14/09/2008

"L'Europe, cette Emmerdeuse":les préfaces de BHL et d'André Glucksman sur RELATIO-EUROPE

André Glucksmann:"L'Europe existe-t-elle?" PDF Imprimer Email
 
L'Europe existe-t-elle ? Il faut pour tenter de s'en convaincre entrer dans ce livre et gouter la passion à feu continu qui le soutient. Passion aucunement aveugle, en bon lecteur de Descartes, Daniel Riot ne s'épargne guère les raisons de douter.
Quelle réalité fixer, en effet, à notre vieux continent ? Ses frontières géographiques sont mouvantes et litigieuses. Ses limites culturelles nous dépassent.
Qui oserait soutenir que la Russie de Pouchkine, Dostoïevski, Tchékhov, Chostakovitch et Stanislavski ne soit pas culturellement européenne ? L'est- elle pour autant politiquement ?
Quant aux valeurs intrinsèques et innées qui cuirassent la fatuité de l'Union Européenne, n'exagérons rien, n'oublions pas que les hauts lieux de l'esprit, Paris, Berlin, Rome, Madrid furent au siècle dernier les écoles des guerres totales et des révolutions totalitaires. Puis des écoles d'indifférence aux malheurs des autres... comme des leurs.
Qu'est-ce qui unit positivement l' « Emmerdeuse » ?
 
BHL et "l'Emmerdeuse": L'Europe dans la fièvre et la patience PDF Imprimer Email
 

Qu'est-ce qui distingue, selon Valéry (et l'auteur), une emmerdeuse, d'une emmerderesse, d'une emmerdante ?
Vieille ou ancienne, l'Europe ?
Irrésistible ou périssable - et, si périssable, d'où vient que nul ne semble en avoir pris vraiment conscience ?
Derniers jours de l'humanité ou non - et d'où vient que nul ne semble, là non plus, s'aviser de ce que le « dernier homme » est à la fois la plus terrible prophétie de Nietzsche, le visage des hommes d'Europe aux temps de la Fin de l'Histoire selon les néo-hégéliens du jour et le premier titre auquel avait songé Orwell pour son terrible 1984 ?
Mars ou Vénus ? Et comment, quand on fait le choix de Vénus et que, comme l'auteur, on n'a jamais eu la moindre complaisance pour l'esprit et la culture de la guerre, continuer de voir Munich, le signifiant « Munich », comme une catégorie constitutive - pour le pire ! - de l'être européen ?

 

27/04/2008

LIVRE: Europe et journalisme...


"L'Europe, cette emmerdeuse": En attendant le 9 mai...

En attendant la publication, le "jour de l"Europe", de "L'Europe, cette emmerdeuse" , Sandrine Kauffer,  explique comment et pourquoi ce livre a été écrit à quatre mains. Histoire d'une rencontre et d'un constat commun: L'Europe "souffre d'un déficit de pédagogie". RAPPEL: ce livre sera présenté le 9 mai à 19 heures à  la Librairie KLEBER, à Strasbourg.
 
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Sandrine Kauffer :« L’Europe est d’abord en panne de pédagogie »

 

- Comment est né ce projet ?

 
-La vie professionnelle est faite de rencontres, et ce projet est le fruit d’un concours de circonstance. Le hasard fait parfois bien les choses.

Lors de la campagne sur le référendum européen, à Strasbourg, la communication a pris l’ascendant sur l’information. L’explication de la Constitution devenait inaudible. Avec Daniel, nous en avions discuté. Notre diagnostic était formel, le malaise bien réel. L’Europe est en panne de pédagogie. « Elle souffre plus d’un déficit pédagogique que démocratique » se plait à dire Daniel. L’Europe ne fait pas rêver. Et c’est dommage !

Nous avons eu des conversations passionnantes servies par une disponibilité circonstancielle. Et une idée est devenue projet. Un projet qui s’est vite s’emballé. Naturellement. Et puis, j’ai découvert Daniel Riot, sous un autre jour. Derrière ses coups de gueule, ses crises d’impatience, son allergie à ce qu’il appelle l’eurokonnerie » ou ses éditos vifs et pertinents sur le fond mais souvent impertinents dans la forme, il est pudique, réfléchi et réservé. Mais qui connaît vraiment Daniel Riot ?

 

- Justement qui est-il, Daniel Riot?

-Comme chacun d’entre nous, il a son jardin secret, mais si vous voulez savoir ce qui le touche vraiment, où se situe sa corde sensible, lisez… le livre. Il se dévoile enfin.

« L’Europe cette Emmerdeuse » est une sélection des meilleurs moments, personnels, professionnels, journalistiques, philosophiques de sa vie. C’est comme de feuilleter un album photos. Y mettre des noms, des mots, parfois des maux. Lire ce livre, c’est aussi picorer dans une bibliothèque, la sienne : Daniel est un grand lecteur. Il est imprégné de Paul Valéry, de Victor Hugo et de bien d’autres. S’y arrêter pour réfléchir à quelques citations toujours faites avec pertinence. Ou pour plonger dans d’autres lectures. Enfin et surtout peut-être cet ouvrage est un outil pour voir ce qu’il y a au-delà des apparences.

. -Un journaliste  parmi  d'autres, non?

 Daniel RIOT est entré en journalisme comme d’autres entrent en religion. Cela n’a rien d’un cliché. Mais avec le culte de l’indépendance et de la liberté. Et avec un respect des gens et des faits qui n’est pas très courant…Et il aime l’Europe comme il aime la vie. Son message européen n’a rien de technique, de théorique. Il aime l’Europe avec le cœur et la raison. Parce qu’il pense à ce que l’on oublie trop : la paix n’est jamais définitivement acquise. Parce que l’Europe, pour lui, est d’abord un bouclier des droits de l’Homme et un levier de l’’approfondissement de la démocratie. Il n’est pas un euro-lâtre, un euro-béat. Il est critique envers la construction européenne telle qu’elle se fait et surtout telle qu’elle ne se fait pas…Et il la considère d’abord comme une aventure culturelle. Ce qu’elle n’est pas assez.

Ce qui m’a le plus surpris chez lui, c’est certainement son indiscutable capacité de travail. Qualité, quantité, réactivité, productivité, rapidité. Il n’y a pas de limite. A tout heure du jour et de la nuit. C’est impressionnant.

 

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Comment s’est passé l’interview ? Et dans quelle ambiance de travail ?

 

Il ne s’agit pas d’une interview, mais d’une conversation. D’une série de conversations. Je participe à raviver la mémoire des pages oubliées, ramener à la conscience des émotions égarées, des sentiments perdus. Quelle satisfaction d’observer des instants de silence et de concentration parce qu’il vient d’avoir un flash-back. Des moments privilégiés. Des heures d’entretien, puis inévitablement la garde se baisse et la parole se libère, elle ne cherche plus à retenir ses souvenirs, à cacher ses pudeurs…

Daniel Riot n’avait évidemment besoin de personne pour mener à bien un livre document. Il est aussi un grand technicien des entretiens. Combien en a-t-il mené ? Il est incapable de le dire et il a eu tort de ne pas tout archiver… En fait, il a passé sa vie à « interviewer », non en « poseur de micro », non en voyeur, mais en écouteur, j’allais dire en confesseur… en vrai « dialogueur ». Cette fois, c’était moi l’oreille. Et mes remarques, mes interrogations ont contribué à faire rejaillir à la surface des souvenirs enfouis, des troubles refoulés, des réflexions oubliées.

Je lui ai proposé cette formule de livre entretien, parce que je sentais qu’il avait, en dépit des apparences, une humilité, une pudeur qu’il ne devrait pas avoir face à sa vie, ses expériences, ses réflexions…Il a accepté parce que, sur l’Europe plus que sur tout autre sujet, il faut sortir des sentiers battus, des discours et des démonstrations préconçus. Le dialogue insuffle un rythme, une légèreté à la narration, une dimension humaine et sensible au message européen de Daniel. La complicité d’une collaboration a l’avantage de permettre un recul, une distance face à soi-même et aux choses. Un « limage de cervelles », comme il se plait à dire en citant Montaigne a des avantages évidents. Y compris pour le lecteur, j’espère.

 

- Comment pensez-vous que les femmes vont réagir à la découverte du titre, de la couverture et à sa lecture ?

 

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Mais, parfaitement bien. Pourquoi, cette question ?

 

Il s’agit en quelque sorte, d’une histoire d’amour entre l’Europe personnalisée - et personnaliste- et un journaliste passionné, mais frustré. Frustré parce qu’Il voudrait la voir s’épanouir, la faire grandir. C’est sa quête. Y est-il parvenu ? Qu’importe, il continue.

« L’Europe est une femme. Mystérieuse. Enigmatique. Érotique, mais pas spécialement sympathique. Attirante, mais distante…Imposant la distance. Nue, mais habillée de pudeur. », dit-il. Elle aurait tout pour plaire, elle semble parfaite et pourtant …D’où  La Magie Noire de Magritte en couverture..

 

L’Europe est une femme dont le point G est à Strasbourg, dit-il aussi. Inutile de chercher à nier son envie constante de provoquer. « Il est comme moi un sabreur de mouches », a dit de lui Tomi Ungerer. Mais ses coups de griffes, son ironie acide, ses « rioteries » poivrées sont des moyens d’interpeller, de capter le lecteur, l’auditeur ou le spectateur. Ce livre est surtout un outil, un support, un stimulateur de réflexions. Une volonté de faire réagir de manière constructive.

Et maintenant quels sont vos projets?

Ma collaboration avec Daniel se prolonge. Ce livre est une étincelle, la vitrine d’un projet européen plus engagé dans la durée. Cet ouvrage est aussi une force de propositions. Daniel Riot se donne les moyens de porter ses projets d’action. Il crée à Strasbourg une SARL de presse, d’éditions et de productions, qui nous permet de transformer son euroblog en vrai journal en ligne. D’ailleurs, la lecture du livre se prolonge sur RELATIO, le cyberjournal européen (www.relatio-europe.eu)

 
Ce livre est indirectement comme une introduction à de nouveaux débats, à de nouvelles manières de traiter les « affaires européennes »… Il est une invitation à rejoindre LE CERCLE  RELATIO. Une association dont la mission est de
contribuer au renforcement de l’Europe DE et A Strasbourg, donc des valeurs, de l’humanisme, du respect du principe d’Humanité. Les débats engagés par ce livre ont déjà commencé et vont se poursuivre sur RELATIO : l’Europe citoyenne dépend d’abord des …citoyens.

Sur un plan personnel, j’ai accepté d’animer avec lui la rédaction de RELATIO. C’est une aventure très prenante, passionnante, et intellectuellement enrichissante. Avec une forme de journalisme qui est, en fait, à ré-inventer. Vous avez vu, dans « l’Emmerdeuse », la place consacrée au journalisme, à la presse, aux médias… Ce livre ne porte pas que sur l’Europe : il est aussi un essai sur les crises de nos sociétés déboussolées par des évolutions mal maîtrisées. Comme RELATIO est un eurojournal en ligne préoccupé par tout ce qui concerne la citoyenneté.

Ce faisant, je maintiens mon activité de consultante en communication politique, en ayant toujours un ou deux livres sous le coude. Avec et sans Daniel »

(Entretien City presse)

11/10/2007

Poutine, un « Staline démocratique » et « Le Spectre » des James Bond…

Vladimir Fedorobski ce vendredi à la librairie Kleber

Une chronique de Daniel RIOT pour RELATIO: Ce vendredi 12, Vladimir Fedorovski, sera à Strasbourg pour une conversation (à 17h30) autour de son dernier livre à la Librairie Kléber. Un personnage, ce volubile écrivain, Français depuis 1995 ! Plein d’humour sucré-salé et de malices, il a été (entre autres) conseiller de Gorbatchev,diplomate, traducteur d’acteurs de ce temps (Brejnev, Kadhafi, Saddam Hussein, Hafez el-Assad, Mokhtar Ould Daddah et Houari Boumediene) et  agent du KGB (logique)… Sa culture et sa connaissance de l’histoire russe dans sa complexité et sa profondeur en font l’un des meilleurs « kremlinologues » actuels. Son  art de la conversation et son jugement pertinent ont  fait de   chacune de nos rencontres une fête de l’esprit…

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Ceux qui le traitent « d’historien des halls de gare et d’aérogares » feraient mieux de le lire davantage et de ne pas se contenter de lectures en diagonale de critiques guidés plus par un snobisme élitaire que par un souci de vérité. L’Histoire est aussi une série d’histoires romancées… « Fedo » est un excellent romancier de l’Histoire qui permet de mieux comprendre les réalités du présent.

« De Raspoutine à Poutine », avait-il écrit. La filiation se confirme…  « Le secret de Poutine » pour lui, tient d’abord dans le « fantôme de Staline ». Un Staline « démocratique » (quel paradoxe !) Ou quelle contardiction!), qui sous bien des angles ressemble, légitimité du suffrage universel en plus, au «chef  de l’organisation du Spectre dans James Bond : il contrôle tout, étend son pouvoir sur tout, le gaz, le parlement, les médias…. C’est lui qui choisit les personnes qu’il met en avant, il fait nommer des proches qu’il peut diriger et contrôler. En cela il renoue avec toute une tradition antérieure ».

Une tradition « antérieure », à la Révolution même, et (aussi) à la « déstalinisation ». Lénine, l’idéologue, lui, est passé (comme le communisme)  à la trappe, dans une de ces « poubelles de l’Histoire » où le tri est très sélectif (et variable en fonction des lieux et des périodes…). Mais Staline, lui, renaît. En soft ! Comme le souligne Claude Imbert dans sa chronique du Point sur « l’énigme russe », le  peuple ôte peu à peu à Staline «  sa tunique sanglante pour lui rendre le blanc manteau de « Petit Père des peuples ». L’opprobre d’un des plus sanguinaires tyrans de tous les temps s’efface devant le héros de Stalingrad. ».

« Entre Staline et Poutine, la filiation est presque parfaite, en effet » remarque Vladimir Fédorovski. « Les points communs de la Russie d’aujourd’hui avec le système stalinien sont nombreux : la manipulation, l’unanimisme, le système des oligarques, l’omniprésence des services secrets… Surtout, Poutine reprend  le “code mental” de la Russie éternelle et de la citadelle assiégée. Staline se pensait comme le continuateur des tsars, et notamment d’Ivan le Terrible, derrière une façade: la révolution. Poutine fait de même, mais avec la façade du suffrage universel. »

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Il le fait d’autant mieux que le « tsar démocrate », « l’autocrate  démocratique », le “despote éclairé(?)” issus des urnes » est d’abord et surtout un stratège de premier plan, hors normes, bien supérieur à Bush, bien plus subtil, rusé et fin que nombre d’autres dirigeants européens. C’est ainsi. Sarkozy, durant ses deux petites journées moscovites a pu s’en rendre compte.

Poutine  sait aussi, en dépit des difficiles conditions de vie d’une grande partie de la population, cultiver une popularité qui ne tient pas qu’à une politique de communication soignée, mais s’ancre dans les profondeurs de l’inconscient russe. 

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Cela ne va pas sans poser de nombreux problèmes aux démocraties européennes réunies en ce Conseil de l’Europe où Moscou sait exercer une influence sans tapage mais bien réelle, en usant d’un argument simple (qui est aussi un chantage) : « Comme les Européens de l’Ouest ne vous donnent pas de moyens et que jurent que par l’Union européenne, l’avenir de votre institution dépend un peu –beaucoup) de nous. Alors, doucement les basses, avec vos critiques sur les droits de l’Homme ».

Je reprends ici en substance des propos « off » d’un diplomate russe qui a bien connu l’organisation paneuropéenne qui siège à Strasbourg. Ce grand serviteur de « toutes les Russies » ajoutait dans cette entrevue qui remonte à quelques mois : « De toutes façons, vous les Européens vous ne faîtes pas l’effort de voir ce qui se passe chez nous…

Et vous êtes des ingrats : La Russie de Poutine a rallié votre démocratie, a adopté votre économie de marché,  a étouffé les tendances anarchistes qui menaçaient de prendre de l’ampleur chez nous et de recréer une terrible insécurité dans toute l’Europe, a combattu les réseaux mafieux qui gangrenaient aussi vos économies,  vous permet sur la Cote d’azur, à Paris et ailleurs de bénéficier du pouvoir d’achat de nos millionnaires et milliardaires …

Et vous ? Vous n’avez rien compris à la Tchétchénie, vous n’écoutez pas nos doléances dans les pays baltes, vous ne pensez qu’à dresser contre nous la Géorgie et l’Ukraine, vous entretenez la parano des Polonais, vous ne voyez pas à quel point nous vous sommes utiles sur les plans énergétiques et économiques, et vous êtes toujours obsédé par l’Atlantique et oubliant que l’Oural est sur notre continent commun…. 

Pourquoi ce bouclier anti missile dirigé contre nous ? Vous êtes fous. Mais vous ne changerez rien à un point essentiel : il y aura toujours (au moins) deux Europe(s), la votre, et la Russie» 

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J’ai résumé… Ces données entretiennent bien sûr les  « vieilles obsessions russes » que Fedorov connaît bien : angoisse des fragilités internes, peurs de l’indocilité du sud, parano contre « l’étranger proche », obsessions de complots extérieurs, ombre de Napoléon, spectre des « russes Blancs », fantôme des « espions américains »… Le Kremlin reste une forteresse. Et la Russie « une énigme enveloppée de mystères ». Poutine, lui, sourit. Avec un sourire de glace.

Daniel RIOT

* « Le fantôme de Staline, ou le secret de Poutine », de Vladimir Fédorovski (Editions du Rocher)

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04/07/2007

Livre: "AIMER L'EUROPE", de Robert Toulemon, ou l'impérative nécessité de réaliser l'Europe politique...

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Que Sarkozy se pose en « sauveur de l’Europe » est une chose. Que l’Europe soit sauvée en est une autre... Pour sauver l'Europe, il faut s'inspirer du livre (d'Histoire et de "recettes") de Robert Toulmenon.  

50b8758e7a65075d13c3450a96b589ce.jpgSur son Blog, Robert TOULEMON montre deux des limites du « succès » du dernier Conseil européen : « L’abandon des symboles mais aussi l’absence de toute correction des lacunes et des faiblesses du traité constitutionnel.  (…) On espérait un renforcement des dispositions relatives à l’énergie, au climat, à l’immigration, au social. On pouvait espérer une composition de la Commission assurant mieux son autorité. Au lieu de cela, l’élimination de la mention de la concurrence non faussée des objectifs de l’Union, dont elle demeure un instrument essentiel, apparaît comme une concession heureusement sans portée aux tenants français du non de gauche ».

 

Le grand regret de Robert Toulemon (et il n’est pas le seul à l’avoir !) c’est l’inexistence d’une Europe politique. Il faut faire sauter ou contourner le veto anglais : cela devient un impératif et une urgence !

Cette Europe politique, c’est évidemment celle que Sarkozy devra débloquer s’il veut que son auto satisfaction actuelle se justifie dans un proche avenir… On peut craindre que Sarkozy n’ait pas le temps de se plonger dans le livre de Robert TOULEMON : il y trouverait une bonne inspiration…

Robert Toulemon sait de quoi il parle. Il  occupa pendant dix ans, de 1962 à 1972, de hautes fonctions au sein de la Commission européenne, notamment auprès de deux grandes figures communautaires, le Français Robert Marjolin et l'Italien Altiero Spinelli, qui est à l'origine de l'idée de Constitution européenne.... Et il est demeuré un militant actif, à la fois réaliste et idéaliste, de l'Europe unie.

Cet ancien président de l'Association Jean-Monnet, n'a cessé de plaider la cause du fédéralisme. D’un fédéralisme intelligent, raisonnable, fondé sur une subsidiarité synonyme d’efficacité, comme on refuse de l’imaginer et de la comprendre dans notre France si jacobine…

La France, il l’aime bien sûr, mais il la rend (avec raison) largement responsable des échecs européens. Son action, dit-il, souffre d'une contradiction fondamentale. D'un côté, elle défend l'idée d'une Europe forte, de l'autre, elle lui refuse les moyens de le devenir.

Eh ! Oui. Toujours cette cassure entre De Gaulle et Monnet… Et cette manie nationale de ne pas (ou rarement) se donner les moyens de ses ambitions.  

Selon lui, nombre de Français ne veulent pas comprendre que  « la coopération entre Etats conservant leur libre arbitre peut être fort utile », mais qu'elle ne saurait suffire à donner à l'Europe « une voix qui lui soit propre ». La France fut, certes, à l'origine du projet communautaire mais, dès le début, ses motivations sont « ambiguës » et sa détermination « hésitante », relève Robert Toulemon. Plus qu’une opinion : des constats. Suscités par les effets d’un terrible malentendu : une « Europe européenne » si réclamée ne peut pas être une « Europe française » si rêvée…

Rappels de quelques faits : c’est  après le fiasco de la Communauté européenne de défense, en 1954, l'objectif d'une communauté politique est  « renvoyé à des jours meilleurs ». Des jours qui se sont toujours pas là…Pour le général de Gaulle, le Marché commun ne sera jamais autre chose qu'un « traité de commerce » et « surtout pas l'amorce d'une union politique », estime Toulemon.

C’est vrai même si cela mérite d’être nuancé : « L’Europe politique ? Dans Cinquante ans », disait le gnéral… voilà plus d’un demi-siècle.  

Ni Georges Pompidou ni Valéry Giscard d'Estaing n'infléchiront vraiment cette stratégie. Même François Mitterrand laissera passer l'occasion de la modifier. Tout l'art de la diplomatie française au cours de la négociation du traité de Maastricht, explique Robert Toulemon, consistera à obtenir l'union monétaire sans l'union politique souhaitée par le chancelier Kohl. Erreur ? Faute

Cette union politique aurait pu (du) naître « sur les ruines du mur de Berlin », dans l'enthousiasme de la « libération » de ce pays intrinsèquement « européens ». Il n'en a rien été. Manque de visions d’avenir. Et excès des pesanteurs britanniques… En 2005, le rejet du traité constitutionnel a sanctionné ces « inconséquences françaises » et quelques autres. En attendant que renaisse un jour, selon les voeux de l'auteur, le projet d'une Europe politique. L'Union doit reprendre sa marche en avant pour devenir, aux yeux des citoyens, un "motif d'espoir" plutôt qu'une "source de craintes" : Sarkozy vient de dire un peu la même chose, en étant plus verbal que concret.

Robert Toulemon expose avec précision les diverses raisons d'aimer l'Europe. De l'aimer « pour ce qu'elle est »,  « pour ce qu'elle peut devenir » et « pour les services qu'elle peut rendre à l'humanité » en contribuant à l'émergence d'un nouvel ordre mondial. "Aimer l'Europe pour lui donner une existence politique." Avant que les forces de la dislocation viennent mettre à mort les espérances d'une unification à vocation irréversible, mais à consistance fragile. Un bon livre. Un livre-vitamine.  Avec entre les lignes une leçon de vérité et de conduite : « Aimer l’Europe », c’est s’aimer soi-même…A lire, et à faire lire à ceux qui font de l’Europe un bouc-émissaire trop facile…

Daniel RIOT


*AIMER L'EUROPE de Robert Toulemon. Ed. Lignes de repères, 158 p., 13,50 €

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UNE AUTRE CRITIQUE DU LIVRE SUR LE TAURILLON:

EXTRAITS:"Le premier lieu commun combattu par cet ouvrage est lié au parcours de l’auteur. L’Union européenne est souvent présentée comme une construction technocratique, sans âme, apolitique et anti-démocratique. M. Toulemon qui a participé à cette aventure depuis les toutes premières années de la construction européenne montre à quel point cette idée est fausse. Haut fonctionnaire, et donc technocrate, il demeure un homme avec des convictions politiques fortes, une approche cohérente de la réalité. Sa vision de l’Europe n’a rien de technocratique, elle est au contraire vivante, profondément politique et surtout, passionnée". A LIRE >>>>>>

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c801ff44d80baf78eba47536064c266b.jpgLA PREFACE DE MICHEL ALBERT AU LIVRE DE ROBERT TOULEMON

"Une puissance d'un nouveau type"

Le cinquantième anniversaire des traités de Rome est célébré alors que la crise ouverte par l’échec des referendums français et néerlandais a plongé l’Europe dans une crise profonde. Les tenants du non n’ont avancé aucune proposition qui ait la moindre chance d’être acceptée par nos partenaires. Ceux du oui, traumatisés par leur défaite, attendent des jours meilleurs. Jusqu’à présent, l’Europe n’occupe qu’une place réduite dans la campagne électorale.

      La Déclaration de Berlin, malgré son contenu très général, est la meilleure que l’on pouvait espérer. Les difficultés rencontrées par Angela Merkel pour obtenir l’accord des 27 en disent long sur l’état de l’Union. C’est une Europe à l’anglaise, espace d’échanges sans ambition politique, qui, à défaut d’un sursaut, se profile à l’horizon.

      L’objet du livre de Robert Toulemon est d’abord, à partir d’une connaissance approfondie des processus européens, de dénoncer les contradictions qui ont, depuis l’origine, marqué la politique européenne de la France : vouloir une Europe politique ambitieuse tout en lui refusant les instruments institutionnels et financiers de la puissance. Il est ensuite d’exposer les raisons que nous avons d’aimer l’Europe telle qu’elle est et plus encore telle qu’elle pourrait être si elle retrouvait dynamisme et volonté.

009369fe3b1d13d330d3ce16387edb36.gif      Les Pères de l’Europe, Jean Monnet(photo) en tête, ont fait confiance trop exclusivement  à la raison. Leurs successeurs ont fait progresser l’Europe mais sans chercher à la faire aimer et  souvent en s’en servant comme d’un bouc émissaire. Or une entreprise historique aussi grandiose, aussi inédite, que celle qui consiste à unir de vieilles nations longtemps rivales autour des valeurs de la démocratie et des droits de l’homme, ne peut réussir sans mobiliser l’engagement affectif d’un grand nombre de citoyens. On ne fera pas l’Europe sans Européens.

      Parmi les raisons d’aimer l’Europe, l’une des plus importantes est celle qui est développée dans le dernier chapitre de l’ouvrage, intitulé « Une puissance d’un nouveau type ». Les défis planétaires auxquels l’humanité est confrontée appellent une gouvernance mondiale fondée sur l’exercice en commun d’éléments importants de souveraineté. L’Europe s’est avancée plus loin qu’aucun autre groupe de pays sur la voie de la conjonction des souverainetés. Sa contribution à la construction d’un monde vivable pourrait être décisive.

Michel ALBERT

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UN OUVRAGE DE REFERENCE (EN POCHE)  de ROBERT TOULEMON à lire ou à relire:bbc3419ffd3087e9380810ac9183e522.jpg

 

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