02/04/2008
Avant-première:En librairie à la mi-mai
L'Europe, cette emmerdeuse: L'Europe, le journalisme et moi

En mémoire de demain…
"L’Europe est une emmerdeuse !"… C’est l’un des cris de Daniel Riot qui a consacré (et consacre) l’essentiel de son activité personnelle et professionnelle à la "construction européenne" qu’il suit de près depuis 1969.
C’est parce que l’Europe est une "emmerdeuse" qu’elle est si mal traitée et autant méprisée dans notre paysage médiatique malade de "l’info-spectacle" déjà dénoncée par Guy Debord[1], de la "montée de l’insignifiance" si bien décryptée par Castoriadis[2] et de cet "escargotisme" que Tomi Ungerer voyait en Alsace mais qui est une spécialité bien française…
L’Europe est une "emmerdeuse" parce qu’elle cristallise tous les maux visibles et souterrains qui frappent nos sociétés éclatées et déboussolées après six décennies de paix, ou du moins de "non guerre", et une "Histoire qui va trop vite"[3]…
"Qu’est-ce que l’on fait quand on ne fait pas la guerre ?" La question du polémologue Gaston Bouthoul dans les années 50 reste l’interrogation centrale de ce début de XXI ième siècle marqué par un grand trouble existentiel, une "défaite de la pensée" et une montée des périls d’un nouveau type à l’intérieur et à l’extérieur…. Itinéraire et confidences d’un "instituteur des temps modernes" entré en journalisme comme d’autres en religion. "Profession : Passeur d’idées et de témoins".
Doctorante en Sciences Po, spécialisée en communication politique, rédactrice en chef de RELATIO, Sandrine Kauffer appartient à une génération frappée par la difficulté de donner à cette Europe toujours en miettes l’image et l’existence, la forme et la consistance, l’unité et l’influence susceptibles de générer l’adhésion citoyenne qui lui fait tellement défaut.
"On ne tombe pas amoureux d’un marché", disait Delors. Sandrine et la première "Génération Europe", n’ont pas, face aux lenteurs de l’unification européenne, la patience résignée de leurs aînés… "Désirs d’actions dans une nouvelle dimension"
L’une interroge, l’autre répond : L’Emmerdeuse est un livre à deux voix et à quatre mains, écrit par des "Européens d’origine française" différents par le sexe, l’âge, la formation. Par des "êtres de chair, d’os et d’esprit" qui "parlent d’Europe" sans la langue des querelles institutionnelles, sans le brouillage de l’eurojargon bureaucratique, l’opacité des controverses eurocratiques, le brouillard des faux procès idéologiques ou la pollution des réflexes passéistes. "L’Europe est une femme", lance Daniel Riot. "Une femme dont le point G est à Strasbourg".
Au moment où la France va assumer la Présidence de l’Union européenne, où un traité dit "simplifié" mais très compliqué va être ratifié, où le président Sarkozy lance une "Union méditerranéenne" et une réflexion de "Sages" sur le "futur européen" dans un contexte mondial qui suscite plus de peurs que d’espérance, cet ouvrage de témoignages, de réflexions et d’explications est d’abord un cri d’alarme :"Ce que l’Histoire a fait, l’histoire peut le défaire. L’Union est menacée d’implosion. L’intégration européenne risque la désintégration".
Mais ce livre est aussi un guide, vitaminé, à l’usage des citoyens (et des décideurs) qui savent que l’inachèvement actuel de cette « construction » laborieuse doit être replacé dans une perspective historique pour être compris et mis en prospective si l’on veut que "le futur ait un avenir"
"L’Europe n’est pas un Objet politiquement non identifiée (OPNI), selon la formule pourtant très pertinente de Jacques Delors : elle est un OPI, un objet politique inédit". C’est sa faiblesse : les citoyens manquent de repères. Ce doit être sa force si l’on sait, selon la boutade de Tomi Ungerer, "donner une destination au destin"…
"Emmerdeuse", l’Europe est, aussi, vertueuse… Elle peut et doit nous aider à surmonter d’autres crises : celles du politique, de la démocratie, des troubles identitaires, du "Vivre ensemble", de la poussée de "l’individualisme de masse", des conflits de civilisation, de la foi dans le progrès, du totalitarisme technologique, du chocs des inégalités, de "l’hyperterrorisme", et de ce fascisme rampant qui reste prégnant sous des formes diverses, ne serait-ce que parce que Hitler, selon le constat de Pierre Legendre[4], "a été vaincu par les armes et non par les arguments" …
L’Europe ? "Un levier d’Archimède", comme disait de Gaulle, pour nous aider à relever les défis de ce siècle dont le début n’a rien d’une "Belle époque"… Et pour sauver la Personne humaine plus menacée que jamais peut-être par les poussées d’inhumanité et les tentations nihilistes.
[1] La Société du spectacle (Buchet-chastel,1967 ; Champ libre, 1971 ; Gallimard, 1992)
[2] La Montée de l'insignifiance (Les carrefours du labyrinthe IV) – Seuil 1996 (Points Poche, 2007)
[3] Mitterrand après la Chute du mur de Berlin.
[4] La fabrique de l'homme occidental, Mille et une nuits, 1996.
PUBLICATION MI-MAI (City editions, diffusion Hachette Livres)09:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : livre, politique, europe, journalisme, presse, histoire











Commentaires
Je vous découvre avec un grand plaisir
Ne serait-ce que par le "sens" de votre nom qui, si on lui donne l'anglais pour origine, annonce, l'éclat et l'éclat du tonnerre de l'émeute
Vous êtes si nombreux à vous seul, et si déterminés !!
J'aime le Verbe, son ciel et ses racines, ses mystères et ses évidences
EUROPE par exemple
Europe trop poreuse, trop spongieuse, trop flasque, fissurée et crevassée
Notre Pérou, celui pour lequel on est prêt à renverser tous ses envers pour l'atteindre
Et ne cueillir le plus souvent que des revers
Europe le plus souvent plongée dans la torpeur, quand ce n'est pas la stupeur
J'ai aimé vous lire
Merci à vous
Écrit par : Arthénice | 07/04/2008
Les commentaires sont fermés.