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04/05/2007
Les cris du cœur et de la tête de Mémona Hintermann
« Moins le Blanc est intelligent, plus le Noir lui semble bête »
André Gide
« Personne ne peut vous forcer à vous sentir inférieur sans votre consentement »
Martin Luter King
« Le monde ressemblera à La Réunion, sinon il disparaîtra »
Paul Vergès
Les Confessions de Momine AFFEJEE...
Cette YAB du Tampon, ce « Plougastel sous les Tropiques », volait des poulets pour que sa famille ne meurt pas de faim et a dû "prouver" qu’elle était française avant de recevoir la Légion d’honneur… « Mi prend pas un chat dans un sac » : Je refuse d’être piégée par un cadeau !
J’aime beaucoup depuis logtemps Mémona, journaliste de talent qui fait honneur à la carte de presse (ce qui devient de plus en plus rare)… Son livre et mes retrouvailles avec elle à la salle blanche de la librairie Kléber à Strasbourg m’a rempli de bonheur. Merci à elle d’être…elle.

Un récit plus qu’émouvant : poignant. Le récit d’une vie de femme qui volait des poulets et qui n’a su se servir d’une fourchette qu’à 18 ans… « Gouni vide y tient pas d’bout » : Ventre affamé n’a pas d’oreille.
Le récit de son enfance et de son adolescence. Celui de sa route vers « l’intégration » dans cette France qu’elle aime et dont elle se sent l’enfant depuis toujours. Celui d’un long chemin vers la réussite professionnelle, malgré tous les obstacles, les préjugés et (mais oui) les discriminations. Celui d’une femme de tête qui sait conserver « la tête haute » en toute circonstance.
« Bon Dié y pisse si son tête » ; Elle est bénie des Dieux ! « Coup pié ziment tié pas z’étalon » : Tout ce qui ne la tue pas le rend plus forte…
Un récit souvent drôle amusant, plein d’humour, aussi. Parce qu’elle-même adore la vie. Parce qu’heureusement la vie (comme la politique d’ailleurs) n’est pas toujours à prendre au tragique. Parce qu’elle sait dans ses tripes que l’humour, l’ironie, l’esprit constituent une indispensable béquille. Parce que surtout le créole est une philosophie de vie avant d’être un pays, un type humain, une langue… « Margose lé amer le grain lé doux » : Rien ne sert de lutter contre l’absurde. « Le roi l’est pas mon cousin » : le bonheur est simple.
Une autobiographie pleine d’aveux et de pudeur, mais aussi de vrais cris.
Des cris d’amour : de La réunion, de la France, de l’humanité, des identités non réduites à une carte.
Des cris de l’intelligence ; contre la « discrimination positive », contre le « devoir de Mémoire » transformé en amnésie sélective, en repentance masochiste ou en vengeances stupides.
Des cris de détresse : « En France on a des discours sur l’Islam, mais pas de débats sur l’Islam »
Des cris d’horreur : face l’inhumanité et à la bêtise, ces monstres à tentacules.
Des cris d’espoir, surtout quand elle reprends à son compte ce cri de Paul Verges » dans 500 ans, le monde ressemblera à La Réunion sinon il disparaîtra »

Ressembler à La Réunion, c’est savoir vivre en respectant les différences, en n’ayant pas à parler de racisme, en faisant abstraction des couleurs de la peau et des bulletins de naissance. Mémona (celle qui mérite sa chance) sait de quoi elle parle, avec sa mère catholique et son père musulman. Comme elle sait ce que recouvrent les mots faim, liberté, guerre, intolérance… Des réalités, non des concepts.
Vous appréciez Mémona Hintermann grand reporter à France 3 (pour qui journalisme ne rime pas avec voyeurisme, image avec mirage et télévision avec défaut de vision), vous adorerez son livre.
Un ouvrage bien écrit puisque rédigé avec ce qu’elle a de meilleur : sa force intérieure. Sa richesse intérieure. Et son indépendance d’esprit : c’est un bol d’air en un moment où « l’identité » devient un tatouage social, où l’on voudrait imposer des drapeaux aux fenêtres parce que l’on n’en a plus assez dans les cœurs et où s’inquiète plus des origines que des destinations… La vie n’est vraiment pas une « ravine tranquille ».
Que voulez-vous ? « Chauffé, pompé, madame Desbassyns l’a arrivé » : Quand le diable est là il faut faire avec… Hélas ! Il est tant de réalités qui exigent un résigné « peu me chaut » : « Mi fait z’oreille canard’ » …Et "L'rat y courtpas su le fer blanc": A l'impossible, nul n'est tenu!
Daniel RIOT

Présentation de l'éditeur (JC Lattès)
Réunionnaise et 100 % française, fille d'un musulman et d'une catholique, ayant maintenu son rêve absolu au nom de la France en dépit d'énormes obstacles et de drames : Memona Hintermann n'a jamais baissé la tête. Métis, entourée de frères et sœurs mariés à des hommes et des femmes de toutes les couleurs, elle a longtemps eu l'impression d'entendre les autres parler à sa place : sociologues, experts, leaders d'opinion, accusateurs de l'histoire française... Elle a décidé de raconter son combat, et de s'exprimer sans complexes sur des questions qui miment la France aujourd'hui : immigration, racisme, passé colonial. Dans ce récit simple et vivant, fascinant et parfois poignant, les anecdotes souvent savoureuses illustrent une vraie vision d'un modèle d'intégration aux antipodes des discours " différentialistes ", à l'heure où le débat sur la citoyenneté se radicalise. Un grand message d'espoir et une bouffée d'air frais !
Biographie de l'auteur
Née à l'île de la Réunion, Momena Hintermann doit son beau parcours à l'école républicaine. Depuis vingt-cinq ans elle a couvert la plupart des grands conflits, de la chute du mur de Berlin à l'explosion des Balkans, et aujourd'hui couvre principalement le Proche-Orient pour France 3. S’’intéresse beaucoup aussi aux affaires européennes. A présenté de nombreuses fois le « SOIR 3 »
17:00 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, france, intégration, société, télévision, france 3











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