08/07/2007
Réflexions sur le journalisme en évolutions
Du message au massage: Texte repris sur le blog de RSF
Avec "La crise de la représentation", Daniel Bougnoux ne signe pas un énième traité sur la communication, mais un essai lumineux sur la presse et la crise qu'elle affronte. Notre philosophe tord le cou à quelques fables comme "la fin du journalisme" ou "la manipulation par les médias de masse".
Entretien réalisé par > Robert Ménard
Photo > Charles Duprat
Cette crise de la presse dont tout le monde parle, est-ce une vraie crise ou tout simplement l' arrivée de nouvelles techniques qui bousculent nos habitudes?
On vit la presse sur le mode de l'immpatience, de la revendication soupçonneuse. Les médias auront donc toujours tort vis-à-vis de nos attentes. Leur mission - informer, éduquer, distraire - est très mal remplie. Les causes en sont : la concurrence, le raccourcissement des délais, la dictature du direct, celle de l'opinion. La presse est prise en tenailles entre la montée des nouvelles technologies qui lui font concurrence, et un impératif démocratique - dont elle est le rouage essentiel - qui vire à la revendication individualiste et à l'émiettement, à la fragmentation, à la disparition même d'un espace public de délibération ou de raisonnement. On a tendance à enjoliver le passé de la presse pour regretter un âge d'or qui n'a jamais existé. Le mot même de presse dit qu'elle est pressante et trop pressée, qu'elle nous met sous pression, sans remplir l'attente née de cette pression. On va ainsi de pression en déception, un peu épuisé par le rythme des médias. L'aspiration au savoir, à la mémoire, à la connaissance est régulièrement lésée par cette information au jour le jour, qui, malgré tout, est nécessaire.
Peut-on imaginer des médias sans journalistes?
C'est un peu ce qui s'est passé dans l'émission de TF1 "J'ai une question à vous poser" où PPDA se trouve délogé de sa fonction de "grand questionneur". On y a assisté à une démédiatisation. C'est un phénomène qu'on observe avec les blogs, Internet. Les gens pratiquent entre eux une auto-information, conquête de la démocratie, qui s'exerce évidemment au détriment d'une corporation, d'un métier qui avait son calendrier, ses usages, ses faiblesses. Je ne pense pas que cela soit pour autant la fin du journalisme. On va voir reparaître le journaliste questionneur, le journaliste expert, celui qui ajoute la mémoire à l'actualité, notamment lors d'élections. Le journaliste n'est pas encore détrôné. Il affronte une forte concurrence qui naît de la pression démocratique elle-même, instrumentée par les nouveaux médias. La presse est ainsi mise au défi d'avoir à se requalifier professionnellement.
Vous ne versez pas dans la nostalgie...
Je suis toujours émerveillé par un kiosque à journaux ou lorsque je reçois chaque matin mon journal. en tant qu'universitaire, je serais bien en peine d'avoir cette capacité de réaction et de synthèse face au flot quotidien. J'aime la stimulation qui vient par ce flot, tout en faisant bien la disctinction entre le flot et l'oeuvre. L'oeuvre est ce qui échappe au flot. Elle ne se déclasse pas du jour au lendemain, elle n'est pas mise en concurrence par d'autres canaux d'information plus rapides. Elle relève davantage du savoir ou de la culture.
Vous expliquez qu'avec les nouvelles technologies, c'est le statut même du fait qui est remis en cause.
Je ne serai jamais d'accord avec Virilio ou Baudrillard qui ont plaidé la thèse d'une pulvérisation des faits. Certains faits s'imposent, d'autres se construisent, d'autres encore doivent être recoupés avant de s'avérer : on ne vit pas dans le simulacre, l'illusion, la féerie ou l'imposture permanente. Les médias ont toujours construit le monde, l'actualité, et c'est un immense travail. Dans "actualité", il y a le mot acte. Construire d'actualité en est un.
Vous pouvez lire la suite de cet entretien dans la revue Médias n°13 (en vente chez votre marchand de journaux)
03:33 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jopuornalisme, presse, medias, technologie, blogs; web
04/07/2007
Livre: "AIMER L'EUROPE", de Robert Toulemon, ou l'impérative nécessité de réaliser l'Europe politique...
Que Sarkozy se pose en « sauveur de l’Europe » est une chose. Que l’Europe soit sauvée en est une autre... Pour sauver l'Europe, il faut s'inspirer du livre (d'Histoire et de "recettes") de Robert Toulmenon.
Sur son Blog, Robert TOULEMON montre deux des limites du « succès » du dernier Conseil européen : « L’abandon des symboles mais aussi l’absence de toute correction des lacunes et des faiblesses du traité constitutionnel. (…) On espérait un renforcement des dispositions relatives à l’énergie, au climat, à l’immigration, au social. On pouvait espérer une composition de la Commission assurant mieux son autorité. Au lieu de cela, l’élimination de la mention de la concurrence non faussée des objectifs de l’Union, dont elle demeure un instrument essentiel, apparaît comme une concession heureusement sans portée aux tenants français du non de gauche ».
Le grand regret de Robert Toulemon (et il n’est pas le seul à l’avoir !) c’est l’inexistence d’une Europe politique. Il faut faire sauter ou contourner le veto anglais : cela devient un impératif et une urgence !
Cette Europe politique, c’est évidemment celle que Sarkozy devra débloquer s’il veut que son auto satisfaction actuelle se justifie dans un proche avenir… On peut craindre que Sarkozy n’ait pas le temps de se plonger dans le livre de Robert TOULEMON : il y trouverait une bonne inspiration…
Robert Toulemon sait de quoi il parle. Il occupa pendant dix ans, de 1962 à 1972, de hautes fonctions au sein de la Commission européenne, notamment auprès de deux grandes figures communautaires, le Français Robert Marjolin et l'Italien Altiero Spinelli, qui est à l'origine de l'idée de Constitution européenne.... Et il est demeuré un militant actif, à la fois réaliste et idéaliste, de l'Europe unie.
Cet ancien président de l'Association Jean-Monnet, n'a cessé de plaider la cause du fédéralisme. D’un fédéralisme intelligent, raisonnable, fondé sur une subsidiarité synonyme d’efficacité, comme on refuse de l’imaginer et de la comprendre dans notre France si jacobine…
La France, il l’aime bien sûr, mais il la rend (avec raison) largement responsable des échecs européens. Son action, dit-il, souffre d'une contradiction fondamentale. D'un côté, elle défend l'idée d'une Europe forte, de l'autre, elle lui refuse les moyens de le devenir.
Eh ! Oui. Toujours cette cassure entre De Gaulle et Monnet… Et cette manie nationale de ne pas (ou rarement) se donner les moyens de ses ambitions.
Selon lui, nombre de Français ne veulent pas comprendre que « la coopération entre Etats conservant leur libre arbitre peut être fort utile », mais qu'elle ne saurait suffire à donner à l'Europe « une voix qui lui soit propre ». La France fut, certes, à l'origine du projet communautaire mais, dès le début, ses motivations sont « ambiguës » et sa détermination « hésitante », relève Robert Toulemon. Plus qu’une opinion : des constats. Suscités par les effets d’un terrible malentendu : une « Europe européenne » si réclamée ne peut pas être une « Europe française » si rêvée…
Rappels de quelques faits : c’est après le fiasco de la Communauté européenne de défense, en 1954, l'objectif d'une communauté politique est « renvoyé à des jours meilleurs ». Des jours qui se sont toujours pas là…Pour le général de Gaulle, le Marché commun ne sera jamais autre chose qu'un « traité de commerce » et « surtout pas l'amorce d'une union politique », estime Toulemon.
C’est vrai même si cela mérite d’être nuancé : « L’Europe politique ? Dans Cinquante ans », disait le gnéral… voilà plus d’un demi-siècle.
Ni Georges Pompidou ni Valéry Giscard d'Estaing n'infléchiront vraiment cette stratégie. Même François Mitterrand laissera passer l'occasion de la modifier. Tout l'art de la diplomatie française au cours de la négociation du traité de Maastricht, explique Robert Toulemon, consistera à obtenir l'union monétaire sans l'union politique souhaitée par le chancelier Kohl. Erreur ? Faute…
Cette union politique aurait pu (du) naître « sur les ruines du mur de Berlin », dans l'enthousiasme de la « libération » de ce pays intrinsèquement « européens ». Il n'en a rien été. Manque de visions d’avenir. Et excès des pesanteurs britanniques… En 2005, le rejet du traité constitutionnel a sanctionné ces « inconséquences françaises » et quelques autres. En attendant que renaisse un jour, selon les voeux de l'auteur, le projet d'une Europe politique. L'Union doit reprendre sa marche en avant pour devenir, aux yeux des citoyens, un "motif d'espoir" plutôt qu'une "source de craintes" : Sarkozy vient de dire un peu la même chose, en étant plus verbal que concret.
Robert Toulemon expose avec précision les diverses raisons d'aimer l'Europe. De l'aimer « pour ce qu'elle est », « pour ce qu'elle peut devenir » et « pour les services qu'elle peut rendre à l'humanité » en contribuant à l'émergence d'un nouvel ordre mondial. "Aimer l'Europe pour lui donner une existence politique." Avant que les forces de la dislocation viennent mettre à mort les espérances d'une unification à vocation irréversible, mais à consistance fragile. Un bon livre. Un livre-vitamine. Avec entre les lignes une leçon de vérité et de conduite : « Aimer l’Europe », c’est s’aimer soi-même…A lire, et à faire lire à ceux qui font de l’Europe un bouc-émissaire trop facile…
Daniel RIOT
*AIMER L'EUROPE de Robert Toulemon. Ed. Lignes de repères, 158 p., 13,50 €
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UNE AUTRE CRITIQUE DU LIVRE SUR LE TAURILLON:
EXTRAITS:"Le premier lieu commun combattu par cet ouvrage est lié au parcours de l’auteur. L’Union européenne est souvent présentée comme une construction technocratique, sans âme, apolitique et anti-démocratique. M. Toulemon qui a participé à cette aventure depuis les toutes premières années de la construction européenne montre à quel point cette idée est fausse. Haut fonctionnaire, et donc technocrate, il demeure un homme avec des convictions politiques fortes, une approche cohérente de la réalité. Sa vision de l’Europe n’a rien de technocratique, elle est au contraire vivante, profondément politique et surtout, passionnée". A LIRE >>>>>>
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LA PREFACE DE MICHEL ALBERT AU LIVRE DE ROBERT TOULEMON
"Une puissance d'un nouveau type"
Le cinquantième anniversaire des traités de Rome est célébré alors que la crise ouverte par l’échec des referendums français et néerlandais a plongé l’Europe dans une crise profonde. Les tenants du non n’ont avancé aucune proposition qui ait la moindre chance d’être acceptée par nos partenaires. Ceux du oui, traumatisés par leur défaite, attendent des jours meilleurs. Jusqu’à présent, l’Europe n’occupe qu’une place réduite dans la campagne électorale.
La Déclaration de Berlin, malgré son contenu très général, est la meilleure que l’on pouvait espérer. Les difficultés rencontrées par Angela Merkel pour obtenir l’accord des 27 en disent long sur l’état de l’Union. C’est une Europe à l’anglaise, espace d’échanges sans ambition politique, qui, à défaut d’un sursaut, se profile à l’horizon.
L’objet du livre de Robert Toulemon est d’abord, à partir d’une connaissance approfondie des processus européens, de dénoncer les contradictions qui ont, depuis l’origine, marqué la politique européenne de la France : vouloir une Europe politique ambitieuse tout en lui refusant les instruments institutionnels et financiers de la puissance. Il est ensuite d’exposer les raisons que nous avons d’aimer l’Europe telle qu’elle est et plus encore telle qu’elle pourrait être si elle retrouvait dynamisme et volonté.
Les Pères de l’Europe, Jean Monnet(photo) en tête, ont fait confiance trop exclusivement à la raison. Leurs successeurs ont fait progresser l’Europe mais sans chercher à la faire aimer et souvent en s’en servant comme d’un bouc émissaire. Or une entreprise historique aussi grandiose, aussi inédite, que celle qui consiste à unir de vieilles nations longtemps rivales autour des valeurs de la démocratie et des droits de l’homme, ne peut réussir sans mobiliser l’engagement affectif d’un grand nombre de citoyens. On ne fera pas l’Europe sans Européens.
Parmi les raisons d’aimer l’Europe, l’une des plus importantes est celle qui est développée dans le dernier chapitre de l’ouvrage, intitulé « Une puissance d’un nouveau type ». Les défis planétaires auxquels l’humanité est confrontée appellent une gouvernance mondiale fondée sur l’exercice en commun d’éléments importants de souveraineté. L’Europe s’est avancée plus loin qu’aucun autre groupe de pays sur la voie de la conjonction des souverainetés. Sa contribution à la construction d’un monde vivable pourrait être décisive.
UN OUVRAGE DE REFERENCE (EN POCHE) de ROBERT TOULEMON à lire ou à relire:
03:25 Publié dans Coups de coeur , Europe , Livre , Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe; livre, éditions, france, histoire, sarkozy
07/06/2007
Ce soir à STRASBOURG: Construire l'Europe des citoyens
Henri Malosse:"L'Europe est la bonne réponse à la mondialisation"





01:40 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, france, monde, strasbourg, politique, cutajar
23/05/2007
A lire sur RELATIO
16:35 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, politique, idées, philosophie
21/03/2007
Confidences faites sur le site politique de Chantal CUTAJAR
QUESTIONS-REPONSES : Journalisme et engagement
De Mme Christine S. de Strasbourg (Robertsau). Chère Madame Cutajar, félicitations pour la qualité de vos sites. J’ai une question de pure curiosité à vous poser qui concerne votre équipe et en particulier Daniel RIOT. Que fait ce journaliste, dont j’appréciais tant les éditoriaux, les interviewes et les reportages dans les DNA, dans votre équipe de campagne ? Comment concilie-t-il son esprit d’indépendance avec son engagement pour Bayrou et pour vous ? Est-il membre de l’UDF ? Je le croyais plutôt à gauche. Me suis-je trompée ou a-t-il changé ?

CC : Merci, Madame pour l’attention que vous portez à mes sites et à ma campagne. Unis par amitié et par une grande convergence d’opinions (ce qui ne veut pas dire, heureusement, que nous soyons d’accord sur tout), Daniel et moi travaillons ensemble depuis plus de trois ans. Nous avons crée ensemble et avec d’autres esprits épris de justice et soucieux de servir concrètement les idéaux humanistes DpJ, Le Droit pour la Justice.
Notre collaboration s’est nouée naturellement ou presque, par « limage de cervelles », comme écrivait Montaigne. Par partage des valeurs. Par mêmes soucis citoyens. Par la même volonté, chacun à sa manière, d’assumer son rôle social. Dans mon équipe de campagne (structurée mais non hiérarchisée), il a un rôle de "conseiller" si une étiquette vous semble indispensable. Daniel a, durant toute sa carrière, considéré le journalisme comme une éthique, de la même manière que je vois d’abord la politique comme une éthique. Pour une réponse plus précise à votre question, Daniel est mieux placé que moi…
Cordialement
Chantal CUTAJAR
DR. Tout d’abord, merci pour vos compliments. C’est par esprit d’indépendance que je soutiens Bayrou et Chantal. Pour une raison simple… Il est pour moi le Président qu’il faut aujourd’hui à la France. Elle est la meilleure députée qu’une Ville telle que Strasbourg peut avoir et se doit d’avoir. Un double constat qui entraîne mon double engagement. Pour des personnalités et pour des projets.Non par ralliement, mais pour être fidèle à mes idées.
Vous m’imaginiez « plutôt à, gauche » ? Pas faux. Je me définis souvent comme un républicain, gaullien, social démocrate, européen. Mais ces mots ne valent que par le sens qu’on leur donne… J’essaie surtout d’être un « esprit libre » ce qui me fait dire : « Moi je n’ai qu’une carte : ma carte de presse »…
Cela reste vrai : je ne suis pas membre de l’UDF puisque vous vouliez le savoir.
Cette formule sur la « carte de presse », pratique mais longtemps mûrie, m’a beaucoup servie durant toute ma carrière de journaliste. Obligation de réserve professionnelle, respect du secret de l’isoloir, respect surtout des lectorats et des auditoires des entreprises de presse (privées et publiques) dont j’étais le salarié : l’éditorialiste d’un journal dit « généraliste », le directeur d’une rédaction d’une chaîne publique, le collaborateur (même bénévole) de radios dites « grand public » (même baptisées « libres ») se doivent de ne pas tirer parti à des fins partisanes ou personnelles de l’audience que leur procurent leur tribunes. Une affaire de déontologie et de règles du jeu. N’ayant plus d’employeur, ces obligations de réserve tombent. Privilèges des retraités !
Je m’honore même, moi vis-à-vis de moi, d’avoir renoncé à quelques propositions professionnelles entachées des parfums troubles du carriérisme politique ou de l’affairisme sournois. Une question d’éthique personnelle. Et de réalisme : la liberté, l’indépendance nécessitent des combats toujours à mener y compris contre soi-même. Ne serait-ce que pour ne pas prêter le flanc à des procès d’arrières pensées ou d’intentions (qui de toutes façons sont le lot de toutes celles et ceux qui s’exposent publiquement)
Cela n’empêche pas le journaliste (comme quiconque) d’être pleinement citoyen, voire de défendre, dans le respect des faits et des opinions différentes, des valeurs, des positions et des postures de chacun et de dénoncer des impostures, des dérives, des erreurs ou des fautes indépendamment des tatouages sociaux de leurs auteurs. Le devoir de « distanciation » n’est jamais une obligation d’indifférence, heureusement.
L’essentiel, c’est de pouvoir exercer ce métier dans un climat de confiance et dans un cadre de valeurs qui permettent de concilier conscience « professionnelle » et conscience tout court. Ce qu’on appelle la « clause de conscience » vient de là.
Ainsi pour parler de ce que je connais le mieux (mon expérience) l’éditorialiste que j’ai été et demeure a toujours militer (oui, le mot n’est pas tabou) en faveur des valeurs qui fondent le Conseil de l’Europe et constituent les bases démocratiques, juridiques, humanistes, culturelles, voire spirituelles de la construction européenne. Je n’aurais ni voulu ni pu travailler à l’Humanité ou à Minutes, par exemple. Choix professionnels et choix de vie.
La mise en perspectives de faits ou de déclarations, toute narration et a fortiori tout commentaire, toute relation comporte une part de subjectivité. Beuve-Mérry le disait avoir force : l’objectivité n’existe pas, seule l’honnêteté importe.
Bien à vous
Daniel RIOT
05:01 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : strasbourg, politique, journalisme, bayrou, législatives
10/03/2007
Le Pen applaudit (en le moquant) Sarkozy et critique Bayrou….
La « lepénisation » des projets et des propositions ministérielles de Sarkozy : Jusqu’où les ex-centristes de l’UMP oseront-ils aller dans le reniement de leurs valeurs ?
Je reprends ici le billet de Chantal CUTAJARpublié sur ses sites
Le Pen applaudit en (ironisant) les propositions ministérielles de Sarkozy sur « immigration et identité nationale ». Le ministre-candidat,lui, persiste et signe.
Sait-il qu’il met ainsi ses pieds dans les pas des travaux menés depuis la fin des années par le « Club de l’Horloge », ce groupe d’intellectuels, animé (entre autres) par Bruno Mégret et Yvan Blot, voulait mettre au point un « logiciel » d’une « nouvelle droite » fortement inspirée de l’ancienne extrême droite germanique (panthéisme, refus des valeurs judéo-chrétiennes, vision « romaine » de « l’Occident » dépouillé du « cosmopolitisme » , soif de pureté, droit du sang, identité et préférence nationales, autorité, culte du « chef », discrimination ethnique, racialisme, darwinisme social…) ?DES TERROIRS BIEN BOUEUX
Les idées de ce « club » ont été bien diffusées et récupérées par Le Pen qui les a popularisées avec sa verve, en les habillant de « valeurs » françaises (appropriation de Jeanne d’Arc, gallicanisme le plus réactionnaire) et en les complétant par son national-patriotisme nostalgique de la France d’avant la Révolution, surtout d’avant l’implosion de « l’Empire colonial » et d’avant les échecs de la « Révolution nationale » de Pétain et Laval (discrédités à leurs yeux par leur défaite non pour leurs idées)… La xénophobie plonge ses racines dans des terroirs bien boueux de l’inconscient collectif !

Ce rappel est « nécessaire et opportun », pour reprendre une expression des porte-parole de Sarkozy qui ne prend plus seulement des positionnements chargés d’ambiguïtés lepénistes mais fait des propositions inspirées directement de Le Pen, de Mégret et des champions d’une identité qui se concevrait sans altérité…
UNE REVENDICATION DU FRONT NATIONAL
Jean-Marie Le Pen n’a pas manqué de se réjouir de cette proposition tout en moquant cette « petite opération de racolage sur les terres du FN»… Placer la défense et la perpétuation de «l’identité nationale» sous la férule des pouvoirs publics à travers la création d’une structure ministérielle est en effet une revendication de longue date du parti d’extrême droite. Comme la mise à mort de la notion de « regroupement familial », comme l’accélération et la multiplication des expulsions de « clandestins », des « sans papiers », des « sans travail » et des « sans logement », voire, un jour, des « sans sang français »…

Il y a vraiment « trop d’étrangers dans le monde »… « La France aux Français »… « la France tu l’aimes ou tu la quittes »…Le populisme et la « démagogie des peurs » dans tous leurs états. «Jean-Marie Le Pen a fait de l’immigration un cheval de bataille, moi j’essaie de faire de l’immigration un thème d’action. Il est pour l’immigration tolérance zéro, je suis pour l’immigration choisie.», avait dit Sarkozy…
C’est déjà réussi. Le ministre de l’intérieur-candidat en espère des voix (même si ses exhortations constituent des constats d’échec). Mais plus que d’électoralisme, il s’agit de choix politiques, moraux, juridiques, et philosophiques.
C’est pour cela d’ailleurs que François Bayrou a dénoncé la « frontière » des valeurs républicaines ainsi franchie. C’est pour cela aussi que Le Pen accompagne ses applaudissements de Sarkozy de critiques acerbes de… Bayrou. Des critiques qui, à rebours, constituent un bel hommage, bien sûr.

L’ENNEMI DE LE PEN: BAYROU
« Il serait interdit, écrit Le Pen, de penser que l’immigration puisse porter atteinte à l’identité nationale, alors que l’histoire et l’actualité nous montrent qu’il s’agit d’une terrible réalité. Et il serait interdit de penser que le devoir des immigrés est de se fondre dans l’identité nationale. Les citoyens français se souviendront que François Bayrou est hostile à la souveraineté de la France au point de passer son identité par profits et pertes ». Rien de moins…
Un « mauvais Français », Bayrou puisque respecte les valeurs de la République, de la Démocratie, du Conseil de l’Europe, des déclarations (nationales, européennes et universelles) du Droits de l’Homme et du citoyen, et de cet humanisme qui a tant contribué au rayonnement de la France, de la culture française et de la nation française…

VALEURS CENTRISTES ET L’UMP…
Dans ce contexte, un silence m’effraie : celui des ex-centristes intégrés (ou dissous) dans l’UMP de Sarkozy. En changeant d’habits et de carte de parti auraient-ils aussi fait le deuil des valeurs qu’ils prétendaient incarner, servir, cultiver. « Schuman, réveilles-toi. Ils sont devenus fous ! » Leur silence d’aujourd’hui traduit peut-être une gêne. Si c’est le cas, c’est la marque d’une lâcheté et d’un reniement.
Jusqu’où pousseront-ils ce reniement ? J’ai peur et honte pour eux. Il est vrai que Bayrou avait raison : « S’ils ont rejoint l’UMP, c’est qu’ils n’étaient pas de vrais UDF »…
Chantal CUTAJAR
POUR RAPPEL:BAYROU ET L’IMMIGRATION
« Une politique d’immigration doit s’inscrire dans la durée
L’immigration, le regard des uns sur les autres, sont un formidable révélateur de l’état de notre société. On y voit s’exacerber les fractures d’un pays en voie de déstabilisation. La responsabilité des hommes d’Etat est de maîtriser l’immigration : quantitativement, dans son rythme.
« L’immigration choisie est un leurre, un concept vide de contenu. L’immigration “choisie” s’ajoute à l’immigration subie et ne la remplace pas. Dans un pays qui compte quatre millions de chômeurs, pourquoi aller chercher de la main-d’œuvre à l’extérieur ?
Je propose une politique nationale d’immigration articulée en deux volets : maîtrise de l’immigration clandestine et main tendue à ceux qui peuvent et veulent s’intégrer.
En premier lieu, la maîtrise de l’immigration clandestine, en métropole et peut-être plus encore dans outre-mer. Il faut lutter résolument contre les filières de passeurs et les trafics d’êtres humains. Les immigrés, pour l’immense majorité d’entre eux, n’arrivent pas seuls. Ils paient, pour venir, très cher.
Il faut en même temps très durement réprimer le travail clandestin. Les immigrés clandestins ne restent que s’ils peuvent travailler. Le travail clandestin est la condition de l’immigration clandestine. Chacun sait qu’il est en réalité peu réprimé.
La politique d’immigration doit être une politique européenne : il faut une politique concertée de circulation, de visas, d’accompagnement des immigrés. Si un immigré n’est pas admis, il doit être reconduit ; reconduit le plus vite possible. S’il est admis, il faut l’inciter à s’intégrer à la société française, par un programme d’intégration portant sur la langue française et nos valeurs. L’assiduité à un tel programme serait une condition de régularisation. Les immigrés arrivés clandestinement sur notre territoire ne sauraient être régularisés que sur des critères clairement définis : contrat de travail, maîtrise de notre langue et de nos valeurs, connaissance de notre mode de vie.
La cause principale de l’immigration, aujourd’hui comme il y a des siècles, c’est la misère : une politique de co-développement avec les pays d’origine permettra de donner à leurs habitants la chance de réussir dans leur propre pays, notamment en impliquant les diasporas. Les pays européens pourraient permettre aux médecins, ingénieurs, techniciens de faire l’aller-retour entre leur pays d’origine et pays où ils ont été formés.
Il faut un ministre chargé de l’immigration, regroupant sous son autorité les administrations différentes en charge de ces problèmes, assurant le suivi des populations qui sont sur notre territoire, intervenant dans les accords de co-développement. »
13:58 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrour, le pen sarkozy, immigration, présidentielles
04/02/2007
L’Hommage à Pierre Pflimlin : L’homme charnière entre deux Républiques
Rendez-Vous avec l’Histoire
Des Rendez-vous avec l’Histoire, Pierre Pflimlin en a eu à plusieurs époques. Et à des niveaux différents. Celui qui vient le premier à l’esprit de ceux qui n’oublient pas que l’Histoire contemporaine est l’une clefs d’une citoyenneté active et effective et d’un compréhension des événements d’aujourd’hui ? C’est évidemment le passage de témoin au général de Gaulle. Changement de locataire à Matignon, changement de régime, changement de République, sur fond de guerre d’Algérie, de menace de putsch militaire et de guerre civile en métropole…

« A Matignon, j’ai vécu une nuit extraordinairement angoissante, confiait Michel Poniatowski, collaborateur de Pierre Pflimlin, Président du Conseil (Premier ministre dirait-on, aujourd’hui). J’ai été réveillé par des Gardes Républicains qui sur le perron rythmaient leurs pas avec leurs crosses : « Algérie française ! Algérie française ! »…Vous imaginez l’ambiance ! Et l’état de l’Etat ».
« TROP TARD »
Constat unanime des observateurs politiques de l’époque : « Pierre Pflimlin a été appelé trop tard à Matignon. En 1956, il aurait pu prendre les affaires en mains et rétablir la situation. En 1958, c’était trop tard » a confié René Rémond. « Il est arrivé au pouvoir à un moment où soit il brisait sa carrière soit il la poursuivait avec quelqu’un autre », a confié Jean Ferniot. Droiture, courage, réalisme, légalisme : « Plongé dans une situation ridicule, Pierre Pflimlin a fait plus que son devoir. Et en est sorti dans la dignité », a résumé Alain Decaux. Le ridicule:le 13 mai. La sortie digne:le 28mai...

Passage de témoin réussi ! Pierre Pflimlin restera Ministre du Général (jusqu’ en janvier 1959avant d’y revenir en 1962 jusqu’à la rupture sur l’Europe) et il sera l’un des rédacteurs de la Constitution de la V ième République (une Constitution dont il a eu bien des occasions de déplorer les dérives qui se sont additionnées).
AGRICULTURE ET…RAVITAILLEMENT
Mais ce passage de témoins n’est pas le seul rendez-vous avec l’Histoire nationale de cet Homme d’Etat hors pair. Le premier se situe dès 1946. Schuman, Président du Conseil, lui propose l’économie. Lui pense (à juste titre) que l’agriculture et la ravitaillement sont la priorité des priorités, l’urgence de toutes les urgences. Trois ans durant, il contribuera à redonner à manger à des Français affamés et à remettre en ordre un outil de production bien endommagé. Une histoire trop oubliée, des mérites trop peu reconnus.
Comme les qualités qu’il a du déployer lors que ministre des Finances à un moment où les caisses de l’Etat étaient vides… Ou quand il a pris en charge l’Outre-mer avec une lucidité bien rare à l’époque. Eu courage certain face à des troubles annonciateurs de tempêtes plus graves, en Cote d’Ivoire notamment.
Mais nous n’allons pas ici évoquer tous les postes ministériels (une bonne quinzaine) qu’il a occupés, toutes les réformes lancées, toutes les initiatives prises …et tous les défis relevés. De ces démissions aussi, « par honnêteté ».Ou des propositions ministérielles refusées, « par fidélité à mes idées » …
« Je n’ai jamais recherché à occuper des postes pour le plaisir d’avoir des fonctions ou des honneurs. Ce qui importe, c’est ce que l’on peut faire, ce que l’on doit faire…et ce que l’ont fait. Mais quoi qu’on fasse, on ne fait jamais assez, ni pour sa ville, ni pour sa région, ni pour son pays, ni pour l’Europe »
Daniel RIOT
18:55 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, histoire, politique
L'ACTUALITE DE PIERRE¨PFLIMLIN: DES MESSAGES D'AVENIR
LES CONFIDENCES D'UN ACTEUR MAJEUR DE LA DEUXIEME MOITIE DU XXième SIECLE
Une vie, une œuvre, des pages d’Histoire…. Ce 5 février, Pierre Pflimlin aurait cent ans ! Mort avec le nouveau millénaire, cet Homme d’Etat, à la fois réaliste et visionnaire, pragmatique et idéaliste, aura profondément marqué la deuxième moitié du XXième siècle, à Strasbourg, en Alsace, en France et en Europe. Son sens de l’action au service de l’intérêt général, doit rester une source d’inspiration et un modèle en cette période de crise de la et Du politique. Et les messages qu’il a laissé à travers des livres, des articles, des conférences, des discours restent pleinement d’actualité.

ITINERAIRES D’UN EUROPEEN
J’ai eu la chance, le bonheur et l’honneur, avec mon ami Jean-Louis English (qui lui aussi nous manque cruellement), de converser avec ce personnage hors du commun durant des heures et des heures, des jours et des jours, lors d’interviewes menées sur plusieurs années : déjeuners, soirées, entretiens autour d’un magnétophone ou devant des caméras…
Résultats : une série exceptionnelle d’articles dans la rubrique « L’invité de la semaine » que Jean-Louis et moi avions crée dans les Dernières Nouvelles d’Alsace (du 15 au 29 janvier 1985), un livre de près de 400 pages publié en novembre 1989 aux éditions de la Nuée Bleue (« Pierre Pflimlin, Itinéraires d’un Européen »), trois documentaires de 52 minutes réalisés par Bernard Kurt et diffusés sur France 3.
PFLIMLIN , PHILOSOPHE PERSONNALISTE
Résultats aussi et surtout peut-être : un enrichissement personnel inquantifiable. Leçons de vie, leçons d’Histoire, leçons de politique. Leçons de morale et d’éthique, de philosophie même. De cette philosophie qui fut le premier amour de sa vie : « J’aurais voulu être professeur de philosophie, mais mon père m’a dirigé vers le droit ». Leçons d’exigence, de rigueur, de respect. « La politique est une morale » (…) « Le respect est un impératif. Respect des soi et des autres. Des idées, des croyances et des aspirations des autres. Y compris de ses adversaires. Respect des faits, aussi, donc des réalités. Respect de la vie… »
Dans ces entretiens, Pierre Pflimlin nous est apparu, souvent, bien différent de l’image qu’il a pu donner dans l’exercice de ses diverses et multiples fonctions, locales, régionales, nationales et européennes.
"ON NE FAIT JAMAIS ASSEZ"
Le « patron » dit « cassant », « autoritaire », volontiers pris de vraies et de fausses colères était d’abord un homme inquiet, soucieux de donner du sens à la vie, jamais satisfait : « On ne fait jamais assez »…
L’orateur hors pair qui savait si bien donner chair au verbe et déchaîner l’enthousiasme de ses auditeurs était le plus souvent dans l’écoute, dans la réflexion, dans l’introspection. Une dose de timidité (mais oui !), énormément de pudeur, une grande honnêteté intellectuelle. Le souci de ne pas altérer le trésor des trésors : l’intimité de la mémoire et de la conscience. L’art de savoir que le silence est aussi, parfois, de l’éloquence. Et l’obsession de tous ceux qui, en fait, sont d’abord des solitaires : le culte du « jardin secret ».
CETTE PAROLE QUI FAIT L’HOMME
« Tout n’est pas à dire, tout ne doit pas être dit… Ce n’est pas que j’aie des choses à cacher, des secrets à préserver. Mais notre époque pâtit de l’exhibitionnisme ambiant, de l’impudeur érigée en mode, du verbiage qui remplace la Parole…Dire c’est faire, c’est Etre. J’ai toujours essayé de faire ce que je dis et de ne dire que je que je fais ou peut faire… C’est pour cela que je n’ai jamais aimé les porteurs de micros qui attendent une, « petite phrase » ou un « bon mot » qui fera office de débat politique ou d’actualité… Il ne faut pas dévaloriser la parole. C’est la parole qui fait l’Homme ». Que dirait-il aujourd'hui devant le déluge du verbiage médiatico-politique?
PFLIMLIN, L’EPICURIEN
Le juriste devenu vite économiste d’apparence austère, le travailleur infatigable et sérieux, les responsable à l’emploi du temps surchargé avait ses béquilles secrètes, : l’ironie, d’abord (y compris sur lui-même), (une « vraie vitamine, l’ironie ! »), ses souvenirs de son « époque Montparnasse » (peinture, poésie, musique, théâtre..), son épicurisme (l’amitié, l’amour, les bonnes tables, les cigares, les promenades à pieds…) :
« La vie est faite de mille et une choses. Nous passons trop souvent à côté de ces joies, de ces plaisirs, de ces petits bonheurs…. Tout a du sens. Tout donne du sens. Il suffit de vivre éveillé pour souvent s’émerveiller. Ce monde est si chargé de malheurs, si porteur de tragique ! Ne négligeons pas les petits plaisirs simples de la vie quotidienne.Et, noublions jamais: l'existence n'est qu'un passage.Une vie réussie, c'est une vie pleine" »

Le catholique pratiquant aux allures de curé laïc, cet homme de Foi si imaginable en moine (comme son ami Robert Schuman) était d’abord un humaniste, un personnaliste… « Je dirais même spiritualiste, si cela n’était pas pris pour de la prétention ».
LES FORCES DE L’ESPRIT
« C’est « L’Esprit » qui nous évite les pièges des intégrismes, des intolérances, des mentalités de « Croisés ». C’est « l’Esprit » qui nous pousse à mieux connaître et mieux comprendre les autres. Je suis très heureux que Strasbourg ait été l’un des centres les plus fertiles de l’œcuménisme, du dialogue inter-religieux, des échanges entre croyants et non-croyants, des limages de cervelles entre civilisations. Il faut faire encore plus et mieux. Il faudra faire de plus en plus et de mieux en mieux »
C’est « l’ Esprit » aussi ce qui commande à l’Homme, même si la perfection n’est pas de ce monde, de tenter de faire triompher l’humain contre l’inhumain. De vaincre "la bête" qui est dans cet " humain, trop humain"...
« Mon attachement aux Droits de l’Homme n’est pas que formel. Je suis profondément hostile à toutes les formes de racisme, de rejet de l’Autre, de discriminations des Autres. Je suis viscéralement un non-violent. C’est pour cela que je suis depuis longtemps contre la peine de mort. C’est pour cela que j’ai fait très tôt le choix de la « décolonisation ». C’est pour cela que je ne suis pas fier que mon pays soit l’un des plus grands producteurs et exportateurs d’armements… C’est pour cela que je suis contre toute forme de guerre dite préventive. Tout cela ne veut évidemment pas dire que je sois un naïf. « Non-violent » mais non « pacifiste » : Toute société, tout Etat doit avoir les moyens de se défendre…J’ai trop souffert, j’ai eu trop honte, pendant la débâcle pour ne pas en être pleinement conscient »
Jacques MaritainLE PRINCIPE D’HUMANITE
Le « principe d’Humanité » qui met l’Homme au cœur de toute action, qui fait de l’amélioration de la condition humaine la finalité de toute action, Pierre Pflimlin a grandi avec. Et l’a cultivé.
« J’ai toujours essayé de ne jamais confondre la fin et les moyens. En politique, il importe de définir des buts et de ses donner les moyens de la atteindre. Tout doit aller de conserve : le pourquoi, le en vue de quoi, le comment et au prix de quoi. J’ai très vite compris que le droit était un outil qui ne suffisait pas à assurer la justice. Si je me suis très vite rendu compte de l’importance de l’économie, ce n’est pas par goût, mais par réalisme, ce n’est par économisme, mais par pragmatisme. L’économie est un moyen : le fin c’est le bien-être humain, le progrès partagé, le plus de justice sociale possible. La politique aussi n’est pas une fin en soi : elle est un moyen à utiliser au service de la « Cité »

Influences de ses lectures, de ses rencontres et de ses réflexions philosophiques. Influences de « l’humanisme rhénan ». Influences du frère Médard, des conférences du FEC, à Strasbourg, « avant même la deuxième guerre mondiale », du christianisme social. Emmanuel Mounier, Jacques Maritain, Marc Sangnier…

RESPECT DE LA PERSONNE ET SENS DE LA COLLECTIVITE
« L’un de mes soucis permanents, depuis longtemps, est de concilier en tout et pour tout, les libertés de la Personne et la justice sociale, la Liberté et l’Egalité, de faire la synthèse entre le respect de la Personne et le sens de la Communauté, sens large du terme. Une synthèse dialectiquement aisée mais extrêmement problématique dans la réalité »

Ce « principe d’Humanité », si malmené, si mal respecté, si oublié, faisait de ce « libéral » un adversaire de l’hyper-capitalisme, de « l’hyper-liberalisme », du « laisser- faire et laisser-passer n’importe quoi n’importe comment ».
Ce « principe d’humanité » lui permettait de ne pas confondre (entre autre)« autorité et « autoritarisme », « patriotisme » et « nationalisme », « régionalisme » et « micronationalisme »…
L’EUROPE ? LA SOUVERAINETE DES VALEURS
















