10/03/2007

En attendant Chirac…Et si Jacques ne soutenait pas Nicolas?

Sarkozy s’est montré sûr que Jacques Chirac allait lui apporter son soutien : " Nous en avons parlé. Mais je ne suis pas son porte-parole"… Mais est-ce sûr et sera-ce pour ce dimanche soir? Hier, on se montrait prudent dans les milieux UMP. Pas d’excès de précipitation ! Leçons de l’information (fausse) sur Simone Veil Présidente d’un Comité de soutien, de l’annonce pour le moins prématurée (et démentie par l’intéressé) d’un « soutien sans faille » de Borloo et l’extrême modération du soutien, plus promis que formalisé, du bout des lèvres, de De Villepin ? 

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Il est clair que le jour n’est pas propice à l’expression d’un soutien explicite à Sarkozy : Chirac ne peut guère appuyer les propos tenus par Sarkozy cette semaine sur « immigration et identité » qui marqueraient en fait une « rupture » avec la politique d’  « intégration » au bénéfice d’une politique d’ « assimilation ».

L'ALLOCUTION DES ADIEUX

Selon des indiscrétions dont fait état Libération, dans un article d’ Alain AUFFRAY et d’ Antoine GUIRAL  pour son ultime causerie radiotélévisée à ses «chers compatriotes», le chef de l'Etat a écrit lui-même un texte court (une dizaine de minutes) que ses proches annoncent comme «très personnel».

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«Sans nostalgie», il tentera d'expliquer où il a voulu mener la France et insistera «sur les chantiers d'avenir et les grands défis qui attendent la France et, au-delà, l'humanité». 

Il annoncera qu'il ne se représente pas. Mais il n'apportera pas, à cette occasion, de soutien à Sarkozy. «Cela serait en parfaite contradiction avec le grand moment de solennité voulu», dit un de ses plus anciens conseillers.

L'HOMME PRESSE ATTENDRA ....

« Libé » ajoute : « Trop impatient, comme souvent, Sarkozy avait cherché à imposer son calendrier au chef de l'Etat, faisant dire par ses proches que le soutien présidentiel lui serait accordé la dernière semaine de février. Il n'en a rien été.

Et pour cause : l'Elysée n'a pas apprécié que le candidat de l'UMP s'empare des domaines réservés présidentiels en organisant une conférence de presse sur la politique étrangère (le 28 février), puis une convention sur la défense (le 6 mars), avant que Chirac n'ait fait part de ses intentions »

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Sarkozy avait insisté sur France 2 jeudi sur le fait qu’il était persuadé  que le Président lui accordera bien son soutien avant le premier tour.  L’ « homme pressé » qui reconnaît que « l’impatience » est l’un de ses défauts majeurs devra encore attendre, sans doute…

Dans l'entourage de Sarkozy, selon d’autres sources, on se met même à douter sérieusement et on prend peur, surtout depuis l’ascension de Bayrou dans les sondages : « Une absence de soutien serait catastrophique… Cela viendrait conforter les craintes et les peurs qu’inspire notre candidat  à nombre de citoyens. ce n'est pas tant les voix que Chirac peut nous apporter que celles qu'il pourrait nous enlever"».

FROIS RAISONS DE FOND POUR UN SILENCE  POSSIBLE 

Un gaulliste qui connaît bien Chirac et ses ressorts psychologiques confie : « Trois raisons majeures, outre l’antipathie personnelle et les rancunes accumulées, peuvent dicter à Chirac une attitude publique neutre.

>>> Je l’ai pu lu dans les commentaires faits jusqu’ici, mais la pire des « saloperies » faites par Sarkozy à Chirac, c’est de proposer un « mini-traité » ratifié par voie parlementaire pour tenter de sortir de la crise européenne ouverte par le Non au référendum à la Constitution.

Quel désaveu, sur le fond et dans la forme ! Sur le fond, Chirac avait engagé la signature de la France sur un traité constitutionnel, pas sur un traité de plus…Et il avait choisi le referendum en suivant une leçon de De Gaulle : « Seule une ratification au suffrage universel, par un vote direct pourra faire accepter une Europe politique aux Français ». Ce n’est pas la citation exacte, mais cela voulait bien dire ce que cela veut dire.

Dans la forme, vouloir effacer un échec présidentiel historique par une manœuvre parlementaire et par un texte de deuxième ordre, comme au rabais, c’est aggraver la vraie blessure de Chirac par une éponge trempée dans le vinaigre et c’est se moquer du suffrage universel, du vote des Français.

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Chirac en veut à « ceux qui ont menti aux Français et les ont trompé ».Il s’en veut à lui-même de ne pas avoir « tout fait » pour que le « oui » l’emporte, mais on ne joue pas ainsi avec les institutions, avec l’esprit du général, avec le vote des Français ! Les propositions de Ségolène Royale et de François Bayrou valent ce qu’elles valent, mais au moins tous les deux prônent courageusement le recours au référendum, pas au coup d’état parlementaire qui serait légal mais non légitime ». Bien vu, effectivement…    

>>>Deuxième raison selon ce fin connaisseur  de la Chiraquie : «  Pour l’Histoire, une photo de passation des pouvoirs avec la première Française Présidente de la République serait plus gravée dans les têtes que celle de sourires de circonstances échangés entre le grand Jacques et le petit Nicolas (qui a tué le « père »). Cela plaide en faveur d’un soutien tacite à Ségolène… » Un baise-main sur le perron: un bel "au-revoir" pour un Homme qui a beaucoup "galoppé", comme a dit Bernadette. Tout compte, non?

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>>> Enfin, cette appréciation qui  n’est en rien négligeable : « Son mea culpa de Bruxelles sur la Constitution (comme ses confidences à Péan, d’ailleurs) montre que Chirac est soucieux de laisser l’image d’un Président lucide sur lui-même.

LES SEDUCTIONS DU BEARNAIS...

La réussite, inscrite dans les faits (même s’il n’est pas élu cette fois-ci) de Bayrou, doit lui faire penser que sa stratégie de 2002 n’était pas la bonne et qu’il aurait mieux fait, dans son propre intérêt et dans celui de la France, de suivre les analyses et les conseils du Béarnais à l’époque : « Vous n’êtes que l’élu de moins de 20% des Français, pratiquez l’ouverture »…

Chirac  peut, au moins secrètement, le reconnaître d’autant plus que l’UMP constituée pour lui a été squattée par un coucou nommé Sarkozy si ingrat à son égard. Cela plaiderait pour un silence sur Sarkozy dont Bayrou pourrait évidemment profiter".

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D’ailleurs, au fond de lui, Chirac est trop fin politique pour ne pas apprécier en expert et en esthète de la politique la démarche du paysan solitaire…

Cet intime de la Mairie de Paris et de l’Elysée qui ne votera pas Sarko et qui reste l’un des rares « fidèles » de Chirac sourit : « L’homme au tracteur, dont Mitterrand avait dit qu’il irait loin (Chirac ne l’ignore pas)  n’appartient pas à ces « sangs tristes », comme disait Pasqua, plus dans l’imposture que dans la posture et dont il disait : « Les centriste, on les roule dans la farine et on les fait frire. Ils ne veulent que quelques maroquins à Paris et des soutiens en province pour quelques notables ».Bayrou est aujourd’hui un centriste vertébré, donc qui impose le respect ».

UN GAULLISTE "RAD'SOC" 

Mon interlocuteur qui ne tient pas à assumer publiquement son analyse « parce qu’il y a trop de cons et de faux culs dans la fausse famille UMP »  pousse plus loin son analyse sans être sûr d’avoir raison : « Chirac est à la fois un vrai gaulliste et un vrai rad.soc, comme on disait jadis… La démarche rebelle de Bayrou qui a refusé des ministères pour faire une « retraite », une traversée du désert », de cinq ans a un coté gaullien. Les idées de ce Lettré admirateur d’Henri IV sont dans bien des domaines d’inspiration radical-socialiste : laïcité (malgré sa foi non camouflée), social-économie, valeurs humanistes, vrai souci à la Jules Ferry de l’école..

Et son art de parler à la fois aux Français et à la France, de la France et des Français est plus adapté aux fonctions présidentielles que les styles "maternants" et "paternants" de Royal et de Sarkozy. Chirac (comme Mitterrand le savait d'ailleurs) sait faire la différence: Un Président de la République n'est pas un Premier ministre. Avec sa simplicité mais sa cohérence, Bayrou a gagné au fil de la campagne un charisme et une hauteur qu'il n'avait pas avant.

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Enfin, entre la « poule au pot » et la « tête de veau », il y a des liens de terroirs, non ? Comme entre la Corrèze et le Béarn. Tous les deux n’ont pas à se forcer quand ils « caressent le cul des vaches »…

Et tous les deux ont été culturellement sous-estimés par ceux qui les connaissent mal. Leurs jardins secrets sont riches de culture et des réflexions : cela entraîne une estime mutuelle.

QUELLE CONTINUITE AVEC SARKOZY ?

Qu’est-ce qui dans ces conditions pourrait inciter Chirac à soutenir Sarkozy ? Le souci de continuité ? C’est Sarkozy qui s’est lancé dans la « rupture »… Le souci  de la « famille » politique? Chirac reste un gaulliste partisan d’une économie mixte, dirigée, avec une « politique de la France qui ne se fait pas à la Corbeille », Sarkozy est d’abord, même avec la maquillage qu’il utilise ces derniers temps, de la famille des « ultra-libéraux », des « hyper-capitaliste », des adeptes balladuriens du « laissez-faire, laissez-passer », des tentés par l'atlantisme et le communautarisme, malgré leurs réserves exprimées plus que profondes. L’autorité et la régulation contre l’autoritarisme et le business… L’Ordre au service non de la République, de la nation et de  la Société, mais du marché.

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Qui plus est, si au nom de la « solidarité de la droite », Chirac soutenait ouvertement Sarkozy, comment le ferait-il ? Sous quelle forme ? Avec quel degré de conviction affichée ? Dans l’entourage de Sarkozy, on finit par se demander ce que serait le pire : le trop peu mis en relief ou le trop souligné…La flatterie démesurée ou l'éloge trop mesurée? 

«Il faudrait que Chirac trouve la dose idéale. Trop en faire de sa part ne serait pas crédible. Ne pas assez en faire serait interprété comme un désaveu…Un soutien clair et net donnerait l'impression d'un rabibochage de façade, tandis qu'une absence de soutien plongerait la majorité dans la crise».

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Un coquetel introuvable. Avec un barman énigmatique qui joue les imprévisibles. Même la défense et illustration du « bilan » des cinq dernières années qu’ignore ou dénigre Sarkozy  pourrait avoir des effets contraires à ceux qu’espèrent les amis de Raffarin et de De Villepin.

UNE VALEUR AJOUTEE AU GOUT AMER

Si le Président sortant apparaît (comme DSK à gauche en ce moment)  dans le rôle de celui qui « rehausse le débat » confirmerait que, dans cette déjà longue campagne, Sarkozy n’a pas été capable de mettre « le débat  à la hauteur »…

La « valeur ajouté » espérée de l’Elysée pourrait donc avoir un goût de peau de banane…Ou de poison amer. Même les moments choisis par Chirac et de Villepin pour « dire », ne pas « dire » ou « sous-entendre » pourront aussi avoir des effets réels pas forcément conformes aux attendes sarkoziennes. Et difficles à redresser s'ils se situent dans ces deux ou trois dernières semaines où "se joue l'essentiel" 

Mais, au fait,  pourquoi Sarkozy accorde-t-il une telle importance aux interventions de Chirac ? Il ne l’a pas consulté avant de s’y lancer, ce « petit saligaud » comme dit Pasqua... C’est même lui qui l’a empêché de faire son propre choix en pleine liberté. Pourquoi attendre du miel de quelqu’un trop arrosé de fiel ? Une coutume locale de Neuilly, peut-être…

Daniel RIOT

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