06/10/2007

Affaires et affairisme : Où souffle « l’esprit Dallas »

L’éditorial de Daniel RIOT pour RELATIO :Thierry Breton (que je connais depuis bien longtemps) est un homme d’une intelligence  peu ordinaire. Cela l’a conduit avant ses carrières industrielles et ministérielles à écrire des livres et à avoir des vues prospectives d’une pertinence exceptionnelle. Il affiche une de ces lucidités que l’on aimerait voir plus répandues. C’est en raison même de ses qualités que sa prestation devant les sénateurs laisse dubitatif…

«Transparent», mais «pas convaincant» dit, devant des journalistes, Philippe Marini, le rapporteur UMP de la commission des Finances du Sénat. Un bon résumé. Pourquoi ?

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A trop clamer que « L’Etat a eu un comportement exemplaire », en s’abritant un peu maladroitement derrière des structures (logiques en régime capitaliste) dont ses prédécesseurs sont responsables (Fabius et DSK) et en avouant  sa méconnaissance voire son ignorance de « l’affaire », l’ex-locataire de Bercy a paru très gêné par les questions des parlementaires… qui comprennent mal pourquoi cet ex-consultant n’ait pas su se faire mieux écouter par les dirigeants d’EADS…

Quand Manfred Bischoff (Daimler) et Arnaud Lagardère sont venus, en novembre 2005, l’informer de leur intention de céder leurs parts (7,5 % du capital chacun), il leur a signifié sa « très grande réserve»… Pas plus ?

Et quand  la Caisse des dépôts - un organisme public  - a racheté une partie des actions de Lagardère, il l’a appris «en lisant la presse»… Heureusement qu’il ne lit pas que « l’Equipe », notre actuel prof d’économie à Harvard, contrairement à ce que disent les « Guignols »… Manque d’autorité, là, manque de contrôle de ses services (directs et indirects) ici… Oh ! Thierry, ils étaient pourtant bon vos livres sur « La fin des Illusions » et sur « La Dimension invisible »…

On comprend que Christine Lagarde qui avait pris la défense de son ministère avec force, comme par réflexe, se ravise et exige une enquête interne… C’est la moindre des choses, peut-on dire sans rire. 

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 Qui plus est, un fait et une chronologie jettent un sérieux trouble. Le 8 mars 2006, le directeur adjoint du cabinet de Breton apprend de la bouche du directeur financier de Lagardère que ce dernier, (« mon frère », dit de lui Nicolas Sarkozy) ­s’apprêtait à vendre sa participation. L’information est transmise immédiatement  à l’APE, l’Agence des participations de l’Etat.  Mais elle ne sera rendue publique que le 5 avril. Pourquoi ? Or,  entre-temps, les hauts dirigeants d’EADS ont vendu massivement leurs actions. Etrange, non ? Surprenant, non ?  C’est l’un des points que l’inspecteur général des finances Bertrand Schneiter (à qui Lagarde a confié l’enquête) devra éclaircir. Avant jeudi !

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Il est un autre point d’ombre : qui peut croire, en connaissant un peu la « maison » que la Caisse des Dépôts et Consignations puisse acquérir un tel paquet d’actions d’une entreprise européenne hautement stratégique sans que les autorités politiques en soient averties ?  

La Caisse des dépôts et consignations affirme haut et fort avoir agi de façon « autonome » et sans instruction de la part de l’Etat. C’est beau l’indépendance ! Mieux : elle  confirme qu’elle se joindrait à la procédure qui serait engagée à l’issue de l’enquête en cours menée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) s’il apparaissait que des agissements aient pu lui nuire en tant qu’actionnaire. Nous voilà rassurés. Pas vous ?

En tous cas, si l’Etat a eu une « conduite exemplaire », ses « serviteurs » n’ont pas eu, visiblement, la conduite qui s’imposait. Ni financièrement, ni politiquement, ni moralement.

Au-delà des personnes en cause, n’est-ce pas là  l’une des illustrations de cette connivence presque institutionnalisée entre les « milieux d’affaires », ces artistes de la géofinance, ces virtuoses de « l’économie casino »,  et les « sphères politiques »…qui devraient, par définition, placer les intérêts de la Cité (au sens large du terme) avant ceux des champions de la « corbeille ». De cette « Corbeille », où selon de Gaulle, ne devrait pas se faire la politique de la France…

Mais depuis le général, la « Corbeille » a pris une influence que la politique n’a plus… L’Italie a eu Berlusconi : elle n’en est pas encore guérie. Et le « berlucosnisme » n’est pas qu’une spécialité italienne : « l’esprit Dallas » fait trop de ravages. Ce qui ne nous empêche pas de « réfléchir », à la demande de Sarkozy et sous l’autorité de Rachida Dati,  à une « dépénalisation du droit des affaires ». Une urgence, on vous dit ! Un impératif ! Une réforme qui s’inscrit dans la profonde réforme de la justice « souhaitée par les Français qui ont élu Nicolas Sarkozy ».

Ben voyons … Si la croissance est en panne, est-ce parce que « l’esprit Dallas » est trop freiné au pays de Colbert par une justice pénale trop sociale ?… Si les dettes françaises sont aussi vertigineuses, est-ce parce que la « droits des affaires » secrète trop de vilaines « affaires » qui empêchent de « belles » affaires ?…

Réformer le droit des affaires, peut-être : là comme ailleurs, il y a trop de lourdeurs et d’arbitraire bureaucratiques. Mais, attention ! « L’esprit Dallas » voudrait que « l’affairisme » devienne un droit….

Au  fait, (on passe d’une affaire à l’autre, c’est cela le dynamisme !),  il a toujours ses nobles fonctions au Medef, le sieur  Denis Gautier-Sauvagnac. « Négociateur en chef sur la modernisation du marché du travail » : voilà un joli titre, non ? Surtout pour quelqu’un qui reste présumé innocent mais qui a opéré des retraits de fonds qui dépassent l’entendement de gens normalement constitués…

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Aux dernières nouvelles, deux autres comptes bancaires suspects ont été découverts par les policiers de la brigade financière (BF) enquêtant sur les retraits de fonds qu’aurait opéré Denis Gautier-Sauvagnac dans une caisse de l’Union des industries des métiers de la métallurgie (UIMM).

Selon l’Express, le négociateur du Medef aurait sorti en liquide, entre 2000 et 2007, non pas cinq mais quinze millions d’euros sur le compte de l’UIMM. Tout augmente… Il y a trop de zéros pour qu’un esprit ordinaire (vous et moi)  voit la montagne que cela représente…

Piment de plus :  la piste privilégiée par les enquêteurs concernerait le financement occulte des syndicats, ce qui ferait de cette affaire « une bombe politico sociale », toujours selon l’Express.  Les syndicats s’en montrent outrés, évidemment. Attendons… puisque Denis Gautier-Sauvagnac a nié toute malversation.

Mais si cette piste se vérifie, nous aurions là une version originale du grand rêve (gaullien) de l’association « capital-travail). « L’esprit Dallas », c’est d’abord la culture du résultat, le culte de la fin et… l’occultation des moyens.  « JR » n’est pas méchant mais cyniquement efficace.Dans un “univers impitoyable”.

Cela dit, nous attendons aussi des nouvelles …d’Allemagne. Car le scandale EADS, puisque scandale il y a même si l’enquête n’est pas terminée, est franco-allemand. Or, pour l’heure, du coté de chez Daimler (et de la Chancellerie), c’est plutôt une discrétion étourdissante :il est des silences qui font du bruit !

Impression et supputation : le refus politique allemand d’ « allonger » les euros nécessaires à Galiléo ne s’explique-t-il pas en partie par le trouble provoqué par cette secousse EADS ? Cela se comprendrait… C’est en cela d’ailleurs (aussi) que nous parlions ici d’un « crime contre l’Europe ». Un crime commis au nom de « l’esprit Dallas ».

Daniel RIOT

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21/10/2006

La nouvelle bataille des 35 heures: Quand l'esprit de rupture est un esprit d'escalier...

medium_breton_parizot.jpgTurbulences dans l’avion présidentiel qui va partir pour la Chine ? Parmi les passagers qui accompagneront Chirac, Thierry Breton et Laurence Parisot. Le ministre ne décolère pas contre la Présidente du MEDEF. Et la seconde a , au moins, un caractère aussi trempé que le premier… Scènes de ménage en plein ciel entre un patronat  qui n’est pas de « gauche » (cela se saurait) et un gouvernement de « droite » ? Les contentieux s’accumulent en effet. Après les polémiques sur le «  patriotisme économique », sur le CPE, sur les « silences » du MEDEF face aux « propositions « invraisemblables » (Breton dixit) des candidats du PS, c’est l’affaire des 35 heures qui provoque une polémique, en public et en privé. « Le torchon brûle entre le Medef et le gouvernement », constate Le Figaro

LES FAITS

Je cite Le Figaro : « Intervenant devant l'association Jeunesse et Entreprises, le ministre de l'Économie est parti dans une violente diatribe, se disant « atterré » par le silence du Medef sur les « propositions invraisemblables des trois candidats du PS comme la généralisation des 35 heures ». Et évoquant « une espèce de somnolence et d'anesthésie générale », dont le Medef serait responsable en oubliant de défendre les entreprises. Thierry Breton est allé jusqu'à estimer « qu'elles ne sont plus très bien représentées »

Le Figaro poursuit le récit : « Une attaque frontale que Laurence Parisot n'a pas appréciée. Elle a d'ailleurs, dans l'heure, décroché son téléphone pour s'en expliquer avec le ministre. (…) Sur RTL, elle a contre-attaqué. « La présidente du Medef dit depuis longtemps, et son prédécesseur également, que les 35 heures ont été une catastrophe pour les entreprises. Mais une catastrophe plus générale pour notre pays... Qu'attend le gouvernement y compris M. Breton ? Il peut déposer un projet de loi pour abroger ce que le gouvernement socialiste a fait en instaurant les 35 heures. Il est encore temps ». Laurence Parisot qui a vu dans la décision du Conseil d'État sur les hôtels cafés-restaurants une nouvelle illustration du « fatras juridique » dans lequel se meuvent les entreprises, a dans la foulée jugé « tout à fait regrettable qu'on n'ait pas d'emblée abordé ce sujet dès le début de la législature ».

medium_fillon.2.jpgDans le Parisien d’aujourd’hui, François Fillon qui alimente la polémique. En allant dans le sens du medef  Il propose une série de réformes pour permettre à la France de "rattraper son retard". Avec ces mesures, "il ne restera pas grand-chose des 35 heures", assure-t-il

LE COMMENTAIRE

Cette polémique est intéressante à plusieurs niveaux, dans le contexte pré-électoral actuel…

Un constat : Dans son optique et sa logique, le medef n’a pas tort … Pourquoi les gouvernements  de la Présidence Chirac n’ont-ils pas été plus clairs sur le temps de travail et sur les 35 heures ? Effets de manche, réformettes et, comme dans de nombreux domaines, politique de contournement, d’autruche et de fuite en avant…

Peur d’une flambée sociale ? Timidité devant des réformes pourtant jugées indispensables ? Manque de « lisibilit » (pour reprendre une formule du medef et, surtout, manque courage politique Ce qui est évidemment le plus grave.

Fillon, ancien ministre des affaires sociales parle « d’erreur historique », en expliquant :  « Abaisser le temps du travail en pleine mondialisation, au moment où tous les pays étaient en train de renforcer leur compétitivité, a constitué une faute considérable à l'origine de la diminution du pouvoir d'achat, la préoccupation majeure des Français »( ;;;)

« Quand on fait le comparatif international des heures travaillées, on s'aperçoit que la France est grosso modo 20% derrière les Espagnols, 27% derrière les Danois, 33% derrière les Britanniques, et 40% derrière les Américains »(…) « Il ne faut pas s'étonner, dans ces conditions, de voir notre pays reculer dans tous les grands classements internationaux à caractère économique, d'éducation ou de santé »

Si le raisonnement de Fillon est juste,  la gauche porte effectivement « la responsabilité exclusive » de cette « faute historique ». Mais la droite,  porte « l’entière responsabilité historique » d’avoir lassé les choses en l’état.

On aurait pu comprendre cette passivité  si Chirac, élu (aussi) par la gauche avait tiré les leçons des présidentielles en cessant de jouer un « camp » contre l’autre. Mais l’UMP a eu tous les pouvoirs pour imposer des mesures qui auraient permis d’éviter à la France la « situation d’une extrême gravité » qu’elle connaît selon Fillon qui s’exprime en tant que conseiller politique de Sarkozy…

Cette attitude est révélatrice de « l’esprit de rupture » des sarkozystes Ils veulent rompre avec tout ce que leur « camp » n’a pas fait ou mal fait….en mettant la « faute » sur la gauche. Ils en restent à l’inventaire et au bilan Jospin, en mettant entre parenthèse l’inventaire te le bilan Raffarin-de Villepin, de ces gouvernement dont ils faisaient partie, de cette majorité qu’ils avaient (et ont toujours) omnipotente voire écrasante…

Ce n’est évidemment pas un hasard si Fillon passe ainsi à l’offensive et si la polémique sur les 35 heures rebondit à un moment où, à gauche, Ségolène-la-favorite critique les 35 heures telles qu’elles sont appliquées, donc en manifestant un « esprit de rupture » qui n’est pas que verbal…malgré le projet socialiste qui prévoit leur « généralisation ».

Fillon pense-t-il  déjà au deuxième tour des Présidentielles ?  « En plein débat sur le pouvoir d'achat, nous allons dire aux Français: vous pourrez travailler plus et si vous travaillez plus, vous gagnerez plus grâce aux heures supplémentaires », dit-ilVite dit et simple, non? A condition d’avoir un boulot, bien sûr.

Mais il s’agit là d’un autre dossier. Celui du chômage sur lequel la France accuse toujours un « retard considérable » et paye la note de « fautes historiques »… bien partagées par le gauche et par la droite, qui n'ont pas su jouer sur toutes les touches du iano économico-social et ont trop saucisoné les pbroblèmes et les solutions ! Pardonnons à Fillon : L’ancien ministre des affaires sociales a su se convertir : il a des soucis de compétitivité, aujourd’hui, et non de solidarité . C’est peut-être cela aussi « l’esprit de rupture » à la sauce Sarko… A moins que Fillon ministre des affaires sociales ait été le fruit d’une « erreur de casting ». En tous cas, sur le temps de travail, sa vitalité d’aujourd’hui traduit un bel esprit d’escalier : cinq ans pour énoncer quelques idées( trop?) simples, c’est beaucoup, non ? Cela mérite débat, en tous cas…