04/08/2007

EUROPE: La fessée prohibée dans les familles ?

Quand le Conseil de l’Europe résiste à un air du temps régressif...

a8870d929169cffda20bf953108c5b24.jpgEditorial RELATIO par Daniel RIOT. Libération en fait sa « Une » et tout un dossier. Au Conseil de l’Europe, on n’est guère habitué à ce type de mise en valeur: c'est regrettable, d'ailleurs. En l’occurrence, même si cette question  n’est pas liée à une actualité « chaude », Libération a raison. Comme il a raison de ne pas traiter le sujet avec légèreté, mépris ou ironie salace comme c’est si souvent le cas quand il est question de fesses et de fessées…

Oui, le Conseil de l’Europe souhaite faire prohiber  tous les châtiments corporels, notamment envers les enfants.

Même cette petite claque, qui n’a jamais fait de mal ? Même cette petite fessée qui marque l’esprit plus que la chair ? Même ces petites tapes sur les doigts ou ailleurs qui n’ont rien de traumatisant ? Oui, « ni claque ni fessée », pour reprendre le nom d’une association qui se bat qu’on arrête de battre ces petits trésors qu’on « châtie bien parce qu’on les aime bien »…

87e217390269c66c3fafbebcd36bfa6d.jpg

Bien sûr, en cette ère de régression répressive et liberticide, on entend déjà en cris et chuchotements, en sourires et grimaces, en haussements d’épaules et en rugissements de beaufs, les réquisitoires contre cette « Europe » qui se mêle de tout, même de nos chemises, contre cet « esprit de mai 68 » qui nous a déjà tant fait de mal, contre ce laxisme qui explique tous nos maux. « Après on va dénoncer la démission des parents. Tu parles ! On leur coupe les mains et la tête aux parents…Une bonne gifle, çà remet les idées en place. Une bonne fessée, çà remet la tête droite… D’ailleurs, Bayrou l’a montré publiquement : un gamin lui fait les poches, il lui donne un soufflet mérité ».

1bf33aa8b4d228cd749f03d3d98dcd38.jpg

« Cette mise hors la loi de la bonne vieille torgnole éducative suscitera à coup sûr une indignation mécanique, écrit Laurent Joffrin. Quoi? On va se donner le ridicule de légiférer sur ces affaires domestiques, qui regardent les parents et personne d’autre? On va pousser le principe de précaution jusqu’à donner aux enfants le droit de traîner en justice leurs parents à la main leste ? Et l’Etat tutélaire va maintenant s’immiscer jusque dans les bacs à sable? »

43354439c97ecaf1b3ecef255c8fe351.jpg

Depuis 2004, première recommandation du Conseil de l’Europe sur les châtiments corporels,et depuis l'adoption du programme "violences et enfant",  on en a entendu les bêtises de ce genre ! Pour cause… Quel papa ou quelle maman n’a pas eu au moins l’envie ou n’a pas au moins une fois céder à la tentation (ou au réflexe) d’une gifle « qui part toute seule » ou d’une « bonne correction bien méritée » ? Ni sadisme, ni défoulement : signe d’amour, d’attachement… Frapper fait  mal (aussi) à celui ou celle qui frappe, non ?

05a1f2a3a4f3d38be2f5049c3920c10d.png

80be1d19ef75ea894cec048ceaac2dce.jpgL’esprit soixante-huitard n’a rien à voir dans cette démarche du Conseil de l’Europe. Tout part de constats  faits dans l’Europe du Nord où l’on sait ce que le mot « rigueur » veut dire et où en matière d’éducation, on a plus de leçons à donner qu’à recevoir. La violence la plus répandue, c’est la violence domestique.

La violence la plus transmissible, c’est celle qu’on subit avant de (re) donner. Laurent Joffrin résume : « Il y a une continuité entre les habitudes plutôt inoffensives en vigueur dans beaucoup de pays et les véritables violences intrafamiliales. Les enfants élevés «à la dure» sont souvent plus violents que les autres. Les pays qui ont prohibé gifles et corrections dans l’éducation sont loin d’être pour autant tombés dans l’anarchie. »

Nul besoin d’être un « psy estampillé » pour savoir, y compris par expérience personnelle, que le recours à la contrainte physique est surtout l’indice d’un échec éducatif.

a5a3098153af9ef38b27ad3ccfd50cd9.jpg

Le problème, bien sûr, c’est de trouver par quoi et avec quoi on sanctionne ce qui mérite de l’être : les atteintes à la dignité, à la liberté, aux biens, aux doits d’autrui ; les gestes dangereux pour soi et les autres ; les attitudes asociales ou autodestructive. Par quoi et avec quoi stimule-t-on cette perfectibilité qui est en chaque enfant (comme en tout adulte, d’ailleurs) ? Les vertus de l’exemplarité ne suffisent pas. Les sermons ne suffisent pas. Punir, en bien des circonstances, c’est vouloir guérir. Il est des sanctions salutaires.

911b0bfdc347c6501e43310c5ad41371.jpg

La répression a aussi des vertus préventives. Le contraire de « l’éducation à la dure » ne doit pas être une éducation « à la molle ». L'enfant-roi n'est pas l'enfant de tous les droits. Le premier des droits de l'enfant, c'est d'avoir droit à une enfance, donc à une éducation digne de ce nom:on ne naît pas homme, on le devient...ce n'est jamis simple, ni facile...Et l’extension des interdits suédois en matière de fessées risque de culpabiliser des générations de parents et d’éducateurs qui font ce qu’ils peuvent…

« Eduquer sans frapper », d’accord. « Ni claque ni fessée », d’accord. Mais « on » fait comment avec les « bons petits diables » ? D’ailleurs, n’y a-t-il pas des différences de nature entre la tape sur la main, la tapette sur la couche, la soufflette ou la tartelette sur l’épaule   et des ceinturons transformés en fouets, des casseroles en martinets, des chaussures en taloche de maçon ?

c1a758490c0c673ddc9d4d1e9cedee7a.jpg

La lucide  secrétaire générale adjointe du Conseil de l’Europe, Maud de Boer-Buquicchio, a bien conscience de tout cela. Mais elle sait surtout à quel point de vieux slogan du type « on bat les enfants pour leur bien » font des ravages dans les familles…et dans les rues. Elle se veut d’autant plus ferme dans sa demande d’une « tolérance zéro » envers tout ce qui est « mauvais traitements », »mutilations »,  « humiliations ».une « tolérance zéro » qui n’est guère  dans  l’air du temps…où les voix les plus autorisées et légitimées par le suffrage universel prônent si souvent, par suivisme d’une opinion déboussolée plus que par souci d’efficacité,  un  retour à des méthodes archaïques  d’une ère qu’on croyait révolue.

 

cd3711b68c9b42590b88a76c1acf6736.jpg

 

Maud de Boer-Buquicchio invoque, comme le rappelle Charlotte Rotman dans Libération,  le «devoir de protéger l’intégrité physique et psychologique» et «la dignité humaine de nos enfants» : «Nous ne sommes pas autorisés à les frapper, les blesser et les humilier. Un point c’est tout.  Nous devons changer de mentalités et adapter nos lois en conséquence.» C’est d’autant plus impératif que tout se mêle : les peurs devant les médiatisations et les réalités de la délinquance, les poussées d’incivilité, les difficultés économiques et sociales et bien des croyances et  des pressions d’ordre religieux».

342a55e2f27e5b7df75056cb6caf6e6e.gif

« Changer de mentalité » : ce sera le but de la campagne du Conseil de l’Europe cette automne, une campagne qui s’inscrit dans la logique de celles (complètement soutenues par RELATIO) contre les violences conjugales, contre la traite des êtres humains, contre les discriminations en tous genres qui vident les droits de l’homme.

Pour « changer les mentalité », il faut plus convaincre et persuader que menacer ou réprimer. «Interdire les châtiments corporels dans le foyer familial ne veut pas dire engager des poursuites contre les parents, mais changer leurs comportements.»  Ce qui est sûr, c’est que toute violence nourrit la violence. Et que le degré de civilisation d’une société se mesure (aussi) à sa capacité d’enrayer toutes les spirales de toutes les violences.

Daniel RIOT

>>>> Rien ne peut justifier les violences à enfants

>>> Le Conseil de l'Europe veut gifler la fessée

>>> Une question dérangeante

>>> Ce martinet qui marque les mémoires

>>> De la déculottée....

>>> Les parents ne savent plus sanctionner

>>> Au Royaume de Suède....

>>> Le site de "Ni claques ni fessées"

>>> rapport du Conseil de l'Europe sur les châtiments corporels

>>> la fessée sur Doctissimo

>>> Vaincre la violence

A LIRE :« Une Europe faite pour les enfants dans un monde fait pour les enfants »,

 

par Maud de Boer-Buquicchio

ead8b61be492d1f566163ec42b813531.jpg"Un monde qui n’est pas adapté aux enfants, c’est un9350de873f573493fa0face040396c79.jpg monde où ne peuvent régner ni la dignité, ni la prospérité, ni la paix. La manière dont une société traite ses enfants est éminemment révélatrice de son degré de civilisation et d’humanité, ainsi que de sa volonté de se préserver.

Or l’Europe a les ressources et les moyens nécessaires. En tant qu’organisation de défense des droits de l’homme, le Conseil de l’Europe s’est consacré aux droits de l’enfant dès sa fondation, en 1949. Même si nous sommes fiers des nombreux progrès réalisés, nous sommes déçus par leur lenteur et restons très préoccupés face à l’ampleur des violations des droits de l’enfant. Nous voulons non seulement protéger les enfants et leurs droits mais aussi les rendre maîtres de leur destin. En d’autres termes, nous voulons construire une Europe pour et avec les enfants.

« Construire une Europe pour et avec les enfants », tel est le titre de notre programme triennal qui a pour but d’aider les 47 Etats membres du Conseil à concevoir des politiques intégrées en faveur des enfants et à élaborer des plans et des stratégies nationaux appropriés." LIRE LA SUITE >>>>>>>

24/07/2007

Le vent du créationnisme souffle sur l'Europe (suite)

Quand on veut mêler biologie et théologie pour expliquer l'origine du monde...

 Voilà un débat qui se situe tout à fait dans le fil des remous suscités par la censure d’un8c83de9cf14daa425240a68ad068fbd8.jpg rapport lors de la dernière session de l’Assemblée du Conseil de l’ Europe. Censure que RELATIO avait mis en relief et, bien sûr, condamnée… C’est RUE89 qui met cette information en relief dans les médias francophones ;  «  Tollé en Allemagne à la suite de la proposition de la ministre de la Culture du Land de Hesse, Karin Wolff,(ci-contre) qui a suggéré que les questions théologiques concernant l'origine du monde soient abordées dans les écoles lors des cours de biologie ».

ec99c4e296e61e5359deb2e2b8b97c13.jpgConcernant l'origine du monde,(que COURBET représentait avec réalisme en 1866 dans ce tabeau qui scandalise encore bien des esprits) , Karin Wolf ne voit pas "de contradiction entre l'évolution biologique et l'explication biblique". C'est ce qu'elle a  déclaré au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. Cette audacieuse affirmation lui a valu l'appui de quelques personnalités religieuses en Allemagne, dont celle de Walter Mixa, l'évêque d'Augsburg. Dans le camp des rivaux politiques de la ministre, les Verts et les sociaux-démocrates (SPD) ont stigmatisé ses prises de position et ont qualifié la ministre de "chrétienne fondamentaliste.

RUE 89 note justement :  « Cette remarque d'une ministre CDU (conservateurs) dans un Land très influent fait craindre que le mouvement créationniste ne cherche à pénétrer le système scolaire régional pour ensuite gagner le reste du pays. Ce débat fait aussi des vagues parmi les islamistes radicaux turcs qui refusent la théorie de l'évolution. Très implanté aux Etats-Unis dans les milieux fondamentalistes protestants, le mouvement créationniste dit du "dessein intelligent" ("intelligent design" en anglais) entend fonder scientifiquement les affirmations de la Genèse. La théorie du "dessein intelligent" postule un univers conçu pour l'homme selon une intention divine et il remet en question un principe cardinal de la théorie de Darwin: l'adaptation à l'environnement est la cause principale de l'évolution humaine. »

RELIRE SUR RELATIO >>>>>

L’ARTICLE DE RELATIO AVAIT DECLENCHE UN DEBAT FORT NOURRI SUR AGORAVOX >>>>

27/06/2007

Les adolescents ne sont pas des adultes

Professionnels de l’enfance, magistrats, avocats, pédopsychiatres, éducateurs, enseignants..., ils contestent le projet de loi qui conduit, en cas de récidive, à faire juger les adolescents âgés de 16 à 18 ans comme des majeurs. Et lancent un appel, "Les adolescents ne sont pas des adultes", que vous pouvez, vous aussi, signer en ligne.

Un des premiers projets de loi du gouvernement Fillon, présenté à l’Assemblée nationale dès le mois de juillet, conduit, en cas de récidive, à faire juger les adolescents âgés de 16 à 18 ans comme des majeurs. En clair, les adolescents concernés seront traités comme des adultes.

Des professionnels de l’enfance, magistrats, avocats, pédopsychiatres, éducateurs, enseignants, spécialistes de la jeunesse lancent un appel pour que soit conduite une évaluation des politiques publiques, en concertation avec tous les acteurs concernés, et que soient attribués des moyens sérieux aux politiques qui permettent l’éducation des adolescents.

> Pour signer l'appel, cliquer ici
Le texte de l'appel

"L’adolescence est l’âge de tous les possibles. C’est aussi l’âge de tous les défis, des prises de risques, de l’entraînement réciproque. Le nombre des suicides, d’accidents de la circulation, de violences subies, et la surconsommation d’alcool ou de drogues sont les signes de la fragilité de cet âge. Une petite minorité s’engage dans la délinquance, parfois avec violence.

Devons nous traiter ces adolescents délinquants comme des adultes, alors qu’aucun débat n’a eu lieu sur l’age de la majorité, et vouloir les envoyer, plus nombreux encore, en prison ?

Cela peut être l’effet du projet de loi présenté par le gouvernement, qui entend faire juger les adolescents âgés de 16 à 18 ans comme des adultes, et durcir les peines de prison, en cas de récidive.

En l’état du texte, par exemple, un vol de portable, commis après deux précédents vols, pourra conduire, sauf exception, un adolescent de 16 ans pendant deux ans en prison, peine plancher minimum. Il en résultera une augmentation importante du nombre d’adolescents détenus.

Aujourd’hui, en France,  15 millions de jeunes poursuivent des études au delà de 20 ans, vivent en couple à 25 ans, ont un premier enfant à 30 ans. La prolongation des études et aussi l’accès difficile à un premier emploi, retardent, pour tous les jeunes, l’entrée dans la vie adulte.

Sur ces 15 millions de jeunes, 15 000 d’entre eux âgés de 16 et 17 ans sont  interpellés plusieurs fois dans l’année. La plupart de ces adolescents sont déscolarisés depuis l’age de 14 ans, sans qualification ; ils ne parviennent pas à accéder à un premier emploi. Se percevant comme inutiles, humiliés par les échecs répétés, ils « traînent », provoquent, commettent ensemble la plupart de leurs infractions.

Ce sont ces adolescents qui, seuls, seraient traités comme des adultes ? Ce sont ces adolescents pour lesquels la France abandonnerait tout effort d’éducation ?

Trois mille trois cent cinquante d’entre eux ont été en prison en 2006.

Faire de l’enfermement la seule réponse « automatique » à la délinquance des mineurs est une impasse ; dangereuse pour les adolescents, à cet age de la vie, et inefficace pour la société quand nous connaissons l’importance de la récidive à la sortie de prison.

D’autres sanctions existent, qui fixent des limites, réparent sans exclure, et permettent un nouveau départ.

Nous devons aussi oser nous engager dans la réussite des programmes éducatifs, des  internats éducatifs qui structurent ces adolescents, des classes relais, des centres de jour, des maisons des adolescents, qui les inscrivent dans  un projet.

Leur efficacité est démontrée. Elle serait encore plus forte si elle était appuyée par des budgets à la hauteur de ces enjeux.

A l’heure de l’ouverture politique et de la modernisation proclamée, nous demandons un moratoire sur le texte en projet, l’ouverture d’un « Grenelle de l’adolescence » pour mener un débat serein sur la délinquance des adolescents, une évaluation des politiques publiques et des réformes législatives successives, pour dégager un consensus sur l’insertion de tous les jeunes.

 Conscients de notre responsabilité d’adultes, nous souhaitons que l’adolescence fasse l’objet d’une politique audacieuse de la jeunesse, à la mesure des espoirs et des fragilités dont est porteuse cette période de la vie."

> Pour signer l'appel, cliquer ici

26/06/2007

Crime contre l'esprit au Conseil de l'Europe

Carton rouge pour le président de l’Assemblée du Conseil de l’Europe ? Guy Lengagne, député (socialiste) français quitte la vie parlementaire en  lui en donnant un. On le comprend et l’approuve. Ce qui doit être, selon la formule de Robert Schuman, un « laboratoire d’idées », évolue mal, en effet. Et c’est symptomatique d’une des maladies qui frappent nos sociétés : le retour de l’irrationnel. Descartes, réveilles-toi, ils sont devenus fous ! Et lâches, en plus. Ou inconscients…

5a248650af3566d5ddba9b35fcb411de.jpg« Nous assistons aux prémisses d’un retour au Moyen-Age », constate Guy Lengagne, mathématicien de profession, en disant « stupéfait », « effrayé » et « choqué » après le renvoi  en commission (dans les oubliettes), par l'Assemblée,  de son rapport dénonçant avec intelligence, pertinence et courage les « dangers du créationnisme dans l’éducation ». La commission intéressée (qui a beaucoup travaillé sur ce rapport ) proteste, invoque même des "irrégularités". Mais le mal est fait. Et la presse (queqlues exceptions mises à part) a bien tort de ne pas faire un large echo à cette affaire.

Cela s’appelle de la censure, donc une violation des libertés d’expression (et même de penser), du premier des droits de l’homme. Dans et par cette Assemblée qui se veut le Temple de la démocratie pluraliste,  qui multiplie les leçons en « droits de l’homme » et dont la raison d’être est de jouer les veilleurs des périls qui peuvent menacer la santé (y compris mentale) de nos sociétés , c’est plus que grave.

Ce n’est évidemment pas l’ensemble de l’Assemblée qui est ainsi discréditée. Le système démocratique est ainsi fait qu’il peut être menacé par une minorité d’activistes qui sait jouer sur l’apathie irresponsable d’une majorité, ou par des jeux d’influences et d’entrisme soigneusement orchestrés. Les lobbies n’ont pas que des visées économiques ou financières…

60dac3d873bbb823262ebc0bb5067fa5.jpg

Guy Lengagne a raison : « Je ne peux y voir qu’une manœuvre de ceux qui veulent, par tous les moyens, lutter contre la théorie de l’évolution et imposer les idées créationnistes »

Qu’est ce qui gêne les grands prêtres du « créationnisme » qui, avec d’énormes moyens financiers (américains surtout), ont une influence croissante dans les courants les plus extrémistes, fondamentalistes, intégristes des trois monothéismes ?

Que distinction soit faite nettement entre  ce qui n’est qu’une croyance (le créationnisme) et ce qui est une théorie scientifique, l’évolutionnisme. Dans l’enseignement, les croyances relèvent de l’instruction religieuse ou de l’étude des religions, non dans les matières scientifiques. Cette logique est rejetée par ceux qui font tous les procès en sorcellerie à Darwin, en le caricaturant, et qui veulent imposer leurs dogmes.

Tout est bon au niveau des arguments : en Russie, dans quelques ex-pays de l’Est (Hongrie notamment) des courants de pensée voient dans l’évolutionnisme l’origine du stalinisme et de l’hitlérisme. Refrains connus chez ceux qui rejettent les apports des Lumières…en cherchant des explications trop simples pour être crédibles.

cccace1c36d47572ea76c06474ac1d7f.jpg

Ce rejet de  la théorie darwinienne de l'évolution des espèces par la sélection naturelle et  cette défense de « l'idée » que le monde a été créé par Dieu ( soit en six jours selon le récit de l'Ancien Testament, soit grâce à l'intervention d'un « dessein intelligent" pour les néo créationnistes ».) font de plus en plus de ravages dans les têtes.

Une recherche de l'Université du Michigan, parue en 2006 dans la revue Science, montre qu'environ 1/3 de la population américaine ne croit pas à l'évolution des espèces (de laquelle est issue l'humanité) alors que dans des pays comme l'Islande, le Danemark, la Suède et la France, 80% ou plus des adultes acceptent le concept d'évolution. La Turquie, un pays à prédominance musulmane, est le seul pays européen où le concept d'évolution est moins accepté qu'aux États-Unis. Au Japon, 78% acceptent le concept d'évolution.

 Aux USA, 15 à 20 % des enseignants américains évoqueraient à l'école la possibilité que le monde ait été créé en sept jours. Près d'un Américain sur deux pense que l'humanité a moins de 10000 ans d'existence, quand les scientifiques lui en donnent largement plus d'un million. 

7dce1429a05f818cbbfdaa52dab79c06.jpg

 38 % des citoyens prônent un abandon de l'enseignement des thèses évolutionnistes et le président George Bush, comme les neo-conservateurs si influents dans les milieux politiques défendent l'idée d'un double apprentissage. Lors d'un récent débat télévisé, trois des dix candidats républicains à la Maison Blanche ont reconnu qu'ils ne croyaient pas à la théorie de l'évolution. Le seul fait que la question soit posée dans un tel contexte est révélateur…

Les  campagnes créationnistes se multiplient  en Europe. Le rapport évoque notamment  le cas de l'écrivain turc Harun Yahya, (photo ci-dessus) qui a publié un "Atlas de la Création" de 750 pages qui a été gratuitement distribué dans des écoles en France, en Suisse, en Belgique et en Espagne. Et ailleurs.

04639191f8b67dcea76703ff98d68584.jpg

"Dans plusieurs pays européens, les ministres de l'éducation ont remis en question l'enseignement du darwinisme. Le rapport cite la Pologne où, à l'automne 2006, le vice-ministre de l'éducation a déclaré : "La théorie de l'évolution est un mensonge, une erreur qu'on a légalisé comme une vérité courante".

En 2004, en Italie, la ministre de l'enseignement a proposé d'abolir cet apprentissage dans le primaire et le secondaire. Sa collègue serbe a dû démissionner après avoir ordonné aux écoles d'abandonner l'enseignement de cette théorie. En 2005, la ministre néerlandaise a proposé l'organisation d'un débat sur l'enseignement des théories de l'évolution."

"Tous ces faits correspondent à un reflux de la science au profit du religieux ; or, vouloir priver les citoyens de l'accès à la connaissance scientifique est une des atteintes les plus graves aux droits de l'homme", assure M. Lengagne. Il a raison. « Le cancer est plus développé que je ne croyais », insiste-t-il en voyant son rapport condamné à être archivé, donc politiquement brûlé. Avant d’être examiné et discuté.  « On se voile la face, on refuse de regarder. La fuite devant la réalité est un vrai fléau de ce temps ».

b13eca7162fb4df38d9a34b67af818cc.jpg''Il est essentiel que l'Europe prenne maintenant la tête en matière de défense de nos valeurs communes dans le monde'' a exhorté ,René van der Linden, le Président de cette docte Assemblée, grand responsable de cette censure inadmissible de l’esprit, de l'intelligence et des valeurs proclamées.

Comme se plait à dire l’ami Tomi Ungerer, « nous avions le siècle des Lumières. Aujourd’hui nous n’avons que l’électricité ». Avec des plombs qui sautent de temps à autres. Le bureau de l’Assemblée du Conseil de l’Europe a disjoncté.Et trop de parlementaires présents dans l’hémicycle au moment de l’adoption de l’ordre du jour ne se sont pas vus se transformer en ombres… «Veilleur, où en est la nuit ? » …

Daniel RIOT 

13/05/2007

Malaise dans l'éducation

Voir l'article de Caroll de Maistre-Riot, psychanalyste, sur son blog "les paperoles" >>>>>>>>>>>>>>>

01/05/2007

Sous les pavés : les névroses du Petit Nicolas, « avatar de mai 68 » …

Fâché, Dany le Rouge devenu vert ou plutôt arc-en-ciel ! On le comprend… Non pour lui : il s’en moque et il a bien raison. Il sait, lui, que le « Fays ce que voudra », c’est du Rabelais, non une affiche de mai 68….

Daniel Cohn-Bendit considère (non sans raison)  que "parler de liquidation de 68, c'est du bolchevisme". Il juge "incroyable ce terme stalinien, bolchevique, de 'liquidation'"."Si on veut un bolchevique au pouvoir en France, eh bien: Sarkozy!", a-t-il lancé.

medium_cohn_bendit.2.jpg

L'eurodéputé vert souligne (à juste titre) que Mai 68 "a transformé la société française de fond en comble, a libéré l'autonomie des individus". "68, c'est un moment important de la modernisation de la société française": "c'était une soif de vie", a-t-il jugé, tout en ajoutant que "la critique a été faite par des tas de gens, dont moi, depuis longtemps". Ce qui est parfaitement vrai.

D’autres réactions vont dans le même (bon) sens. Je n’insiste pas. Je fais juste une remarque en passant.  Ce Sarkozy, ou plutôt celui qui écrit ses discours, a un sens très aigu du plagiat. C’est de cousu machine. Sans scrupule. Mais il veut dire quoi le mot « scrupule » en langue nationale du Sarkoland ?

Extrait :  «  Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait aucune différence entre le bien et le mal, entre le vraie et le faux, entre le beau et le laid. Ils avaient cherché à faire croire que l’élève valait le maître, qu’il ne fallait pas mettre de note pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, qu’il ne fallait pas de classement. Ils avaient cherché à faire croire que la victime comptait moins que le délinquant. Ils avaient cherché à faire croire qu’il ne pouvait exister aucune hiérarchie de valeurs.

Ils avaient proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, que la politesse c’était fini, que le respect c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de grand, plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit »

Vous  pensez que c’est le texte de Sarkozy ? Non. C’est extrait de « La défaite de la pensée » écrit en   1987  par  Alain Finkielkraut

medium_mai_68_9.jpg

Reste la question que je me posais hier : « Pourquoi tant de haine » pour 68 chez Sarko ?  

Le site « Sarko :  non Merci » donne une réponse qui mérite une sieste sur un divan : « L'explication est plutôt simple et il s'agit encore une fois de revanche. Il s'agit encore une fois pour cet homme de faire de la politique en réponse à ses propres névroses. En 1968, Nicolas Sarkozy était un tout jeune adolescent cloîtré entre les murs bourgeois de son XVIIème arrondissement parisien où on l'imagine aisément fulminer de ne pouvoir "moralement" participer à l'ébullition d'une jeunesse dont il se sent exclu comme de par sa naissance - génétiquement ?

Car il s'agit en mai 68 de politique, mais également de libération sexuelle, et ça pour un adolescent scolarisé au lycée privé Saint-Louis de Monceau et élevé dans un catholicisme moralisateur et rigoriste, où par exemple le sexe est tabou et l'onanisme un péché mortel, c'est sans aucun doute insupportable.

medium_sarko_caricature_cheval.3.JPG

On peut comprendre la fêlure qui s'est alors créé dans le petit coeur du petit Nicolas, mais le passage à l'âge adulte signifie d'avoir été capable de surmonter les traumas de l'enfance, de les avoir intégré et d'avoir appris à les vivre. Cette hargne qui ronge encore Nicolas Sarkozy illustre comme ses déchirures sont encore béantes et comme il reste habité par ce besoin de revanche qui finalement demeure son principal moteur.

medium_sarko_jeune.2.jpg

Comment faire confiance à un homme à ce point dévoré par ses névroses ? Comment envisager de lui remettre le pouvoir et les responsabilités qui accompagnent ce pouvoir ? Tout pouvoir est assorti de sa contestation, mais comment réagira-t-il face à tous ceux qui, en France ou sur la scène internationale, viendraient lui contester son pouvoir, ce jouet qu'il serait enfin parvenu à conquérir ? Car une chose est certaine, c'est que la revanche n'efface pas le mal qu'on a ou croit avoir subi.

Une fois Président, la plaie ne se trouvera pas miraculeusement cicatrisée et la rage du petit Sarkozy n'en sera qu'exacerbée. Il lui faudra alors nourrir d'autres mets à son appétit de revanche... N'est-ce pas toujours de ce bois revanchard dont sont fait les dictateurs ? Ne vaudrait-il pas mieux qu'il s'allonge sur un divan plutôt que de grimper sur ce trône qu'il convoite depuis si longtemps et duquel il ne pourra contempler que son grand vide intérieur ? »

Autre explication complémentaire donnée par Serge FAUBERT, journaliste,  spécialiste de l’Eglise de scientologie en France : Comme srko, je fais un copié-collé (mais je le dis,moi)...

En fait,  « Nicolas Sarkozy est bien un produit de la pensée 68. De cette époque dont le ressort principal est de ne se définir que par rapport à un ennemi, quitte à l’inventer pour la circonstance, quitte à dire tout et son contraire.

medium_mai_68_6.jpg

Voyez le candidat UMP éructer sur la « racaille », le "Kärcher" ou les « procès staliniens ». On croirait entendre les imprécateurs  gauchistes vitupérant l’impérialisme ou le grand capital. Même manichéisme, même logique belliciste. Celle de la guerre froide, d’un monde bipolaire où, comme les militaires, on ne raisonne qu’en termes d’amis ou d’ennemis. Ce n’est pas un hasard si tout au long de sa campagne, Nicolas Sarkozy  a martelé qu’il se voulait le protecteur de la France et des Français. A sa façon, le candidat UMP est un autre orphelin du messianisme ambiant des années 70. (...)

N'en déplaise à ces nostalgiques du bruit de bottes, ce n’est pas d’un chef de guerre dont la France besoin aujourd’hui, mais d’un bâtisseur. Nulle menace à nos frontières ; le mur de Berlin est tombé en 1989 et l’arme nucléaire sanctuarise le territoire national. Mais combien de chantiers en sommeil : l’emploi, l’école, les banlieues, les institutions, l’Europe…

medium_sarko_haine.jpg

Oui, finissons-en avec 68!  Avec les fantasmes guerriers de ces docteurs Folamour qui n’ont conduit la France qu’à l’échec. Maréchaux d’opérette d’une idéologie en déroute, libertaires devenus libéraux (n'est-ce pas Daniel Cohn-Bendit?)

C’est cette page que le vote pour François Bayrou est venu symboliquement tourner. Nicolas Sarkozy, quoiqu’il en dise, ne propose que de jouer les prolongations de cette farce. Peut être davantage dans le rôle du CRS que du lanceur de pavé. Mais toujours dans le conflit. »

Cela méritait reproduction, non?

medium_ena_4.jpg

Autre explication, complémentaire, sur axée sur l’école : celle du pédagogue Philippe Meirieu, fondateur des IUFM (instituts de formation de maîtres).  « Ce que Nicolas Sarkozy dit sur l'autorité ressemble au discours de Pétain, avec un retour à l'autoritarisme, à une forme d'obéissance arbitraire fondée sur la force et non sur la compétence », a-t-il constaté.

« C'est une vision infantilisante de l'école. Liquider mai 68, c'est un recul inquiétant de la démocratie: c'est mettre une place un dispositif dans lequel l'autorité ne se discute pas, or l'autorité démocratique, par essence, se discute. Il y a eu des excès libertaire en mai 1968, mais ils ont très vite été cadrés, on est revenus aux notes depuis des dizaines d'années, et il n'y a jamais eu autant de sanctions, autant de conseil de discipline qu'actuellement, sans que cela ne fasse baisser la violence scolaire d'ailleurs", a-t-il ajouté.

"Ce qui a fait l'enfant roi, ce n'est pas mai 1968, ce sont les médias et la publicité, qui exaltent les caprices de l'enfant consommateur", a-t-il conclu, exhortant le candidat à s'attaquer au "crétinisme intellectuel" que promeuvent les médias et les multinationales.

medium_glucksmann_3.2.jpg

Sarkozy s’attaquant au « crétinisme intellectuel », ce serait effectivement une vraie révolution. Glucksmann, ancien « mao », qui a prêché la bonne parole sarkozienne à Bercy  pourrait l’aider… Lui, il se prenait pour le Lénine qui allait sortir des barricades ! A chacun ses rêves. Lénine et napoléon dans le même clan, voilà qui promet ! Vive a société « apaisée »…

REPERES

Voici un extrait de la préface de "Que reste-t-il de Mai 68?" de Henri Weber (1998, Le Seuil), résumant l'héritage de Mai 68.(repris sur nouvelobs.fr)

"Le bilan de Mai 68 est en effet largement positif : au milieu des années 70, la société française est devenue beaucoup plus libérale - au sens politique et culturel du terme -, plus démocratique, plus hédoniste, plus solidaire, plus égalitaire aussi qu'elle ne l'était dans les années 50 ou 60.
Le bilan de Mai 68, c'est d'abord tout un ensemble de conquêtes sociales qui ont modifié la condition ouvrière dans notre pays: mensualisation des salaires, reconnaissance de la section syndicale d'entreprise, augmentation de 35% du SMIG et de 10% des salaires, création du Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance, accords contractuels sur la formation permanente, l'indemnisation totale du chômage… Loin de provoquer la catastrophe économique que prédisaient une certaine droite et un certain patronat, cette injection de pouvoir d'achat supplémentaire a nourri une croissance exceptionnelle - 5,4% par an! - jusqu'en1975, au prix, il est vrai, d'une évaluation du franc en 1969.
C'est ensuite une série de conquêtes juridiques et politiques, libéralisant les rapports entre les sexes, les générations, les gouvernants et les gouvernés: liberté de la contraception et de l'avortement, autorité parentale conjointe sur les enfants, possibilité pour les femmes d'ouvrir un compte en banque sans autorisation préalable du mari, droit à l'égalité professionnelle entre hommes et femmes: en 1968, seules 44% des femmes de 25 à 54 ans étaient au travail, contre 80% aujourd'hui. A quoi s'ajoutent un début de décaporalisation de l'ORTF, la reconnaissance des droits des homosexuels, la prise en compte des cultures régionales, le droit de vote à 18 ans, la loi Edgar Faure de démocratisation de l'Université…"

28/10/2006

"ADULTERES" d'Aldo NAOURI: Paradoxes des mariages d'Amour et de Liberté...

medium_adultere.jpgCe pédiatre dit « passer sa vie à vaincre la trouille des parents ». C’est parce qu’il soigne les parents pour guérir les enfants qu’il peut publier un livre don le titre ne doit tromper personne : « Adultères » (Chez Odile Jacob) n’est pas un livre de sexologie, un ouvrage de recettes faciles, un de ces ouvrages-marketing  où l’on parle de la tête pour vendre du cul. Ce livre se situe dans le droit fils de ses ouvrages précédents : Le Couple et l’Enfant (1995), Les Filles et leurs mères (1998), Questions d’enfants (1999), Réponses de pédiatre (2000), Les Pères et les Mères (2004).

 

 

Un personnage Aldo Naouri ! Il suscite plus que de la sympathie : de l’empathie. Sa vie est un vrai roman. Une famille de dix enfants élevés par la veuve d un tailleur juif de Libye. L’exil, l’exode. Vers l’Algérie où Vichy n’applique pas encore les consignes de leur maître de Berlin avec un zèle qui fait encore honte à la  France. La découverte de la difficulté de nouer langue avec des gens dont on ignore la langue : « J’ai appris à lire les mimiques. C’est très utile avec les enfants ».Le tremblement de terre d’Orléanville : le réfugié devient rescapé. Direction : la Métropole.  Où il apprend très vite à parler, à lire et à écrire ce Français dans lequel excelle. En conteur chaleureux. En écrivain quia appris que « le style, c’est ce qui tombe ».

Son livre n’est pas exhaustif, mais il est total. Un vrai livre, pas seulment un produit d’édition comme on compte tant sur tous les rayons… Par son écriture, vive, accrocheuse, huilée. Par ses références multiples. Ses expériences, ses observations, ses lectures, cette musique qu’il aime,  et ce cinéma qu’il sait apprécier. Un homme de culture au sens le plus fort du terme : savoirs et réflexions qui permettent « d’aller au plus proche de l’intimité humaine », « non par la raison mais par la résonance »…

Avec ce sens de l’humour qu’il conserve en toute circonstances, même quand il pique de vraies et fausses colères …contre le jeunisme et « l’infantolâtrie » si caractéristiques de cette époque où l’enfant-roi devient enfant-tyran…pour son propre malheur. » : « L’enfant est investi et surinvesti  dans une perspective de réparation narcissique personnelle » de parents plus égoïstes que lucides et responsables. A l’école des parents, Naouri ne donne aucune leçon, mais il tire de bonnes leçons qui valent réflexions. Surtout à une époque où la télévision et internet jouent le rôle de parents-gardiens bien contestables…

medium_Naouri.jpgNouari ne donne aucune leçon non plus en matière de « fidélité conjugale », de « gestion matrimoniale »… Mais là encore, ill sucite bien des réflexions :le lecteur est renvoyé à lui-même. Celiu que se définit comme « un vieillard au passé banal et monogame » part d’un constat paradoxal : le pacte de fidélité implicite ou explicite qu’implique une Union pouvait être logiquement fissuré ou brisé à l’époque des mariages forcés, arrangés ou d’intérêt…Mais aujourd’hui, où l’Amour et la Liberté triomphe, comment expliquer qu’un couple sur deux (au moins) se brise ? …

Cet amour-Kleenex généralisé ou presque provient-il de l’usure sexuelle ? Naouri cite Roger Vaillant : « c’est plus facile de faire l’amour à cent femmes différentes que cent fois  à la même femme ». Il s’abrite aussi derrière ce trait d’esprit de Lucien Israël : « Seuls les paranoïaques sont convaincus de la fidélité de leurs femmes »…

Difficile la paix du slip ou de la petite culotte. Le zizi, « un organe dérangeant ». Comme les molécules et les hormones qui expliquent (en partie) la « chimie des états amoureux » ou  ces envies de « la soupe « du voisin, ces « désirs qui viennent du manque », ces analyses pas toutes pertinentes que Freud a popularisées en reconnaissant les limites de ses connaissances de la femme, ce « continent noir ».

medium_couple-01.jpgL’amour ? « Vouloir donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas », selon la formule de Lacan ? Eros comme fuite devant Thanatos. Sans doute faut-il redécouvrir Agappé. Mais les sites de rencontres, la pornographie ambiante et le succès des gadgets sexuels (surtout chez les femmes) ne nous en font guère prendre le chemin…L’esprit de compétition et de concupiscence non plus. Aimer reste posséder avant de donner. Et les règles du « vieillir ensemble » sont brisées par les réalités du « évoluer différemment ».

Du fusionnel-passionnel à l’indifférence- impuissance, le couple se découple Ecartelé entre bovarisme et donjuanisme. Détricoté par cet « état adolescent » qui parasite si souvent « l’état adutle ». Par cette angoisse du temps qui file. Par la quête du Graal. Par la fuite devant la mort  dans un « ici et maintenant » hédoniste et individualiste qui donne souvent mauvaise conscience parce que « la monogamie est un phénomène culturel » qui reste chargé d’interdits….

« La libération actuelle des moeurs semble rendre difficile, voire impossible, l’entente durable d’un homme et d’une femme, d’une femme et d’un homme » souligne Naouri « Le couple est-il alors condamné à n’être qu’une union précaire, toujours menacée ? Je n’ai jamais eu à connaître une infidélité ou une rupture qui n’ait produit d’intolérables douleurs quand ce n’était pas de profonds, voire de très profonds, dégâts. L’adultère n’est jamais une expérience facile à intégrer ou à dépasser ».

medium_couple_Picasso.jpgMise en perspective : « Comme leurs cousins primates, les mâles homo sapiens sapiens se sont d’abord accouplés avec les femelles de leur espèce sans aucun souci d’attachement, ni de former des couples durables, ni d’instituer une famille » confie  Naouri dans une conversation publique que j’ai animée à la Salle Blanche de la Librairie Kléber à Strasbourg. « Et la famille, avec la reconnaissance du mâle comme père, ne s’est constituée que progressivement, il y a entre 30 000 et 12 000 ans, au moment où homo sapiens s’est sédentarisé. Alors, on a mieux compris la nécessité de créer du lien social et de surmonter, à cet effet, les pulsions naturelles. Ce n’est pas pour rien que les textes anciens, du Code d’Hammourabi au Décalogue hébraïque, mettent autant l’accent sur l’interdit de l’adultère.

--- L’adultère, un pêché, entre le vol et le meurtre. Et jusqu’à peu le grain à moudre des huissiers antipathiques qui vérifient les draps

« Dans le Décalogue, il figure même entre l’interdiction de tuer et celle de voler. C’est dire l’importance accordée à la fidélité au sein de la famille et à la préservation du lien social. On était alors évidemment très éloigné de la liberté des moeurs de ces cinquante dernières années et de notre vision du divorce qui transforme le couple en banal bien de consommation (…) Tout a changé au fil du XXe siècle : avec la montée de l’individualisme, on a caressé le fantasme d’unions librement choisies (tout de même largement déterminées par le milieu social ainsi que par quantité de mythologies hollywoodiennes, comme l’a montré Denis de Rougemont dans L’Amour et l’Occident) »

---Mais pourquoi ne pourrait-on pas aimer plusieurs personnes à la fois, chacune différemment ? C’est la notion de fidélité qu’il faut peut-être redéfinir. Chaque amour est unique. Aimer c’est d’abord ne pas comparer…Or,  même avec ces raisonnements que bien de morales réprouvent, « ça foire »…Pourquoi ? Les parents, notamment les mères, jouent pour vous un rôle déterminant. Quelle responsabilité d’être mère ! Vous allez en culpabiliser davantage encore  plus d’une, Aldo Naouri…

medium_mere_et_enfant.jpg« C’est un point que j’ai longuement traité dans mes ouvrages précédents, en particulier dans Les Pères et les Mères. Le petit d’homme, à partir de sa vie intra-utérine, noue avec sa mère des liens de complétude tels qu’il va tendre à vouloir retrouver, auprès de ses partenaires amoureux, un substitut à l’état édénique qui était le sien dans le tout petit âge. C’est de cette façon que s’explique le plus souvent l’adultère. On brave à la fois l’interdit et on retrouve un état d’euphorie qui a laissé dans notre cerveau la force de son empreinte. En d’autres termes, commettent l’adultère des gens qui ne sont jamais parvenus à faire le deuil de leur relation à la mère et qui veulent à tout prix en maintenir l’illusion ».

--Si commettre l’adultère c’est chercher à retrouver sa mère, l’inverse n’est-il pas aussi possible ? Dans certains cas d’adultère, on quitterait sa mère pour aller vers une femme vraiment autre…ou vers sa sœur ou son frère, non ?

« Tous les cas de figure sont possibles ! L’institution du divorce est là pour permettre la séparation, et celle-ci est parfois nécessaire à la maturation d’individus dont le mariage n’a été qu’une façon de prolonger leur enfance ou leur adolescence, une façon de refuser le passage à l’âge adulte. Cela dit, notre société voudrait accréditer l’idée qu’on pourrait “jeter” comme un kleenex la personne à laquelle on s’est unie. C’est faux, et toujours très douloureux. »

medium_couple-picasso_2.jpg---Vous donnez tout de même un bon conseil pratique :il y a des mites à la transparence. Vous êtes pour le mensonge par omission en cas d’escapade extra-conjugale….

« Evidemment. A quoi se faire du mal, ajouter des douleurs à la douleur. ? Même les couples heureux ont une histoire. Et chaque situation est spécifique… Qui plus est, le sexuel est une  manifestation de la  pulsion de vie. Il faut différencier le sexuel, le génital et l’amour. Il faut aussi simplifier les définitions. Pour moi, l’adultère c’est l’utilisation des outils sexuels. Ce n’est pas le regard plein de convoitises que dénonçait Saint-Mathieu. Ce n’est pas le jeu de la séduction. La convivialité. Le plaisir de voir, d’écouter, de parler.  Notre quotidien est compliqué parce qu’il est fait de rencontres »

Il y a toujours le risque du sourire qu’on croise, du regard qui enflamme. De la voix qui envoûte et de la démarche qui ensorcelle. Que c’est beau, c’est beau la vie…

 

Le devoir d'utopie d'Albert Jacquard

medium_jacquard_2.jpgQuel plaisir de relire et de revoir Albert Jacquard  grâce au débat de La salle Blanche de la librairie Kléber   (qui en l’occurrence s’est déroulé à l’ENA à Strasbourg). Un débat que j’ai eu l’honneur et le bonheur d’animer devant un public sous le charme d’une intelligence hors du commun. Qui rayonne bien au-delà des limites de l’Hexagone.  Son dernier livre, « Mon Utopie » (Stock) est un vrai message d’espérance, de volontarisme…Et une belle bouffée d’oxygène. Jacquard, c’est une séance de Thalassothérapie de l’Esprit. Oh ! que cela fait du bien… 

 

«  A mon âge, c’est devoir », sourit-il… Surtout en cette époque où (l’on ne s’en pas assez compte) « l’Humanité subit actuellement une bifurcation radicale » et où nous sommes « comme emporté dans un tourbillon qui peut nous conduire au pire », A cause de cet économisme galopant qui nous fait oublier que « tout ce qui n’est pas renouvelable » devrait faire partie du « patrimoine (intouchable) de l’Humanité ». A cause de cet « esprit de compétition » ravageur dès l’école maternelle. A cause de cette irresponsabilité collective et individuelle qui nous fait oublier l’essentiel : «  Je ne suis JE que parce que TU est un JE. Je suis qui je croise, qui je rencontre. L’identité et l’altérité sont indissociables ».

 

Non, il ne radote pas Albert :il enfonce des clous qui s’imposent. Et devraient dominer la campagne des Présidentielles si la Politique consistait d’abord à donner tout son sens au mot « valeur » (au singulier et au pluriel). Et toute sa valeur au mot « sens ».

Un personnaliste authentique, cet ancien professeur d’humanistique, cet enseignant qui considérait ses étudiants comme des « collègues en Humanité », ce scientifique qui place la lecture (et l’écriture) au-dessus de tout, ce militant des Droits de l’Homme qui s’illustrent dans des actes et pas seulement dans des proclamations et qui touchent aussi les droits dits « sociaux », ce pourfendeur des modes médiatico-« décervelantes », ce procureur d’un système scolaire et universitaire qui tue les intelligences au lieu de les développer.  Un homme-vitamine, Albert ! Lui qui sait ne pas confondre âge et vitesse est d’une jeunesse d’esprit fantastique.

L’éducation, l’école… La « Cité idéale », c’est « une cité où tout serait l’école ». Son livre est d’abord un essais sur l’éducation, sur la technique et l’art d’enseigner, donc d’échanger, de rencontrer, de frotter sa cervelle à celles des autres et aux réalités du monde, sans ce « taylorisme scolaire » qui fait tellement de ravages. 3dans un gouvernement digne de ce nom, le ministre de l’éducation devrait être le premier des ministres. Et Berçy devrait être à son service »…

Certains de ses engagements peuvent faire sourire, bien sûr. L’Utopie, c’est cela. Surtout quand on ne se contente pas de la proclamer mais de la faire vivre…

Il a mauvaise conscience de devoir prendre l’avion aussi souvent. Il sait bien que, même austère comme il sait l’être, il participe aux spirales du faux progrès qu’il condamne. Il sait même que son cheminement personnel atypique  en fait un « privilégié ». Il en sourit : « l’annuaire de Polytechnique » est bien utile, y compris dans ses combats en faveur des sans-papiers et des sans –logements. Il ne pourrait pas être qui il est et comme il vit sans un sens aiguë de l’humour, y compris vis-à-vis de lui. Il sourit encore d’avoir dû défiler avec les Polytechniciens sur les Champs-Elysées, le 14 juillet. Il se console en citant Einstein : « Pour marcher au pas, le cerveau est inutile. La moelle épinière suffit ». Les grands esprits sont d’abord des hommes d’esprit.

D’ailleurs, lui qui dénonce l’esclavagisme du travail est un grand…  travailleur. Il suffit d’écouter ses chroniques quotidiennes sur France Culture.  Il suffit de lire ses livres. Il suffit de voir à quel point il prépare ses conférences, ses débats, ses rencontres pour se dire que Paul Valéry avait raison : « le travail doit finir par effacer le travail ». Mais c’est du travail-épanouissement dont nous parlons là, non du travail-corvée, du travail-gagne pain, du travail forcé, du « travail-torture »…

L’étymologie du mot (le latin Tripalium, trépied servant à torturer) recouvre une autre Utopie : celle de la fin des servitudes. Nous en sommes loin…Mais Jacquard, hostile à toute « traçabilité » sociétale  des individus laissera une belle trace : celle d’un homme qui croit en l’Homme.

 

medium_jacquard_1.jpg>>>>>>>>> Jacquard sur Amazon  

 

11/10/2006

Censure liberticide et intolérance galoppante: L'affaire REDEKER est aussi UNE "AFFAIRE DE ROBIEN"...Y a-t-il encore un ministre à l'Education nationale?

medium_redeker_robert.2.jpgNon, non, non et NON…J’ai signé la pétition, bien sûr…Même si je n’ai rien d’un professionnel de la pétition Et j’ai lu avec intérêt nombre de textes d’intellectuels ou simplement de citoyens sur ce crime contre l’intelligence…SOS, Voltaire ! Halte à la régression… Je trouve que « l’affaire Robert REDEKER » est trop vite passée sous silence, minimisée, ignorée. Scandaleusement effacée…

 

Je ne connais pas ce professeur de philosophie. Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec toutes ses vues. Et je n’ai apprécié que modérément son article publié dans Le Figaro. Il est d’autres manières de critiquer ce qui peut transformer l’Islam en islamisme, et surtout en islamo-fascisme ou en fascislamisme. Personnellement, j’en ai  même commis un livre (avec mon ami  Driss Ajbali) : « Ben Laden n’est pas dans l’ascenseur » …

 

Mais ce qu’il vit, connaît, subit est INADMISSIBLE. Son ITW dans Sud-Ouest de dimanche vaut autant lecture que son article dans le Figaro : Il dénonce le "lâchage et (la) lâcheté" du ministère de l'Education nationale."Le ministère de l'Education n'a même pas porté plainte contre X pour menace de mort contre un de ses fonctionnaires", L'enseignant exerçant d ans la région toulousaine, vit dans un lieu tenu secret depuis la parution de sa chronique le 19 septembre. Robert Redeker assure qu'il ne se porte "pas bien du tout" et vit "enfermé depuis deux semaines, séparé de (sa) famille, surveillé par la police".

 

medium_de_robien.2.jpgLâchage et lâcheté….Au plus haut niveau de l’Etat. Eh ! Oui. Monsieur Gilles De Robien devrait avoir des problèmes de conscience. Mais son « portefeuille » ministériel semble importer plus que tout. D’ailleurs, son immobilisme chronique lui a évité les « ennuis » de quelques uns de ses prédécesseurs, d’Allègre à Luc Ferry (en passant par Bayrou, d’ailleurs).

 

Ce doit être terrible pour lui d’affronter son miroir matinal. Comment un homme dit de « principes » peut-il se rendre complice des pires pourfendeurs de ses propres principes ? Si l’on comprend bien (dans l’attente d’explications plus amples), Robert  Redeker n’aurait que ce qu’il mérite, ou presque… Où le blasphème redevient un délit…Où le « délit d’opinion » est ressuscité, même dans LE FIGARO. Où le ministre de l’Education devrait retourner à l’Ecole de la République…

 

Une fois de plus, je me réfère à Jacques Julliard : « A des signes comme ceux-là, on mesure les progrès réalisés, au nom de l’immonde principe de précaution, par l’esprit de soumission dans la conscience commune. Qu’est-ce donc que la tolérance ? Le mot, en vérité, n’est pas heureux. Sans parler de la boutade de Claudel -"La tolérance, il y a des maisons pour ça !"- on constate que son premier sens est terriblement restrictif. Tolérer, c’est d’abord ne pas réprimer alors que, juridiquement, on le pourrait : c’est ainsi que l’on "tolère" de plus en plus des voitures sur le trottoir. Cette tolérance-là est le contraire du droit. »

 

Si le Ministre de l’Education nationale n’est pas le ministre de la Tolérance et de la Laïcité, il n’a rien à faire à son poste. Son silence transforme « l’affaire REDEKER » en « affaire De Robien »

 

Je (re)cite Julliard : « Ainsi, la sacralisation des croyances est un présage lugubre dans une société qui se communautarise chaque jour davantage et qui ne parvient plus à concevoir le débat public autrement que sous la forme de la coexistence pacifique des communautés, de leurs croyances, de leurs absurdités, de leurs tabous, de leurs interdits, de leur terrorisme intellectuel – en un mot, de leur sectarisme. Et voilà le résultat ! La "tolérance" comme rempart ultime du fanatisme, quelle absurdité ! L’extraordinaire sensiblerie intellectuelle de notre temps à toutes les croyances aboutit paradoxalement à la sacralisation du sectarisme, à la restriction de la liberté de penser et de débattre ». La « sacralisation du sectarisme » : Une formule à méditer Monsieur de Robien…

A LIRE >>>>>

SIGNER LA PETITION >>>>