18/12/2006
Strasbourg: Giscard chez Kléber, mercredi: Le POUVOIR ET LA VIE, confidences et témoignages pour l'Histoire

>>> Valéry Giscard d’Estaing sera ce mercredi 20 décembre à 17 heures, à la Salle Blanche de la librairie Kléber, à Strasbourg, pour une Conversation autour du troisième Tome de ses Mémoires ( Le Pouvoir et la Vie, « Choisir » publié chez Cie 12) que j’aurai le plaisir (et l’honneur) d’animer.

Un livre d'écrivain et un document: En mémoire ... du présent et du futur
1978-1981. Des années charnières. Giscard témoigne, raconte, et en tire de belles leçons… qui restent pleinement d’actualité dans la France d’aujourd’hui si déboussolée, minée par ses contradictions, affaiblie par une crise dont on ne voit pas « le bout du tunnel », comme prise de vertiges devant la fausse fatalité d’un vrai déclin, en nette régression européenne. A l’heure de choix une fois de plus décisifs.
Plus de 500 pages (sans les annexes) sur ces quatre années. Des pages bien ciselées, vivantes, écrites avec une maîtrise de la langue trsè déliée, bien digne d’un Académicien . Et avec ce qui devient rare dans les livres dits « politiques » : un style, un vrai. Le livre le plus authentiquement littéraire qu’ait écrit Giscard. Sobre mais décapant.
On connaît, pour l’essentiel, l’Histoire racontée. Mais le récit qu’en fait VGE est plus que prenant : passionnant. Sur le ton d’une confidence bien distillée, avec une finesse d’esprit agréable, une élégance de plume appréciable , et cette pudeur aristocratique sans laquelle Giscard ne serait pas d’Estaing, mais sans langue de bois, et avec la pleine conscience que la mémoire (cette machine à oublier) peut être sélective, il mêle témoignages pour l’Histoire, anecdotes personnelles, portraits bien brossés, souvenirs d’émotions, réflexions sur le temps, la vie, la France, le pouvoir, les mœurs politiques, les querelles de sérails, les rivalités d’ambitions ou d’objectifs, les arrières pensées, les susceptibilités, la société médiatique, la solitude, le temps. La vie. « Sans rancune et sans retenue »
Toute cette Histoire et ces histoires semblent déjà bien lointaines. Comme déjà dans « les déchetteries du temps ». Et pourtant… Il faut les relire pour mieux comprendre les jours de maintenant. Et de demain. « En mémoire du futur », redirait Léonardo Sciascia…

Il faut les relire aussi pour mieux connaître l’Homme Giscard, au-delà des caricatures, des stéréotypes, des opinions des uns et des autres. Des critiques qu’on peut lui adresser et des divergences qu’on peut avoir avec lui…« La réputation, disait Aristote, c’est ce qui ne dépend pas de nous ». Surtout quand on a assumé des responsabilités publiques au plus haut niveau. L’Histoire jugera.
VGE écrit ne pas avoir de « compte à régler avec le temps passé ». Mais (il l’avoue dans les dernières lignes de cet ouvrage qui fera référence à plus d’un titre), il garde un sentiment d’inachevé. « J’en garderai une morsure, aussi tenace que celle du jeune Spartiate qui dont le renard dévorait le foie, la morsure d’une inguérissable nostalgie ».
Cette nostalgie porte moins sur les « cocons du pouvoir » (qui ne protègent en rien de la terrible solitude du Pouvoir) que sur des actions, des réformes, des chantiers qu’il n’a pas pu faire ou parfaire. Sur « l’œuvre non terminée ». Même si « la vie est toujours plus forte que le pouvoir ». Humain, profondément humain.
Daniel RIOT

Le Mot de l'éditeur
« Sur un ton narratif, direct et vivant, VGE raconte, à la première personne, les péripéties et les enjeux de la politique intérieure à cette époque charnière où les Français se trouvaient devant un choix engageant les prochaines décennies. Bien que cette période appartienne déjà à l’histoire, VGE réussit le tour de force de créer un suspense. Le lecteur connaît bien sûr la fin mais le livre se lit comme un véritable roman dans lequel tous les dialogues, toutes les anecdotes, toutes les péripéties sont vraies. Il fourmille de révélations mettant en scène les principaux acteurs (Chirac, Barre, Mitterrand – par exemple, le récit que fera à VGE Mitterrand, dix jours avant sa mort, lui racontant précisément ses relations avec Chirac pendant la campagne présidentielle).
Dès les législatives de 1978, les forces se mettent en présence : Jacques Chirac refonde un parti néo-gaulliste et se situe dans une opposition larvée au sein de la majorité présidentielle. François Mitterrand met en place le Programme commun tout en essayant de faire preuve d’indépendance par rapport au Parti communiste. Georges Marchais est toujours aligné sur Moscou et manœuvre pour obtenir la place la plus importante possible au sein du gouvernement en cas de victoire de la gauche. Plus l’élection se rapproche et plus les coups bas volent. Les six derniers mois précédant l’élection présidentielle sont traités comme un journal. La vie quotidienne de VGE est partagée entre l’exercice du pouvoir et la campagne électorale. Avec Raymond Barre, il tente de faire face aux conséquences du deuxième choc pétrolier et de maintenir la paix en Europe (le mur n’est pas tombé ; l’URSS a envahi l’Afghanistan et menace la Pologne ; l’Iran est en pleine révolution intégriste). Pendant ce temps, les coups pleuvent : candidature de Jacques Chirac ; montage de l’affaire du « petit télégraphiste » ; l’affaire des diamants…"

Extraits d’une ITW donnée à « L’Express »
''Je ne pense ni à la mort ni à la postérité'' par Christophe Barbier
« Troubles en Afghanistan ou en Iran, émergence de l'Inde et de la Chine: ces préoccupations actuelles étaient déjà celles de la période 1978-1981. N'est-ce pas un peu décourageant?
- Ce qui est décourageant, c'est de constater que l'on a si peu œuvré depuis, alors que ces problèmes ont été identifiés il y a longtemps. Les dirigeants actuels ont l'air de les découvrir! La France n'a pas assez utilisé ce temps écoulé. Elle s'est absorbée dans les questions de politique intérieure, dans cette ronde autour du pouvoir qui caractérise la période 1981-2006.
A l'époque, un autre dossier allait bien, qui aujourd'hui va mal: l'Europe.
- Il y a deux différences majeures entre ces périodes. A l'époque, nous, les dirigeants des six, puis des neuf Etats membres, étions engagés dans une action commune que nous portions ensemble: faire avancer la construction européenne. Nous ne nous rendions pas dans les Conseils européens en nous demandant ce que nous pourrions rapporter pour notre pays; nous y allions pour faire avancer l'Europe. L'autre différence, c'est que nous n'avons pas eu à gérer d'élargissement complexe. La Grande-Bretagne était déjà membre et nous avons accueilli des pays manifestement européens, dont l'entrée avait été bloquée à cause de leur régime politique: la Grèce, l'Espagne et le Portugal. Nous n'avons pas eu à affronter une marée d'élargissements. Aujourd'hui, la situation n'est plus la même: la paix est acquise en Europe. Mais l'Europe doit gagner une dimension et un poids suffisants pour défendre nos valeurs dans le monde. Quand il y a un conflit au Liban ou un problème nucléaire en Iran - d'ailleurs mal posé - chaque Etat commence par développer un point de vue national, mais, peu à peu, une position européenne est recherchée. (…)

Dans votre livre, vous racontez votre rire quand Jacques Chirac se présente aux européennes de 1979. Pourquoi riez-vous?
- Parce qu'il est candidat à toutes les élections successives! A la mairie de Paris en 1977, à la députation en Corrèze en 1978 et au Parlement européen en 1979, en attendant la présidentielle de 1981.
Pourquoi qualifiez-vous son appel anti-européen de Cochin de «texte étrange»?
- Jacques Chirac avait été mon Premier ministre, pendant deux ans où il avait bien travaillé. Il avait participé à notre action européenne; personne n'avait décelé ce «parti de l'étranger» qu'il débusquait... Pourquoi le dénoncer soudain, de manière abstraite, déconnectée de tout sujet politique? Il n'y avait qu'une raison possible: tenter de contenir la montée du centre droit, qui gagnait l'opinion. Je me suis réjoui de son changement d'attitude à l'égard de l'Europe par la suite.

Vient «le souper», cette rencontre entre François Mitterrand et Jacques Chirac. Avez-vous une certitude sur cet événement?
- Oui, absolue. D'ailleurs, la réalité de cette rencontre a été confirmée par la maîtresse de maison elle-même. A l'époque, je trouvais invraisemblable cette rumeur qui courait Paris. Je n'étais pas choqué que Jacques Chirac fût candidat, mais j'avais du mal à comprendre son raisonnement. Tous les sondages indiquaient qu'il serait loin derrière moi lors du premier tour, et je me demandais si c'était la meilleure manière pour lui de préparer son avenir. Il devait penser que je ne ferais qu'un mandat de plus - c'était vrai, j'aurais fait un quinquennat - et qu'il devait déjà se positionner pour la suite. Mais je n'imaginais pas qu'il puisse désirer la victoire de mon adversaire. Nous connaissions tous les deux les sentiments que le général de Gaulle et Georges Pompidou nourrissaient envers François Mitterrand. Que Chirac veuille m'affaiblir, je pouvais le comprendre, mais qu'il souhaite faire élire Mitterrand, c'était pour moi inimaginable! Je n'ai eu cette certitude qu'en allant voir François Mitterrand, en décembre 1995, un mois avant sa mort. Pourquoi croire Mitterrand, qui le raconte, plutôt que Chirac, qui le nie toujours? Parce qu'il y avait dans ce récit de fin de vie une impressionnante authenticité et que François Mitterrand me conseilla d'aller voir la personne chez qui «le souper» avait eu lieu, conseil qu'il ne m'aurait pas donné si ce n'avait pas été la vérité. La conversation que je reproduis dans mon ouvrage mérite, je crois, la lecture. C'est le seul entretien en tête à tête de deux anciens présidents de la Ve République.
N'avez-vous pas eu envie alors d'aller demander des comptes à Jacques Chirac?
- Non. Tout cela était loin. Mais j'ai souhaité que les faits soient établis pour que chacun les juge comme il voudra. Dans la ronde autour du pouvoir que j'évoquais tout à l'heure, Jacques Chirac et François Mitterrand, en fait, formaient un couple. (…)
Pouvez-vous juger le double mandat de Jacques Chirac, puisqu'il se termine?
- Je le pourrais, mais je ne le ferai pas.
Avez-vous ajourné la publication de votre ouvrage parce que Jacques Chirac est président?
- Je n'ai pas voulu l'écrire avant 2002, pour qu'il ne puisse être utilisé contre Jacques Chirac dans la campagne présidentielle. Puis j'ai été absorbé par la Convention sur la Constitution européenne. Enfin, j'ai pu écrire librement.

Est-ce à dire que vous considérez que Jacques Chirac ne doit pas solliciter de troisième mandat?
- N'en faisons pas une question de personne: nul ne doit accomplir plus de deux mandats! Je pense, et l'Histoire le confirme, que les seconds mandats sont déjà difficiles. La règle instaurée par George Washington, et rendue célèbre par sa Farewell Address, son discours d'adieu, est la bonne: il était sûr d'être réélu, mais a considéré que ce n'était pas un bien pour son pays. Dans la plupart des Constitutions modernes, on n'autorise pas plus de deux mandats consécutifs. Cela avait, d'ailleurs, été proposé au Parlement au moment du vote de la loi sur le quinquennat.
Des quinquagénaires - Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, François Bayrou - briguent l'Elysée: vous qui avez été élu à 48 ans, quels conseils leur donnez-vous?
- Avoir une vision à moyen terme qui aille au-delà de l'échéance électorale! Pour quelle vision de la France entendent-ils travailler? Comment la société française sera-t-elle vécue par ses citoyens? Comment la France sera-t-elle perçue et jugée de l'extérieur? Ils devront faire preuve de détermination pour inscrire cette vision dans les faits. (…)
Que vous apporte l'écriture?
- L'écrivain s'invite chez le mémorialiste. J'utilise très peu d'adverbes et de conjonctions de coordination. J'écris au présent, avec une liberté plus grande qu'avant. C'est une écriture française dont j'ai écarté les ornements, pour la rendre plus visuelle.
Ecrire vous renvoie-t-il au temps qui s'écoule et à la postérité?
- Très peu. J'ai toujours su que nous n'aurions pas beaucoup d'importance pour la postérité. Elle ne reconnaît que les grands drames. Quiconque n'est pas l'acteur d'un drame laisse moins de souvenirs. «Le moment le plus important pour moi fut la guerre, me dit de Gaulle, car c'est à ce moment-là qu'on fait les grandes choses.» Beaucoup a été accompli pendant mon septennat. J'espère que cela sera reconnu.
Etes-vous désormais habité par l'idée de la mort, comme de Gaulle ou Mitterrand?
-Ils pensaient à leur mort du point de vue de la postérité. Je n'y pense pas. »
(publié le 14 décembre 2006) L'ITW dans son intégralité >>>>>>

Bio express de VGE
1926 Naissance, le 2 février, à Coblence (Allemagne).
1944 Elève de Polytechnique, il s'engage dans la 2e DB.
1951 Sort de l'ENA, promotion Europe.
1956 Elu pour la première fois député du Puy-de-Dôme.
1959 Nommé secrétaire d'Etat aux Finances.
- 19.01.62 au 08.01.66 - Ministre des Finances et des Affaires Economiques dans les Gouvernements DEBRE et POMPIDOU- 23.06.69 au 19.05.74 - Ministre puis Ministre d'Etat chargé de l'Economie et des Finances dans les gouvernements CHABAN-DELMAS et MESSMER
1974 Elu, le 19 mai, président de la République.
1981 Battu à la présidentielle par François Mitterrand, le 10 mai.
1989-1993 - Le 18 juin 1989, après avoir mené la campagne pour les élections européennes à la tête d'une liste commune UDF/RPR, il est élu Député au Parlement Européen. Il est membre du Groupe du Parti Populaire Européen (P.P.E.). Il démissionne en juin 1993, en application de la loi sur le cumul des mandats.
1989-1997 : Président du MOUVEMENT EUROPEEN INTERNATIONAL.
- Le 19 novembre 1992, il est élu Président de l'Association des Présidents de Conseils Régionaux (APCR).
- Le 23 octobre 1997, il est élu Président du CONSEIL DES COMMUNES ET REGIONS D’EUROPE. Il est réélu pour un mandat de trois ans à Lisbonne en octobre 1998
1993-1997 - Le 21 mars 1993, il est réélu Député UDF du Puy-de-Dôme.
1993-1997 - Le 8 avril 1993, il est élu Président de la COMMISSION DES AFFAIRES ETRANGERES de l'Assemblée Nationale.
Le 1er juin 1997, il est réélu Député UDF du Puy-de-Dôme,
2002-2003 Préside la Convention sur l'avenir de l'Europe, qui rédige le projet de traité constitutionnel européen.
2003 Elu à l'Académie française, au siège de Léopold Sédar Senghor.

REPERES
Grandes étapes du septennat de Valéry Giscard d'Estaing
· Gouvernement de Jacques Chirac :
o 1974:
§ plan de lutte contre l'inflation, majoration de l'impôt sur les sociétés et les gros contribuables, relèvement du taux d'intérêt de l'épargne, économies budgétaires, économies d'énergie.
§ Démission du gouvernement de Jean-Jacques Servan-Schreiber en protestation contre le début de la 8ème campagne française d'explosions nucléaires.
§ 26 juin : Vote de la loi fixant la majorité civile à 18 ans.
§ 3 juillet : Fin de la politique d'incitation à l'immigration en France.
§ 16 juillet : la journaliste Françoise Giroud devient le première secrétaire d'état à la condition féminine.
o 1975 :
§ 17 janvier : vote de la loi autorisant sous certaines conditions l'avortement appelée aussi loi Veil
§ 31 janvier : remaniement ministériel
§ Début de la modernisation du réseau téléphonique avec le triplement des lignes sur 7 ans.
§ 11 juillet : institution du divorce par consentement mutuel
§ 15 novembre : première réunion des 7 pays les plus industrialisés de la planète à Rambouillet
§ Le cap des 1 million de chômeurs est franchi en fin d'année
o 1976 :
§ 9 janvier : Naissance de la compagnie Elf Aquitaine
§ 12 janvier : remaniement ministériel
§ 14 mars : le Franc sort du serpent monétaire européen
§ 15 avril : La construction du supergénérateur nucléaire nommé Superphoenix est décidé.
§ 29 avril : Décret donnant droit au regroupement familial des immigrés
§ Fondation de la COGEMA (Compagnie Générale des Matières Nucléaires) et de l'Institut de protection et de sureté nucléaire (IPSN). Mise en service du centre de retraitement de La Hague
§ 25 août démission de Jacques Chirac
· Gouvernement de Raymond Barre (27 août 1976-12 mai 1981)
o 1977:
§ 31 janvier : Inauguration du centre Georges-Pompidou à Paris
§ Elections municipales des 13 et 20 mars remportées par la gauche qui prend le contrôle de 156 villes de plus de 30 000 habitants. Jacques Chirac, élu maire de Paris contre Michel d'Ornano, le candidat soutenu par les giscardiens.
§ 29 mars : Remaniement ministériel
§ 27 juin : Le territoire français des Afars et des Issas accède à l'indépendance
§ 6 octobre : Adoption de la loi informatique et libertés contre l'utilisation abusive des fichiers nominatifs informatiques
o 1978:
§ Janvier : Discours de Verdun par lequel VGE met en garde les français sur les conséquences institutionnelles et les blocages politiques que provoquerait une victoire de la gauche aux élections législatives du mois de mars. Il déclare qu'il ne démissionnerait pas mais n'aurait pas les moyens d'empêcher une majorité de gauche d'appliquer son programme.
§ 1er février: Fondation de l'UDF regroupant centristes et giscardiens afin de soutenir l'action de Valéry Giscard D'Estaing.
§ Mars : La majorité de droite (RPR/UDF) remporte les élections législatives.
§ 19 mai : le président envoie des troupes parachutistes à Kolwezi au Zaire, afin de libérer les occidentaux pris en otage par des rebelles au gouvernement zairois.
§ 5 décembre : accord sur le Système monétaire européen (SME) qui établit un système de taux de change stable et ajustable entre les pays membres de la Communauté économique européenne.
§ 6 décembre: Appel de Cochin de Jacques Chirac qualifiant l'UDF et les giscardiens de "parti de l'étranger" pour leurs prises de position pro-européennes.
o 1979:
§ 13 mars: Création de l'écu, l'unité de compte européenne
§ 10 juin premières élections au suffrage universel au Parlement Européen. Simone Veil en devient la présidente.
§ 10 octobre : Début de l'affaire des diamants. Le Canard Enchaîné accuse le président de la république d'avoir reçu de Bokassa 1er, Empereur déchu de Centre Afrique des diamants en cadeaux lors de visites officielles. Le Canard Enchaîné estime la valeur de ces diamants à 1 million de francs. La défense maladroite de Giscard va accréditer les informations du journal satirique et va plomber sa campagne de réélection.
§ 30 octobre, le ministre du travail Robert Boulin, accusé par lettres anonymes, publiées par le Canard Enchainé, d'avoir acquis de manière illégale une garrigue, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet. L'enquête finit par conclure au suicide.
o 1980:
§ 2 février : L'ancien ministre Joseph Fontanet est assassiné. Le meurtre reste inélucidé.
§ Le pays compte à la fin de l'année plus d'1,5 millions de chomeurs.
o 1981
§ 24 avril : VGE arrive en tête des candidats lors du premier tour de l'élection présidentielle. Mais Jacques Chirac, arrivé troisième, refuse d'appeler ses partisans à soutenir VGE face à François Mitterrand.
§ 10 mai : François Mitterrand qui avait accablé VGE de surnoms comme « monsieur chômage » ou «l'homme du passif», est élu président de la république. Valéry Giscard d'Estaing a alors 55 ans.
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11/12/2006
Une marche dans le Siècle, de Jean-Marie Cavada: Cinq livres en un.
RAPPEL>>> Jean-Marie Cavada sera ce mardi 12 décembre à 17h30 à la Librairie Kléber à Strasbourg pour une conversation-débat que je me fais un plaisir d’animer autour de son livre "Une marche dans le siècle"

Son livre : Cinq ouvrages en un…A lire, à offrir, à partager!
Ceux qui fréquentent mon site (merci à eux, ils sont de plus en plus nombreux) le savent : j’ai déjà vanté les mérites de l’ouvrage de Jean-Marie Cavada. J’y reviens, non pour lui faire de la promotion gratuite, mais parce que je pense que ce livre (édité chez Calmann-Levy) vaut plus que ce qui en a été dit sur quelques plateaux de télévision ou dans quelques micros de radios… Où une fois de plus on a joué la carte opposée à celle que jouait Cavada dans sa « Marche du siècle » : celle de la superficielle émotivité…
Bien sûr, l’Histoire de cet « orphelin de l’Assistance publique » recueilli par une famille de paysans vosgiens a des allures de « conte de fée ». De sa naissance jusqu’à sa découverte, par la grâce d’une lettre en provenance du Haut-Rhin, d’un extrait… de naissance, d’une fiche d’état civil de « 65 ans d’âge »… Qui lui donne des parents qu’il n’a jamais connus. Qui lui permet de ne plus être seulement « le fils… de la guerre, des uniformes, des bombes ». Qui l’aide rassembler « les morceaux éparpillés » de son enfance.
Emouvant.
Comme son récit du jour où, à cinq ans, les soldats nazis à coups de mitrailles, lui montrent que « la mort n’est pas belle » et que l’Histoire « fait irruption » dans sa vie. Pour ne plus « jamais en sortir ».
Poignant.
Comme sa narration tendre de son enfance « à la ferme », où il apprend à se « protéger de tout » ce qui lui est « extérieur ». A vivre d’une façon « indépendante et libre ». A « garder les pieds sur terre ».
Passionnant.
Comme ses souvenirs d’école. De ses maîtres. De son apprentissage (CAP de tourneur sur bois). De ses études. De ses activités de « plongeur » dans le café de sa quatrième famille nourricière à Saint-Dié. De sa découverte des écrivains. De son écoute du monde grâce au transistor rouge offert en 56, l’année de Budapest et de Suez. De sa passion pour la géographie et l’histoire. Ou pour la musique.
« Ma vie s’est structurée grâce à une succession de rencontres avec des enseignants qui ont su me mettre le pied à l’étrier ». A l’école publique, « l’enfant de la République » reconnaissant ! Il en tirera bien des leçons.
Des leçons qu’il a appliqué dans le journalisme. « Le journaliste est l’instituteur des temps modernes », disait Jacques Léauté, le fondateur du CUEJ de Strasbourg.
Des leçons qu’il a toujours en tête dans ses engagements d’acteur politique d’aujourd’hui.

Ce récit auto-biographique à lui seul vaut d’être lu, savouré, dégusté. Mais les quatre autres livres qui composent cet ouvrage, aussi.
>>> Cette « Marche dans le siècle » mérite bien son nom, puisque le journaliste, donc le « passeur » de témoins et d’idées évoque des personnalités rencontrées et des événements qui font notre histoire récente. Belle galerie de mini-portraits et bel effort éditorial dans ce monde qui bouge tant et aussi vite…

>>> Jean-Marie raconte bien sûr, avec un souci de distance appréciable, son itinéraire de « patron », dans le public et dans le privé. Quel palmarès ! Quel travail surtout ! De la « station de Strasbourg » à la direction de « Radio-France » (« un des joyaux culturels européens ») en passant par Europe 1 , où il a été stagiaire, France-Inter (« Philo j’aime »), la télé de Sabbagh, celle de Marcel Julian (C’est-à-dire »), la direction de l’info sur Antenne 2 (« la rédaction audio-visuelle la plus inventive »), l’info du matin sur RTL, FR3, TF1, la préparation de la « 5 », la Deux, la DG des antennes de la Trois, La Marche du siècle, La Cinquième (France 5 d’aujourd’hui), RFO (d’où il fut « viré »), la préparation d’une chaîne publique d’infos continues… J’en oublie sans doute.
Une telle expérience lui permet de pouvoir bien réfléchir aux rôles du journalisme et des médias, aujourd’hui…et demain, aux difficultés de concilier les temps médiatiques, politiques, et judiciaires, aux dictatures du zapping et de l’audimat, aux effets pervers de « l’info-spectacle », aux dérives de la « people démocratie », aux richesses et aux faiblesses d’une France « qui n’a plus de politique culturelle »

>>> Ses rôles de « manager », de « patron », d’animateur et de chef « d’équipe », de gestionnaire lui donnent l’occasion de tirer bien des enseignements « politiques » : sur la (non) représentation syndicale, sur les « courtisans » des Pouvoirs, sur l’importance des réseaux et des clans, sur les relations plus qu’ambiguës entre l’Etat et les entreprise publiques, sur le poids des cabinets ministériels, sur les dysfonctionnements d’un Etat bureaucratique, sur le poids de Berçy (notre photo), sur les mille et un aspects du « mal français ». En cela, son livre devrait être l’un des pôles de réflexions de l’actuelle campagne pour les Présidentielles.
Bien qu’il ne s’y attarde guère, on comprend ses affinités avec « l’extrême centre » de Bayrou.

>>> Ce livre est aussi, et surtout peut-être, un Plaidoyer pour une Europe qui refuse la décadence… mais qui, depuis les NON français et néerlandais, « croupit dans une crise profonde ».
J’ai pour Jean-Marie Cavada (que j’ai plus croisé que rencontré) plus que de la sympathie : de l’empathie. Plus que de l’estime : de l’admiration. Plus que de l’affection : un partage voire une communion de valeurs, de grilles de lectures, de principes éthiques et déontologiques, de références. Et une bien belle convergence de réflexions.
Ce que ce député européen, apparenté à l UDF de l'ADLE, Président de la Commission des Libertés civiles, de la Justice et des affaires intérieures, écrit sur l’Union européenne, j’y souscrits à 100%. Dans la forme et sur le fond.
Il sait de quoi il parle, quand il parle d'Europe, Cavada. Il a suivi la construction européenne comme journaliste attentif. Il se dit « charnellement Européen » parce qu’il est viscéralement patriote et républicain. Et parce qu'il est "charnellement" attaché aux valeurs sur lesquelles repose cette "Europe"...
Le Non au référendum, « cet événement qui relève du séisme », l’a « sonné ». Mais ne l’a en rien découragé.
Oui, il « nous faut faire de la construction européenne une affaire personnelle ». Oui, quand on parle d’Europe il ne faut jamais perdre de vue l’essentiel : ce « morbide héritage » de l’Europe-cimetière, ces 35 millions de morts, de vies fauchées, en « quatre siècles de sauvagerie ». Oui, il nous faut agir « pour empêcher que le Monstre ne se réveille ». Oui, nous devons en permanence garder à l’esprit le testament de Zweig qui s’est suicidé pour n’avoir pas assez cru en la fragilité extrême de cette « chose » qui s’appelle « la Paix ».
Merci, Jean-Marie pour ce livre qui, en outre, a une grand vertu : il incite le lecteur à partager ton souffle, ton énergie, ta volonté.
Tu as connu et tu connais « le bonheur de l’exigence et les exigences du bonheur ». Tu as eu la chance (et le grand mérite) de nourrir ton énergie « des passions que le monde offre ».Tu as eu la sagesse (influence du granit vosgien et du réalisme des « gens des marches de l’Est ») de te garder de toute enflure de l’égo pour prendre « plus de bonheur à contempler les résultats du travail d’une équipe » qu’à regarder les tiens. Ton livre dégage une énergie contagieuse, communicative, mobilisatrice. « L’avenir, c’est fragile. C’est pour cela qu’il faut s’en occuper dès aujourd’hui ». Pour ce nouveau Siècle en marche.
Qui plus est (mais ce n’est en rien surprenant puisque « le style, c’est l’homme »), tu as su écrire avec cette simplicité, cette limpidité, cette transparence qui n’excluent en rien la profondeur. Des émotions, oui. Mais pudiques. Des leçons, oui. Mais sans arrogance. Des enseignements, oui. Mais avec l’humilité des bons « pédagogues » : « Ne pas subir sans savoir. Dire, faire connaître et partager ». Avec cette cohérence qui chez toi « fait devoir ». Avec ce souffle qui ne peut naître que des actions en accord avec les convictions.
Un livre plus qu’à lire : à méditer, à offrir, à faire partager.
Daniel RIOT
17:15 Publié dans Coups de coeur, Livre, Présidentielles 2007: carnet de campagne, Réflexions, Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cavada, media, blogs, livres, udf, bayrou, télévision
23/11/2006
En finir avec le masochisme européen: L’excellent diagnostic du Dr BRUCKNER
« Le Bruckner nouveau » est un excellent cru. Qu’il faut boire sans modération. En ne se contentant pas de le lire et d’y réfléchir, mais en en tirant toutes les leçons. Plus qu’un livre : un diagnostic sur les maux français, européens et d’une façon plus générale occidentaux d’aujourd’hui : un masochisme chronique qui se traduit par un déclinisme stérile, une résignation bêtement fataliste, une soumission lâche, un refus nihiliste d’assumer des responsabilités d’adultes et la terrible tentation de vouloir « sortir de l’Histoire sur la pointe des pieds »

De la « Tentation de l’innocence » (Prix Médicis, 1995), à la « Tyrannie de la pénitence » il n’y a pas « radotage » comme l’écrit un chroniqueur sans talent et sans esprit de « Libération ». Il y a une logique, une cohérence et surtout une confirmation : celle de la pertinence, de la clairvoyance, de la lucidité de cet « intellectuel dégagé » qui sait voir, écouter, aller au-delà des événements et offre des clefs pour comprendre ce monde, notre société et notre temps.
Comment, comme Pierre Marcelle, ce « critique » de « Libé » qui trempe sa plume dans le vitriol des jalousies, de l’arrogance des ignares et de la bêtise des prétentieux, peut-il traiter Pascal Bruckner de « grand inquisiteur », l’accuser le « tripoter sources et citations » et, surtout, de sous-entendre (sans avoir le courage d’aller jusqu’au bout de ce qui lui sert de « pensée ») que Pascal incarne « une autre forme de terrorisme » ? On se demande qui a le plus de « comptes à régler avec les Lumières », l’écrivaillon des « Quotidiennes » de « Libé » ou l’écrivain qui confirme ses qualités de livre en livre, d’article en article, de conférences en conférence, d’ITW en ITW…
Sans doute aurais-je du traiter par le mépris (donc les taire) ces attaques (je ne dis pas « polémique », car c’est un art qui suppose du talent). Mais une telle médiocrité injuste affichée dans un quotidien qui tente de sauver sa vie à un moment où je referme l’ouvrage de Pascal suscite une saine colère. L’ami Joffrin a du boulot sur la planche. Puisse-t-il faire le pari de la qualité, de l’intelligence et de l’honnêteté intellectuelle…Salut, Marcelle ! Faites « pénitence »…

PENITENCE. Je reprends ici la définition (imparfaite) qu’en donne Wikipédia. « Dans l'Église catholique romaine, la pénitence est un sacrement qui a pour but de pardonner les péchés. Son titre exact est le sacrement de Pénitence et de Réconciliation ».
Pour Bruckner, le sacrement, aujourd’hui est devenu Tyrannie collective. « Le monde entier nous hait et nous le méritons bien : telle est la conviction d'une majorité d'Européens, du moins à l'Ouest. Depuis 1945, en effet, notre continent est habité par les tourments du repentir. Ruminant ses abominations passées, les guerres, les persécutions religieuses, l'esclavage, l'impérialisme, le fascisme, le communisme, il ne voit dans sa longue histoire qu'une continuité de tueries, de pillages qui ont abouti à deux conflits mondiaux, c'est-à-dire un suicide enthousiaste. Des horreurs inégalées, l'industrialisation de la mort à grande échelle dans les camps nazis et soviétiques, la promotion de saltimbanques sanglants au rang d'idoles pour les masses, l'expérience du mal radical transformé en routine bureaucratique, tel est notre bilan. Et les plus grandes vertus, le travail, l'ordre, la discipline, mises au service de fins épouvantables, la science déshonorée, la culture bafouée dans ses prétentions, l'idéalisme défiguré. L'Europe, pareille à un boxeur groggy, sonné par les coups qu'il s'est assené, se sent dépassée par des forfaits trop lourds à porter »
En cette époque où l’on confond Mémoire et Histoire, et Législation et Histoire et politique et Histoire, « Pas une nation, à l'ouest ou à l'est de ce petit cap asiatique, qui n'ait à faire son examen de conscience et dont l'histoire ne soit emplie de cadavres, de miradors, de tortures, d'exactions. Tant d'œuvres sublimes, de hautes métaphysiques, de philosophies délicates pour aboutir aux guerres civiles, aux charniers, aux chambres à gaz, au Goulag. L'Europe a combiné de façon inédite la pensée calculante et le meurtre, construisant avec méthode, systématisme, une machine à déshumaniser qui a connu son apogée au XXe siècle. Un maléfice se cache dans notre civilisation qui en corrompt le sens, en ridiculise la grandeur. Les sommets de la pensée, de la musique, de l'art, tout ce luxe inutile et tragique a pour corollaire les abîmes de l'abjection. »
Tout l’essai de Bruckner part de ce constat : « En 1955, Claude Lévi-Strauss évoque avec consternation dans Tristes Tropiques, à propos des Indiens du Brésil, " le monstrueux et incompréhensible cataclysme que fut, pour une si large et innocente fraction de l'humanité, le développement de la civilisation occidentale ". De ce sentiment de répulsion témoignent aujourd'hui encore d'innombrables voyageurs, théoriciens.
Quarante ans après Lévi-Strauss, le constat reste le même : " Nous avons collectivement beaucoup à nous faire pardonner, explique le philosophe Jean-Marc Ferry (...). Nous devons nous remémorer sur un mode critique ce que nous avons infligé de violences et d'humiliations à des peuples entiers de tous les continents pour faire triompher notre propre vision de l'humanité et de la civilisation " C'est encore un historien spécialiste de l'Algérie qui écrit pour s'en désoler : " Les Français n'ont jamais envisagé la culpabilité comme partie constitutive de leur histoire "
C'est Edgar Morin qui, dans une série de conférences en 2005, voit dans l'Europe pacifiée et dans elle seule le ferment d'une possible barbarie : " Il faut être capable de penser la barbarie européenne pour la dépasser car le pire est toujours possible. Au sein du désert menaçant de la barbarie, nous sommes pour le moment sous la protection relative d'une oasis. Mais nous savons aussi que nous sommes dans des conditions historico-politico-sociales qui rendent le pire envisageable, particulièrement lors des périodes paroxystiques . "

RESULTATS (entre autres) : « Nos crimes passés nous intiment de garder bouche close. Notre seul droit est le silence. Il offre ensuite aux repentis le confort du retrait. Réserve, neutralité seront notre rédemption. On enjoint l'Occident de ne plus prendre part, de ne plus s'engager dans les affaires du temps sinon sous la forme de l'approbation envers tous ceux que nous avons jadis opprimés. Aujourd'hui, l'Europe s'agenouille devant tout le monde. Devant Poutine, qui n'est pas un islamiste invétéré, mais qui n'est pas non plus un démocrate. Cet autocrate rusé, qui veut asservir le peuple tchétchène et étrangler l'Europe énergétique, utilise quand il s'adresse aux Européens le langage du chantage et de l'intimidation. L'Europe s'agenouille devant l'Iran, qui vient de lui adresser un ultimatum pour qu'elle lâche Israël. Les Européens n'ont même pas réagi à cet ultimatum. Pendant qu'Ahmadinejad continue à nier la Shoah, à prôner sans ambages la destruction d'Israël et à vitupérer les Juifs, l'Europe négocie avec lui et affirme que l'Iran est un grand pays. C'est déplorable et grotesque! Elle s'est aussi agenouillée devant les islamistes »
Tout est aggravé par un constat : « Les Européens ne cessent de réaffirmer la primauté du droit, mais force est de reconnaître que leur droit est éthéré, abstrait »

COMMENT EN SORTIR ? « Je pense que le combat a tout d'abord lieu au niveau du langage. C'est un combat d'idées, donc ce sont les mots qu'il faut décortiquer et soigner. Le mot "islamophobie", forgé par les mollahs en 1979, notamment pour contrecarrer les offensives des féministes américaines qui demandaient aux femmes iraniennes d'enlever leur voile, est évidemment un contresens total parce qu'on a parfaitement le droit, jusqu'à preuve du contraire, de critiquer une doctrine, une religion, une idéologie, en l'occurrence le marxisme, le socialisme...
UNE REMARQUE QUI VAUT REFLEXION…PAS SEULEMENT POUR LES EUROPENS : « Il n'y a pas de "christianophobie", sinon l'Occident chrétien serait resté au stade de l'Inquisition. Imaginons que les papes des 17e, 18 e et 19 e siècles aient utilisé ce terme et assimilé la critique du christianisme à du racisme. L'Église n'aurait jamais évolué, nous vivrions aujourd'hui sous une théocratie. De la même façon, le judaïsme a été lui aussi critiqué par un certain nombre de penseurs et de philosophes, comme Spinoza, qui ont prôné sa réforme. Il n'y a pas non plus de "boudhophobie", ni de "protestanphobie"... La libre critique d'une doctrine religieuse est inscrite dans la démocratie moderne. C'est pour cela que toutes les religions évoluent avec leur temps. »
Les remèdes du Dr BRUCKNER : « Il faut guérir le langage d'un certain nombre de ses pathologies et démonter les mots utilisés en permanence par les extrémistes. Le mot "tolérance", qui sert aux intolérants à s'affirmer en fermant la bouche de ceux qui veulent les contester, le mot "islamophobie"... Il y a tout un travail à faire au niveau de la langue parce que celle-ci a été pervertie. Celui qui tient le langage, tient le pouvoir.
Deuxièmement, il faut retrouver une culture du courage.
Le remords n'est qu'un alibi du confort moral et politique.
Nous préférons endosser la défroque du pénitent pour ne pas avoir à affronter nos ennemis. Or, l'Europe a des ennemis: les extrémistes islamistes, les régimes autoritaires, totalitaires, théocratiques... Cette culture du courage consiste en première instance à nommer l'ennemi, à lui rétorquer tout à trac: "Vous êtes notre ennemi, vous nous désignez comme tel, nous vous renvoyons les compliments. Nous considérons que vous représentez une très grave menace pour la paix et la sécurité. »

UN RAPPEL : « Le premier devoir d'une démocratie, ce n'est pas de ressasser le mal d'hier, c'est de dénoncer sans relâche ses crimes et ses manquements d'aujourd'hui. Un tel geste exige réciprocité et que tous appliquent la même règle. Il faut en finir avec le chantage à la culpabilité, cesser de nous immoler à nos persécuteurs. Une politique de l'amitié ne peut pas être fondée sur la duperie: à nous l'opprobre, à vous la grâce! »
Autant dire que l’Europe face à cette « Tyrannie de la pénitence » doit retrouver les vertus de la RESISTANCE. En brisant cette spirale du déclin que nous cultivons depuis la guerre de 14 ("le déclin de l'Occisent"). Et en cessant de fuir nos responsabilité: la culpabilité se transforme trop lachement en excuse. Et en soumission. "Debout Europe! ", redirait Churchill!
Daniel RIOT
*Pascal BRUCKNER est cet après-midi à 17h30 à la Salle blanche de la Librairie Kléber, à Strasbourg.
*La tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental de Pascal Bruckner Éditions Grasset, 2006, 258 p.
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16/11/2006
"La création du monde", revue et corrigée par Jean d'Ormesson. Un chef d'oeuvre!

Pour l’humour de Dieu et pour l’Amour de la vie, Saint-Jean d’Ormesson recréa et Dieu et le Monde. Un instant d’éternité. Un moment de bonheur. Plus qu’un livre : une Ecriture. Davantage qu’un ouvrage : un festival d’intelligence, une fête de l’esprit, un régal d’humour, un chef d’œuvre donc une œuvre rare, hors du commun, hors normes… Qui restera, j’en suis sûr, inscrit en lettres d’or dans les futures « histoires de la littérature française »"La création du monde", chez Rober Laffont.
D’Ormesson dans son meilleur rôle : « un appariteur de Dieu dans un monde sans Dieu », dit Claude Imbert… Un éclaireur des Hommes dans un monde en quête (et en panne) d’espérance, d’Espoir, d’avenir… Un jouisseur de ce présent qui n’existe pas puisqu’il est déjà passé quand il s’affiche…
Vertige devant les mystères de la vie, effroi devant les mystères de la nature humaine , angoisse devant la fuite du temps.
Vertiges, surtout, devant le « gouffre » des interrogations sans réponse sur le temps et l’espace (ces « frères jumeaux »), le zéro et l’infini, le hasard et le nécessité, le créationnisme et l’évolutionnisme, l’infini et la finitude, l’éternité et la mortalité, la vie et la mort.

Un roman ? Bien sûr. « Le romancier est, de tous les hommes, celui qui ressemble le plus à Dieu », disait Mauriac. « C’est le singe de Dieu »
Mais ce roman est aussi et surtout un livre littéraire (que de références affichées, cachées et masquées !), philosophique (dans le sens de Marc Aurèle : « la philosophie c’est la méditation sur son dieu intérieur »), théologique (« C’est simple, comme dieu et dieu font trois », disait Prévert), métaphysique (L’au-delà est toujours en deçà de l’entendement humain), cosmologique (« Nous sommes tous des poussières d’étoiles ») … Un livre qui ose , en tout modestie, se mesurer au Livre. Avec une écriture qui ose, sans blasphème, jouer avec les Ecritures…
Vous avez dit « écriture » ? Valéry disait que le travail doit « finir par effacer le travail ». Jean d’Ormesson le suit à la lettre. Quelle légèreté pour tant de profondeur ! Quelle fluidité pour autant de complexité ! Quelle simplicité et de lisibilité pour une telle exploration de l’obscurité ! Le bon écrivain, c’est celui qui sait faire de la nuit un jour. Notre académicien atteint ici le sommet de son art. A déguster sans modération.
« C’est le produit d’une vie », confie-t-il. « Et ce sont deux années d’écriture…Le jour où je réussissais à mettre huit lignes publiables était un bon jour ». Je le crois. Comme je le crois quand il me répète l’un des mots d’enfance de sa fille quand elle avait six ans : « Qu’est-ce qu’il fait mon papa ? Quand il écrit vite et beaucoup, il fait un article. Quand il reste longtemps devant une feuille blanche, il écrit un livre ». Ecrire, c’est attendre. « Comme une femme avant et pendant un accouchement ». Un « bébé » très réussi, cette « Création du Monde »…
Je résume …Le décors, une « île grecque ». parce que « les vacances sont une île ». Les personnages : Quatre amis comme les aimait Colette : usés, blasés,(un peu) rassis. Depuis dix ans, ils se réunissent chaque été sur une île grecque pour y passer ensemble leur unique semaine de vacances. Voici André, énarque, ministre sous Mitterrand et Chirac, futur sénateur, qui approvisionne les autres en cigares (parce que dieu est un « fumeur de Havane », comme chantait Gainsbourg ?) et vins fins. Edgar (« sans d, il y tient), qui enseigne la psychiatrie à Harvard et qui, malgré sa préférence pour le bourgogne, ne déteste pas le Pomerol. François, professeur au Collège de France où il enseigne la physique mathématique appliquée aux sciences de la vie. Et puis le narrateur, qui est écrivain. Et reste anonyme : la pire des vanités, c’est modestie, non ? Jean d’Ormesson le sait mieux que quiconque…
Entre les repas servis par Melina, les siestes sous le figuier de la cour, les baignades et les balades en mer, ces gros messieurs ne manquent pas d'occupations. A quoi s'ajoute un peu de remue-méninges, car Edgar a apporté un manuscrit sur lequel il aimerait l'avis des copains. Chacun à son tour en lira un chapitre à haute voix.
L'auteur de ce manuscrit? Un monsieur personne, un "n’importe qui"... qui fait n’importe quoi…Ce Français moyen est un archiviste paléographe, Simon Laquedem (comme Lequidam ?).Il a 33 ans, l'âge supposé du Christ à sa mort,(bien que les dernières découvertes scientifiques l’estiment à 42 ans : détail..) Célibataire et parisien un peu falot, il est troublé par des rêves qui deviennent obsédants : Dieu l'a choisi pour délivrer un message aux hommes. Un message qui dépasse (transcende) ceux délivrés à Abraham, Moïse, Mahomet, Socrate et d’autres…
Décoiffante, ébouriffante, époustouflante, la cosmogonie de Jean d’Ormesson ! Surtout sur ce « hasard et la nécessité » : « La nécessité, c'est moi quand je me promène en uniforme pour faire respecter la loi. Le hasard, c'est moi quand je me déguise en chenapan pour la contourner par en dessous. ». Ou sur le mal : « Dès le début, les hommes se sont séparés de moi. Je suis leur maître, et ils sont libres. Par ma volonté, et pour qu'ils puissent être libres, le mal s'est glissé entre les hommes et moi ». Ou sur l’avenir de l’ Homme, prisonnier de « l’irréversibilité » du Temps et de son orgueil qui le pousse à prétendre tout , y compris la « mort de Dieu ». Comme disait Christian Chabanis, « l’athéisme qui évince Dieu, évince-t-il les questions sur Dieu ?». Sûrement pas.

« La pire des choses, confie Jean d’Ormesson dans un débat à la Salle blanche de la librairie Kléber, à Strasbourg, serait que l’on prouve soit l’existence de Dieu soit son inexistence ». A qui et vers qui se tournerait-on ? Se souvient-on du cri de Fernando Passoa ? : « Dieu existe donc afin que je puisse te haïr ! ». Se souvient-on du trait d’humeur et d’humour de Bossuet ? : « Dieu se rit des créatures qui se plaignent des effets dont ils chérissent les causes »…
Comme disait Saint-Exupéry, « Que Dieu existe ou pas m’importe peu ! Dieu donne à l’homme de la divinité… ». Comme disait Thierry Maulnier : « La force de celui qui croit en Dieu, n’est pas en Dieu mais en sa foi ». L’essentiel n’est pas de crier, même sur le ton de la supplique « SEIGNEUR ! SEIGNEUR ! », mais de vivre en aimant les hommes et les femmes qui sont là, avec nous autour de nous, et d’aimer la vie… Dans ce présent qui est déjà du passé.
« Dieu ? Ce sont les hommes qui ne peuvent pas s’en passer », sourit Jean d’Ormesson… qui sait que même les « petits hommes verts » de l’Académie française n’ont rien d’immortels. « Heureusement »… Même si chacun meurt sans répondre à la question des questions : « Et toi qui dis-tu que je suis ? ».
« Je suis un homme de Dieu » : c’est la première phrase du livre de Jean d’Ormesson « Allez savoir » : c’est la dernière…
Daniel RIOT
16:00 Publié dans Culture, Edito, Livre, Réflexions, Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, culture, d'ormesson, Dieu, académie
05/11/2006
De la difficulté d'entreprendre des réformes en France...
Détendu, Alain Juppé. Serein, même. L’air du Québec, le retour réussi à Bordeaux et un rôle de spectateur (pour l’instant) distancié de la compétition présidentielles. Sur « france 5 », F.O.G nous a offert une émission intéressante en ce dimanche. Face au maire de Bordeaux : Claude Allégre, Luc Ferry et la bouillante Elisabeth Lévy. Chacun est venu avec son dernier livre. Et tous avaient une préoccupation d’actualité : Pour quoi les réformes, pourtant indispensables, sont-elles aussi difficiles à entreprendre dans cette France qui a tout de « ptofondément changé » ces dernières années ?
Allègre résume : « Le mal français c’est la rue et les urnes. La rue est plus forte que les urnes ». Juppé ? Viré pour cause de réforme de la sécurité sociale. Allègre ? Viré pour avoir tenté de réformer le « mammouth ». Ferry ? Viré par les étudiants dans la rue. « Nous avons un record d’instabilité ministérielle », souligne Allègre.
Eh ! Oui…Sous la Quatrième les Présidents di Conseil changeaient souvent, mais les titulaires de portefeuilles ministériels pouvaient inscrire leurs actions dans la durée. Et la démocratie n’était pas la doxocratie d’aujourd’hui…
Les remèdes ? « Un meilleur fonctionnement du quinquennat ». Retour au « contrat de Législature », proposé jadis par Mendès-France ? «Les hommes (et les femmes) politiques feraient bien de se replonger dans « La République moderne »… Et un nouvel état d’esprit chez ceux qui assument le pouvoir. Mais la plus difficile des réformes ne concerne-t-elle pas le fonctionnement d’un système politique sclérosé ?
« Vaincre nos peurs », pour reprendre le titre de l’excellent livre de Luc Ferry ? Bien sûr. Mais comment ? « Le pire et le nouveau, c’est que la peur a été déculpabilisée. Avant, on disait aux enfants que ce n’est pas bien d’avoir peur »…
« Le mot-clef, c’est la confiance, lâche Juppé en dénonçant les « déclinologues ». Il faut reconstruire une société de confiance et en finir avec cet auto-dénigrement qui est debenue une spécialité nationale ».
Certes.... mais comment ? « Les Français ne sont pas des imbéciles », se fâche Elisabeth Lévy. « Si le mot Réforme est devenu un gros mot, c’est parce les forces populaires ont peur d’en prendre encore plein la figure alors qu’il en ont déjà plein le dos »
« Vous avez dit matière grise » ? Joli titre… il faudrait que les candidats à la Présidentielle et leurs conseillers se creusent davantage mes méninges pour que l’on cesse « de marcher sur la tête », ou de « marcher cul par dessus tête » pour reprendre quelques unes des expressions lancées dans ce débat modéré par un Frantz Olivier Giesber visiblement heureux d’être en aussi bonne compagnie. Dans cette pré-campagne pour la présidence où (sauf rare exceptions) , la « matière grise » n’est guère visible, la « discorde » triomphe, les peurs font le jeu des extrêmes et des protestataires et où , ai nom de la « démocratie participative » mal comprise et d’arguments « attrape-tout », on désacralise un peu plus chaque jour, non seulement le pouvoir, mais aussi la République.
Les livres cités :
>>> Alain JUPPE : « France, mon pays » (Robert Laffont)
>>> Luc Ferry : « Vaincre nos peurs. La philosophie comme amour de la sagesse» (Odile Jacob)
>>> Claude Allègre : « Vous avez dit matière grise ? » (¨Plon)
>>> Elisabeth LEVY, avec Rony Brauman et Alain Finkielkraut : « la Discorde » (Mille Et Une Nuits )
17:10 Publié dans Livre, Présidentielles 2007: carnet de campagne, Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, livres, télévision, juppé, ferry, allègre
02/11/2006
WILLIAM STYRON: LA MORT D'UN GEANT.
Pour lui, ce n’était pas « Chateaubriand ou rien » … C’était « Comment vivre après Faulkner » ? Il avait couvert ses obsèques, en 1963, pour le magazine Life. «Il fallait échapper à son ombre gigantesque et tenter de s'accomplir soi-même », confiait-il au Monde en 1994. D’autres ont déjà dit ou diront : « Comment écrire après Styron » ? C’est un géant qui vient de mourir à 81 ans. Un géant qui va continuer à vivre grâce à une œuvre limitée en quantité mais gigantesque, titanesque, hors norme. Avec des textes condamnés à l’immortalité.
Comment vivre après ? Une question-clef et permanente pour Styron qui se plaisait à se définir d’une phrase chargée de sens : "Je suis un pessimiste ».
Vivre après la jeunesse ? « Trois histoires de jeunesse". Trois nouvelles pour trois moments de sa vie de l’auteur, pour trois âges différents, Souvenirs romancés… L’éducation passe (aussi) par l’apprentissage du mal, de la guerre, de la mort.
Vivre après Auschwitz-Birkenau ? « Le choix de Sophie », publié en 1979(et traduit en français en 1981). Un chef d’œuvre. Par l’écriture, l’histoire et la puissance de la narration, les personnages, atypiques et profonds. L’amour entre Sophie et Nathan. Voyage dans les ténèbres du mal absolu, au cœur d’une tragédie hallucinante, avec des regards sur le nazisme, les camps, le tourbillon de l’inhumanité (humaine, trop humaine…) totalitaire. Avec la difficultés de trouver les mots de l’indicible.
Vivre après une profonde dépression ? « Face aux Ténèbres » (Chronique d’une folie) Auto-narration d’une souffrance oppressante, d’angoisses étouffantes, d’une déshumanisation de la tête, du corps et du cerveau , d’un Etre transformé en zombie, en légume, d’un alcoolique qui ne supporte plus ni l’alcool « ce carburant ») ni l’absence d’alcool, d’un prisonnier de lui-même. Voyage sous un crâne. Et au bord du gouffre du Néant Avec les mots de l’indescriptible.
J’avais eu le bonheur et l’honneur de m’entretenir avec Styron, dans un restaurant strasbourgeois au début des années 80, avant sa « dépression ». . Plus qu’une ITW : une génuflexion devant un Monument. Un Monument imposant mais aussi attendrissant.
Faut-il être fragile pour avoir du génie ? "J’ai connu des dépressions qui donnaient des leçons à l’Enfer", disait Malraux…Et l’Histoire de la (bonne) littérature est marquée par des écrivains qui ont marché sur les pavés de l’Enfer.
Je garde pourtant de cette rencontre (une de celles qui marquent à vie) le souvenir d’une convivialité forte… D’une lumineuse intelligence. Et de cette simplicité modeste qu’ont les (vrais) « grands Hommes » : « La gloire ? On vit sur un nuage. Et on en retombe comme la pluie »…
Cet Américain était un francophile comme les Français les adorent… « J'aime la manière dont on vit en France. Mon coeur y est content. »
Il venait souvent en France, adorait le Bordeaux, la cuisine, les paysages… Il aimait Flaubert, Zola, Jules Renard, Gide et Marcel Pagnol. Il appréciait beaucoup Sartre, Camus, Malraux, Marguerite Yourcenar
Il admirait le style et la culture de François Mitterrand avec lequel il a eu de nombreuses rencontres littéraires. D’ailleurs ce créateur ou plutôt ce sauveur (en 1952) de « Paris Review » fut l'un des invités étrangers de marque, en 1981, lors de la cérémonie célébrant, au Panthéon et à l’Arc de Triomphe, l'accession au pouvoir de François Mitterrand.
En 1983, il avait présidé le jury du Festival de Cannes. Il est vrai que « le choix de Sophie », adapté par Alan Pakula, en 1982, avait valu à Meryl Streep un Oscar de la meilleure actrice a eu au cinéma un succès international, digne du livre. Le Choix de Sophie est devenu également un opéra, de Nicholas Maw. Quand je pense que la critique new-yorkaise avait accueilli ce livre avec fraîcheur, je me console des effets de mode parisino-parisens si justement décriés.
Nous avions évidemment parlé, aussi, de l’écriture. De sa « souffrance en écriture ». « Le désir de toucher le monde par des mots a quelque chose à voir avec la puissance d'une nation. », avait-il dit dans une autre ITW. « La force des mots a quelque chose d’extra-ordinaire. Le langage c’est l’humain qui dépasse l’humain Cela nous impose une responsabilité particulière». Comme disait Camus : « un mot mal choisi accroît la misère du monde ».
« Il faut que je marche pour écrire…Rien ne me vient spontanément, facilement. Ni la composition d’un ouvrage. Ni les mots. . Ecrire m'est très difficile, c'est une lutte, Je n'ai aucune facilité. Je rassemble les morceaux de chapitres ou de phrases à travers un processus, un cheminement, très, très, très lent. Même les pensées me viennent, comment dire, avec difficulté, laborieusement. C’est un travail, au sens accouchement du terme. Comme on dit d’une femme qu’elle est en travail. C’est douloureux, oui. L’écriture est pour celui qui la pratique une leçon permanente de modestie, d’humilité. Jusqu’au mot FIN. C'est une lutte intérieure perpétuelle. ».
Pourtant, son art des mots est plus qu’à vanter. Comme disait Valéry, le « travail doit finir par effacer le travail » et « le génie, c’est une habitude que prennent certains ». Une habitude bien prise par celui qui a obtenu pour » Les confessions de Nat Turner », sur les rapports entre Blancs et Noirs, le prix Pulitzer en 1968. Et qui a su vivre « après Faulkner ». Son regard pertinent, critique et ironique sur le monde nous manquera. Comme ses Mémoires…à moins qu’il ne aient écrit en cachette dans ses derniers jours de solitude et de fatigue…
BIBLIOGRAPHIE
William Styron chez Gallimard >>>>>>>>
LA PROIE DES FLAMMES [1962], trad. de l'anglais par Maurice-Edgar Coindreau . , 628 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070261115. 29,96 € Le même ouvrage . , 648 pages, rel. toile, 140 x 205 mm. Collection Soleil (No 95), Gallimard -rom. ISBN 2070105423. Le même ouvrage . TOME I, préface de Michel Butor, 416 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 1224) (1980), Gallimard -rom. ISBN 2070372243. TOME II, préface de Michel Butor, 416 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 1225) (1980), Gallimard -rom. ISBN 2070372251. TOME I : 6,20 € - TOME II : 6,20 €
UN LIT DE TÉNÈBRES [1963], trad. de l'anglais par Michel Arnaud , 524 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070261123. 29,96 € Le même ouvrage , 608 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 1486) (1983), Gallimard -rom. ISBN 2070374866. Le même ouvrage , 616 pages, 125 x 190 mm. Collection L'Imaginaire (No 497) (2004), Gallimard -rom. ISBN 2070770621. 11,90 €
LA MARCHE DE NUIT [1963], trad. de l'anglais par Michel Mohrt , 184 pages, 118 x 185 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070261131. 18,29 € Le même ouvrage , 160 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 1230) (1980), Gallimard -rom. ISBN 2070372308. 3,00 €
LES CONFESSIONS DE NAT TURNER [1969], trad. de l'anglais par Maurice-Edgar Coindreau , 424 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070273849. Le même ouvrage , 424 pages, rel. toile, 140 x 205 mm. Collection Soleil (No 248), Gallimard -rom. ISBN 2070105431. Le même ouvrage , 544 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 1425) (1982), Gallimard -rom. ISBN 2070374254. 8,50 €
LE CHOIX DE SOPHIE [1981], trad. de l'anglais par Maurice Rambaud , 636 pages, 154 x 240 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070239225. 28,95 € Le même ouvrage . Nouvelle édition en un volume en 1995, 916 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 2740) (1995), Gallimard -rom. ISBN 2070393453. 10,00 €
CETTE PAISIBLE POUSSIÈRE ET AUTRES ÉCRITS [1985], trad. de l'anglais par Maurice Rambaud , 420 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -nouv. ISBN 2070703118. 14,94 €
LA PROIE DES FLAMMES - LE CHOIX DE SOPHIE [1989], trad. de l'anglais par Maurice-Edgar Coindreau et Maurice Rambaud , préface de Jacques Almira, 1552 pages, rel. sous couv. ill., 150 x 210 mm. Collection Biblos, Gallimard -rom. ISBN 2070716198. 28,97 €
FACE AUX TÉNÈBRES . Chronique d'une folie [1990], trad. de l'anglais par Maurice Rambaud , 132 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -memo. ISBN 2070721051. 16,50 € Le même ouvrage , 128 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 2525) (1993), Gallimard -memo. ISBN 2070387658. 4,70 €
UN MATIN DE VIRGINIE. Trois histoires de jeunesse [1994], trad. de l'anglais par Maurice Rambaud , 168 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070736482. 12,96 € Le même ouvrage , 224 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 2898) (1996), Gallimard -rom. ISBN 2070401200. 4,70 €
FACE AUX TÉNÈBRES/DARKNESS VISIBLE . Chronique d'une folie/A Memoir of Madness [2000], trad. de l'anglais par Maurice Rambaud et révisé par Yann Yvinec , préface et notes d'Yann Yvinec, 224 pages + 16 p. hors texte, 18 ill., 108 x 178 mm. Collection Folio bilingue (No 92), Gallimard -memo. ISBN 2070413179. 9,50 €
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30/10/2006
Medicis: La "Promesse" tenue de Sorj CHALANDON
Le prix Femina 2006 a été attribué, ce lundi 30 octobre, à Nancy Huston pour "Lignes de faille" (Actes Sud).
Le prix Médicis a, lui, été décerné à Sorj Chalandon pour "Une Promesse" (Grasset). Le Médicis étranger a, lui, été attribué à l'écrivain roumain Norman Manea pour "Le Retour du hooligan : une vie" (Seuil).
Joli palmarès. Je suis surtout ravi que promesse soit tenue pour « Une Promesse ». Le premier roman de ce collaborateur de Libération (depuis 1975), de ce Prix Albert Londres (1088) aurait déjà mérité un prix pour ses qualités d’écriture : « Le petit Bonzi » (Grasset, 2005)
Heureux, oui. Très heureux, même Pour lui et pour son livre. J’ai rencontré Sorj sur le « terrain », comme on dit. Dans l’enfer du Liban. Dans nos rôles de journalistes qui refusent le voyeurisme, tentent de comprendre
l’incompréhensible et sont saisis du vertige de l’impuissance face aux déchaînements de la haine et de la violence. J’avais apprécié son honnêteté intellectuelle, son sens de l’humain. Rien à voir avec ces mercenaires de l’info-spectacle que l’on rencontre fatalement sur ce type de « terrain ». Son livre lui ressemble. Tendre, frais, intelligent. Sensible.
Je cite la note de l’éditeur, par paresse, (et parce qu’elle est bien faite) : « Nous sommes en Mayenne, une maison à l'orée d'un village. Dans cette maison, voici Etienne et Fauvette, un vieux couple qui n'a jamais cessé de s'aimer. La maison est silencieuse. Les volets fermés et la porte close.
Nuit et jour pourtant, ils sont sept qui en franchissent le seuil. Sept amis, les uns après les autres, du dimanche au lundi, chacun son tour et chacun sa tâche. Il y a le bosco, ancien marin qui tient le bar du village, il y a Madeleine qui, chaque semaine, fleurit la maison, il y a Berthevin qui allume et éteint toutes ses lumières, il y a le professeur qui dit des poèmes à voix haute, il y a Ivan, l'ancien cheminot, qui ouvre les fenêtres, il y a Léo qui traverse le village à vélo, puis Paradis enfin, qui remonte la petite horloge. Au grenier, comme une sentinelle, une lampe ancienne veille au cérémonial. Voici l'histoire d'une promesse. La promesse faite à Etienne et Fauvette. Une promesse d'enfance, tenue par sept amis, pour déjouer le plus grand des périls. Ces hommes ont juré de tromper la mort.
Et voici qu'un jour, ils renoncent. Ils cessent leurs visites à la vieille maison. Parce que le temps passe. Parce que la lassitude. Parce qu'au grenier, la veilleuse attend que deux âmes lui cèdent. Voici l'histoire d'une fraternité ». Et d’un drôle de deuil.
Bravo Sorj. Et merci.
Le Top 200 de la librairie KLEBER >>>>>
L'adresse aux lecteurs de Sorj Chalandon
"C 'est d'une pierre qu'est né ce roman. Vraiment, je crois que tout est né d'une pierre. Une pierre mal taillée sous ma main, un soir de Mayenne et de pluie. Une pierre d'angle de mur, à hauteur de bras tendu, la pierre sur laquelle on s'appuie lorsque les forces manquent. Ou comme ça, pour rien, juste pour le froid d'une maison de bourg.
Je crois que tout est né d'une maison de bourg. Une bâtisse lourde et basse, de ces pierres fatiguées, ces ardoises en éclats qui glissent lorsque le vent se lève. Je crois que tout est né du vent.
Un vent d'ouest, un vent d'automne venu de loin, plein d'embruns et de sel, un vent à toucher les vagues, à effleurer les cailloux, à tapager les cimes pour s'en venir miauler dans les rues du village comme un vieux chat blessé. Je crois que tout est né du village.
Un village de Mayenne. Un village sans nom. Un village peu importe, avec sa rue droite, ses odeurs de labours, son silence du soir, son bar qui va fermer, juste avant la vraie nuit. Je crois que tout est né du bar.
Un bar paysan, un bar ouvrier, un café d'hommes. Un café de silence et d'habitudes prises. De journal parcouru. De doigt à la casquette. De col relevé avant d'ouvrir la porte. De mains serrées. De verre servi trop plein sur un simple regard. Je crois que tout est né d'un regard.
Le regard du patron qui observe la rue, la veste fatiguée de l'homme à mobylette, la partie de cartes qui se murmure au fond, l'étagère à verres et le buste en plâtre d'un lutteur antique. Je crois que tout est né de cette statuette, ce Milon de Crotone, fils de Diotime, disciple de Pythagore, chef de guerre et athlète. Vainqueur d'Olympie, des Jeux pythiques, des Jeux isthmiques qui avait pour lui la force et le respect. Je crois que tout est né du respect. Dans ce village, dans ce café, sous ce vent d'ouest tout chahuté de pluie, voici quelques hommes, et aussi quelques femmes, qui tous ont en commun une vieille maison de bourg. Qui ont tous en commun le couple qui l'habite. Je crois que tout est né d'un couple. Un couple ancien, un couple en crépuscule mais le sourire aux lèvres. Un couple amoureux de tout, les yeux de l'un dans le coeur de l'autre, attentifs, respectueux, droits et dignes. Vraiment, je crois que tout est né de la droiture et de la dignité. D'une envie maladive, impérieuse, absolue de dignité et de droiture. Vraiment, je crois que tout est né de cela.
Souvent, je me suis demandé où vont les personnages quand finit un roman. Cette fois, je leur ai demandé d'où ils venaient avant de commencer. C'est comme ça que je les ai choisis. Un à un, j'ai cherché à savoir qui ils étaient. Je les ai suivis dans la rue du bourg, et encore alentour, jusqu'aux champs de labeur. J'ai poussé la porte du café, j'ai serré la main de Lucien, le patron, que tous appellent Bosco, en mémoire de la Bretagne. Je me suis assis à la table aux cartes. J'ai demandé à Berthevin pourquoi les autres le surnommaient l'Andouille. J'ai écouté Ivan raconter les grandes luttes cheminotes. J'ai regardé Madeleine rougir aux mots des hommes. J'ai eu l'honneur de prendre en main les clefs de Paradis. J'ai marché aux côtés de Léo, son vélo entre nous, quand il rentrait au soir sous le regard fidèle de son Angèle morte. Je crois que tout est né de la fidélité. Et il a fallu des heures, des nuits, des mois, pour que personne ne lève plus les yeux à mon approche. Pour que le Bosco me serve son vin de soif dès la porte poussée. Il m'a fallu tout ce temps de respect pour qu'un jour, ils me parlent de ce couple amoureux. De Fauvette et d'Etienne, qui vivaient dans la maison de bourg, en sortie de village. Et qu'ils racontent leur promesse. Une promesse insensée. Une promesse que tous avaient faite au Bosco. Et aussi à Fauvette, et encore à Etienne. Une promesse magique. Une promesse de vie. Une promesse d'amis les yeux fermés. Une promesse secrète, une promesse de braves gens, de coeurs immenses. Une promesse à tout jamais. Je crois que tout est né d'une promesse. Le serment de sept âmes vives à deux âmes sombres. La parole donnée pour retarder le deuil.
Parce que tout est né de ce deuil, du refus de la mort. De la peur qu'elle retrouve sa route, qu'elle voie le village du haut des grands tilleuls. Qu'elle s'engage sur le chemin d'Etienne et de Fauvette, qu'elle les reprenne, qu'elle les vole, qu'elle les arrache aux pierres de la maison du bourg. Je crois bien que c'est d'une pierre, qu'est né ce roman. »
Sorj Chalandon
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29/10/2006
A lire sur RELATIO, ma critique du livre-événement de Johnathan LITTELL sur les "tueurs de bureaux" ou le fascisme au quotidien
En France la saison des prix littéraires bat son plein… Le phénomène de cette saison a déjà été primé. Le Grand Prix du roman de l’Académie français est pré-sélectionné par tous les jurys ou presque. Et ce livre constitue un événement européen. Un livre-événement, même si quelques critiques s’élèvent ici et là, comme celle de Claude Lanzmann qui s’interroge sur la forme romanesque de cette folie nazie et qui craint que ce « tueur » qui dit « je » fascine quelques esprits faibles… Ce qui n’est pas le cas, évidemment. « Le livre-événement du siècle » commente Jorg Semprun.. Déjà vendu à plus de 200 000 exemplaires: Un succès mérité.
Un livre-événement ? Oui. Par l’Histoire qu’il raconte : Celle d’un officier SS qui vit le nazisme de l’intérieur, participe à l'opération Barbarossa (contre l'Urss), vit la chute de Berlin après être passé par Stalingrad, Auschwitz, après avoir vécu au coeur du Reich et, participé à la déportation des juifs de Hongrie…Belle carrière d’un « obéissant » discipliné
Un livre-événement ? Oui Par ses qualités d’écriture. 900 pages qui se laissent dévorer.
Un livre-événement ? Oui. Par la dimension internationale qu’ a déjà son auteur : Jonathan Littell, est un écrivain francophone de nationalité américaine, Ce n’est pas fréquent… Sa jeunesse (il est né en 1967) ajoute à ses mérites…Voilà 15ans qu’il porte ce livre en lieu. Et il a sur quelques terrains observé bien des « bureucrates tueurs » (Bosmnie, Rwanda...)
"Les bienveillantes" décrit minutieusement, à la première personne, la vie d'un officier SS confronté à ce qu'Hannah Arendt a appelé la "banalité du mal" : la quotidienneté de l'horreur, le génocide quasiment vu comme un travail de bureau. Une corvée de fonctionnaire discipliné. Un sale boulot écoeurant, qui donne la nausée, mais qu’ « on » accepte de faire .par discipline .par peur. Par mimétisme de masse. Par « routine ». Par aussi volonté d’efficaité sans trop se « salir les mains » Par cette imbécillité crasse qui s’appelle parfois lâcheté, parfois obéissance, parfois inhumanité. « Humain, trop humain (…) Le monstre est en Nous (…) La Bête est en chacun de nous » ; Nietszche, Brecht, Sartre et d’autres illustrés dans une œuvre de fiction-réalité magistrale. LIRE LA SUITE SUR RELATIO >>>>>>
00:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fascisme, europe, nazisme, histoire
28/10/2006
TE LAWRENCE VU PAR PATRICK ET OLIVIER POIVRE D'ARVOR: Le roman (excellent) d'un mystère fascinant
Il est des retrouvailles manquées… Pour des raisons bien indépendantes de ma volonté, selon la formule consacrée, j’ai manqué une belle rencontre avec PPDA et son frère Olivier. Mais j’ai lu leur dernier livre écrit à quatre mains »Disparaître », chez Gallimard. Une très belle rencontre, ce roman !
Je m’en faisais pourtant une joie de les revoir les Poivre Je ne suis pas de ceux qui critiquent ou dénigrent Patrick. Sur Tf 1 il est de ceux qui démentent la stratégie de « temps de cerveau disponible» de Lelay, son patron. C’est vrai dans son 20 heures qui reste (belle longévité et fantastique régularité !) le JT le plus riche en infos. C’est vrai dans « Vol de nuit » (trop tardive, hélas !) qui est une émission littéraire qui sait éviter les aboiements des bateleurs… Et je garde de chacune de nos rencontres des souvenirs d’enrichissement. Un homme de qualité et un journaliste hors pair.
J’aime aussi beaucoup son frère cadet qui fait honneur à la Culture française à l’étranger à la tête de l’Association française artistique. Cette culture que les gouvernements, nos universités et notre élite « écriturière » ne soutiennent pas assez…Heureusement que les Québécois, les Belges et quelques autres d »fendent cette francophonie que nous célébrons plus que nous la servons. D’ailleurs les deux frères ont publié récemment un article dans le Figaro qui exhorte les candidats à l’Elysée à s’en préoccuper, au moins un peu…
C’est bien sûr de leur dernier livre dont nous devions parler. En bien. Car il est excellent. Dans la forme, et dans le fond. Dans sa portée rétrospective et dans les réflexions qu’il inspire. Sur la vanité de l’obsession de la trace. Sur les mirages de la célébrité. Sur la vie comme fuite (en avant et en arrière). Sur la solitude aussi.
Quelle bonne idée de s’être emparé du grand Lawrence sous cette forme romancée ! Les derniers moments d’un homme dans le coma qui revoit toute sa vie ou presque par les deux narrateurs qui jouent avec la typographie, avec le temps, avec toute une série de trouvailles : confidences (vraies ou fausses) chuchotements, récits imaginés ou reconstitués, vrais et faux documents, articles apocryphes, descriptions de scènes de chasse journalistique, surenchères médiatiques, personnages secondaires riches de personnalités bien dessinées, et projection de rapports fraternels que seuls deux frères comme les Poivre d’Arvor peuvent les imaginer…

Au fil des pages, des voyages dans l’espace et dans le temps, Dans les déserts d’Orient, bien sûr Et dans cette époque qui nous colle encore tellement à la peau, celle du début du dernier siècle avec ce qu’il charrie de réalités peu réconfortantes et de périls (colonialisme, Levant, révolte contre les Turcs, fin des empires, naissance des nationalismes notamment arabe et juif) … Une belle tranche d’histoire et in beau chapelet de légendes.
Au fil des chapitres, surtout, la personnalité de T.E. Lawrence (1888-1935), : le Mystère Lawrence ! On résume, dans les pas d’Olivier et de Patrick : une « naissance douteuse » (enfant adultérin) ; « une mère épuisante » ; « le goût du fouet » ; « la rencontre avec l'Orient » ; « la Révolte arabe contre l'Empire ottoman » et « l'effacement de soi-même », le renoncement au monde, à trente-quatre ans. En fuyant la célébrité, l’héroïsme, les honneurs « J'en ai fini avec la politique, fini avec l'Orient, et fini avec l'intellectualité. Dieu que je suis donc las ! Je voudrais donc me coucher et mourir. ».

En quinze mois, Lawrence avait pourtant libéré du joug turc le Hedjaz, la moitié de la Palestine, la Syrie et la Jordanie. Mais les politiques lui ont volé sa victoire. Raison d’Etat. Et ils l’ont trahi, l’ont perverti, l’ont détourné. . Il entre en écriture avec deux chefs-d'oeuvre, « Les Sept Piliers de la sagesse » et « La Matrice ». Mais l’écriture aussi a ses limites, sa vanité…
A quarante ans, le colonel Lawrence cesse d'écrire, s'engage dans la Royal Air Force comme simple soldat. Sous un faux nom, John Hume Ross. Sa vie durant, il aura multiplié les pseudonymes : T. E. Shaw, T. E. Tel, T. E. Smith... « Ces alias d'identité sont autant d'aléas au bonheur », écrivent Patrick et Olivier Poivre d'Arvor. Car le « roi sans couronne », l'« émir dynamite », le « diablotin du monde » eut « une vie de douleur et de solitude sans compromis, une vie tragique, semée de contradictions, de volte-face, d'épreuves historiques comme personnelles. Où les ambitions sont à la hauteur en creux - des dépressions ». D’où la volonté de fuir. « Fuir, fuir, en sorte que personne ne me rattrape ». Fuir sa vie intérieure, « vraie guerre civile ». Fuir « en brouillant toutes les traces ». Fuir jusqu’à « être mort au regard des autres et renaître pour moi seul ». Fuir pour s’effacer « de la grammaire du monde ». Fuir tout, y compris « le temps passé à passer le temps ». Fuir et « disparaître ». Comme « la mangouste dans le désert, gris, jaune, ocre, au gré du soleil ». Comme des pas de l’homme dans le désert.
Un très beau livre, Patrick et Olivier. Qui vaut bien des prix Goncourt d’hier .Et qui mériterait de beaux prix d’aujourd’hui. Couronné ou non, ce roman est à lire, à déguster. Et à faire lire.

>>>>>DISPARAÎTRE [2006], 336 pages, 140 x 205 mm. Collection blanche, Gallimard -rom. ISBN 2070779661.
Parution : 21-08-2006.
22:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, histoire, roman Poivre d'arvor
"ADULTERES" d'Aldo NAOURI: Paradoxes des mariages d'Amour et de Liberté...
Ce pédiatre dit « passer sa vie à vaincre la trouille des parents ». C’est parce qu’il soigne les parents pour guérir les enfants qu’il peut publier un livre don le titre ne doit tromper personne : « Adultères » (Chez Odile Jacob) n’est pas un livre de sexologie, un ouvrage de recettes faciles, un de ces ouvrages-marketing où l’on parle de la tête pour vendre du cul. Ce livre se situe dans le droit fils de ses ouvrages précédents : Le Couple et l’Enfant (1995), Les Filles et leurs mères (1998), Questions d’enfants (1999), Réponses de pédiatre (2000), Les Pères et les Mères (2004).
Un personnage Aldo Naouri ! Il suscite plus que de la sympathie : de l’empathie. Sa vie est un vrai roman. Une famille de dix enfants élevés par la veuve d un tailleur juif de Libye. L’exil, l’exode. Vers l’Algérie où Vichy n’applique pas encore les consignes de leur maître de Berlin avec un zèle qui fait encore honte à la France. La découverte de la difficulté de nouer langue avec des gens dont on ignore la langue : « J’ai appris à lire les mimiques. C’est très utile avec les enfants ».Le tremblement de terre d’Orléanville : le réfugié devient rescapé. Direction : la Métropole. Où il apprend très vite à parler, à lire et à écrire ce Français dans lequel excelle. En conteur chaleureux. En écrivain quia appris que « le style, c’est ce qui tombe ».
Son livre n’est pas exhaustif, mais il est total. Un vrai livre, pas seulment un produit d’édition comme on compte tant sur tous les rayons… Par son écriture, vive, accrocheuse, huilée. Par ses références multiples. Ses expériences, ses observations, ses lectures, cette musique qu’il aime, et ce cinéma qu’il sait apprécier. Un homme de culture au sens le plus fort du terme : savoirs et réflexions qui permettent « d’aller au plus proche de l’intimité humaine », « non par la raison mais par la résonance »…
Avec ce sens de l’humour qu’il conserve en toute circonstances, même quand il pique de vraies et fausses colères …contre le jeunisme et « l’infantolâtrie » si caractéristiques de cette époque où l’enfant-roi devient enfant-tyran…pour son propre malheur. » : « L’enfant est investi et surinvesti dans une perspective de réparation narcissique personnelle » de parents plus égoïstes que lucides et responsables. A l’école des parents, Naouri ne donne aucune leçon, mais il tire de bonnes leçons qui valent réflexions. Surtout à une époque où la télévision et internet jouent le rôle de parents-gardiens bien contestables…
Nouari ne donne aucune leçon non plus en matière de « fidélité conjugale », de « gestion matrimoniale »… Mais là encore, ill sucite bien des réflexions :le lecteur est renvoyé à lui-même. Celiu que se définit comme « un vieillard au passé banal et monogame » part d’un constat paradoxal : le pacte de fidélité implicite ou explicite qu’implique une Union pouvait être logiquement fissuré ou brisé à l’époque des mariages forcés, arrangés ou d’intérêt…Mais aujourd’hui, où l’Amour et la Liberté triomphe, comment expliquer qu’un couple sur deux (au moins) se brise ? …
Cet amour-Kleenex généralisé ou presque provient-il de l’usure sexuelle ? Naouri cite Roger Vaillant : « c’est plus facile de faire l’amour à cent femmes différentes que cent fois à la même femme ». Il s’abrite aussi derrière ce trait d’esprit de Lucien Israël : « Seuls les paranoïaques sont convaincus de la fidélité de leurs femmes »…
Difficile la paix du slip ou de la petite culotte. Le zizi, « un organe dérangeant ». Comme les molécules et les hormones qui expliquent (en partie) la « chimie des états amoureux » ou ces envies de « la soupe « du voisin, ces « désirs qui viennent du manque », ces analyses pas toutes pertinentes que Freud a popularisées en reconnaissant les limites de ses connaissances de la femme, ce « continent noir ».
L’amour ? « Vouloir donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas », selon la formule de Lacan ? Eros comme fuite devant Thanatos. Sans doute faut-il redécouvrir Agappé. Mais les sites de rencontres, la pornographie ambiante et le succès des gadgets sexuels (surtout chez les femmes) ne nous en font guère prendre le chemin…L’esprit de compétition et de concupiscence non plus. Aimer reste posséder avant de donner. Et les règles du « vieillir ensemble » sont brisées par les réalités du « évoluer différemment ».
Du fusionnel-passionnel à l’indifférence- impuissance, le couple se découple Ecartelé entre bovarisme et donjuanisme. Détricoté par cet « état adolescent » qui parasite si souvent « l’état adutle ». Par cette angoisse du temps qui file. Par la quête du Graal. Par la fuite devant la mort dans un « ici et maintenant » hédoniste et individualiste qui donne souvent mauvaise conscience parce que « la monogamie est un phénomène culturel » qui reste chargé d’interdits….
« La libération actuelle des moeurs semble rendre difficile, voire impossible, l’entente durable d’un homme et d’une femme, d’une femme et d’un homme » souligne Naouri « Le couple est-il alors condamné à n’être qu’une union précaire, toujours menacée ? Je n’ai jamais eu à connaître une infidélité ou une rupture qui n’ait produit d’intolérables douleurs quand ce n’était pas de profonds, voire de très profonds, dégâts. L’adultère n’est jamais une expérience facile à intégrer ou à dépasser ».
Mise en perspective : « Comme leurs cousins primates, les mâles homo sapiens sapiens se sont d’abord accouplés avec les femelles de leur espèce sans aucun souci d’attachement, ni de former des couples durables, ni d’instituer une famille » confie Naouri dans une conversation publique que j’ai animée à la Salle Blanche de la Librairie Kléber à Strasbourg. « Et la famille, avec la reconnaissance du mâle comme père, ne s’est constituée que progressivement, il y a entre 30 000 et 12 000 ans, au moment où homo sapiens s’est sédentarisé. Alors, on a mieux compris la nécessité de créer du lien social et de surmonter, à cet effet, les pulsions naturelles. Ce n’est pas pour rien que les textes anciens, du Code d’Hammourabi au Décalogue hébraïque, mettent autant l’accent sur l’interdit de l’adultère.
--- L’adultère, un pêché, entre le vol et le meurtre. Et jusqu’à peu le grain à moudre des huissiers antipathiques qui vérifient les draps…
« Dans le Décalogue, il figure même entre l’interdiction de tuer et celle de voler. C’est dire l’importance accordée à la fidélité au sein de la famille et à la préservation du lien social. On était alors évidemment très éloigné de la liberté des moeurs de ces cinquante dernières années et de notre vision du divorce qui transforme le couple en banal bien de consommation (…) Tout a changé au fil du XXe siècle : avec la montée de l’individualisme, on a caressé le fantasme d’unions librement choisies (tout de même largement déterminées par le milieu social ainsi que par quantité de mythologies hollywoodiennes, comme l’a montré Denis de Rougemont dans L’Amour et l’Occident) »
---Mais pourquoi ne pourrait-on pas aimer plusieurs personnes à la fois, chacune différemment ? C’est la notion de fidélité qu’il faut peut-être redéfinir. Chaque amour est unique. Aimer c’est d’abord ne pas comparer…Or, même avec ces raisonnements que bien de morales réprouvent, « ça foire »…Pourquoi ? Les parents, notamment les mères, jouent pour vous un rôle déterminant. Quelle responsabilité d’être mère ! Vous allez en culpabiliser davantage encore plus d’une, Aldo Naouri…
« C’est un point que j’ai longuement traité dans mes ouvrages précédents, en particulier dans Les Pères et les Mères. Le petit d’homme, à partir de sa vie intra-utérine, noue avec sa mère des liens de complétude tels qu’il va tendre à vouloir retrouver, auprès de ses partenaires amoureux, un substitut à l’état édénique qui était le sien dans le tout petit âge. C’est de cette façon que s’explique le plus souvent l’adultère. On brave à la fois l’interdit et on retrouve un état d’euphorie qui a laissé dans notre cerveau la force de son empreinte. En d’autres termes, commettent l’adultère des gens qui ne sont jamais parvenus à faire le deuil de leur relation à la mère et qui veulent à tout prix en maintenir l’illusion ».
--Si commettre l’adultère c’est chercher à retrouver sa mère, l’inverse n’est-il pas aussi possible ? Dans certains cas d’adultère, on quitterait sa mère pour aller vers une femme vraiment autre…ou vers sa sœur ou son frère, non ?
« Tous les cas de figure sont possibles ! L’institution du divorce est là pour permettre la séparation, et celle-ci est parfois nécessaire à la maturation d’individus dont le mariage n’a été qu’une façon de prolonger leur enfance ou leur adolescence, une façon de refuser le passage à l’âge adulte. Cela dit, notre société voudrait accréditer l’idée qu’on pourrait “jeter” comme un kleenex la personne à laquelle on s’est unie. C’est faux, et toujours très douloureux. »
---Vous donnez tout de même un bon conseil pratique :il y a des mites à la transparence. Vous êtes pour le mensonge par omission en cas d’escapade extra-conjugale….
« Evidemment. A quoi se faire du mal, ajouter des douleurs à la douleur. ? Même les couples heureux ont une histoire. Et chaque situation est spécifique… Qui plus est, le sexuel est une manifestation de la pulsion de vie. Il faut différencier le sexuel, le génital et l’amour. Il faut aussi simplifier les définitions. Pour moi, l’adultère c’est l’utilisation des outils sexuels. Ce n’est pas le regard plein de convoitises que dénonçait Saint-Mathieu. Ce n’est pas le jeu de la séduction. La convivialité. Le plaisir de voir, d’écouter, de parler. Notre quotidien est compliqué parce qu’il est fait de rencontres »
Il y a toujours le risque du sourire qu’on croise, du regard qui enflamme. De la voix qui envoûte et de la démarche qui ensorcelle. Que c’est beau, c’est beau la vie…
18:45 Publié dans Coups de coeur, Livre, Réflexions, Rioteries | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre société, éducation, pédiatrie, sexe
Le devoir d'utopie d'Albert Jacquard
Quel plaisir de relire et de revoir Albert Jacquard, grâce au débat de La salle Blanche de la librairie Kléber (qui en l’occurrence s’est déroulé à l’ENA à Strasbourg). Un débat que j’ai eu l’honneur et le bonheur d’animer devant un public sous le charme d’une intelligence hors du commun. Qui rayonne bien au-delà des limites de l’Hexagone. Son dernier livre, « Mon Utopie » (Stock) est un vrai message d’espérance, de volontarisme…Et une belle bouffée d’oxygène. Jacquard, c’est une séance de Thalassothérapie de l’Esprit. Oh ! que cela fait du bien…
« A mon âge, c’est devoir », sourit-il… Surtout en cette époque où (l’on ne s’en pas assez compte) « l’Humanité subit actuellement une bifurcation radicale » et où nous sommes « comme emporté dans un tourbillon qui peut nous conduire au pire », A cause de cet économisme galopant qui nous fait oublier que « tout ce qui n’est pas renouvelable » devrait faire partie du « patrimoine (intouchable) de l’Humanité ». A cause de cet « esprit de compétition » ravageur dès l’école maternelle. A cause de cette irresponsabilité collective et individuelle qui nous fait oublier l’essentiel : « Je ne suis JE que parce que TU est un JE. Je suis qui je croise, qui je rencontre. L’identité et l’altérité sont indissociables ».
Non, il ne radote pas Albert :il enfonce des clous qui s’imposent. Et devraient dominer la campagne des Présidentielles si la Politique consistait d’abord à donner tout son sens au mot « valeur » (au singulier et au pluriel). Et toute sa valeur au mot « sens ».
Un personnaliste authentique, cet ancien professeur d’humanistique, cet enseignant qui considérait ses étudiants comme des « collègues en Humanité », ce scientifique qui place la lecture (et l’écriture) au-dessus de tout, ce militant des Droits de l’Homme qui s’illustrent dans des actes et pas seulement dans des proclamations et qui touchent aussi les droits dits « sociaux », ce pourfendeur des modes médiatico-« décervelantes », ce procureur d’un système scolaire et universitaire qui tue les intelligences au lieu de les développer. Un homme-vitamine, Albert ! Lui qui sait ne pas confondre âge et vitesse est d’une jeunesse d’esprit fantastique.
L’éducation, l’école… La « Cité idéale », c’est « une cité où tout serait l’école ». Son livre est d’abord un essais sur l’éducation, sur la technique et l’art d’enseigner, donc d’échanger, de rencontrer, de frotter sa cervelle à celles des autres et aux réalités du monde, sans ce « taylorisme scolaire » qui fait tellement de ravages. 3dans un gouvernement digne de ce nom, le ministre de l’éducation devrait être le premier des ministres. Et Berçy devrait être à son service »…
Certains de ses engagements peuvent faire sourire, bien sûr. L’Utopie, c’est cela. Surtout quand on ne se contente pas de la proclamer mais de la faire vivre…
Il a mauvaise conscience de devoir prendre l’avion aussi souvent. Il sait bien que, même austère comme il sait l’être, il participe aux spirales du faux progrès qu’il condamne. Il sait même que son cheminement personnel atypique en fait un « privilégié ». Il en sourit : « l’annuaire de Polytechnique » est bien utile, y compris dans ses combats en faveur des sans-papiers et des sans –logements. Il ne pourrait pas être qui il est et comme il vit sans un sens aiguë de l’humour, y compris vis-à-vis de lui. Il sourit encore d’avoir dû défiler avec les Polytechniciens sur les Champs-Elysées, le 14 juillet. Il se console en citant Einstein : « Pour marcher au pas, le cerveau est inutile. La moelle épinière suffit ». Les grands esprits sont d’abord des hommes d’esprit.
D’ailleurs, lui qui dénonce l’esclavagisme du travail est un grand… travailleur. Il suffit d’écouter ses chroniques quotidiennes sur France Culture. Il suffit de lire ses livres. Il suffit de voir à quel point il prépare ses conférences, ses débats, ses rencontres pour se dire que Paul Valéry avait raison : « le travail doit finir par effacer le travail ». Mais c’est du travail-épanouissement dont nous parlons là, non du travail-corvée, du travail-gagne pain, du travail forcé, du « travail-torture »…
L’étymologie du mot (le latin Tripalium, trépied servant à torturer) recouvre une autre Utopie : celle de la fin des servitudes. Nous en sommes loin…Mais Jacquard, hostile à toute « traçabilité » sociétale des individus laissera une belle trace : celle d’un homme qui croit en l’Homme.
14:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : livre, essais, éducation
13/10/2006
Centenaire: Une pensée pour Hannah ARENDT
Elle aurait pu avoir 100 ans ce samedi....Elle avait atteint brutalement à une célébrité mondiale en forgeant la notion de "banalité du mal" lors du procès du criminel nazi Adolf Eichmann. La philosophe Hannah Arendt est née le 14 octobre 1906 à Linden, près de Hanovre, dans une famille juive aisée où les livres faisaient l'objet de respect actif.
Auteur des "Origines du totalitarisme" et de "Condition de l'homme moderne", elle est considérée comme l'un des plus grand penseurs politique du XXème siècle. En Allemagne, on ne compte plus les rues à son nom, ni les essais qui s'efforcent de démontrer l'actualité de sa pensée plus de 30 ans après sa disparition.Mais ses études ne concernent pas que l'Allemagne. Je reprends ici l'hommage que lui rend "Les nouvelles d'Allemagne"
L'adolescente manifeste très tôt des dons intellectuels hors du commun. D'abord étudiante en philosophie à Berlin, la jeune femme devient ensuite l'élève de Martin Heidegger à Marburg, d'Edmund Husserl à Fribourg et de Karl Jaspers à Heidelberg. Avec le premier, de 17 ans son aîné, elle aura une liaison amoureuse dans les années 1920. En 1928, elle soutient une thèse de doctorat sur le concept d'amour chez Saint Augustin, sous la direction de Karl Jaspers.
En 1929, Hanna Arendt épouse l'écrivain et philosophe Günter Anders et s'installe à Berlin. Après l'arrivée au pouvoir des nazis, elle s'engage politiquement et défend la cause sioniste. Elle dira plus tard : "lorsque l'on est attaqué en tant que juif, il faut se défendre en tant que juif". En 1933, elle émigre à Paris. Elle se voit confisquer la nationalité allemande quatre ans plus tard.
En 1940, Hanna Arendt épouse en secondes noces le publiciste Heinrich Blücher puis gagne, en 1941, les Etats-Unis avec son époux et sa mère. La philosophe survit d'abord d'emplois précaires. Entre 1948 et 1952, elle dirige l'organisation pour la sauvegarde du patrimoine culturel juif, et publie dans ce cadre les impressions de ses premiers retours en Allemagne après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle est sans concession pour ses anciens compatriotes, qu'elle décrit étrangement muets et indifférents vis-à-vis de l'Holocauste.
Au-delà de l'extermination des Juifs et de ses prises de position en faveur du jeune Etat d'Israël, Hannah Arendt se tourne de plus en plus vers l'analyse des systèmes totalitaires. Celle-ci devient le thème dominant sa pensée politique. Son maître-ouvrage, "Les origines du totalitarisme" (1951), établit sa réputation de théoricienne. Au début des années 1960, elle provoquera une violente polémique en publiant ses comptes-rendus du procès du nazi Adolf Eichmann pour le "New Yorker" sous le titre "Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal" (1961).
L'idée que l'horreur infinie du meurtre organisé de manière industrielle puisse être associé à l'adjectif "banal" pour qualifier la personnalité des individus qui l'ont commis a indigné au départ jusqu'à ses propres compagnons de route. Avec le recul temporel, cependant, les analyses d'Hanna Arendt sur le national-socialisme ont reçu une reconnaissance croissante.
La philosophe germano-américaine a enseigné à Chicago et à New York. En Allemagne, elle reçut en 1958 le Prix de la paix des libraires allemands, l'une des distinctions les plus prestigieuses au monde. Depuis son appartement new-yorkais, elle maintint toute sa vie une étroite amitié avec nombre d'intellectuels allemands comme Karl Jaspers et Uwe Johnson. Elle décéda à New York le 4 décembre 1975.
21:20 Publié dans Coups de coeur, Europe, Livre, Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, philosophie, politique, totalitarisme, Arebdt
12/10/2006
L'écrivain turc Orhan PAMUK Prix nobel de littérature. Un talent consacré et des engagements pour la Liberté encouragés.
Il avait reçu Le Prix Médicis Étranger pour son livre « Neige », publié dans la collection « Du Monde entier », le 7 novembre 2005…. Et il a été primé dans de nombreux pays. Orhan Pamuk vient de se voir attribuer le Prix Nobel de Littérature, malgré sa jeunesse (il est ne en 1952 à Istanbul) et malgré d’autres prétendants de talents, tel Philipp Roth. Son « sacre » est aussi,visiblment, un encouragement à ses combats pour la Liberté d’expression.
En France, chez Gallimard, Pamuk a notamment publié :
LA MAISON DU SILENCE [1988], trad. du turc par Munevver Andac , 408 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070710858. 22,87 €
LE LIVRE NOIR [1995], trad. du turc par Munevver Andac , 480 pages, 150 x 215 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070732622. Le même ouvrage , 720 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 2897) (1996), Gallimard -rom. ISBN 2070401197. 9,00 €
LE CHÂTEAU BLANC [1996], trad. du turc par Munevver Andac , 204 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070732630. 15,24 € .Le même ouvrage , 272 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 3291) (1999), Gallimard -rom. ISBN 2070411060. 5,30 €
LA VIE NOUVELLE [1999], trad. du turc par Munevver Andac , 320 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070743330. 19,90 € Le même ouvrage , 448 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 3428) (2000), Gallimard -rom. ISBN 2070414787. 6,20 €
MON NOM EST ROUGE [2001], trad. du turc par Gilles Authier , 576 pages, 140 x 205 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070756866. 26,95 € Le même ouvrage , 752 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 3840) (2003), Gallimard -rom. ISBN 2070428176. 9,50 €
NEIGE [2005], trad. du turc par Jean-François Pérouse , 496 pages, 150 x 215 mm. Collection Du monde entier, Gallimard -rom. ISBN 2070771245. 22,50
Orhan Pamuk intervient régulièrement dans la presse internationale sur des questions touchant la Turquie. Ce qui lui a valu quelques (gros) problèmes L'écrivain aurait notamment dû comparaître en justice le 16 décembre 2005 pour "insulte délibérée à l'identité turque" en raison de propos tenus sur le génocide arménien. Il risquait quatre ans de prison .Lors d'une conférence de presse, qui a montré qu'il bénéficiait du franc soutien du monde des lettres, Orhan Pamuk a plaidé pour la liberté d'opinion et pour le respect des droits de l'homme en Turquie. Il a également « souhaité de tout cœur que la Turquie fasse partie de l'Union européenne ». Ce procès avait éte reporté au 7 février 2006 : il illustrait une liberté d'expression sévèrement encadrée. Le commissaire européen à l'élargissement, Olli Rehn, avait averti que « ce n'est pas Orhan Pamuk qui est jugé mais la Turquie ». Devant la vague d’indignation internationale, le procureur d’État avait finalement décidé de laisser tomber la poursuite d'Orhan Pamuk.
13:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Turquie, prix nobel, livres
11/10/2006
Le "Bayrou nouveau" cogne, mais il est à consommer sans modération
François Bayrou l’avoue en privé « il a fait un long chemin » pour comprendre la logique du système qu’il dénonce aujourd’hui. Un système qu’il a servi. Et qu’il dénonce avec une véhémence, une vigueur et une sévérité qui font plaisir à voir, à entendre, et à lire.
Son livre(1) est bien sûr un programme pour la Présidentielle, avec une sélection de discours prononcés depuis 2002. Mais sa préface est un vrai petit brûlot. Le « Bayrou nouveau » cogne, mais il est à consommer sans modération…
Ceux qui ironisent sur le titre («Au nom du tiers état ») ou sur son « centrisme révolutionnaire », affiché de conserve avec Jean-François Kahn, devraient le lire attentivement. Ses constats sont réalistes et ses propositions méritent de sérieux débats. La campagne présidentielle est faite pour cela, d’ailleurs.
Le candidat de l’udf est évidemment dans un registre auquel les Centristes ne nous avaient guère habitués. Finis les robinets d’eau tiède, les positions mi-chèvre mi-choux, les chansons sirupeuses… Le « centrisme central », c’est le contraire du centre mou, du « marais ». Et de cet opportunisme qu’Edgar Faure résumait d’une formule célèbre « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »
Surprenant ? En fait, la famille centriste a toujours compté des personnalités fortes, des tempéraments bien trempés, et des femmes et des hommes de convictions. Bayrou a travaillé avec Pierre Pflimlin : l’ancien Président du Conseil n’avait rien d’un « mou »…
Bayrou sait bien que ce que les « centristes » ont fait de mieux, y compris sous la IV ième si injustement décriée, porte la marque du courage et de l’audace. « L’Europe, une idée révolutionnaire ! », disait justement Robert Schuman.
Bayrou, qui n’hésite pas à citer le philosophe Jacques Maritain, sait bien que l’inspiration démocrate-chrétienne n’est pas « invertébrée »… « Le mariage de la nécessité et de l’idéal », disait Jean Monnet.
Sans doute, Bayrou doit-il forcer un peu le ton. C’est dur de changer une image de marque de « doux » en « dur »… Mais pourquoi, comme Jean-Michel Apathie sur RTL, mettre ses convictions en doute ? Pourquoi sa posture serait-elle une imposture ?
N’a-t-il pas raison sur de nombreux constats, à commencer par ceux qui concernent le Parlement, ce « Rotary d’il y a vingt », cette République qui a bien des allures de « Monarchie finissante » et cette « dictature politico-industrialo-médiatique » qu’il dénonce au risque de se priver … de relations utiles à un candidat à la Présidence de la République et à un Parti qui veut jouer un rôle central. Plutôt courageux, non ?
A LIRE : Quelques extraits choisis dans les « bonnes feuilles » publiées dans « 20 minutes »
1) « Au nom du tiers état », Hachette Littératures, 253 pages, 16 euros.
16:05 Publié dans Coups de coeur, Livre, Présidentielles 2007: carnet de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, udf, Bayrou, présidentielles, livres
25/04/2006
Apprendre à vivre ( ou à revivre) avec Luc Ferry
* « Apprendre à Vivre. Traité de philosophie à l’usage des jeunes générations », Editions PLON. Luc Ferry est ce mercredi 26 avril à 17h30 l’invité de la librairie Kléber, à l’ENA, dans le cadre des « Conversations de Strasbourg » (Inscription obligatoire par téléphone au 03 88 21 48 36 ou par mail à m.tessier@cees-europe.fr )
Mon opinion :J’ai apprécié LUC FERRY bien avant de le rencontrer et bien avant qu’il ne se lance dans une mission ministérielle « impossible » dans laquelle Claude Allègre s’est coupé les ailes avant lui …pour les mêmes raisons. Pour cette « lâcheté politique » que droite et gauche « gouvernementales » partagent trop… J’ai connu Ferry par ses trois ouvrages sur la « Philosophie politique ». Trois volumes qui m’ont servi de livres de chevet pendant longtemps et dans lesquels je puise encore références, inspirations, réflexions. Sujets de méditations.
J’ai apprécié aussi le « Sens du Beau », « l’Homme Dieu ou le sens de la vie », « Le Religieux après la religion » (avec Marcel Gauchet) .
Et j’ai adoré la lucidité et la franchise de « Comment peut-on être ministre ? Réflexions sur la gouvernabilité des démocraties » : un livre qui devrait être au programme de Sciences Po, de l’ENA, de toutes les disciplines du droit et … des écoles de journalisme ( et d’animateurs du médiatique-show).
Paradoxes français : nos esprits les plus fins, les plus pertinents, les plus courageux, de gauche, de droite et du centre, sont les plus démolis par le « système »… C’est sans doute pour cela que nous sommes aujourd’hui l’un des pays les plus « conservateurs » (au sens le plus con du terme) d’Europe avec des alliances « objectives » entre les « con-servateurs » de droite et de gauche. « De Gaulle, reviens !», redirait André G. … « Descartes, où es-tu ? »
Les mauvais esprits (qui lisent la « presse » dite « poeple » dans les toilettes ) jalousent Ferry. Son talent ? Trop grand. Sa femme ? Trop belle et trop intelligente. Ses placards ? Trop dorés : le conseil économique et social , la CSA et des succès d’édition… « Médiatique malgré lui » dit un organe de presse… L’un des problèmes –clefs de la France d’aujourd’hui est là, en fait : le « ON », collectif et anonyme, ne supporte ni le NOUS, ni le TU, ni les JE… Les « talents-paillettes », oui : les talents authentiques, non ! C’est pour cela d’ailleurs que NOUS sommes collectivement dans une merde HISTORIQUE. Du jamais vu depuis Pétain, le héros de 14-18 devenu traître, lâche et collabo. Humilié et humiliant. Exécrable. Haïssable. « La France moisie », redirait Sollers… Moisie et pourrie : nous ne nous en sommes pas « lavés »
Luc Ferry ne fait pas partie de cette « France moisie »-là. Parce qu’il prône une « theoria » qui « accorde à l’auto-réflexion la place qu’elle mérite ». Parce que son dernier ouvrage « Apprendre à vivre. Traité de philosophie à l’usage des jeunes générations » (chez PLON) est un cri de révolte contre la bêtise, la connerie, le défaitisme, le « déclinisme » ambiant. Paul Valéry (si méconnu et sous-estimé) disait que « la philosophie cesse d’être philosophique dès qu’elle est érigée en système ». Ferry le rejoint avec intelligence et sensibilité : « Espérer un peu moins, aimer un peu plus ». Sans dogmatisme. Son « cas Nietzsche » vaut lecture et réflexions. Pour que « post-modernité » ne soit pas synonyme de « dé-modernisation ». Et pour que « déconstruction » ne rime pas avec « destruction » . Merci Luc Ferry pour ce « Traité » : son succès en librairie est un bon signe. En cette ère de « Défaite de la pensée », il est temps de réhabiliter la réflexion. Vous y avez contribué. C’est par un réveil de la Réflexion contre la sommeil des réflexes que nous sortirons de ce qui se traduit d’abord par des crises de la démocratie. Moi, j’ai lu votre livre et je vous dis Merci. Tout simplement. Mais sincèrement.
22:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe
Destin collectif et destinée individuelle: "Les Anges , Violeta"...
*« Les anges, Violeta » par Dulce Maria Cardoso, traduit du portugais par Céline Lombard. Roman. L’esprit des Péninsules. 2006.
L’auteur : Née au Portugal en 1964, émigrée avec ses parents en Angola, elle revient au pays en « rapatriée » en 1975. Elle vit à Lisbonne. « Les Anges, Violeta » est son deuxième roman après « Cœurs arrachés » (édité chez Phébus en 2005)
« Le peuple, uni, jamais ne sera vaincu »…Ce slogan de a Révolution des Œillets, (un nom de fleur qui est aussi une odeur »), Dulce Maria Cardoso le retourne : « Le peuple, vaincu, ne sera jamais uni »… Le 25 avril n’a évidemment pas tenu toutes ses promesses. Aucune Révolution, même fleurie, n’est jamais à la hauteur des rêves qu’elle éveille, des espérances qu’elle suscite… Illusions collectives et individuelles : Le ciel n’a pas toujours la couleur du ciel…Et toute vie mène à la mort, même et surtout « sans crier gare ».
Etrange, original et fascinant ce roman de Dulce Maria Cardoso, traduit avec talent par Cécile Lombart, et publié chez Eric Nalleau qui sait découvrir religieusement, donc servir, des textes qui échappent à la facilité des modes et sont dignes de ce qualificatif « littéraire » si souvent violé et défiguré.
Un roman ? Une phrase qui s’étend (sans nous noyer) sur quelque 390 pages…Sans une seule capitale, pas même au début. Sans point, pas même à la fin. Un exploit stylistique (y compris chez la traductrice). Résultats : techniquement, une réhabilitation totale de la virgule qui prend un relief rare et une importance exceptionnelle au service d’une prose souvent poétique, chargée d’images, de métaphores et de métonymies fortes et ponctuée de sentences philosophiques (puisque semées dans « le jardin de la mort ») : « la vie est une hypothèse sans thèse… rien ne résiste au silence… les morts sont tous oublieux… le pire c’est quand on se met en tête »…
Mais où est-elle allée « chercher tout cela », Dulce Maria Cardoso ? Son personnage central, d’abord : Violeta. Une « monstresse » ? Un ange déguisé ? Une pauvre « bougresse » qui « roule sous les ténèbres » ? Imaginez-vous une « ballerine obèse » qui lève plus le coude que la jambe ? « C’était une femme si grosse, si grosse, que quand elle tombait du lit, elle tombait des deux cotés… C’était une femme si grosse, si grosse, qu’elle arrivait à être à deux endroits à la fois ». Et quel non-destin, pour destinée ! « On ne change pas le passé, point final ». Mais « je vais vous dire un secret » : ce livre tient « éveillé jusqu’au bout de la nuit ». En vous faisant deux rappels essentiels : « La vérité est toujours entre nous et les autres : elle n’appartient à personne (…) La vie est une chose maligne »
20:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe
27/03/2006
La rage d'enfant d'André GLUCKSMANN: A lire absolument
Comment peut-on ne pas apprécier André Glucksmann ? En ne l’ayant jamais ou peu lu, peut-être. En le jugeant sur les « on dit », sur cette « réputation » qui, selon Aristote, est « ce qui ne dépend pas de nous », sur quelques images médiatiques souvent trompeuses ? En le jalousant sans doute…Il est si brillant et si énigmatique à la fois… « Nos jugements nous jugent », écrivait Valéry… Moi, j’aime André. Et ses écrits. Je le proclame et le revendique. Parce qu’il est l‘un esprits qui m’a le plus aidé à tenter de concilier géopolitique et géophilosophie, personnalisme et machiavélisme, culte des valeurs et réalisme, rapports de forces et primat des valeurs.
L’épée reste l’axe du monde, comme disait de Gaulle. Les Européens l’oublient trop… Et les bons sentiments ne suffisent à pas faire le Bien. Le problème, d’ailleurs, ce n’est pas le Bien, c’est le Mal.
« Le Bien et le Mal ne sont pas des valeurs parfaitement opposées l’une à l’autre » (…) « La question du Mal a constitué d’emblée l’enjeu fondamental de la pensée ». Avec une interrogation de fond : « Existe-t-il une manière de vivre non dans mais face à l’absurde ? »
Depuis « La cuisinière et le mangeur d’hommes », en 1975, je crois avoir lu tous ses livres (y compris ceux que je n’avais pas lu avant, notamment son « Discours de la Guerre » qui remonte à 1967), et nous devons dû avoir quelque quinze rencontres non mondaines depuis.
Je me fais un bonheur (et j’ai l’honneur), de le revoir ce mercredi à Strasbourg, pour un déjeuner-débat du Club de la presse et pour une rencontre organisée à la Bibliothèque municipale de Strasbourg par la librairie Kléber autour de son dernier ouvrage qui est, pour moi, le plus mûr, le plus complet, le plus talentueux, le plus « littéraire » et le plus authentiquement philosophique qu’il ait signé. Comme un bon cru, Glucksmann ! Il s’enrichit en vieillissant.
Emouvante, cette « Rage d’enfant » si autobiographique sans nombrilisme vain ou vaniteux, si bien écrit et si bien « pensé ». La presse « poeple » y voit surtout des éléments de sa vie. Même dans ses pages dites « littéraires » : Glucksmann, c’est le Chanceux, « l’Homme-Bonheur », littéralement et effectivement. Affectivement. « De son enfance meurtrie par l'Histoire à ses engagements d'adulte, le philosophe tire une brillante réflexion sur l'universalité du mal », écrit L‘Express… Cherchez le faits divers : là n’est pourtant pas l‘essentiel, même s’il est révélateur.
« La grande littérature, authentique science du Mal, dévoile les artifices humains trop humains qui le dissimulent »(…) « Le souci de soi passe par le miroir de l’actualité, aussi ténébreuse soit-elle » (…) On s’intéresse plus à l’itinéraire d’André qu’à son vrai dessein : avoir un destin et l’assumer. Et le reconnaître pour ce qu’il est :un des esprits les plus lucides de cette époque, entre Sartre et Aron, au-delà des modes, avec Foucault, sans tomber (sombrer) dans la doxa qui nous fait oublier que Heidegger a pêché plusieurs fois, y compris après 45.
André n’a rien d’un rétro-futuriste : c’est ce qui fait sa qualité essentielle. Il nous aide à dégager des horizons d’espérance en nous forçant à voir les réalités en face.
Sans doute cela vient-il du fait qu’il est d’abord un rescapé, André. Celui qu’on nommait Jojo RIVIERE a eu, c’est vrai, un destin de déraciné, « d’ébranlé », de « solitaire ». De Rescapé. De révolté. De sauvé, surtout.
Sauvé par une mère qui lui a enseigné la plus belle des vertus : celle de l’insolence, du culot, de la franchise. Du vrai courage, celui que l’on a (ou non) en pleine conscience des dangers.
Martha, la magnifique !… Avec elle, grâce à elle, André est né plusieurs fois, puisqu’il a été sauvé plusieurs fois. Du fascisme, du stalinisme et de ce mal qui explique tous les maux : la bêtise, la lâcheté, le refus de voir les réalités en face, les facilités de l’autruche.
Magnifique, la photo de couverture du livre édité chez Plon. Il bougonne, le petit ? Il serre les poings. Il fronce le front. Il ferme ses mâchoires. Sa rage deviendra colère… Et le restera. Rage de vivre, ou plutôt de sur-vivre. Malgré l’inhumanité vécue ou vue. Partagée.
Tout y est dans cette photo. Tout ? Tout Glucks… Toute la survie dans un monde où l’inhumanité demeure après Auschwitz, après Hiroshima, après le Goulag, après les plus grandes des découvertes HORRIBLES de l’inhumanité. L’hybris, c’est la vie… jusqu’à la mort.
Il est, dit-il, des photos qui montrent, constatent. C’est un fait, une scène. « Regardez. Dépouillez-vous de vos ignorances et de vos préjugés ». Il est, aussi, des photos qui « performent »…
Informer, c’est performer, rendre performant, donc être porteur de référent, de répondant et de signifiant. Conduire au questionnement de la vraie question : « Qu’est-ce que l’être ?», comme s’interrogeait déjà Aristote. Nous y sommes encore à cette question… Plus que jamais peut-être avec les technologies de l‘information, les images de la désespérance ( la grand messe du « 20 heures »), la sur-information apparente (cette forme de désinformation)… « Les médias contre le journalisme », redirait Jean-Claude Guillebaud.
Sur le monde, André a le regard de la Vigie : « Veilleur où en est la nuit ? »… Il est des crépuscules qui n’annoncent pas d’aube… «Le drame solaire » de Mallarmé : « Aucune promesse ne promeut la résurrection de l’aurore »…
Il a donc le regard de celui qui ne ferme pas les yeux, ou regarde « ailleurs » : le voici aux antipodes de ce « mal français » si bien illustré par le « bonheur combraysien » de Proust qui se résume en un « refus de voir », par la loi (hypocrite) du silence, par « l’occultation des conflits dans une paix des cimetières »
Tout voir en face ! Y compris, et surtout, la mort. La « bouche d’ombre » de Victor Hugo. « Détenir le principe de tous les engagements possibles… et maintenir en eux la nécessité d’une distance et la possibilité d’un dégagement, en criant casse-cou, au nom de l’enfant qu’on égorge dans le ventre de sa mère »
La conscience. Voilà le mot-clef. Essentiel et existentiel. Un mot d’ordre. Conscience de soi, sans narcissisme. Conscience du monde, sans le « délirant désir d’abolir le hasard, l’angoisse et l’incertitude ». Conscience de ses limites. « Rien n’aura lieu que le lieu »… « Toute pensée émet un coup de dés »… Conscience que nous sommes, chacun à son niveau, des ACTEURS du monde : « Je ne suis pas un prophète d’apocalypse, tout juste un penseur aux aguets »
Glucksmann est plus qu’inspiré par Maarmé : il est imprégné de Mallarmé, ce poète qui « peint la modernité blanc sur blanc », sans « faux-fuyants », en sachant porter « le deuil de l’au-delà ». Icare, non : il se brûle les ailes. Igitur, oui : son « schéma » nous sert de guide dans nos « conflits identitaires » actuels. « Le fou de Dieu est d’abord un fou de soi »… « L’obsessionnelle poursuite de soi reste une impasse absolue ». Celle qui conduit au nihilisme ou l’entretient.
Le nihilisme : une obsession chez André. Et la clef de nombre de nos maux. Relire « Dostoïevski à Manhattan », publié en 2002… après le « 11 septembre », la chute des Twin Towers, ce « nouveau Pearl Harbor » qui « arracha l’Amérique à son rêve d’universelle trêve des confiseurs ». Relire aussi tout ce qu’il a écrit sur la Russie. Et sur Acibiade. L’heure, pour lui, est celle du marxisme-nihilisme, Avec, en vedette, JUNON, celui qui confond « force et puissance ». Et, en point de mire, TYPHON, l’ennemi, celui qu’i faut « reconnaître de loin et connaître de près » si l’on veut le combattre …
« Le souci de soi, c’est d’abord le souci de l’autre que soi. A l’extérieur comme à l’intérieur. Afin de défier l’inhumanité, je dois déshabiller ‘inhumain en moi et le dévoiler alentours»
Face à TYPHON, Glucksmann fait appel à Socrate… et à l’impérative nécessité de se reconnaître ATYPHOS, c’est-à-dire celui qui est de « caractère modeste », qui sait « garder la tête froide », même devant « la violence absolue ». Mais qui sait trouver un sens à sa vie, à ses écrits, et…à l’Europe.
Dans une « Rage d’enfant », André Glucksmann a écrit plusieurs livres. Sur lui : des fragments de vie émouvants. Sur ceux qui l’inspirent : de belles références. Sur la France et les Français : amour et lucidité. Ah ! Cette Napoléonite qui nous poursuit et nous empoisonne… Sur ses engagements : au nom de l’Homme. Sur la philosophie : ce refus de fermer les yeux. Sur l’Europe.
En clair, si j’ai un livre à vous conseiller en ce début de printemps, c’est celui-là. L’essais le pus pertinent de ce début 2006. Abstenez-vous de le ire si vous vous contentez des « airbags de la pensée » qui font la doxa de ces jours où les crépuscules semblent compter plus que les aurores
Daniel RIOT
· « Une rage d’enfant », par André GLUCKSMANN. Editions PLON. 290 pages. 19, 50€
· Rencontre avec André Glucksmann,à Strasbourg,au Club de la presse, à midi trente à l’Ancienne Douane, et à 17 heures à la BMS
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29/11/2005
"Esprits d'Europe" d'Alexandra Laignel-Lavestine sacré meilleur essais européen de l'année
Enfin un prix littéraire qui ne souffre aucune contestation. Alexandra Laignel-Lavastine reçoit le Prix Européen de l'Essai"Charles Veillon" 2005 à l'occasion de la parution de son livre "Esprits d'Europe", publié cette année aux Editions Calmann-Lévy, Paris. J'en suis ravi. Elle le mérite. Et je ne recommanderai jamais assez la lecture de cet ouvrage à tous ceux qui veulent mieux penser ou repenser l'Europe. La cérémonie d'attribution aura lieu le 10 février 2006 à Lausanne.Sur les intellectuels d'Europe centrale et orientale, elle a publié trois ouvrages : l'un consacré au philosophe roumain Constantin Noïca, Nationalisme et Philosophie : le paradoxe (1998), le second à la pensée politique de la dissidence, Jan Patocka : l'esprit de la dissidence (1998), le troisième à Cioran, Eliade, Ionesco : l'oubli du fascisme (2002).Elle collabore, par ailleurs, au "Monde des livres" et à RFI

Esprits d'Europe
Calmann-Lévy, 2005
Pourquoi faisons-nous l'Europe ? À la question de son sens et des valeurs qui la fondent, de nombreux intellectuels d'Europe centrale ont consacré leur oeuvre, leur engagement, leur vie même.
Le moment est venu de redécouvrir cette extraordinaire communauté d'esprits, dominée par trois figures exemplaires : Czeslaw Milosz (1911-2004), poète et essayiste polonais, prix Nobel de littérature ; Jan Patocka (1907-1977), philosophe tchèque, grand inspirateur de la dissidence, mort assassiné par la police politique ; et le Hongrois Istvan Bibo (1911-1979), l'un des penseurs les plus pénétrants des "hystéries collectives" qui secouent à intervalles réguliers le Vieux Continent.
C'est autour de la trajectoire, des idées et du rayonnement de ces trois consciences de notre temps que s'organise cet essai. Au-delà, tout un continent immergé de la culture européenne se révèle à nous, entre affinités électives et influences réciproques : de Kafka à Kertész et de Koestler à Kundera, mais aussi de Musil à Milosz, de Husserl à Patocka ou encore de Hannah Arendt à István Bibó, et de Sandor Marai à Zygmunt Bauman. Instruits par les catastrophes du XXe siècle, ces penseurs rendent à nouveau visibles les fondements éthiques de la civilisation européenne. Pour qu'aujourd'hui, la Réunification ne s'accomplisse pas dans le désenchantement de l'homme et de la démocratie.
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16/02/2005
Luc Ferry et la "dépossession démocratique"

Il n’a pas subi que des « blessures narcissiques » ou d’orgueil…Ou des griffures d’amour-propre : « la réputation c’est ce qui ne dépend pas de nous », écrivait déjà Aristote….
Il a la peine de ceux qui n’ont pas fait le dixième de ce qu’ils auraient pu faire à un poste où ils se sentaient investis d’un vraie « mission républicaine ».
Il a la déception de ceux qui ont se sentent trahi dans la confiance faite dans un système, dans des amis.
Il a la souffrance de ceux qui voulant ré-enchanter la politique dans l’action après avoir, des années durant, réfléchi sur les difficultés et les crises de la démocratie, s’est cassé les dents sur des réalités et des moeurs dont il avait sous-estimé les aspects pervers.
Il a l’inquiétude, surtout, de ceux qui savent ce que le « mal français » décrié voilà des décennies par Alain Peyrefitte s’aggrave. Parce que tout le monde veut des réformes pour les autres mais pas pour soi-même.
Naïf, Ferry ?
Oui, si au royaume des cyniques agir au nom de convictions relève de la naïveté. Oui, si croire dans la perfectibilité de la démocratie par l’esprit des Lumières relève de l’utopie.
Oui, si espérer que le « vivre ensemble » pourra être ressouder par une réinvention de la notion de « grand dessein », par l’art de « projeter l’idéal de la république dans le futur », sans « la nostalgie des blouses grises », par l’audace de mettre au point des programmes d’action cohérents et d’agir une éthique d’action qui ne soit pas dictée que de faux et mauvais calculs « politichiens »…
Cette forme de naïveté là s’appelle vertu.
Elle nous manque cruellement dans notre système politico-médiatique mis au service d’un individualisme de masse qui aboutit à ne massification des individus, à l’émergence de communautarismes, de corporatismes, de sectarisme et à cette « montée de l’insignifiance » qu’avait si bien su décrypter Castoriadis.
Ceux qui ne veulent voir dans le livre de Luc Ferry que des « règlements de compte » (avec des journalistes, des animateurs de média, et des personnalités telles que Debré, Bayrou, Lang) devraient prendre la peine de le lire.
Ce n’est pas « Comment peut-on être Ministre ? » le vrai titre de cet ouvrage : c’est « essai sur la gouvernabilité des démocraties » à l’ère de la globalisation et de la société médiatique, donc en cette ère d’impuissance politique et de doxocratie, de « dépossession démocratique ». De « Démocrassouille »
Nostalgie de paradis perdus qui n’ont jamais existés, peur de l’avenir, souci de soi au présent dans un « ici, maintenant et tout de suite », exacerbation des envies dans une société de compétition qui transforme l’homme-dieu en homme-diable et conduit à une généralisation suicidaire du nihilisme rampant …Les maux sont décryptés :il faut trouver les remèdes. En changeant un système qui privilégie le « maillon faible » en redonnant une actualité brûlant au mot de Frédéric Bon : "Que le meilleur perde ! "
Luc Ferry se reconnaît dans une définition « baroque » de la politique. Nous avons sans doute besoin d’une révolution baroque en politique. L’expérience de Ferry après celle d’Allègre pourraient servir, si on prenait le temps de les méditer au lieu d’ironiser. Mais qui prend encore le temps de penser ? Le mot de Kant (« penser, c’est juger ») doit être aujourd’hui inverser :on juge sans penser et sans savoir…C’est la « Défaite de la pensée » qui provoque l’impuissance de la puissance publique…
Mais pas de déprime : un jour, bientôt, le peuple que l’on confond de plus en plus avec les masses de l’audimat, reprendra conscience que la doxocratie, cette dictature de l’opinion, est aussi exécrable que le despotisme non éclairé :elle fait le jeu d’un « poujadisme technocratique », d’un « monocratisme élitiste », de toutes les démagogies. Elle bloque et trahit l’idéal démocratique, cet idéal dont « le cœur du cœur reste l’égalité des chances ». et l’élargissement des champs de libertés. A méditer à droite,à gauche,au centre. Et dans les média.Daniel RIOT
*« Comment peut-on être ministre ? Essai sur la gouvernabilité des démoraties », par Luc FERRY. Plon
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21:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : Démocratie
06/12/2004
La leçon de ténèbres de Varsovie
Varsovie 44
Récit d’une insurrection trahie :
Contre les neiges de l’oubli et
les fautes de l’ignorance…
« Une dette d’absence ».
Une « dette » personnelle : les rescapés et les enfants de rescapés ne sont jamais comptés dans les statistiques de l’horreur, parmi les « victimes » de la Barbarie. Et pourtant….
Une « dette» collective » : non seulement les insurgés trahis de Varsovie 44 ont été « oubliés » durant leur Résistance, mais ils sont, aujourd’hui, ignorés, ou presque. Et pourtant…
Ce n’est pas un livre de papier et d’encre qu’a écrit,avec pudeur et empathie, Elisabeth Sledziewski : c’est un ouvrage de sang, de chair et de larmes
Ce n’est pas un livre d’histoire qu’a rédigé cette universitaire, philosophe, professeur en sciences politiques : c’est un « livre de communion ». Avec ses héros et ses lecteurs.
Poignant. Emouvant. Et « questionnant »
Son père et six autres membres de sa famille appartenaient à « l’Armée de l’intérieur ». Ils sont livrés leurs témoignages, avec la difficulté de narrer l’indicible. Cette difficulté que connaissent aussi les rescapés des camps ; l’enfer ne se raconte pas.
Elisabeth s’est imprégnée de leurs souvenirs et de ceux de leurs compagnons. Et elle a fait un gros travail de recherche et de recoupement qu’elle a complété par des « visites » de ces lieux où l’héroïsme a été vain contre les rouleaux compresseurs de la Barbarie…Des lieux devenus « mystiques »
Au moment où Paris était libéré, Varsovie était crucifiée. Sous l’œil indifférent des troupes de Staline qui campaient sur les collines voisines. Sans l’appui des « Alliés » qui n’envoyaient que des caisses et non les « anges libérateurs » attendus. Avec au bout de la route de l’espérance :un totalitarisme qui prend la place d’un autre... dans l’indifférence générale d'une Europe en ruines.
On ne peut pas comprendre certaines prises de positions polonaises dans l’Europe d’aujourd’hui sans avoir à l’esprit cette catastrophe qui s’ajoute à l’écrasement du « ghetto » l’année précédente. Histoires du « Pianiste » de Bernard Cohen, mêlé aux deux insurrections.. Histoires d’Europe. Nous sommes tous des rescapés de l’horreur varsovienne.
Que « les neiges de l’oubli » ne recouvrent jamais cette « Europe de l’Inhumanité » : il ne s’agit pas seulement de « commémorer » mais aussi de « prévenir » d’autres et imprévisibles explosions de cette Barbarie orgiaque contre laquelle l’Union européenne se fait si laborieusement.
« Que soit nommé le nœud de sang et de sens qui attache Varsovie à la conscience universelle » Et que l’Europe tire mieux encore la « leçon de ténèbres varsovienne » :les insurgés de 44 incarnent cet « esprit de Résistance », qui fonde l’Europe d’aujourd’hui. La Résistance « contre la mort », pour « l’entêtement à l’espérance ».Les « fontaines jaillissantes de la civilisation » sont menacées en permanence. Payons nos « dettes d’abscence » pour les protéger
Pour en savoir plus
« Varsovie 44 ; récit d’insurrection », Elisabeth G. Sledziewski Editions Autrement. Collection Mémoires
« Les Pianiste », Bernard Cohen. Editions Robert Laffon.
Voir ou revoir « Kanal » d’Andrzej Wajda (1956) et « Le Pianiste » de Roman Polanski
Sur le web
www.polishresistance-ak.org/
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