11/11/2006

Carnet de campagne: Vous avez dit "légitimité"?

L’humour (particulier) de Dieudonné…

Alors qu'il visitait les stands de la fête "Bleu blanc rouge" -rebaptisée "convention présidentielle"- du Front national au Bourget, Jean-Marie Le Pen a eu la surprise samedi 11 novembre de se retrouver nez à nez avec l'ex-candidat à la présidentielle Dieudonné, venu se faire un avis "citoyen" hors de toute "diabolisation". C’est d’un drôle ces rencontres de personnages opposés qui se ressemblent tant sur bien des points (poings ?)"Ce n'est pas du tout un appel à voter Jean-Marie Le Pen", a assuré (sans rire ) « l'humoriste » alors qu'on l'interrogeait sur les raisons de sa présence. "Je suis pour l'apaisement entre communautés", a-t-il ajouté.

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"Dans ce climat de tension extrême, il est important de discuter, plutôt que diaboliser les gens. Ouvrons le dialogue". C’est beau, cela, non ? "Il est le bienvenu", a dit Golnisch…"Vous êtes le bienvenu", lui a aussi assuré Jany Le Pen. "Il a un grand talent il paraît" et "c'est bien dommage qu'on lui ait coupé la parole", a jugé bon de préciser l'épouse du leader d'extrême droite. La France plurielle est très singulière en certaines circonstances.

Ségolène, la « légitime »

Le JJD pour Ségo en ce dernier dimanche avant le premier tour de scrutin au PS. "A l'issue de ce processus, ma légitimité n'est plus contestable et le PS en sort grandi. C'est bien!", déclare-t-elle dans les colonnes du journal où elle estime être "la seule à pouvoir l'emporter sur la droite" dit-elle. "J'incarne le changement profond que réclament les gens. Pour beaucoup je suis la candidate contre les pouvoirs en place, contre les pesanteurs, contre ceux qui sont propriétaires de la chose publique", souligne-t-elle, en  affirmant qu'il y a "un côté insoumission chez mes partisans" et en prenant soin d’enfoncer le clou qu’elle préfère : "Que la symbolique du père de la Nation puisse être une femme, ça c'est une révolution!"…

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Pas « rancunière, mais »….

Ségolène Royal constate que "le parti a pris le risque d'affaiblir son candidat" quand il a accepté les débats internes « exigés » par ses deux rivaux Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius."Doutant de mes capacités, ce sont les deux autres qui ont voulu ces débats. Et s'ils ont exigé six, c'est qu'ils pensaient que je ne tiendrais pas la distance", dénonce-t-elle avant de déplorer les "attaques très violentes" dont elle a été l'objet et auxquelles elle a refusé "de répondre"."Finalement, les militants ont permis que tout se déroule correctement", se réjouit-elle. "Si j'étais tombée dans la polémique, cela aurait pu très mal se terminer". Pour qui ? En tous cas, elle ne se voit pas « rancunière » (ce qui ménage cet inscrit nulle part…) Rancunière, elle ? "Non! Pas assez, c'est peut-être ma faiblesse. Mais comme je vais de l'avant, je ne traîne pas avec moi les scories du passé, toutes les méchancetés, les humiliations...".

L’espoir de DSK : un deuxième tour

Il a bénéficié d’un excellent soutien de Rocard sur TF1, ce soir, DSK. Mais que pèse Rocard sur les militants du PS. Ce n’est pas parce qu’il a raison qu’on lui donne … raison. Le « syndrome PMF » handicape toujours ce parti que Mitterrand avait eu le mérite de relever et qui risque de redevenir la bonne SFIO  d’un mollétisme non social, autoritaire et peu cohérent… « Si Ségolène Royal fait un score inférieur à 46%, elle n'aura plus de réserve, tandis que je pourrai compter sur tous ceux qui n'ont pas voté pour elle, comme par exemple les jospinistes »,dit-il « Mais déjà ce débat dans le parti a permis de montrer que les trois candidats n'ont pas les mêmes positions, ni les mêmes capacités à combattre Nicolas Sarkozy". Et pour battre Sarkozy, le meilleur, à ses yeux, c’est lui. Il n’a pas forcément tort. Mais ce n’est pas lui va décider… DSK a la « légitimité «  de la crédibilité », Ségolène  a celle des sondages. Qu’est-ce qui compte le plus aujourd’hui ?

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Fabius puise dans la boîte à idées de Bayrou

Fabius, lui, a quelle  légitimité ? La sienne, d’ancien plus jeune PM de France,  celle des ses trahisons (d’idéal et de parti) sur l’Europe et celle de réseaux bien organisés que DSK n’a pas au sein du PS et… ailleurs. Lui aussi mise sur un second tour. Et ce champion de l’Europe par la gauche, de la « gauche » gauche n’hésite pas à se servir de l’udf comme d’une boite çà idées

Il l’a dit dans une ITW au Monde ; ce second tour "opposera sans doute Ségolène Royal et moi-même, c'est-à-dire deux visions politiques différentes, l'une qu'on pourrait appeler le blairisme régionalisé et l'autre qui est tout simplement socialiste".

Ne dites surtout l’ex-jeune premier du PS qu’il est « archaïque ». « Au Ps, on appelle ainsi ceux avec qui on a un désaccord ».

En cette dernière ligne droite, après avoir repris à son compte quelques idées de Bayrou (sur l’écologie et sur l’indépendance des média par rapport à certains industriels, notamment), il se fait le Chevalier rose d’une laïcité renforcée. Il souhaite "adosser à la Constitution une charte de la laïcité", applicable "notamment à l'hôpital". "Je défends les principes laïques, en particulier parce que ce sont des principes de paix", explique-t-il dans Le Monde.

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Cette laïcité réaffirmée est "d'autant plus nécessaire" dans une France plus diverse et multiculturelle. "Est-ce que la crise de nos banlieues disqualifie la République? Au contraire! Cette crise confirme l'actualité de la République, à condition que celle-ci ne devienne pas une République des apparences", poursuit M. Fabius. "Si dans un quartier vous n'avez ni école de qualité, ni logements décents, ni sécurité au quotidien, ni propositions d'emplois, ni lutte contre les discriminations, la République se transforme en une abstraction. Je suis hostile au modèle communautariste religieux, ethnique ou régional et j'entends bien, si je suis investi, que ce soit là un des grands débats que j'aurai avec M. Sarkozy, dont la démarche me semble inverse de la mienne", ajoute-t-il.  Avec une tonalité très proche (là aussi) de celle de Bayrou. Sans doute parce que Fabius, en dépit de ses handicaps carriétistes, reste intelligent:l'UDF a en matière de "programme" la légitimité que donne le travail sérieux, en profondeur, sans tapage, mais avec courage et cohérence...

Pour Fabius, (et là encore on retrouve curieusement, bizarrement,paradoxalement, des accents de Bayrou) "la source de nos difficultés économiques résulte de la mauvaise spéculation de notre économie et de l'insuffisance de notre effort de formation et de recherche. La solution est alors dans le redéploiement, l'innovation, la formation. C'est ce que l'idéologie dominante appelle mon 'archaïsme"'.

La vidéo qui fait mal ?

Interrogé sur la vidéo pirate concernant Ségolène Royal, DSK (dont l’un des proches est mis au banc des accusés) a condamné la méthode qui, dit-il, "n'aura aucune conséquence sur le scrutin de jeudi". Il a en revanche refusé de se prononcer sur le fond: "je ne l'ai pas encore vu, mais on m'en a beaucoup parlé. Ce qui est certain, c'est que nos enfants ont grand besoin de plus de soutien scolaire. Mais il serait complètement illusoire de croire qu'on peut avancer dans ce domaine sans les enseignants".

Fabius , lui, sur ce point, est clair : "Je ne sais pas dans quelles conditions cette vidéo a été prise" et "c'est toujours un peu désagréable d'utiliser des choses faites à l'insu de quelqu'un", mais "un candidat doit tenir le même langage quelque soient les circonstances". "C'est quand même le b.a.ba".

"Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de dire: finalement, les enseignants ils ne travaillent pas". "Il y a des réformes à faire dans l'Education nationale, mais cela doit se faire avec les enseignants et non pas en les prenant comme bouc-émissaires".

Le pire, c’est que Ségolène dans cette affaire joue la victimisation plus que l’argumentation. Un style de gouvernement ? Nombre de ses supporters au PS peuvent retrouver des réflexes de militants. Qui sait ?  Mais, malgré ses bourdes, Ségolène, semble continuer à réussir dans le registre d’une séduction plus poeple que politique… Le 16 novembre, c’est bientôt.  

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Sarkozy des deux cotés de la caméra

L'intégration dans certains reportages télévisés d'images fournies par la société de production ETC suscite des remous à France Télévisions…Cela se comprend !  ETC, chargée par Nicolas Sarkozy de filmer ses meetings de campagne, bénéficie de conditions privilégiées pour tourner des images du ministre-candidat (ou du candidat-ministre), notamment une caméra réalisant des travellings spectaculaires, tandis que les journalistes télé, parqués sur les côtés de la salle, n'ont que de mauvais angles de vue.

Les journalistes CGT de France Télévisions protestent contre les «images de propagande» d'ETC qui sont parfois reprises dans les journaux télévisés, comme l'a révélé une enquête du Monde. Le contrôle des images est en passe de devenir une des polémiques dans la campagne présidentielle. A droite comme à gauche d'ailleurs, puisque ni caméra, ni appareil photo, ni même magnétophone n’ont été autorisés à enregistrer les trois débats en province des candidats socialistes, dont celui de Toulouse. Limites de la transparence… et de la démocratie. Avec quelle légitimité?