01/02/2008
Chantal CUTAJAR, BAYROU, le MODEM et STRASBOURG
LE GRAND GACHIS : CINQ ERREURS QUI SONT DES FAUTES
Dures….Dures… La politique, la raison, l’affection, l’espérance, la désillusion…Je crois bien connaître Chantal Cutajar et (les habitués de mes chroniques strasbourgeoises le savent bien) J’ai pour elle estime, affection et (mais oui !) admiration. Je sais ce qu’elle a enduré depuis ses débuts en politique. Je sais à quel point elle a payé cher son respect de soi et des principes qu’elle prône. Et je ne voudrais surtout pas accroître les difficultés qu’elle rencontre encore et les handicaps électoraux qu’elle a à surmonter avec son équipe. Mais je faillirais à mes propres principes si je continuais à me taire en ce jour où, avec des retombées qui ne sont pas encore toutes mesurées, elle vire de sa liste ceux qui lui étaient imposés.Et qui n'auraient jamais du pouvoir y figurer.
Ce pari compromis est devenu un pari perdu. Ou du moins peu gagnable….En dépit de la décision courageuse annoncée aujourd’hui d’arrêter de parler cuisine avec des cannibales et de jouer à la belotte avec des joueurs de poker menteur
La première FAUTE a été commise par les responsables locaux de l’udf devenue modem, Pierre Marmillod, délégué départemental sans légitimité, et de quelques autres ratés de la politique tel Jacques Bon. A quoi bon créer un nouveau « parti démocrate » si c’est pour conserver les tares de la défunte UDF. ? Ils n’ont pas su, depuis le congrès de Lyon de l’udf en fait, agir avec clarté. Le rapport Attali le souligne bien : les pesanteurs du conservatisme en France se recrutent aussi chez bien de faux notables locaux qui ont de la vie politique une conception très troisième République. Archaïsme, passéisme, opportunisme. Et égoïsmes. Résultat ; le Modem local est partout ou presque, donc nulle part.
La deuxième FAUTE, essentielle, primordiale, décisive, a été commise par François Bayrou. J’ai fait mon mea culpa dans des articles précédents ;j’aurais dû plus me fier à mes intuitions premières et aux jugements de personnalités telle que Simone Veil avant de le soutenir(à fond aussi) comme je l’ai soutenu. Une seule excuse, pour moi : son programme était le meilleur. Pour le reste, il est des échecs aussi révélateurs que des victoires : le fondateur du modem (élu Président avec un score qui fait rêver les pires dictateurs) a montré qu’il ne suffit pas d’être illuminé pour être lumineux. Et il s’est fait prendre, sur Strasbourg comme sur d’autres « cas » en flagrant délit d’imposture, de double ou triple langage, des calculs cachés, d’arrières pensées peu dignes. « Je suis le patron », a-t-il dit à Strasbourg. Si patron est pris en terme de chefferie, le modem n’a pas de leader. Si le mot est pris en termes de couture, les habits neufs du centrisme s’annoncent bien inélégants. Pas de Top Model au Modem. Et pas de Top Modem à la mode…
La troisième erreur incombe à Chantal et elle en est excusable, puisqu’elle n’avait pas d’autres choix sauf celui de se retirer donc de renoncer à son combat pour « le juste et l’utile ». Elle a accepté l’inacceptable de la part de Bayrou et de Jean-Claude Petitdemange. Or là c’est la morale politique qui était en jeu étant donné le profil de JCP, homme du passif plus que du passé.
La quatrième erreur a été faite en raison du grand trouble qui a perturbé la mise au point du programme, de la liste et de la stratégie de communication. « Eurostratégie » est une bonne agence qui sait que Chantal doit « surprendre » et se montrer très offensive si elle veut combler son déficit d’image dû aux circonstances. Mais il est une règle essentielle dans la « com » :on ne valorise pas un « produit » (il s’agit cyniquement de cela) en prenant le risque de le dénaturer. Pourquoi quitter « Hélène et les garçons » pour sombrer dans la « Star Ac » ?
La starisation ? Oui, il le faut en cette ère sarkosienne où les têtes de liste sont traitées comme des « têtes de gondoles ». Mais pourquoi aller jusqu’à rendre méconnaissable un visage. Pièges du Photoshop…
Lisibilité du programme ? Oui. Mais à condition de ne pas oublier l’essentiel. La force de Chantal c’était la créativité, la cohésion et le travail de l’équipe de « Strasbourg, je t’aime ». Et sa façon d’être proche des gens, de ne pas avoir (encore ?) tous les défauts des politiciens.
Que l’Europe, notamment, ne figure pas dans les huit priorités me semble en totale rupture et avec les idéaux de Chantal et avec le programme du Modem. Il est vrai que tout cela peut se corriger avant. Sur L’Europe, j’attends avec impatience ses réponses au Pacte Européen Local et au Pacte européen pour Strasbourg. La campagne ne fait que commencer et c’est à l’arrivée qu’on juge une course.
La cinquième erreur date d’aujourd’hui. Je n’étais pas à la conférence de presse mais si je me fie aux infos du blog électoral des DNA, le divorce est annoncé avec mise en avant d’arguments financiers (non engagement ou non cautionnement pour 20 000 €).
Cela peut avoir un mérite : montrer les difficultés de financer une campagne. Notre démocratie serait-elle une oligarchie dès le niveau local ? Cela vaut débat…Sérieusement. Mais cela donne beau jeuet beau rôle à Petitdemange. Celui-ci confiait récemment à des proches : « je ne démissionnerai pas de la liste, j’attends qu’elle me vire ». Il joue déjà les victimes. Chantal est-elle tombée dans un piège annoncé ? Le piège aurait été pire plus tard…Et les explcations de Chantal méritent reproduction:
"Il ne serait ni responsable, ni respectueux des militants et des Strasbourgeois de continuer à associer des colistiers qui ne manifestent aucune solidarité, cela a créé un malaise. Je suis responsable devant des colistiers qui ont accepté de s’engager financièrement. Il m’appartient en tant que tête de liste de prendre cette décision que je ne prends pas de gaieté de coeur, mais que je sais utile et juste", a-t-elle expliqué "J’ai tout mis en oeuvre pour que l’union voulue par François Bayrou fonctionne. J’ai tout mis en oeuvre pour les intégrer et je suis obligée de constater que Jean-Claude Petitdemange et Ludmilla Hug-Kalinkova sont absents de la campagne et ne sont pas engagés dans notre combat. Ils nuisent à l’image du MoDem. Les questions sur leur absence sont incessantes. Tous ceux qui participent à notre campagne ressentent cette attitude comme destructrice".
C'est certain: le divorce d’aujourd’hui serait politiquement moins douloureux si le mariage forcé n’avait pas eu lieu … Monsieur de La Palisse n’eut pas dit mieux !
Restent deux questions clef : que va dire et faire Bayrou le marieur ? Lui aussi trouve là une chance de montrer ses qualités de « patron », mais il trouve aussi un risque de confirmer qu’il n’a pas que des qualités… Que vont faire les « exclus » qui ont une liste prête depuis longtemps ? Au bout du compte, ce sont les électeurs qui jugeront. Et l’avenir ne se lit dans aucune boule de cristal… Chantal Cutajar est persuadée que la « Justice finit toujours par l’emporter ».
Bon courage pour la suite, Chantal, Yveline, Yann et celles et ceux qui sont embarqués dans cette mésaventure qui aurait pu et du être (et peut-être encore?) une belle aventure. Une aventure qui pour Strasbourg aurait mérité meilleur contexte. Le scrutin, c'est pout très bientôt.Demain a commencé avant-hier.
Personnellement, c’est à Bayrou que j’en veux le plus : c’est terrible de diriger un nouveau parti aux ambitions nobles et de se comporter en briseur d’espérances. Pourant, il se dit habité par les intentions les meilleures. C’est toute l’histoire du Faust de Goethe.
. Daniel RIOT
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21:50 Publié dans chroniques strasbourgeoises | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : starsbourg, municipales, modem, bayrou











Commentaires
Merci Daniel pour tes mots.
Philippe.
Écrit par : Philippe67 | 01/02/2008
La distinction entre faute et erreur dans cet article est intéressante, puisque la faute traduit le non respect des règles (volontaire), alors que l'erreur consiste à confondre le vrai et le faux (involontaire, mais est-ce digne de se tromper si durement quand on représente une équipe? manque d'analyse? d'écoute?).
La situation strasbourgeoise n'est pas isolée, et reflète l'évidence selon laquelle l'échéance des Municipales a été subie comme une contrainte par le MoDem, au lieu d'être vécue comme l'opportunité de poursuivre un engagement. Manque de temps, de compétences, et surtout, oubli des fondements de la démocratie et oubli de la parole des adhérents qui ont pris leur carte pour défendre des valeurs et pas pour la confiscation du pouvoir.
L'Europe trouvera certainement sa place dans le projet de Chantal et de son équipe : quand on prône le "penser global et agir local", il est indispensable de prendre la construction européenne comme référence transversale des décisions, au même titre que la démocratie et le respect de l'environnement.
L'équipe et le projet doivent reprendre l'avantage sur la communication, de manière à ce que l'argumentation soit convaincante, et que la séduction s'appuie sur le projet et pas sur un produit...
Écrit par : nelly margotton | 01/02/2008
Des questions me taraudent ? Pourquoi avoir éliminé Mme Kalinkova de la liste qui avec d'autres comme Yvelyne Moeglen avait participé à un projet modem élaboré en commun pour Strasbourg ?
Monsieur Petitdemange brillant par son absence lors des deux rassemblements et incarnant une image de traître pour un grand nombre de Strasbourgeois se prive de toute crédibilité. Fallait-il le rayer de la liste ? N'aurait-il pas fallu qu'il n'y figure jamais ?
L'investiture de Chantal Cutajar aurait-elle pu être contrariée par un F Bayrou fermement déterminé à imposer JCP à la quatrième place sur la liste ? Deux possibilités :ou Chantal tenait tête à F Bayrou et risquait de se voir retirer l'investiture ? Cela aurait été courageux: le courage en politique c'est aussi de résister à une certaine servitude volontaire.
Pourquoi oublie-t-on le vote des militants ! F Bayrou aurait-il pris ce risque inqualifiable : celui de bafouer les règles démocratiques ? L'autre possibilité c'est celle qu'elle a choisie, accepter l'inacceptable pour obtenir l' invertiture écrite de Paris et aboutir à l'inévitable...
Je suis lasse de constater que les politiques, ne sont que des politiciens au sens de "micropoliticiens" comme disait Castoriadis. Des gens qui font la chasse au suffrages par n'importe quel moyen. Et puis le marketing, quand on n'a pas de programme et aussi les sondages en prenant l'option gagnante pour l'option publique. Enfin comment ne pas avoir honte ?
Démocratie difficile parce que liberté dificile et liberté difficile parce que démocratie, oui, absolument.
Caroll de Maistre
Écrit par : Caroll de Maistre | 02/02/2008
Impressionnante analyse
Écrit par : Alsator | 04/02/2008
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