07/10/2007

Strasbourg; Vous avez dit "démocratie locale"?

Petite chronique strasbourgeoise à partir des dna

Vous avez dit « démocratie locale » ? J’ai souris en lisant les dna de cette semaine avec un mini-dossier sur un maxi-bilan : celui des « conseils de quartiers » de Strasbourg.

*D’un coté des « super citoyens super contents des super élus qui assistent le super tandem qui super-dirigent la super-ville de super-Strasbourg ».

*De l’autre, des « super-déçus »… Où est le clivage ? Les super-contents sont des… porte (bonnes) paroles. Les super déçus sont des gens réalistes, dont certains ont un tort :avoir suffisamment de mémoire pour se souvenir des engagement en matière de « démocratie de proximité » de la liste UDF-UMP-Société civile candidate, devenue UMP élue…

Cela vaut quelques citations.  

>>>Dans l’article de Barbara Romero : « Attablés hier à l'heure du déjeuner autour de Fabienne Keller et Robert Grossmann, les seize porte-parole ont pu passer brièvement en revue leurs actions sur quatre ans. Parmi les projets réalisés en concertation : la fête de quartier de l'Orangerie, la plaque commémorative des bombardements de Neudorf, l'aménagement de la placette des Halles, les Ateliers-mémoire de la Meinau, les chantiers de la presqu'île André-Malraux etc.

Deux cents réunions de commission, 4 341 participants, un budget total de 378 506 € étalés entre 2004 et 2007 : pour l'élue en charge de la démocratie de proximité, Frédérique Loutrel, le bilan est très positif. « Entre les deux mandats, nous avons quasi doublé les moyens, votre activité a été très riche, et grâce à vous, les habitants des quartiers sont devenus des "super-citoyens". C'était une obligation légale, vous en avez fait une réussite locale ».

On se lève, et on applaudit. En imaginant que la gentille Frédérique ait pu dire autre chose : quel bel événement virtuel!

Précision : « Et tous les porte-parole d'affirmer leur apolitisme ». Ben voyons… « Seul regret général : la mise en veilleuse de leur activité, élections municipales obligent... » Allons donc…

>>> Dans l’article de Chantal GRANDGEORGES, sous le titre : « La démocratie participative, une illusion ? » 

Premier témoignage : « André Plouzin a participé aux comités de quartier de l'ancienne municipalité et aux conseils de quartier de l'équipe municipale actuelle. Il a fini par démissionner en même temps que les autres membres du conseil de quartier du centre-ville. Et a perdu ses illusions sur la démocratie participative.

 « Quels que soient les élus, ça ne marche pas. Quand on n'a pas le pouvoir, on est prêt à le partager. Quand on a le pouvoir, on ne veut plus le partager. Il n'y a pas de vaccin contre ça. C'est une déformation politique », déclare-t-il. Pourtant, raconte-t-il, il s'est battu pour la création des comités de quartier. « Si on dit quelque chose contre le projet de la municipalité, les élus estiment qu'on est contre eux. Il a fallu se battre, même du temps de Trautmann. Mais on a quand même obtenu les parkings-relais et les macarons résidentiels pour le stationnement payant au centre-ville. ».

Selon lui, tout dépend de l'adjoint de quartier. « Avec Robert Herrmann, ça se passait mieux qu'avec Marie-Hélène Gillig. Avec Catherine Seegmuller, on n'a pas eu de chance. Certains membres, pourtant de droite et choisis par la municipalité, étaient morts de trouille, notamment des commerçants qui avaient peurs de représailles ». Aujourd'hui, affirme-t-il, même le milieu associatif disparaît. « Il ne sert plus à rien, puisqu'il n'y a plus de grains à moudre. Il n'y a plus de contre-pouvoir possible ». Selon lui, les élus sont en train de « se griller ».

Allons, allons, Monsieur Plouzin : Il ne faut pas désespérer. Sous la gauche, c’était nouveau. Et cela n’avait rien d’évident. C’était avant les « obligations légales » de 2002. Alors, un peu d’indulgence (on va encore dire que je soutiens la gauche !). Sous le « tandem » de droite, c’était un peu différent. Comment organiser de bonnes concertations quand on n’a pas confiance en soi, étant évident que l’arrogance affichée est un signe de méfiance ?… La parano au pouvoir, c’est « vents vilains » sur la ville… Au fait, c’est quoi, cette « peur des représailles » ? Joli climat…

Deuxième témoignage : « Pierre-Philippe Bayart, membre du bureau du conseil du quartier gare, a aussi connu les comités de quartier de l'ancienne municipalité. Il reste persuadé que ça pourrait fonctionner, sous une autre forme. S'il a décroché du conseil de quartier depuis un an, c'est « parce qu'il n'y a plus aucune discussion possible. On est toujours mis devant le fait accompli. Les assemblées plénières sont préparées par le bureau, mais complètement détournées par l'adjointe de quartier qui désavoue l'ordre du jour qu'elle avait signé ». Depuis des mois, il ne se passe plus rien à cause des élections présidentielles, puis municipales. « Pourtant, on dit qu'on n'y fait pas de politique. Alors pourquoi ne pas continuer à exister. Dans certaines villes, les conseils de quartier ont pris beaucoup plus de distance ».

Il estime toutefois que le conseil de quartier devrait être repris. « Ça pourrait fonctionner comme instance de concertation et de communication. Mais pour cela, il faudrait un budget ». Du temps de l'ancienne municipalité, un comité de liaison des associations de quartier s'était formé avec le soutien de la Ville pour l'organisation de forums sur la démocratie participative. « Roland Ries voulait reformater les comités de quartier », se souvient-il »

Ce « reformatage » reste d’actualité, et pas seulement chez Roland Ries !  C’est curieux de voir l’incapacité de nos gouvernants actuels ne pas tenir compte de ce qui se fait de mieux dans les villes européennes les plus authentiquement démocratiques. Mais les esprits de nos gouvernants actuels sont aussi « européens » que la foire du même nom…

Et comment aurions-nous pu avoir une « démocratie locale » vivante, active quand au niveau du conseil municipal l’opposition est méprisée et quand la majorité n’est autorisée à parler que pour exprimer ses accords avec la ligne décidée.

Il n’y a en fait qu’une concertation réelle : celle entre Robert et Fabienne. Ah ! Si les murs pouvaient parler… Mais ils parlent, figurez-vous. Ils crient même, parfois. Mais Chut !  Tout va très bien Madame la marquise… Et puis, « attention aux représailles » !

REPERES : Excellente initiative des dna de reproduire les obligations légales en matière de « démocratie de proximité ». Elles sont vraiment peu contraignantes… « L'article 1 de la loi n° 2002-276 du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité stipule : « Dans les communes de 80 000 habitants et plus, le conseil municipal fixe le périmètre de chacun des quartiers constituant la commune. Chacun d'eux est doté d'un conseil de quartier dont le conseil municipal fixe la dénomination, la composition et les modalités de fonctionnement. »« Les conseils de quartier peuvent être consultés par le maire et peuvent lui faire des propositions sur toute question concernant le quartier ou la ville. Le maire peut les associer à l'élaboration, à la mise en oeuvre et à l'évaluation des actions intéressant le quartier, en particulier celles menées au titre de la politique de la ville. » « Le conseil municipal peut affecter aux conseils de quartier un local et leur allouer chaque année des crédits pour leur fonctionnement. »

Autant dire que l’esprit compte plus que le texte. Les « super citoyens », comme dit Loutrel,  méritent une super-démocratie de proximité. Qui reste à mettre sur rails… On en reparle pendant la campagne, j’imagine. Il suffirait d’élire quelqu’un qui soit capable de tenir, sur ce terrain,  les engagements pris par le tandem avant son élection (qu'il n'imaginait pas) et pas respectés depuis…

Commentaires

Pour apporter de l’eau au moulin de Monsieur PLOUZIN patron du restaurant « la plouzinette » il me semble, je t’adresse quelques souvenirs « alternatifs ».
« …Il (R RIES) estime toutefois que le conseil de quartier devrait être repris. « Ça pourrait fonctionner comme instance de concertation et de communication. Mais pour cela, il faudrait un budget ». Du temps de l'ancienne municipalité, un comité de liaison des associations de quartier s'était formé avec le soutien de la Ville pour l'organisation de forums sur la démocratie participative. « Roland Ries voulait reformater les comités de quartier », se souvient-il »
Concernant le « …comité de liaison des associations de quartier… » C’est Cité Alternative association que je présidais qui en a été à l’initiative. Son principal chantier a été d’organiser la concertation en matière d’urbanisme au sujet du projet de la Place de l’Etoile. Ce qui nous a valu de prendre de sérieux coups de règles sur les doigts et bien plus encore par la suite…
J’ai également énormément à dire de cette époque et de la vision, non de R. RIES, mais de Catherine Trautmann concernant la démocratie participative. Je crois avoir conservé un courrier dans lequel en qualité de Présidente de la SERS elle nous faisait la leçon en comparant démocratie élective et participative. Ce courrier fut à l’époque reçu comme un morceau d’anthologie.
Notre action s’élaborait déjà de façon citoyenne et non partisane puisque le Président de la CLAQ Paris (J F BLET) s’opposant alors aux projets d’urbanisme de J CHIRAC Maire de Paris, invité à la maison était venu porter sur les fonds baptismaux au grand dam de la municipalité socialiste de l’époque la coordination strasbourgeoise (ARAN / ARES / CARDEK / Cité alternative auxquels se joignèrent plus tard AGIRA et Alsace Nature section Strasbourg).
Il ne faut pas oublier qu’après 1995 une fois le grand ménage opéré par C TRAUTMANN dans le monde associatif et ailleurs….de ceux ayant présidé à cette création strasbourgeoise, il ne restait plus dans la coordination vantée par RIES, que des associations sous perfusion conditionnelle de subventions municipales accordées uniquement aux bien-pensantes. La municipalité n’avait pas omis dans le même temps de reprendre en main l’ensemble des conseils d’administration des associations de quartier (CARDEK…).
C’est l’autre face de la médaille celle que je connais moi avec « quartier Gazette… » publications concernant la démocratie participative de l’époque, tout aussi lénifiantes que les bilans de l’actuelle municipalité.
Entre les deux époques je ne parviens pas à en trouver une « moins pire » à part peut être au regard de la chronologie de l’évolution juridique du concept de participation…
On pourrait de façon intéressante renvoyer au publications de l’époque. « Les Nouvelles du renard Fino » (de la Krutenau) et « Le journal de la coordination inter associative » que j’ai laissé pour mémoire de la politique participative à Julien pour info et à relire…dans le cadre de la réflexion sur le projet de ville. Je crois me souvenir que ces publications plaisaient beaucoup à une certaine Fabienne KELLER alors simple conseillère générale du Neudorf…
L’association Cité Alternative a été, pour mémoire chargée en 1994 d’une étude concernant les procédures de concertation en matière d’urbanisme et d’environnement par le Ministère de l’environnement étude poursuivie et achevée après 1995 sous le ministère de C. LEPAGE et oui déjà …
Alain GROSRENAUD

Ecrit par : Alain GROSRENAUD | 17/10/2007

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