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28/02/2007
Sarkozy, la « valeur travail » et Gaston Lagaffe, « le héros sans emploi »
La « valeur travail » de Sarkozy : Une « vacance » pathétique de projet, une «moraline» politiquement irresponsable et la marque d’un populisme qui vide de sens les mots « valeur » et « travail »

« Je veux être le Président de la valeur travail »… Sarkozy s’y accroche, martèle la formule, la chante, en fait un hymne. Le jour du 50 ième anniversaire de Gaston Lagaffe, « le héros sans emploi », cela mérite réflexion. Sans rire. En prenant très au sérieux ce qui chez Sarkozy n’a rien d’une gaffe et ne s’inscrit en rien dans une bande dessinée…
« Valeur travail »…Un souvenir d’une des chansons de son enfance, celle de Salvador sur « Le travail c’est la santé » ? Une réminiscence de ses souvenirs scolaires, « Travail, famille, patrie » ou « Arbeit ist frei » ? Une pêche dans le vocabulaire classique du populisme le plus éculé, celui qui nourrit la bonne conscience de ceux qui pensent qu’ils sont les seuls à travailler et que « si tout le monde travaillait autant tout irait mieux » ? Après la « France d’en bas et celle d’en haut », voici la grande cassure entre « ceux qui se lèvent tôt » et ceux qui « se lèvent tard »…
Pathétique, ce besoin de diviser, de dresser une partie de la Nation contre d’autres, de jouer les uns contre les autres ! Irresponsable et irrespectueux cette posture ( imposture) qui consiste à séduire ceux qui pensent « travailler » en considérant une partie des Français (non définie, bien sûr) comme des paresseux, des fainéants, des inactifs, des oisifs, des cagnards, des flemmards, des désoeuvrés !

Prétentieuse, cette façon de donner des leçons en se donnant en exemple, en étalant sans pudeur les « blessures de son enfance » ! Comme si le petit Nicolas avait été le seul à « vendre des glaces » et « à livrer des fleurs » dans son adolescence pour gagner un peu d’argent dit de poche… Comme si le « grand ministre » était le seul à se lever tôt et à se coucher tard et à considérer son bureau comme une « pièce à vivre »… Comme si ce grand travailleur était le seul à se dépenser sans compter pour s’épanouir et satisfaire ses ambitions.
Irresponsable, cette manière de mêler morale et politique, de confondre exhortations et projet, de chercher des suffrages pour des responsabilités suprêmes en esquivant tout ce qui relève vraiment de l’action et du pouvoir politique. Fourier (qui en son temps déjà condamnait la « discrimination positive ») l’a fort bien écrit : « Aimer le travail nous dit la morale. C’est un conseil ironique et ridicule. Qu’elle donne du travail à ceux qui en demandent, et qu’elle sache le rendre aimable »…

Au niveau de la morale, ou plutôt de la « moraline », l’exhortation au « TRAVAIL » est aussi vieille que le monde… « L’homme est né pour le travail comme l’oiseau est né pour voler », trouve-t-on ans le « Livre de Job ». Pour cause : qui peut nier les grandes vertus du « travail » ?
Pour la Personne, « la vie fleurit par le travail », écrivait Rimbaud. « C’est par le travail que le l’Homme se transforme », notait Aragon. « Le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin », constatait Voltaire. « Le travail est beau et noble. Il donne une fierté et une confiance en soi que ne peut donner la richesse héréditaire », chantait de Vigny… « Le Travail est bon à l’Homme. Il le distrait de sa propre vie, il le détourne de la vue effrayante de lui-même. Il l’empêche de regarder cet Autre en lui qui lui rend la solitude horrible », notait avec profondeur Anatole France. « L’oisiveté est comme la rouille. Elle use plus que le travail », constatait Benjamin Franklin

Pour toute collectivité, le Travail est, selon la formule de Mirabeau, « le pain nourricier des grandes nations « (et des petites d’ailleurs). Quels sont les régimes, y compris les plus totalitaires et les plus inhumains qui ne pratiquent pas le culte du Travail ? Quelle est la famille, l’association, l’entreprise, la société, qui méconnaît les vertus et le besoin du Travail ?
Même les humoristes manque d’inspiration quand ils veulent s’attaquer à la « valeur travail »… « Si le travail est l’opium du peuple, je ne veux pas finir drogué », chantait Boris Vian. » Si le travail c’est la santé, à quoi bon la médecine du travail », souriait Pierre Dac. « L’homme n’est pas fait pour le travail. La preuve, ça le fatigue », soulignait Tristan Bernard.

Sarkozy, lui, ne plaisante pas : « Depuis 25 ans, tout a été fait dans notre pays pour dévaloriser le travail, décourager le mérite, discréditer la réussite ». Sans doute. Sûrement même. Mais qui en sont les responsables ? Les promoteurs des « 35 heures », accuse Sarkozy su le ton de ceux qui critiquait la conquête des congés payés en 1936. Peut-être, mais ces cinq dernières années, pourquoi Sarko-le prédicateur n’a-t-il rien fait pour rectifier ce qui aurait dû l’être et améliorer ce qui aurait pu l’être ?

« L’esprit d’assistanat », dénonce Sarko-le-procureur. Mais qui a développé ce mauvais esprit ?
Ceux qui depuis 1981 se sont résignés au développement vertigineux du chômage, à l’accroissement des inégalités, la hausse des précarités, la multiplication des stages pour les jeunes non rémunérés, la mise en mode du « coup du cocotier » dans le travail dès les 50 ans, les pompages fiscaux des « classes moyennes » ne sont-ils pas pleinement responsables, qu’ils soient de droite ou de gauche ?
Quand le travail du capital est mieux rétribué que le travail des Hommes, ne dévalorise-t-on pas le travail ?
Quand les façons de travailler des fonctionnaires, des policiers, des magistrats, des enseignants sont successivement ou simultanément critiqués, dévalorisés, mis en cause n’est-ce pas Le travail qui est dévalorisé ?

Quand les travailleurs sont plus taxés que les robots et des automates, ne dévalorise-t-on pas le travail ?
Quand le système que le gouvernement toujours en place favorise l’absentéisme des députés et des sénateurs, un clientélisme électoral qui fortifie l’état d’esprit d’ « assistés », un cumul et une polyvalence de fonctions ministérielles ne dévalorise-t-on pas le travail ? Quand l’un des slogans-clefs d’une campagne présidentielle se formule en une exhortation du type « Que ceux qui veulent gagner plus travaillent plus », et non « mieux », dans de « meilleures conditions », moins sous pression, ne dévalorise-t-on pas le travail ?

Quand on parle DU travail sans distinguer le travail-corvée du travail-plaisir, le travail-gagne-pain du travail-épanouissement, le travail-forcé du travail-liberté, ne dévalorise-t-on pas ce que l’on prétend valoriser ?
Quand on parle de la « valeur travail » sans faire une allusion aux valeurs des travailleurs et aux valeurs qui sont supérieures au travail lequel est plus un moyen qu’une fin, quand on se fait le champion d’un économisme qui tue l’humanisme, quand on parle « d’immigration choisie » comme si la personne se définissait d’abord par son utilité éventuelle, ne dévalorise-t-on pas et le mot « valeur » et le mot « travail » dont il ne faut oublier le sens premier de « douleur », de « souffrance » ? …
Il oublie Cioran : « Le travail est une malédiction transformée en volupté » (quand il est source d’épanouissement et non objet d’exploitation, quand il permet de SE réaliser et non seulement de faire, de produire). Il oublie Henri Jeanson qui constate que dans l’ordre social auquel Sarkozy est si attaché idéologiquement, « Le travail est un Trésor…quand il s’agit du travail des autres ». Il oublie même De Gaulle : « La vie n’est pas le travail : travailler sans cesse rend fou ».

Dans ce procès en responsabilités qu’intente Sarko-le-moraliste face à la dévalorisation de « la valeur travail », le ministre-candidat, aussi peu sociologue que psychologue, oublie évidemment les promoteurs de la civilisation des loisirs, des vols charters, de l’ère des « vacances » (vacant =vide), du « divertissement » en tout et pour tout (et pas seulement au sens pascalien du terme)… La culture des loisirs si stimulée est aussi une industrie où la rentabilité des capitaux compte davantage que le bonheur (ou simplement l’équilibre) des humains.
Quand un politique joue les pseudo-moralistes pour masquer le vide (la vacance) de sa pensée et de ses propositions, il dévalorise deux travaux : celui des vrais moralistes et celui des politiques…

Il est vrai que Sarkozy a quelques excuses. Celle d’une mémoire trop courte, entre autres. Savez-vous, par exemple, qui a déclaré : « Le travail est dans notre société au cœur du lien social. Nous ne voulons pas une société d’assistance, mais une société fondée sur le travail et l’activité productrice » ? Lionel Jospin pendant la campagne de 2002… La campagne d’un travail mal récompensé parce que mal fait. Et qui pourrait inspirer Gaston Lagaffe.
Daniel RIOT
14:40 Publié dans Présidentielles 2007: carnet de campagne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, politique, présidentielles, travail, lagaffe, culture, BD












Commentaires
Je partage votre analyse. De manière plus générale, Sarkozy c'est l'imposture permanente, ces toujours plus pour ceux qui ont, ce le rejet, l'esclusion, c'est la politique de la peur et de la haine. Pour en savoir plus sur le côté obscure de la sarko-force je vous invite à visiter mon blog : http://droitemoderne.blogmilitant.com et à consulter une lettre ouverte pour appeler Jacques Chirac à soutenir à titre personnel François Bayrou le seul candidat de droite qui porte les valeurs humaniste : http://droitemoderne.blogmilitant.com/index.php/2007/03/19/56-lettre-ouverte-a-jacques-chirac
Ecrit par : Droite Moderne | 20/03/2007
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