08/07/2007

Réflexions sur le journalisme en évolutions

Du message au massage: Texte repris sur le blog de RSF

d255dff47dcfb02d9270d5d5c3e67c06.jpgAvec "La crise de la représentation", Daniel Bougnoux ne signe pas un énième traité sur la communication, mais un essai lumineux sur la presse et la crise qu'elle affronte. Notre philosophe tord le cou à quelques fables comme "la fin du journalisme" ou "la manipulation par les médias de masse".

Entretien réalisé par > Robert Ménard
Photo > Charles Duprat

Cette crise de la presse dont tout le monde parle, est-ce une vraie crise ou tout simplement l' arrivée de nouvelles techniques qui bousculent nos habitudes?
On vit la presse sur le mode de l'immpatience, de la revendication soupçonneuse. Les médias auront donc toujours tort vis-à-vis de nos attentes. Leur mission - informer, éduquer, distraire - est très mal remplie. Les causes en sont : la concurrence, le raccourcissement des délais, la dictature du direct, celle de l'opinion. La presse est prise en tenailles entre la montée des nouvelles technologies qui lui font concurrence, et un impératif démocratique - dont elle est le rouage essentiel - qui vire à la revendication individualiste et à l'émiettement, à la fragmentation, à la disparition même d'un espace public de délibération ou de raisonnement. On a tendance à enjoliver le passé de la presse pour regretter un âge d'or qui n'a jamais existé. Le mot même de presse dit qu'elle est pressante et trop pressée, qu'elle nous met sous pression, sans remplir l'attente née de cette pression. On va ainsi de pression en déception, un peu épuisé par le rythme des médias. L'aspiration au savoir, à la mémoire, à la connaissance est régulièrement lésée par cette information au jour le jour, qui, malgré tout, est nécessaire.


Peut-on imaginer des médias sans journalistes?
C'est un peu ce qui s'est passé dans l'émission de TF1 "J'ai une question à vous poser" où PPDA se trouve délogé de sa fonction de "grand questionneur". On y a assisté à une démédiatisation. C'est un phénomène qu'on observe avec les blogs, Internet. Les gens pratiquent entre eux une auto-information, conquête de la démocratie, qui s'exerce évidemment au détriment d'une corporation, d'un métier qui avait son calendrier, ses usages, ses faiblesses. Je ne pense pas que cela soit pour autant la fin du journalisme. On va voir reparaître le journaliste questionneur, le journaliste expert, celui qui ajoute la mémoire à l'actualité, notamment lors d'élections. Le journaliste n'est pas encore détrôné. Il affronte une forte concurrence qui naît de la pression démocratique elle-même, instrumentée par les nouveaux médias. La presse est ainsi mise au défi d'avoir à se requalifier professionnellement.

Vous ne versez pas dans la nostalgie...
Je suis toujours émerveillé par un kiosque à journaux ou lorsque je reçois chaque matin mon journal. en tant qu'universitaire, je serais bien en peine d'avoir cette capacité de réaction et de synthèse face au flot quotidien. J'aime la stimulation qui vient par ce flot, tout en faisant bien la disctinction entre le flot et l'oeuvre. L'oeuvre est ce qui échappe au flot. Elle ne se déclasse pas du jour au lendemain, elle n'est pas mise en concurrence par d'autres canaux d'information plus rapides. Elle relève davantage du savoir ou de la culture.

Vous expliquez qu'avec les nouvelles technologies, c'est le statut même du fait qui est remis en cause.
Je ne serai jamais d'accord avec Virilio ou Baudrillard qui ont plaidé la thèse d'une pulvérisation des faits. Certains faits s'imposent, d'autres se construisent, d'autres encore doivent être recoupés avant de s'avérer : on ne vit pas dans le simulacre, l'illusion, la féerie ou l'imposture permanente. Les médias ont toujours construit le monde, l'actualité, et c'est un immense travail. Dans "actualité", il y a le mot acte. Construire d'actualité en est un.
Chaque matin, chaque soir au journal de 20 heures, l'information est rebâtie par les différents canaux, plateaux ou conférences de rédaction. Tout cela est plein d'artefacts, puisque c'est une construction. Néanmoins, je suis reconnaissant à la presse d'être le vecteur de ce réalisme. Ce sont les citoyens qui rêvent et qui disjonctent, qui se replient dans le cocon domestique. Sans la presse, leur horizon serait moins ouvert, ils auraient moins de reconnaissances.

Vous pouvez lire la suite de cet entretien dans la revue Médias n°13 (en vente chez votre marchand de journaux)

Les commentaires sont fermés.