09/02/2007
Le candidat le plus européen en réunion publique dans la capitale parlementaire de l'Europe
"L'EUROPE est notre chance de rester nous-mêmes"
Rappel: Bayrou à STRASBOURG, le 12 FEVRIER
L'EUROPE AU COEUR, L'EUROPE A COEUR
FRANCOIS BAYROU SERA A STRASBOURG LUNDI 12 FEVRIER AU PALAIS DES CONGRES, A 19 HEURES.
Entrée libre.
Le candidat de l'UDF tiendra égalment une conférence de presse à 17h30 au Parlement européen
C'est tout naturellement que l'Europe, avec notamment la crise l'UNION EUROPEENNE, sera au coeur des discours et interventions de François BAYROU.
LA FRANCE DE TOUTES NOS FORCES
10:11 Publié dans Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : strasbourg, europe, politique, bayrou, présidentielles
11/12/2006
Une marche dans le Siècle, de Jean-Marie Cavada: Cinq livres en un.
RAPPEL>>> Jean-Marie Cavada sera ce mardi 12 décembre à 17h30 à la Librairie Kléber à Strasbourg pour une conversation-débat que je me fais un plaisir d’animer autour de son livre "Une marche dans le siècle"

Son livre : Cinq ouvrages en un…A lire, à offrir, à partager!
Ceux qui fréquentent mon site (merci à eux, ils sont de plus en plus nombreux) le savent : j’ai déjà vanté les mérites de l’ouvrage de Jean-Marie Cavada. J’y reviens, non pour lui faire de la promotion gratuite, mais parce que je pense que ce livre (édité chez Calmann-Levy) vaut plus que ce qui en a été dit sur quelques plateaux de télévision ou dans quelques micros de radios… Où une fois de plus on a joué la carte opposée à celle que jouait Cavada dans sa « Marche du siècle » : celle de la superficielle émotivité…
Bien sûr, l’Histoire de cet « orphelin de l’Assistance publique » recueilli par une famille de paysans vosgiens a des allures de « conte de fée ». De sa naissance jusqu’à sa découverte, par la grâce d’une lettre en provenance du Haut-Rhin, d’un extrait… de naissance, d’une fiche d’état civil de « 65 ans d’âge »… Qui lui donne des parents qu’il n’a jamais connus. Qui lui permet de ne plus être seulement « le fils… de la guerre, des uniformes, des bombes ». Qui l’aide rassembler « les morceaux éparpillés » de son enfance.
Emouvant.
Comme son récit du jour où, à cinq ans, les soldats nazis à coups de mitrailles, lui montrent que « la mort n’est pas belle » et que l’Histoire « fait irruption » dans sa vie. Pour ne plus « jamais en sortir ».
Poignant.
Comme sa narration tendre de son enfance « à la ferme », où il apprend à se « protéger de tout » ce qui lui est « extérieur ». A vivre d’une façon « indépendante et libre ». A « garder les pieds sur terre ».
Passionnant.
Comme ses souvenirs d’école. De ses maîtres. De son apprentissage (CAP de tourneur sur bois). De ses études. De ses activités de « plongeur » dans le café de sa quatrième famille nourricière à Saint-Dié. De sa découverte des écrivains. De son écoute du monde grâce au transistor rouge offert en 56, l’année de Budapest et de Suez. De sa passion pour la géographie et l’histoire. Ou pour la musique.
« Ma vie s’est structurée grâce à une succession de rencontres avec des enseignants qui ont su me mettre le pied à l’étrier ». A l’école publique, « l’enfant de la République » reconnaissant ! Il en tirera bien des leçons.
Des leçons qu’il a appliqué dans le journalisme. « Le journaliste est l’instituteur des temps modernes », disait Jacques Léauté, le fondateur du CUEJ de Strasbourg.
Des leçons qu’il a toujours en tête dans ses engagements d’acteur politique d’aujourd’hui.

Ce récit auto-biographique à lui seul vaut d’être lu, savouré, dégusté. Mais les quatre autres livres qui composent cet ouvrage, aussi.
>>> Cette « Marche dans le siècle » mérite bien son nom, puisque le journaliste, donc le « passeur » de témoins et d’idées évoque des personnalités rencontrées et des événements qui font notre histoire récente. Belle galerie de mini-portraits et bel effort éditorial dans ce monde qui bouge tant et aussi vite…

>>> Jean-Marie raconte bien sûr, avec un souci de distance appréciable, son itinéraire de « patron », dans le public et dans le privé. Quel palmarès ! Quel travail surtout ! De la « station de Strasbourg » à la direction de « Radio-France » (« un des joyaux culturels européens ») en passant par Europe 1 , où il a été stagiaire, France-Inter (« Philo j’aime »), la télé de Sabbagh, celle de Marcel Julian (C’est-à-dire »), la direction de l’info sur Antenne 2 (« la rédaction audio-visuelle la plus inventive »), l’info du matin sur RTL, FR3, TF1, la préparation de la « 5 », la Deux, la DG des antennes de la Trois, La Marche du siècle, La Cinquième (France 5 d’aujourd’hui), RFO (d’où il fut « viré »), la préparation d’une chaîne publique d’infos continues… J’en oublie sans doute.
Une telle expérience lui permet de pouvoir bien réfléchir aux rôles du journalisme et des médias, aujourd’hui…et demain, aux difficultés de concilier les temps médiatiques, politiques, et judiciaires, aux dictatures du zapping et de l’audimat, aux effets pervers de « l’info-spectacle », aux dérives de la « people démocratie », aux richesses et aux faiblesses d’une France « qui n’a plus de politique culturelle »

>>> Ses rôles de « manager », de « patron », d’animateur et de chef « d’équipe », de gestionnaire lui donnent l’occasion de tirer bien des enseignements « politiques » : sur la (non) représentation syndicale, sur les « courtisans » des Pouvoirs, sur l’importance des réseaux et des clans, sur les relations plus qu’ambiguës entre l’Etat et les entreprise publiques, sur le poids des cabinets ministériels, sur les dysfonctionnements d’un Etat bureaucratique, sur le poids de Berçy (notre photo), sur les mille et un aspects du « mal français ». En cela, son livre devrait être l’un des pôles de réflexions de l’actuelle campagne pour les Présidentielles.
Bien qu’il ne s’y attarde guère, on comprend ses affinités avec « l’extrême centre » de Bayrou.

>>> Ce livre est aussi, et surtout peut-être, un Plaidoyer pour une Europe qui refuse la décadence… mais qui, depuis les NON français et néerlandais, « croupit dans une crise profonde ».
J’ai pour Jean-Marie Cavada (que j’ai plus croisé que rencontré) plus que de la sympathie : de l’empathie. Plus que de l’estime : de l’admiration. Plus que de l’affection : un partage voire une communion de valeurs, de grilles de lectures, de principes éthiques et déontologiques, de références. Et une bien belle convergence de réflexions.
Ce que ce député européen, apparenté à l UDF de l'ADLE, Président de la Commission des Libertés civiles, de la Justice et des affaires intérieures, écrit sur l’Union européenne, j’y souscrits à 100%. Dans la forme et sur le fond.
Il sait de quoi il parle, quand il parle d'Europe, Cavada. Il a suivi la construction européenne comme journaliste attentif. Il se dit « charnellement Européen » parce qu’il est viscéralement patriote et républicain. Et parce qu'il est "charnellement" attaché aux valeurs sur lesquelles repose cette "Europe"...
Le Non au référendum, « cet événement qui relève du séisme », l’a « sonné ». Mais ne l’a en rien découragé.
Oui, il « nous faut faire de la construction européenne une affaire personnelle ». Oui, quand on parle d’Europe il ne faut jamais perdre de vue l’essentiel : ce « morbide héritage » de l’Europe-cimetière, ces 35 millions de morts, de vies fauchées, en « quatre siècles de sauvagerie ». Oui, il nous faut agir « pour empêcher que le Monstre ne se réveille ». Oui, nous devons en permanence garder à l’esprit le testament de Zweig qui s’est suicidé pour n’avoir pas assez cru en la fragilité extrême de cette « chose » qui s’appelle « la Paix ».
Merci, Jean-Marie pour ce livre qui, en outre, a une grand vertu : il incite le lecteur à partager ton souffle, ton énergie, ta volonté.
Tu as connu et tu connais « le bonheur de l’exigence et les exigences du bonheur ». Tu as eu la chance (et le grand mérite) de nourrir ton énergie « des passions que le monde offre ».Tu as eu la sagesse (influence du granit vosgien et du réalisme des « gens des marches de l’Est ») de te garder de toute enflure de l’égo pour prendre « plus de bonheur à contempler les résultats du travail d’une équipe » qu’à regarder les tiens. Ton livre dégage une énergie contagieuse, communicative, mobilisatrice. « L’avenir, c’est fragile. C’est pour cela qu’il faut s’en occuper dès aujourd’hui ». Pour ce nouveau Siècle en marche.
Qui plus est (mais ce n’est en rien surprenant puisque « le style, c’est l’homme »), tu as su écrire avec cette simplicité, cette limpidité, cette transparence qui n’excluent en rien la profondeur. Des émotions, oui. Mais pudiques. Des leçons, oui. Mais sans arrogance. Des enseignements, oui. Mais avec l’humilité des bons « pédagogues » : « Ne pas subir sans savoir. Dire, faire connaître et partager ». Avec cette cohérence qui chez toi « fait devoir ». Avec ce souffle qui ne peut naître que des actions en accord avec les convictions.
Un livre plus qu’à lire : à méditer, à offrir, à faire partager.
Daniel RIOT
17:15 Publié dans Coups de coeur, Livre, Présidentielles 2007: carnet de campagne, Réflexions, Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cavada, media, blogs, livres, udf, bayrou, télévision
16/11/2006
"La création du monde", revue et corrigée par Jean d'Ormesson. Un chef d'oeuvre!

Pour l’humour de Dieu et pour l’Amour de la vie, Saint-Jean d’Ormesson recréa et Dieu et le Monde. Un instant d’éternité. Un moment de bonheur. Plus qu’un livre : une Ecriture. Davantage qu’un ouvrage : un festival d’intelligence, une fête de l’esprit, un régal d’humour, un chef d’œuvre donc une œuvre rare, hors du commun, hors normes… Qui restera, j’en suis sûr, inscrit en lettres d’or dans les futures « histoires de la littérature française »"La création du monde", chez Rober Laffont.
D’Ormesson dans son meilleur rôle : « un appariteur de Dieu dans un monde sans Dieu », dit Claude Imbert… Un éclaireur des Hommes dans un monde en quête (et en panne) d’espérance, d’Espoir, d’avenir… Un jouisseur de ce présent qui n’existe pas puisqu’il est déjà passé quand il s’affiche…
Vertige devant les mystères de la vie, effroi devant les mystères de la nature humaine , angoisse devant la fuite du temps.
Vertiges, surtout, devant le « gouffre » des interrogations sans réponse sur le temps et l’espace (ces « frères jumeaux »), le zéro et l’infini, le hasard et le nécessité, le créationnisme et l’évolutionnisme, l’infini et la finitude, l’éternité et la mortalité, la vie et la mort.

Un roman ? Bien sûr. « Le romancier est, de tous les hommes, celui qui ressemble le plus à Dieu », disait Mauriac. « C’est le singe de Dieu »
Mais ce roman est aussi et surtout un livre littéraire (que de références affichées, cachées et masquées !), philosophique (dans le sens de Marc Aurèle : « la philosophie c’est la méditation sur son dieu intérieur »), théologique (« C’est simple, comme dieu et dieu font trois », disait Prévert), métaphysique (L’au-delà est toujours en deçà de l’entendement humain), cosmologique (« Nous sommes tous des poussières d’étoiles ») … Un livre qui ose , en tout modestie, se mesurer au Livre. Avec une écriture qui ose, sans blasphème, jouer avec les Ecritures…
Vous avez dit « écriture » ? Valéry disait que le travail doit « finir par effacer le travail ». Jean d’Ormesson le suit à la lettre. Quelle légèreté pour tant de profondeur ! Quelle fluidité pour autant de complexité ! Quelle simplicité et de lisibilité pour une telle exploration de l’obscurité ! Le bon écrivain, c’est celui qui sait faire de la nuit un jour. Notre académicien atteint ici le sommet de son art. A déguster sans modération.
« C’est le produit d’une vie », confie-t-il. « Et ce sont deux années d’écriture…Le jour où je réussissais à mettre huit lignes publiables était un bon jour ». Je le crois. Comme je le crois quand il me répète l’un des mots d’enfance de sa fille quand elle avait six ans : « Qu’est-ce qu’il fait mon papa ? Quand il écrit vite et beaucoup, il fait un article. Quand il reste longtemps devant une feuille blanche, il écrit un livre ». Ecrire, c’est attendre. « Comme une femme avant et pendant un accouchement ». Un « bébé » très réussi, cette « Création du Monde »…
Je résume …Le décors, une « île grecque ». parce que « les vacances sont une île ». Les personnages : Quatre amis comme les aimait Colette : usés, blasés,(un peu) rassis. Depuis dix ans, ils se réunissent chaque été sur une île grecque pour y passer ensemble leur unique semaine de vacances. Voici André, énarque, ministre sous Mitterrand et Chirac, futur sénateur, qui approvisionne les autres en cigares (parce que dieu est un « fumeur de Havane », comme chantait Gainsbourg ?) et vins fins. Edgar (« sans d, il y tient), qui enseigne la psychiatrie à Harvard et qui, malgré sa préférence pour le bourgogne, ne déteste pas le Pomerol. François, professeur au Collège de France où il enseigne la physique mathématique appliquée aux sciences de la vie. Et puis le narrateur, qui est écrivain. Et reste anonyme : la pire des vanités, c’est modestie, non ? Jean d’Ormesson le sait mieux que quiconque…
Entre les repas servis par Melina, les siestes sous le figuier de la cour, les baignades et les balades en mer, ces gros messieurs ne manquent pas d'occupations. A quoi s'ajoute un peu de remue-méninges, car Edgar a apporté un manuscrit sur lequel il aimerait l'avis des copains. Chacun à son tour en lira un chapitre à haute voix.
L'auteur de ce manuscrit? Un monsieur personne, un "n’importe qui"... qui fait n’importe quoi…Ce Français moyen est un archiviste paléographe, Simon Laquedem (comme Lequidam ?).Il a 33 ans, l'âge supposé du Christ à sa mort,(bien que les dernières découvertes scientifiques l’estiment à 42 ans : détail..) Célibataire et parisien un peu falot, il est troublé par des rêves qui deviennent obsédants : Dieu l'a choisi pour délivrer un message aux hommes. Un message qui dépasse (transcende) ceux délivrés à Abraham, Moïse, Mahomet, Socrate et d’autres…
Décoiffante, ébouriffante, époustouflante, la cosmogonie de Jean d’Ormesson ! Surtout sur ce « hasard et la nécessité » : « La nécessité, c'est moi quand je me promène en uniforme pour faire respecter la loi. Le hasard, c'est moi quand je me déguise en chenapan pour la contourner par en dessous. ». Ou sur le mal : « Dès le début, les hommes se sont séparés de moi. Je suis leur maître, et ils sont libres. Par ma volonté, et pour qu'ils puissent être libres, le mal s'est glissé entre les hommes et moi ». Ou sur l’avenir de l’ Homme, prisonnier de « l’irréversibilité » du Temps et de son orgueil qui le pousse à prétendre tout , y compris la « mort de Dieu ». Comme disait Christian Chabanis, « l’athéisme qui évince Dieu, évince-t-il les questions sur Dieu ?». Sûrement pas.

« La pire des choses, confie Jean d’Ormesson dans un débat à la Salle blanche de la librairie Kléber, à Strasbourg, serait que l’on prouve soit l’existence de Dieu soit son inexistence ». A qui et vers qui se tournerait-on ? Se souvient-on du cri de Fernando Passoa ? : « Dieu existe donc afin que je puisse te haïr ! ». Se souvient-on du trait d’humeur et d’humour de Bossuet ? : « Dieu se rit des créatures qui se plaignent des effets dont ils chérissent les causes »…
Comme disait Saint-Exupéry, « Que Dieu existe ou pas m’importe peu ! Dieu donne à l’homme de la divinité… ». Comme disait Thierry Maulnier : « La force de celui qui croit en Dieu, n’est pas en Dieu mais en sa foi ». L’essentiel n’est pas de crier, même sur le ton de la supplique « SEIGNEUR ! SEIGNEUR ! », mais de vivre en aimant les hommes et les femmes qui sont là, avec nous autour de nous, et d’aimer la vie… Dans ce présent qui est déjà du passé.
« Dieu ? Ce sont les hommes qui ne peuvent pas s’en passer », sourit Jean d’Ormesson… qui sait que même les « petits hommes verts » de l’Académie française n’ont rien d’immortels. « Heureusement »… Même si chacun meurt sans répondre à la question des questions : « Et toi qui dis-tu que je suis ? ».
« Je suis un homme de Dieu » : c’est la première phrase du livre de Jean d’Ormesson « Allez savoir » : c’est la dernière…
Daniel RIOT
16:00 Publié dans Culture, Edito, Livre, Réflexions, Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, culture, d'ormesson, Dieu, académie
13/10/2006
Centenaire: Une pensée pour Hannah ARENDT
Elle aurait pu avoir 100 ans ce samedi....Elle avait atteint brutalement à une célébrité mondiale en forgeant la notion de "banalité du mal" lors du procès du criminel nazi Adolf Eichmann. La philosophe Hannah Arendt est née le 14 octobre 1906 à Linden, près de Hanovre, dans une famille juive aisée où les livres faisaient l'objet de respect actif.
Auteur des "Origines du totalitarisme" et de "Condition de l'homme moderne", elle est considérée comme l'un des plus grand penseurs politique du XXème siècle. En Allemagne, on ne compte plus les rues à son nom, ni les essais qui s'efforcent de démontrer l'actualité de sa pensée plus de 30 ans après sa disparition.Mais ses études ne concernent pas que l'Allemagne. Je reprends ici l'hommage que lui rend "Les nouvelles d'Allemagne"
L'adolescente manifeste très tôt des dons intellectuels hors du commun. D'abord étudiante en philosophie à Berlin, la jeune femme devient ensuite l'élève de Martin Heidegger à Marburg, d'Edmund Husserl à Fribourg et de Karl Jaspers à Heidelberg. Avec le premier, de 17 ans son aîné, elle aura une liaison amoureuse dans les années 1920. En 1928, elle soutient une thèse de doctorat sur le concept d'amour chez Saint Augustin, sous la direction de Karl Jaspers.
En 1929, Hanna Arendt épouse l'écrivain et philosophe Günter Anders et s'installe à Berlin. Après l'arrivée au pouvoir des nazis, elle s'engage politiquement et défend la cause sioniste. Elle dira plus tard : "lorsque l'on est attaqué en tant que juif, il faut se défendre en tant que juif". En 1933, elle émigre à Paris. Elle se voit confisquer la nationalité allemande quatre ans plus tard.
En 1940, Hanna Arendt épouse en secondes noces le publiciste Heinrich Blücher puis gagne, en 1941, les Etats-Unis avec son époux et sa mère. La philosophe survit d'abord d'emplois précaires. Entre 1948 et 1952, elle dirige l'organisation pour la sauvegarde du patrimoine culturel juif, et publie dans ce cadre les impressions de ses premiers retours en Allemagne après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle est sans concession pour ses anciens compatriotes, qu'elle décrit étrangement muets et indifférents vis-à-vis de l'Holocauste.
Au-delà de l'extermination des Juifs et de ses prises de position en faveur du jeune Etat d'Israël, Hannah Arendt se tourne de plus en plus vers l'analyse des systèmes totalitaires. Celle-ci devient le thème dominant sa pensée politique. Son maître-ouvrage, "Les origines du totalitarisme" (1951), établit sa réputation de théoricienne. Au début des années 1960, elle provoquera une violente polémique en publiant ses comptes-rendus du procès du nazi Adolf Eichmann pour le "New Yorker" sous le titre "Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal" (1961).
L'idée que l'horreur infinie du meurtre organisé de manière industrielle puisse être associé à l'adjectif "banal" pour qualifier la personnalité des individus qui l'ont commis a indigné au départ jusqu'à ses propres compagnons de route. Avec le recul temporel, cependant, les analyses d'Hanna Arendt sur le national-socialisme ont reçu une reconnaissance croissante.
La philosophe germano-américaine a enseigné à Chicago et à New York. En Allemagne, elle reçut en 1958 le Prix de la paix des libraires allemands, l'une des distinctions les plus prestigieuses au monde. Depuis son appartement new-yorkais, elle maintint toute sa vie une étroite amitié avec nombre d'intellectuels allemands comme Karl Jaspers et Uwe Johnson. Elle décéda à New York le 4 décembre 1975.
21:20 Publié dans Coups de coeur, Europe, Livre, Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, philosophie, politique, totalitarisme, Arebdt
03/10/2006
Démocratie, Oligarchie, Doxocratie...
Question de fond (et de base) : les partis sont-ils des rampes de lancement pour des postes électifs ou des « familles qui défendent des idéaux, des intérêts, des objectifs communs » ?
Cette question en amène une autre : la démocratie dite « pluraliste », ou « à l’occidentale », est-elle un mode de sélection des « élites » chargées de gouverner ou une « grille de valeurs », une série de règles d’actions, un régime qui concilie les intérêts contradictoires des « individus » et de la « collectivité », de la Liberté et de la solidarité, de « l’égale dignité » entre les Personnes et de l’inégalité des conditions de vie ?
Comment ne pas re-poser ces questions-clefs aujourd’hui, dans un paysage politique français qui est en pleine rupture avec le paysage sociétal français ? Et dans un contexte socio et psycho-politique qui favorise les pires des impostures en encourageant les plus artificielles ou les plus mensongères des postures. Sur plus d’un terrain et sur plus d’un plan… Et pas seulement dans les « élites ».
La crise de la démocratie dite « représentative » révèle une crise de la Démocratie dont on ne sortira pas par des discours, généreux mais truqués, sur les « démocraties » dites « participative », « délibérative », « interactive », « directe » ou autre…
Jacques Julliard, avec pertinence, a parlé de « doxocratie » à propos du règne des sondages, de la «loi de la rue », des modes médiatiques, des « doxa » (ces pensées dominantes d’un moment), des snobismes quotidiens engendrés par le « système politico-médiatico-publicitéro-marketing », des élans contradictoires des « zappeurs-consommateurs », (des « zappanthropes » disait Cornélius Castoriadis) .
Cette « doxocratie » peut-elle contribuer à sauver la Démocratie d’elle-même ? Non. Parce que cette « Démocratie » reste un idéal, un but à atteindre, un « IDEAT », comme disait Spinoza, non une réalité accomplie. Parce que ce qui est contesté c’est moins la « Démocratie proclamée que « l’Oligarchie » effective que les Institutions (dites « républicaines » mais en fait césaro-maonarchistes) contribuent à perpétuer.
La « Doxocratie » conduit au triomphe des populismes (de droite et de gauche) et de la « Médiocratie ». Qui en a vraiment conscience ? Qui surtout s’en préoccupe en ces temps où les crises s’additionnent (et se nourrissent mutuellement), économique, sociale, sociétale, politique, culturelle…. ? Comment faire pour que cette campagne « présidentielle » se centre ou se concentre sur cette question-clef ?
SOS Edgar MORIN : c’est la « pensée complexe » qui est en panne, pour cause de simplisme généralisé et instrumentalisé…
Pourtant, nous devons sortit de cette spirale de l'échec de la pensée qui risque de conduire aux pires de crises: celle d'une Humanité incapable d'assumer l'Humain.
C'est politique plus que philosophique. ou du moins c'est de l'ordre de cette philosophie politique sacrifiée sur l'autel (stupide) des dites "sciences politiques", comme si la Politique (ou l'Economie) étaient des "sciences" ...
22:25 Publié dans Edito, Présidentielles 2007: carnet de campagne, Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, philosophie, commentaires, démocratie
07/04/2006
Le bilan de six ans d'actions de GIL-ALvaro ROBLES
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| Les Entretiens du Conseil de l’Europe vous proposent de venir débattre sur la thématique suivante : quelles avancées pour les Droits de l’Homme en Europe ? Le bilan de six années d’action. |
| Le Commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe est une institution créée à la suite d'une décision des Chefs d'Etats et de Gouvernement des Etats-membres du Conseil de l'Europe réunis à Strasbourg en 1997. Cette institution a pour but de promouvoir le respect effectif des Droits de l'Homme dans les Etats membres. Comment le premier Commissaire aux Droits de l'Homme, élu en 1999, a-t-il donné corps à ce mandat, quelles sont les actions qu'il a entreprises, comment ont-elles été perçues dans les Etats membres, quelles sont difficultés de la tâche ? Et somme toute, après 6 années d'existence, quel est le bilan de cette institution et combien a-t-elle contribué à faire avancer le respect des Droits de l'Homme ? Le parcours professionnel d'Alvaro Gil-Robles est marqué par son fervent engagement en faveur de la défense effective des droits de l'Homme et de la médiation sociale. Professeur titulaire en Droit administratif à l'Université de Madrid, M. Alvaro Gil-Robles est élu défenseur du peuple par le Congrès des députés et le Sénat espagnols en 1988. Il a rédigé notamment le projet de loi de défenseur du peuple espagnol en 1981, et participé activement à l'élaboration des projets de loi de l'ombudsman dans d'autres pays en Europe et en dehors du continent européen. Membre fondateur de la Fédération et de l'Association ibéro-américaines de l'Ombudsman, M. Gil-Robles a publié plusieurs ouvrages dans le domaine de la défense des droits de l'Homme, et sur les tendances actuelles du droit. Il fait partie des personnalités européennes de premier rang avec une compétence reconnue dans le domaine des droits de l'Homme. avec Alvaro Gil-Robles, Débat animé par Daniel Riot
Mieux faire vivre l’Europe à Strasbourg Depuis 1949, le Conseil de l’Europe accueille quotidiennement à Strasbourg des intellectuels, des universitaires, des experts et des hommes politiques de premier plan. Spécialistes internationaux du droit, de la culture ou de la science, ils viennent apporter leur éclairage précieux dans de nombreux domaines. Terry Davis, Secrétaire Général du Conseil de l’Europe |
21:03 Publié dans Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
02/03/2005
Strasbourg accueille le philosophe Peter Sloterdijk
Création de la Chaire Emmanuel Lévinas
Le programme du 1er trimestre 2005
Morale minimale. Pour une éthique de l’atmosphère (leçon inaugurale)
Vendredi 4 mars, 20 heures, salle de l’Aubette, place Kléber
Comment penser aujourd'hui la possibilité d'une morale ? Pour la leçon inaugurale de la chaire Emmanuel Lévinas, Peter Sloterdijk se propose de repenser le statut de l'éthique, de la morale et de la politique à partir de ce qu'il nomme la « poétique de l'espace », qui conditionne également toute la question du vivre ensemble, de la communauté, de la mondialisation ou encore de la fin de l'Etat nation.
Le lieu de l’homme [1]
Samedi 5 mars, 10 heures. Auditorium du Musée d’art moderne et contemporain, place Jean Arp
Questionner le « lieu de l'homme », c'est interroger à la fois sa provenance et son avenir. Il nous appartiendra dans le cadre de ce séminaire non seulement d'établir les conditions dans lesquelles l'homme peut rendre le monde habitable, mais aussi de penser le lieu depuis lequel le mot et l'idée de l'homme viennent à l'homme.
Astronautique. Vue du dehors. Dialogue avec Andrei Ujica
Vendredi 18 mars, 20 heures, cinéma Odyssée, rue des Francs-Bourgeois
La Terre vue d’une station spatiale : l’image est désormais répandue. Or, n’a-t-elle pas révolutionné notre conception du monde et notre rapport à une humanité qui sait désormais qu’elle habite le même « quartier cosmique » ? Autour de la projection du film Out of the present (1995) de Andrei Ujica, Peter Sloterdijk et le réalisateur réfléchiront à la possibilité d'une « poétique politique de l'espace ». Comment comprendre la terre comme une « sphère animée » et habitée ? Comment penser la terre comme sphère et la sphère comme « sens de l'être ensemble » ?
Le lieu de l’homme [2]
Samedi 19 mars, 10 heures.
Auditorium du Musée d’art moderne et contemporain, place Jean Arp
Faire passer. Théorie des transmissions. Dialogue avec Régis Debray
Vendredi 29 avril, 20 heures, salle de l’Aubette, place Kléber
Entre philosophie, histoire, anthropologie et sociologie, Régis Debray et Peter Sloterdijk poseront la question de la transmission. Comment transmettre ? Quel contenu ? Selon quelle forme ? Quelle différence subsiste-t-elle entre transmettre et communiquer ? Ces questions se posent au regard d'une réflexion approfondie sur le statut de la mémoire comme lieu d'humanité. Entre médiologie et théorie des sphères, Régis Debray et Peter Sloterdijk examineront aussi les conséquences politico-sociales de leurs pensées philosophiques.
Le lieu de l’homme [3]
Samedi 30 avril, 10 heures.
Auditorium du Musée d’art moderne et contemporain, place Jean Arp
Peter Sloterdijk
Philosophe, écrivain, essayiste, professeur de philosophie et d’esthétique à Karlsruhe et Vienne, né en 1947, formé à l'école de la phénoménologie, de l'existentialisme et de la théorie critique, Peter Sloterdijk est sans doute aujourd'hui le penseur allemand le plus novateur et le plus expressif. Comparable, par la radicalité de sa pensée à Nietzsche et à Bataille, inventeur de ce qu'il nomme un discours poétique « flottant », familier de la philosophie et de la poésie françaises, qu'il s'agisse de celle de Bachelard ou de celle de Michaux, il a fait sauter le cadre de la philosophie académique. Avec la Critique de raison cynique (traduite en 32 langues et constituant sans aucun doute un des plus grands succès d'une œuvre philosophique), en passant par Le Matérialisme de Nietzsche, Dans le même bateau, jusqu'à sa trilogie Sphères, Peter Sloterdijk a cherché à établir une nouvelle pensée : une théorie de la révolution et des analyses tant sociologiques que culturelles intégrées à ce qu'il appelle la « microsphérologie », c'est-à-dire l'interprétation de relations symbiotiques individuelles.
Bibliographie. Sphères III - Ecumes (Maren Sell, 2005), Sphères I - Bulles (Maren Sell, 2002), Critique de la raison cynique (Bourgois, 2000), Le matérialisme de Nietzsche (Bourgois 2000), La Mobilisation infinie (Bourgois, 2000), Dans le même bateau (Rivages, 1997), Règles pour le parc humain (Mille et une nuits, 2000), La Domestication de l'être (Mille et une nuits, 2000).
Chaire Emmanuel Lévinas
La Ville de Strasbourg a créé cette chaire destinée à accueillir d’éminents intellectuels et philosophes européens, en hommage à Emmanuel Lévinas (1905-1995). Né en Lituanie, il a étudié la philosophie à Strasbourg de 1923 à 1927. Professeur de philosophie à la Sorbonne et introducteur de la phénoménologie en France, Emmanuel Lévinas a élaboré une pensée originale de l'éthique et de l'humanisme. Il a notamment écrit : Le temps et l'autre, Totalité et Infini, L'humanisme de l'autre homme, Ethique et Infini.
Renseignements :
François Miclo et Joseph Cohen,
Ville de Strasbourg
03 88 43 65 05
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26/11/2004
Viviane Forester:l'Horreur européenne
Voilà trois fois que je noue dialogue avec Viviane Forrester : grande Dame des Lettres, esprit fin, plume sûre. Et, surtout, qualités d’âme qui provoquent plus que de la sympathie : une empathie chargée d’affection et de respect. Elle fait partie de ces (rares ?) personnes qui rendent meilleurs ceux qu’elles rencontrent…
Son « Horreur économique » avait permis de prendre la pleine mesure de l’Hyper-mercantilisme qui vide la Personne humaine de sa richesse et fait passer le « principe d’humanité » dans les poubelles des espérances déçues.
Depuis la parution de ce livre, rien ne s’est amélioré : au moins quelques consciences se sont éveillées…même si , comme elle le constate, « l’alter-mondialisme » n’est pas la réponse adéquate. « Le problème n’est économique : il est politique », confie-t-elle avant de rencontrer le plublic e la Salle blanche de la Librairie Kléber, à Strasbourg.« C’est la conclusion des nombreux débats que ce livre m’a permis d’avoir. La question est même philosophique : c’est la place qu’on accorde à la Personne dans les actes de production et de consommation »
Son « Crime de l’Occident » publié chez Fayard fait aussi grincer quelques dents. Les critiques sont tantôt élogieuses (celle de Jean Daniel, notamment) tantôt chargées d’agressivité.
Elle met à mal, il est vrai, quelques « lieux communs » sur les pères du sionisme et sur le « mythe » Ben Gourion avec des rappels de citations qui font froid dans le dos, du style de cette déclaration de 1942 : « Le désastre qu’affronte le judaïsme européen n’est pas mon affaire »
Elle remue aussi les mémoires (sublimées et sélectives) des Européens et des Américains sur les lâchetés face à l’hitlérisme : « On savait…Encore fallait-il vouloir savoir, ou plutôt, plus simplement, voir »
Elle replace les Palestiniens et les Israéliens non face à face mais côte à côte, victimes d’histoires et de « protections » envahissantes qui leur volent leur commun destin: ce qui implique l’exploration d’autres « chemins de la paix », d’autres « feuilles de route »…et bien des remises en cause.
Comment ses développements sur le caractère « néo-colonialiste » d’Israël (où « métropole » et « colonies » ne font qu’un) ne pourraient-ils pas susciter la colère des « inconditionnels » des politiques actuelles de Sharon et de Bush sur cette terre trois fois sainte ? « Il faut, martèle-t-elle avec force et intelligence, sortir le politique du passionnel ».
Facile à dire, bien sûr : encore faut-il avoir le courage de le dire…et d’entendre ce que cela veut dire.
Viviane Forrester a pris des risques avec ce livre, y compris celui d’alimenter cet « euro-masochisme » qui fait tant de ravage dans les têtes en cultivant, depuis Spengler, l’idée du « déclin », de la « culpabilité ».
L’Europe, redirait Bernard-Henri Lévy, a « inventé le pire » mais a su aussi trouver des remèdes à tous ces « pires » : le scénario de la paix entre Israéliens et Palestiniens ne peut être que calqué sur l’audacieuse réconciliation franco-allemande et de la paix sur le Rhin élargie au continent dans la démocratie, la liberté concrétisée et la coopération co-citoyenne. Sadate et Rabin en étaient conscients : tous les deux ont été assassinés…par des « ennemis intérieurs ».
Mais le vrai crime, ce serait de se résigner à une guerre de mille ans ! La solution est d’abord entre les mains de deux peuples qui doivent croiser leurs destins en cessant de croiser le fer. Mais l’Europe se doit de jouer le rôle indispensable du « Tiers médiateur », comme dirait Pierre Legendre…
La première responsabilité de ce « Tiers » est de convaincre les deux « camps » qu’ils ne sont pas, chacun de leur côté, « en danger de paix » (pour reprendre le titre d’un livre prémonitoire de Marc Hillel dans les années 70).
Ce n’est pas simple parce que trop de forces n’ont pas intérêt à cette paix. Des deux cotés, la présence d’un « ennemi » permet de bander les énergies. Et alentours les conflits israélo-palestiniens « arrangent » bien les affaires de tout le monde, ou presque…
Les Etats-Unis verraient-ils d’un bon œil l’ONU quitter New-York pour s’installer à Jérusalem sacrée capitale du monde ? Les joueurs d’échec du Pentagone et du Département d’Etat n’ont aucune envie de casser l’un de leurs plus beaux échiquiers…
Les régimes conservateurs arabes crouleraient devant une démocratisation et une pacification générales de la « région ».
Les « fascislamistes » qui font tout pour exploiter la « cause palestinienne » en transformant des revendications territoriales en aspirations « théologiques » (ce qui explique en partie la déterritorialisation de la terreur terroriste) perdraient un « terrain de recrutement » de première classe.
Quant aux « fondamentalistes » juifs (en nombre croissant) qui détournent le sionisme de ses fondements « humanistes », ils jouent avec les réflexes de peur grâce à l’adversité et n’ « existent » que par le Dieu de l’Ancien testament le plus « vengeur », le plus « justicier », le plus « dompteur » qui présuppose des ennemis diaboliques.
C’est « l’Internationale des intégristes » qu’il faut faire exploser : cela de se fera ni par un angélisme stupide ni par un manichéisme meurtrier et suicidaire. Le premier courage, c’est d’accepter des propos dérangeants, des remises en cause, des remises à plat. C’est de faire triompher la réflexion sur les réflexes. C’est en cela que le livre de Viviane Forrester devrait être sérieusement méditer dans ce qu’on appelle encore les « Chancelleries », sans doute parce qu’elles ne cessent de … chanceler.
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25/11/2004
Predrag Matvejevitch:Jardins de la géopoétique...

Retrouvailles (à Cognac) avec l’un des esprits européens les mieux faits (dans le sens où Montaigne l’entendait) : Predrag Matvejevitch. Un Personnaliste comme je les respecte, comme je les aime. Un « Européen » qui flatte mon égo d’Européen. Un père russe, une mère croate, cet homme de Bosnie-Herzégovine riche d’un cœur et d’un esprit franco-italien est l’une des voix de la Mitteleuropa qui chante le mieux la Méditerranée. Quelle fulgurance d’esprit et quels talents d’expression.
Il sait faire mentir le proverbe alsacien et arabe : « le diable se cache dans le détails ». Lui, c’est Dieu qu’il trouve dans les « détails ». Son « Autre Venise » est un chef d’œuvre qui lui fait pleinement mériter le « Goncourt » italien : le prix Strega européen. « génial, inattendu et fulgurant », comme disait déjààpropos de son "Bréviare méditerranée" l’exigeant Claudio Magris qui appartient à la même « race » de ces écrivains chez qui , comme disait Valéry, « le travail finit par effacer le travail »
Venise à la loupe ! Il rend visible l’invisible, fait parler les silences et fuit tous les clichés. Chapeau !
Cet esprit de finesse n’altère en rien son esprit de géométrie. Sa « géopoétique des événements » est une méthode pour aller « au-delà des faits », de cette « écume des choses » dont parlait Valéry.
Il vit l’Europe en mutation avec l’œil d’un scientifique intuitif qui sait que le cœur et l’esprit doivent se rejoindre pour tenter de cerner au plus près la vérité des choses, de déceler les lignes de forces des évolutions.
Nous renouons des dialogues engagés voilà longtemps déjà, à Strasbourg et à Saint-Malo notamment : le nécessaire approfondissement de la « démocratie » face aux « démocratures » ; les perversions anti-personnalistes du berlusconisme, des faux-semblants de Poutine, de l’hyperlibéralisme ; les insuffisances de la consistance de « l’espace euro-méditerranéen » ; les démissions de l’Europe sur Jérusalem où « le Mur des lamentations n’est pas assez large pour que nous venions tous y pleurer », les espoirs envolés de Sarajevo, de Beyrouth, de Mostar, de Dubrovnik et d’autres cités assassinées ; les chocs du passé et du futur dans les Détroits de l’ancienne Constantinople ; les enjeux du projet de Constitution européenne…
Sa « géopoétique » rejoint la « géophilosophie » que Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy voulaient et devraient encore imposer depuis Strasbourg : l’unité européenne doit rendre caduque la traditionnelle « géopolitique ». c’est bien en cela que l’Europe unie est une « idée révolutionnaire »
01:25 Publié dans Rencontre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
André Glucksmann: La haine en face...
« Veilleur où en est la nuit ? »
A cette question biblique, André Glucksmann répondrait peut-être :
« Bien des aubes peuvent être crépusculaires ».
ll n’est pas pessimiste, André.
Il est seulement inquiet de la cécité des sentinelles. Des veilleurs qui dorment…Et des vigilances en berne : « l’ennemi, c’est la pantoufle », la passivité, la démission, la paresse, le refus de voir. « Comment expliquer l’irresponsabilité de nos responsables ? ». Comment expliquer la passivité des gens, des individus, des citoyens, des personnes devant cette haine polyforme qui « avance avec le flegme d’un bulldozer » ?
Ne pouvait-on pas prévoir l’explosion de haine en Côte d’Ivoire ? Les débordements maffieux en Ukraine ? Les dérives impérialo-autoritaristes de Poutine ? La « haine » fait la Une du « 20 heures » tous les jours : le « journal » est devenu un quotidien « Bréviaire de la haine », pour reprendre un titre de Poliakov. L’actualité n’est-elle pas que la « journal de la haine » ?
Tout en fait était prévisible : Jean Genêt n’avait-il pas vu dans l’attentat des JO de Munich l’avènement d’une ère terroriste nouvelle, avec « déterritorialisation » du terrorisme, « habits neufs » du nihilisme, emballements passionnels régressifs ? Son regret de 1986 ; que les terroristes ne puissent pas bombarder New-York, avec ses « gratte-ciels phalliques »…Tout arrive, même l’imprévu annoncé…
« On » a , bien sûr, sous-estimé « la lourde angoisse des déracinés » décelée par de Gaulle, la permanence de l’Hybris, de ce que Lucien Israël nommait la « Schadenfreude » (la joie de voir les autres crever), le pouvoir de nuisance des « ivrognes de l’amour et de l’immortalité », la force de ce que Saint-Augustin décrivait comme « le plaisir de commettre une mauvaise action pour le seul plaisir de la commettre », la permanence de cet « instinct de mort » lié à la soif de pureté » et au refus « humain, trop humain » de l’idée même de la finitude et de l’imperfection humaines….
« On » s’est surtout voilé le regard face à la « vraie nature » de ce « fascislamisme » qui aux totalitarismes brun, rouge et noir connus ajoutent le fascisme vert, aux montées de fièvres haineuses dans nos « banlieues », aux percées du populisme, des racismes, d’un nouvel anti-sémitisme (qui s’ajoute aux anciens)…
« On » n’a pas vu surtout que le célèbre « plus jamais çà !» recouvrait des constats, des vœux, des décisions antagonistes. Et que la fin des totalitarismes « institués » ne marquait en rien la fin de cette tentation de ne considérer l’Autre qu’en le niant ? « La haine de l’autre est une haine de soi ». Histoire du miroir qu’on brise pour ne plus voir son propre reflet : le miroir carnivore, cannibale…
Glucksmann étaient de ceux qui savaient que la chute du Mur n’était pas le début d’une « ère de tranquillité » : il avait suffisamment médité Zweig et ses illusions sur « l’ère de la sécurité », en cette «Belle époque » où les « bonnes » sociétés européennes étaient semblables aux musiciens de l’orchestre du Titanic avant le choc…
Il était et reste trop imprégné des mythes fondateurs, de l’histoire des lettres et des idées pour ne pas deviner la permanence de la lycanthropie, ce délire qui fait de l’homme « un loup pour l’homme ». Les « Bombes humaines » sont dans Sénèque. Les affaires du « voile » sont chez Créon. Sade est dans Khomeiny.
« Le Banquet » de Platon est-il suffisamment dans les programmes de « Sciences- Po » ? Revoir Médée, Pandora, Antigone : ce n’est pas que de la littérature. En ce siècle où la « pensée complexe » si chère à Castoriadis et à Legendre devrait s’imposer davantage, quelques retours aux sources s’imposent…
Anré Glucksmann est préoccupé par le retour en force du « marcionisme » (de l’hérétique Marcion qui vers 140 après Jésus-Christ voulait gommer le Dieu puissant, vengeur et justicier de l’Ancien testament pour ne considérer que le « dieu-amour », le « bon dieu » du nouveau. Il a raison sur un point : il ne faut pas croire à la légende du « mauvais dieu qui se dévore lui-même » et de la victoire permanente de la « bonté »…
Personnellement, je suis plus préoccupé par l’actualité d’un autre hérétique, qui se recommandait à la fois de Jésus et de Mahomet : Mani ou Méni, l’inventeur du « manichéisme » qui, on l’oublie, était le grand prêtre d’une religion avant de donner son nom à un mode de pensée qui nie la complexité des choses et divise le monde entre le blanc et le noir, entre le Bien et le Mal.
Je rejoins André Glucksmann, que j’ai revu avec bonheur à l’occasion de son passage à la librairie Kléber de Strasbourg, sur un point essentiel : l’Histoire n’est pas « finie ». « La paix n’est pas naturelle »…Les mots démocratie, liberté, sûreté sont des programmes d’action non des dons venus de nulle part, des cadeaux, des « avantages acquis » : « Les droits de l’homme mesurent notre capacité à résister à l’inhumain, au mal qui nous fait face comme au diable que nous portons en nous »
La lecture de son « Discours de la Haine », publié chez Plon, devrait être rendue obligatoire pour tous ceux qui exercent un pouvoir politique ou ont l’ambition de l’exercer un jour. La lucidité ne dépend pas que de la vue et de l’esprit : elle est aussi une forme de courage. Ce qu’on appelle « la défaite de la pensée » n’est peut-être qu’une maladie de la volonté. Elle peut se soigner:le doceur Glucksmann offre une ordonnance qui est un appel à un civisme personnaliste actif.
Continue de veiller, André, Monsieur le Veilleur : « Où en est le jour ? »…
00:25 Publié dans Rencontre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note











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