06/04/2007
Le paradoxe qui fait la force de Bayrou : le candidat le plus rebelle est le plus raisonnable et le plus crédible face à deux postulants très anxiogènes...
C’est un paradoxe qui fait la force de Bayrou : le plus trouble-fête des candidats, le plus rebelle du trio de tête dans les sondages, le plus anti-système est aussi le moins anxiogène, le plus rassurant, le plus raisonnable.
Le plus audacieux du trio dans ses réformes institutionnelles, dans sa volonté de changer non seulement le paysage mais la nature même de la politique, dans sa soif de sortir la France du système des camps et des clans, est aussi celui qui se montre le plus réaliste face à la dette, face aux besoins de débloquer les emplois gelés, de mettre fin à l’usure du pouvoir d’achat, à enrayer la folle spirale des inégalités…
Anxiogène, Sarkozy l’est sous plus d’un angle :
>>> Son autoritarisme n’est pas l’autorité : ses échecs au ministère de l’intérieur sont là, quoi qu’il en dise. Il n’a rétabli ni l’Etat où il n’est plus ni la sécurité. Le feu ne couve pas seulement sous la cendre : il est dans la maison. Et Nicolas a plus joué les pyromanes que les pompiers !
>>> Son droitisme prend des allures dont Le Pen de De Villiers peuvent se réjouir. Ses grands écarts entre le labourage des terres lepéniennes et ses courtisaneries envers les valeurs centristes l’ont conduit très à droite. « Je suis plus à droite que Chirac », dit-il lui-même. Cela conduit à des formules que même ses soutiens, comme Simone Veil, condamnent… Il a tellement contribué à banaliser les idées de Le Pen qu’il dédouanent les électeurs du candidat du
>>> Son ultra-capitalisme et son hyper-libéralisme autoritaire font craindre des manifestations de rue, des mouvements sociaux, bref un troisième tour non dans les urnes mais dans la rue. La France ne peut pas se permettre ce type d’épreuves…
>>> Sa conception même du pouvoir et de son exercice laisse prévoir en cas de victoire une poussée de ce qui est déjà dénoncé : le favoritisme, l’esprit de cour, le mélange des genres, la non séparation des pouvoirs, un décalage terrible entre les discours généreux et les actions les moins démocrates et les plus amorales. D’autant plus que (ses amis les plus fidèles le reconnaissant eux-mêmes), son coté « soupe au lait » le rend peu prévisible…

Ségolène Royal est anxiogène en raison de son caractère aussi : l’autoritarisme perce sous le sourire, son coté « jeu perso » prend des dimensions effrayantes y compris chez ses soutiens les plus fidèles, son ingratitude n’a d’égale que son égotisme pathologique, ses jeux de rôles l’embrouillent elle-même.
Ne parlons pas de son faux masochisme qui la fait cultiver une victimisation d’un machisme qui a existé mais qui a bien diminué. En quoi a-t-elle été, par exemple, victime d’attaques auxquelles auraient échappé des hommes ?
Bécassine ? Moins méchant qu’Iznogoud ou Napoléon-le-petit. Bayrou a plus souffert de ses grandes oreilles qu’elle de sa démarche, de ses dents ou de son sourire d’automate… Soyons sérieux ! Cette campagne (et c’est un événement heureux) marque la fin du machisme en politique. Du moins aux yeux de l'opinion: au niveau du PS et de l'UMP, les états-majors restent d'un conservatisme très sexiste!
Le faux féminisme de Ségolène durant cette campagne s’est d’abord traduit par une exploitation people de sa féminité et par un étalage de maternalisme. Comment se traduirait-il en cas d’accession à l’Elysée ? Dans « femme politique » c’est comme dans « homme politique » : c’est le « politique « qui compte ! Bien avant le « look » ! Attention qu’elle ne desserve pas la « cause des femmes » à l’Elysée comme son amie Edith a pu le faire à Matignon…
Mais il y a pire. C’est l’incohérence de son programme, la versatilité de ses discours, les inspirations nationalistes de certaines de ses envolées, la veine conservatrice de certaines de ses exhortations qui sont anxiogènes… Qui dirigerait vraiment la France si « la France Présidente » remplaçait Marianne par Ségolène ? Mystère… Revanche des « éléphants » ? Quel « socialisme » ? Son projet flou et ses propositions imprécises et non sérieusement chiffrées la transforment en « pochette surprise »… Avec des surprises pas forcément agréables.
Le pire, vient de ce que Jean-Claude Guillebaud appelle justement le « colossal malentendu ». un malentendu médiatique et politique. Le chef de l’Etat c’est celui (ou celle) en qui on doit faire confiance. Pour unir les Français, pour représenter la France, pour défendre les intérêts de la France et des Français dans un monde incertain, chargé de périls, pour réagir avec sang-froid et intelligence à ce qui est imprévisible.

Or, sur ce terrain, Ségolène semble aussi fragile et peu fiable que Nicolas. Les deux manquent de ce que Bayrou précisément a : cette vraie culture qui vient de longues et nombreuses lectures, ce bon sens paysan, cet art de voir les réalités telles qu’elles sont et d’agir en conciliant « la nécessité et l’idéal » comme disait Jean Monnet, son sens de l’Humain qui ne se réduit pas à quelque commisération teintée d’émotions plus ou moins feintes…
Il ne joue pas un rôle quand il plaide pour « un président de la République calme qui apaise les affrontements au lieu de les exciter qui veut reconstruire une société de confiance et d’harmonie et réconcilier l’économie et le social ». Cela n’est en rien creux ou vide : c’est un impératif pour que la France affaiblie, appauvrie, amoindrie et déchirée recouvre sa bonne santé. Avec une Nation réconciliée avec la Société.Avec une "identité" ouverte sur l'Europe et non repliée dans un escargotisme retrograde.
Mais tout se joue dans les urnes. La dernière ligne droite de la campagne se fera « pieds au plancher » dans toutes les équipes. Le terrain, le bouche à oreille joueront un rôle plus grand que les campagnes officielles à la radio et à la télévision… sauf si l’idée d’un débat proposé depuis longtemps pas Bayrou s’imposait malgré l’opposition de Sarkozy qui,visiblement, n’aime débattre qu’avec ceux qui sont d’accord avec lui !
Daniel RIOT
19:15 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bayou, ségolène, sarkozy, présientielles, politique











Commentaires
Les citoyens ont le droit à un débat contradictoire de premier tour entre les quatre principaux candidats à l'élection présidentielle. Quelles que soient les raisons invoquées pour les en priver, cette confrontation des idées et des personnages qui les portent n'est pas nuisible à la démocratie. En tout cas, même si elle peut légitimement susciter des réserves, elle reste préférable à l'absence de débat.
Répondant à l'invitation de François Bayrou, le site de la Révolution orange a aussitôt ouvert un forum pour promouvoir et construire le "débat sur Internet".
Vous êtes tous chaleureusement invités à y poster vos commentaires, vos suggestions et vos remarques, ainsi qu'à y poser les questions que vous souhaiteriez voir abordées par les candidats.
http://www.revolutionorange.org/forum/list.php?5
Le site de la Révolution orange n'entend pas se charger de l'organisation du débat proprement dit. Bien que politiquement indépendant de l'UDF, il n'en est pas moins engagé dans la campagne aux côtés de François Bayrou. En tant que site de soutien d'un candidat, il n'a pas vocation d'exercer un arbitrage. D'autres sites de réflexion citoyenne se sont déjà proposés. Le forum que nous mettons en ligne, pour notre part, a pour but de recueillir vos témoignages et de publier vos propositions, ainsi que de porter vos attentes à la connaissance des candidats.
Ecrit par : hippo | 07/04/2007
Les commentaires sont fermés.