14/11/2007

Tomi, ou l'avorton des muses, par Francis Marmanda

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Je reprends dans "le Monde", pour le plaisir de la lecture, (et parce que toutes les occasions sont bonnes pour compléter mon Tomiscope personnel) cet article de Francis MARMANDA sur Tomi Ungerer et sur le musée qui lui est dédié.
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trasbourg offre un musée du graphisme, la Villa Greiner, à Tomi Ungerer (né en 1931). Ungerer à Emmanuel de Roux (Le Monde, 30 octobre) : "Le dessin, c'est l'avorton des muses, l'éternel oublié, alors que c'est un des arts les plus populaires. Pour une fois qu'il est à l'honneur, ne nous plaignons pas." Avec demi-sourire : "J'ai un tel complexe d'infériorité que ce musée me fait du bien." Et petit coup de crayon pour la route : "Je voudrais que ma modestie fût à la hauteur de mon arrogance." (La Rochefoucauld). Plutôt ignorés, les dessinateurs font au mieux l'objet d'une condescendance amusée. Les dessinateurs pour enfants, on s'en arrange.
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Les Anges gardiens de l'enfer, un des plus innocents recueils, donne le la. De salle en salle, sur trois étages, partition très polyphonique : campagne alsacienne, satire, contes pour adultes, gag gratuit, n'importe quoi, nu, cul, attirail sado-maso, bestiaire à gogo, contes pour enfants, encyclopédie de la "connaille", scènes de genre à New York (The Party), rage pour les droits civiques et contre les bombes au Vietnam, visages, squelettes, morts à revendre. Un trait si maîtrisé qu'il ne croise l'académisme (Trémois), l'école (Poumeyrol), le compas industriel (Bellmer) ou l'angélisme (de Greenaway à Hansi) qu'en tournant la tête, sans saluer.

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Comment prendre les dessins de dessinateurs au pied de l'encre ? Les dessinateurs sont nos guetteurs. Comme les oiseaux, ils ont des plumes. Tout montrer d'eux aux enfants, absolument tout. Soit on cesse de traîner les enfants au musée, où ils n'ont rien à faire, aux concerts, qu'ils perturbent, au cinéma, qui ne les intéresse plus, sauf pop-corn ; soit on les laisse tout voir, tout faire, tout défigurer. Donc, les pancartes du genre "Attention, certains dessins sont de nature à choquer la sensibilité des spectateurs, notamment des enfants", terminé. Restons entre adultes.

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Grenouilles et chats, dans l'univers d'Ungerer, occupent les avant-postes. Pourquoi les chats ? Probablement parce qu'eux aussi dessinent dans l'espace. Why Cats Paint : a Theory of Feline Aesthetics (Heather Busch et Burton Silver) abordait naguère franchement la question. Toujours aborder les questions de face, en mettant la jambe, sans jamais se préoccuper des réponses. Pas "comment... ?", encore moins "est-il vrai que... ?", non : pourquoi les chats peignent-ils ? Et de classer les différentes oeuvres félines avec un scrupule digne de l'antique : néo-expressionnisme, abstraction lyrique, etc. Les chats d'Ungerer répondent aux chats de Ronald Searle et filent à l'anglaise comme chez Peter van Straaten.

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Et les grenouilles ? Les grenouilles ont des petits doigts et certaine souplesse des membres à laquelle l'être humain ne recourt qu'en dernière extrémité : soudure toute position, remplacement d'arbre à came, Kama-sutra. Dans ce dernier registre, les grenouilles d'Ungerer sont irrésistibles. Commentaire vertueux sous les images : "(...) grenouilles qu'il a placées dans les situations les plus burlesques." Ah bon ? D'accord, "l'amour n'est qu'une maladie de l'imagination" (Jean Delay, psychiatre), mais dans le genre bonne santé, certains en font un chouïa de trop, non ?

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Comme en toute activité humaine, la musique a le dernier mot. Beaucoup de portées musicales chez Ungerer, de croches qui décrochent, de noires qui s'envolent, longs rubans dans les cieux où navigue un biplan au moteur en étoile. Les dessins nous regardent, forcent la parole, dévoilent l'inconscient, démasquent les vies vides et les trous de l'imagination. Peinarde, la grenouille en forêt où folâtrent des elfes rhénans joue du saxophone. Instrument stylisé (on reconnaît parfaitement un ténor), doigts en positions et tensions exactes, tenue de corps parfaite, nonchalante, cool, à la Lester Young. Tout est dit. La musique pour preuve.

Francis Marmande  Article paru dans l'édition du 15.11.07 du MONDE)

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Des fesses larges qui s'offrent à tous les désirs, des bouches pulpeuses, des corps qui se prélassent, s'abandonnent, se mêlent et s'entremêlent, des sexes déployés, des pénétrations multiples à donner le tournis, des fellations joyeuses, des postures scabreuses qui s'amusent de l'élasticité des corps, une anatomie détaillée vouée au plaisir... ainsi se présente cet Érotoscope de Tomi Ungerer, fin dessinateur alsacien et non moins provocateur de la gaudriole.
En près de quatre cents dessins (dont la moitié est puisée dans quelques anciennes publications), représentés ici en pleines pages, Tomi Ungerer démontre qu'il n'est pas seulement cet illustrateur pour enfants, écrivain satirique et publicitaire. Loin de là !
Le bougre est éclectique et signe d'un trait noir sur la page blanche ses rêves et fantasmes. S'il est érotique à souhait, le graphisme n'en est pas moins sobre, juste. Du bon vieux temps, "où les femmes fermaient les yeux avant d'écarter les cuisses" aux grotesques partouzes, Ungerer érige l'érotisme "en objet de culte", atteignant des "dimensions mystiques".
Voilà tout l'intérêt de cet impressionnant album, jouissant des lectures les plus basiques aux plus intellectuelles. C'est drôle, plus que suggestif, enivrant parfois, délicieusement ciselé et toujours efficace ! --Céline Darner  A COMMANDER >>>>>

UNE FICHE SUR TOMI >>>>>>

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D'autres livres (plus sages, pour le enfants ) de TOMI UNGERER >>>>>>>> 

Commentaires

EST-IL POSSIBLE D'ÉCOUTER EN LIGNE LE DISCOURS D INAUGURATION DU MUSEE DE STRASBOURG PAR TOMI UNGERER QUE J AI BEAUCOUP APPRECIE

Ecrit par : HUOT | 30/11/2007

J'ai visité le musée..c'est extra....c'est trés bien agencé et les presentation ludiques Je cherche le livre "contes pour aduldes "de Tomi...merci pour le renseignement

Ecrit par : patrick.remer | 09/12/2007

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