozy, d’ailleurs) un sens de l’exhortation plus poussé que celui de l’argumentation : « Je » reviens 203 fois, le plus souvent avec « veux », (contre « nous » 65 et « vous », 72) « je m’engage » 12 fois, « je propose » 17 (merci à Claude Weill pour ses décomptes précis !). Elle s’offre même la grâce royale de deux « moi, Ségolène Royal je dis que ». Moins de Bécassine mais plus de Mme de Pompadour

Remarque trois : en dehors des poussées d’un maternalisme émouvant et d’un jeunisme un peu démago, la même analyse sémantique traduit une absence d’ancrage (« socialiste » ou « socialisme », zéro fois, « gauche » une fois, « travailleurs » quatre fois, « salariés » huit fois, « ouvriers » une fois, « inégalités » trois fois…
Dans le registre "social", le candidat du Cac 40, de la droite hyperlibérale et autoritaire, qui contrairement à De Gaulle veut que la politique de la France se fasse à la Corbeille, sait faire beaucoup mieux, en dehors de ses citations éhontées de Blum, de Jaurès et de quelques autres.

Du coup, ce qui pourrait être salué chez Ségolène, comme une volonté de sortir des ornières de la gauche archaïque devient une marque de faiblesse, de vide des valeurs et des repères, de creux de la pensée.
Elle ne sait ni parler A ni parler De la « classe moyenne » si déterminante électoralement. Elle fait même très Neuilly (ce qui est un comble face à Sarkozy) quand elle s’adresse aux ou parle des « classes populaires ». Ses conseillers n’auraient pas bien lu ce petit livre si bien assimilé par ceux de Sarkozy qui s’intitule « le Descendeur social ». Signé par Alain Mergier et Philippe Guibert, ce petit livre dense est édité chez Plon par… la Fondation Jean Jaurès.
Peut-être dans son équipe réorganisée cette semaine, les conseils en communication seront-ils choisis en fonction de la teneur des discours que des tenues de l’oratrice…
Ce doit être dur de devoir changer de conseillers en pleine course. C’est comme un club qui change d’entraîneur en pleine saison. Chez les sarkozistes, on en rigole un peu plus avec des effets de manche faciles : « Si elle n’arrive pas à mettre sur pieds une équipe Ségo, comment pourrait-elle former une équipe de France ?» Bonne question en effet.

Mais du coté de Sarkopoléon -le- petit est-on plus cohérent ? Les évaluations des coûts des programmes et des propositions se valent dans les deux camps. Et elles ne valent pas grand-chose…
Cette double nullité a un double vice. Elle n’annonce pas de jours meilleurs si le satut-quo si médiatiquement porté à bout de bras par ceux qui résument la démocratie à une alternance possible sans se préoccuper des alternatives souhaitables. Et elle fait indirectement de jeu de Le Pen. La démagogie profite toujours au plus démagogue...

Elle a heureusement une vertu : mettre par contre-coup en relief le sérieux, la cohérence et la crédibilité de François Bayrou, de ses analyses et de ses propositions. Mais médiatiquement, la teneur des propositions et des engagements de Bayrou sont superbement ignorés. Les mitraillettes à promesses non tenables du « duo » sont-elles plus télégéniques que les arguments solides du solide Béarnais ? Les journalistes ne savent pas suffisamment résister à l’air du temps vient de dire Anne Sinclair chez Drucker.
Eh ! Oui… Comme dit le Chat dans le dessin que Philippe GUELUCK vient d’offrir en direct sur le même plateau) Mme DSK, « A la télévision, il y a ceux qu’on regrette et … ceux qui sont regrettable ».Comme au PS, d’ailleurs…
>>> Puisque nous parlons télé, quelques remarques prises au vol
- Santini, l’humoriste ami de Pasqua, de Sarkozy et quelques autres qui fait de la politique en riant et des affaires sans rire, était l’invité de Ruquier. Parce que des balcons s’effondrent dans sa cité hyper riche d’Issy-les- Moulineaux ? Parce qu’il veut toujours fumer le cigare à l’Assemblée. Parce qu sa Ville a de grands projets d’urbanisme ? Non. Parce qu’il a trahi Bayrou pour soutenir Sarkozy. C’est fou : il suffit de lâcher le leader du centre pour se retrouver à l’avant-scène. Sur quel compte son long temps de parole : celui de l’udf ou celui de l’UMP ? SOS CSA, une fois de plus…
- Pourquoi les chaînes nationales, si friandes de « petites phrases » n’ont-elle pas repris celle de Bayrou sur France «3 Alsace à propos des transferts du « mercato » de la droite réunie : « S’ils ont rallié l’UMP c’est qu’ils n’étaient de vrais UDF ». Bien vu, pourquoi. Et très juste. A Strasbourg, on connaît même des UDF qui réussissent l’exploit de s’exhiber dans un meeting de Bayrou tout en obéissant aux consignes pro-Sarkozy du tandem qui dirige la Ville. De « vrais » UDF ? Ou de faux Sarkozistes… L’une des faiblesses de l’UDF, donc de Bayrou, vient de là, bien sûr : le marais centriste est le principal ennemi de l’extrême-centre. Comme dans les Hauts de Seine, on confond trop souvent « centre » et « milieu », ou nombril et centre de gravité, ou opportunisme et convictions. Cela passera: le faux centre n'a pas le monopole de la veulerie...On en sait aussi quelque chose , en pire, à l'UMP et au PS, ces partis plus consédérés par nombre de leurs mmebres ppour des rampes de lancements pour ambitions à mettre en orbites que comme foyers de réflexions et pôles d'actions citoyennes.
- De Villiers, ce midi dans « Dimanche + » a réussi un exploit… Dans la même phrase, il a réussi à dénoncer les réglementations des bureaucrates de Bruxelles et réclamer des règlementations européennes contre la Chine »

- Ségolène n’a vraiment pas chance. Anne Sinclair a joué avec loyauté les supportrices de l’ex-concurrente de DSK, mais tout ce qui sonnait juste et vrai dans l’émission de Drucker sonnait contre la royale élue du PS. Allez savoir pourquoi…
- Jean-Michel Aphatie, la neutralité faite journaliste politique, (puisqu’il vote blanc et en est fier) a encore brillé, sur canal+ par ses analyses anti-Bayrou sur l’impérative nécessité (selon lui) de cultiver ce bipartisme à la française que le monde (sauf les USA peut-être) nous envie. Et sur internet il tire sur tous les journalistes qui refusent l’air du temps » de la fausse bipolarisation. Sa dernière cible : Jean-François Kahn, coupable de crime de bayrouisme ! C’est beau la « neutralité et l’élégance déontologique ». Certains dits sont pire que les non-dits...
- Les patrons de TF1 ne manquent pas d’air. Ils demande aux politiques de soutenir et de ne pas attaquer la pauvre chaîne de « dimension moyenne », « l’entreprise modeste » de Mister Bouygues. Il faut le faire. Lelay , c’est celui qui disait à Bayou : « La politique, je m’en fous. Je suis breton avant d’être français… Ce que je veux, c’est de l’audience et du spectacle : les Français rêvent d’un match à deux :ils l’auront » Mougeotte, son collaborateur (à tous les sens du terme) enfonçait le clou : « Votre stratégie est vouée à l’échec. La démocratie, c’est le bipartisme »…
A part cela, tout va bien : les cahier des charges du CSA ne comptent guère. D’ailleurs, Sarko va arranger tout cela. Martin Bouygues n’est-il pas plus qu’un ami pour lui ? Petite annonce à diffuser sur internet : « grand proxénète de l’info-pute cherche protecteur »…
Dommage : j’ai connu Etienne Mougeotte à une époque où il était un excellent journaliste. Qui disait, voilà longtemps déjà, « le journalisme mène à tout à condition d’en sortir » ?
Daniel RIOT
16:50 Publié dans Présidentielles 2007: carnet de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielles, bayrou, royal, sarkozy, médias, sondages, politique












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