25/01/2007
Mon carnet de campagne : Deniau n’est pas seulement mort. Il est tué…
L’Abbé Pierre, un jour. Jean-François Deniau, un autre jour. Trop de chagrin pour suivre avec entrain une campagne qui chagrine… Mon carnet de campagne du jour sent la nuit. « Magouilles et fripouilles » : On s’en sort quand et comment de ces deux mamelles de la médiocratie ambiante ?
Comme redirait Deniau, « La raison avec le cœur, le cœur avec l’intelligence, l’intelligence avec la foi, la connaissance sans être pédant, la bonté sans la faiblesse, l’imagination avec le réalisme, l’idéal sans l’utopie. Mettons en ménage ces vertus qui sont réputées de pas s’entendre »…
Bayrou, l’exception…
Nous en sommes loin, hélas, sauf chez Bayrou, peut-être, si injustement moqué pour sa sincérité qui n’a rien d’une naïveté. Il sait d’expérience, comme Deniau le savait, que dans notre « bazar médiatique » et dans notre ère de « démission du politique », qu’il est plus « payant » de prononcer « des petites phrases » sans intérêt « qui font des reprises » que d’expliquer « avec courage » en quoi les leaders politiques ne doivent pas « suivre » mais « guider » l’opinion et prendre « leurs responsabilités » au rique de déplaire aux consommateurs-zappeurs…

« Un bon pilote, disait Deniau (qui fut « six ou sept fois ministre » et a assumé bien des responsabilités), est comme un bon pommier produit des pommes. Il ne se « voit » pas piloter » Et il ne s’occupe pas de savoir qui mangera ses pommes.
Les « bas de soie nous manquent »
Deniau confiait aussi : « On connaît le mot de Napoléon sur Talleyrand : « de la merde dans un bas de soie »… Ce qui nous manque, aujourd’hui, ce sont les bas de soie ». Et il ajoutait : « Qu’est-ce qui est pire que le mal ? Ne plus reconnaître la différence entre le bien et le mal ». Terrible constat !
Comme celui qui conclut à la priorité de la parole dite sur la parole donnée : « La langue coupe la tête, affirme un proverbe tatar ». Pourtant l’engagement EN politique reste un devoir citoyen : « Comment donner un sens à sa vie si l’on ne donne pas un sens au monde » ?
« Tout est dans tout, mais pas n’importe comment »
Cet engagement EN politique reste aussi un devoir existentiel : « Tout est dans tout, dit un Sage, mais pas n’importe comment…Il faut savoir se battre sans haine et sans mépris pour l’adversaire. C’est le vrai courage. Oser prendre des risques n’est pas une vertu. C’est prendre le maximum de risques avec le maximum de précautions. Kipling a tout dit… Il dépend aussi de chacun que la politique ne soit pas une copie de « Main basse sur la Ville » (ou sur la région, ou sur la République, ou sur l’Europe, ou sur le Monde)… »
Bien dit, Jean-françois DENIAU ! Qui assumera votre héritage ?
Le « réenchantement » de la politique passe par là, en effet.
L’or qui coule et les « querelles de rats »…
Deniau expliquait : « Nous sommes riches de potentialités, si nous n’oublions pas quelques vérités primaires comme celle de ce proverbe ukrainien que Khrouchtchev avait transformé en devise : « Quand, dans un fleuve, tu jettes de l’or et de la merde, l’or coule et la merde surnage »…Trop de merde surnage et trop d’or coule dans le fleuve de la politique aujourd’hui.
Il y a aussi trop de « querelles de rats », comme disait Alexandre –le-Grand. Elles polluent l’atmosphère, provoquent des « crises », déclenchent des guerres et hypothèquent l’avenir.
Il y a encore (et surtout peut-être) trop de résignations individuelles et collectives sur cette planète où « personne ne peut dire qu’il a ou a eu raison puisque ce monde est …sans raison »
« Comment donner un sens à sa vie quand on n’en donne pas à l’humanité ? », « quand l’histoire fait rater l’Histoire » ? La politique indissociable de la philosophie politique : nous en somme loin en cette campagne présidentielle. Deniau, l’ex-« outre-vivant » n’est pas seulement mort : on le tue encore dans son « outre-tombe »…
Quelques mots du jour
Que retenir, à part cela, d’une journée (bien française) de « campagne » ? Quelques phrases sur quelques mots…
>>> « Oubliée »
Mélanie, la fille d'Ingrid Betancourt, a appelé les candidats à la présidentielle à s'engager "réellement" pour la libération de sa mère, aux mains des FARC depuis février 2002. Accompagnée du chanteur Renaud et de plusieurs personnalités a lancé mardi, devant le portrait de l'otage accroché sur les grilles du jardin du Luxembourg un "manifeste pour la libération d'Ingrid Betancourt" :"Après toutes ces années, ce n'est pas de la compassion dont on a besoin" a-t-elle lancé.

En particulier, la France doit menacer la Colombie de rompre les relations diplomatiques "si une opération militaire est menée et qu'elle met en danger la vie de maman et des autres otages", a insisté Mélanie Betancourt.
"C'est l'heure des bilans en ce moment et par rapport à maman le bilan n'est pas brillant", a témoigné avec beaucoup d'émotion la jeune fille, sans nouvelle de sa mère depuis quatre ans. « Ça ne suffit pas qu'un Premier ministre dise 'je pense à Ingrid Betancourt tous les jours'. Ce que l'on attend de leur part c'est qu'ils s'engagent réellement" : "Ça fait un quinquennat que maman a été enlevée et on ne veut plus que cela se reproduise". Comment ne pas lui donner raison ? Impuissance des puissants. Et verbiage irresponsable de trop de responsables.
>>> « Vigilant ».
Au lendemain de son retrait de la course à la présidentielle, Nicolas Hulot a appelé les candidats à « faire en sorte qu' (il) ne soit pas tenté de reprendre la parole entre les deux tours ».
C'est aux candidats « de faire en sorte que je ne sois pas tenté de reprendre la parole entre les deux tours, c'est-à-dire en maintenant jusqu'au bout, les engagements du Pacte écologique et si possible, en les enrichissant un peu »

Nicolas Hulot a assuré aussi qu'il ne serait pas ministre dans les mois qui viennent. « Seul importe pour moi qu'il y ait la création d'un poste de vice-Premier ministre du développement durable et qu'il faudra à ce poste quelqu'un qui ait une solide expérience institutionnelle ». Lui, a une solide formation d’expert en marketing promotionnel. Plus il prendra la parole, plus TF1 gagnera… Après « l’écologie politique », le « fric écolo » par "l'écolo-com"
>>> « Inopportun »
La vice-présidente du Front national, Marine Le Pen, a jugé que « ce n'est pas une bonne chose » que Bruno Mégret mène une campagne commune avec le FN car cela risque à ses yeux « de froisser des militants ». Ah ! Bon… Personnellement, je m’en fous complètement. Et vous ? Pas d’or dans le fleuve : Juste la merde qui surnage… le proverbe ukrainien que Deniau aimait citer est très bon, non ?
>>> « Ridicule »
« C'est tellement ridicule », s’est exclamé le ministre de l'Intérieur-candidat à propos d'une enquête qu'il aurait diligenté sur Bruno Rebelle, ex-dirigeant de Greenpeace France qui a rejoint l'équipe de campagne de la candidate socialiste.
Sarkozy dément ainsi une info du Canard enchaîné (souvent bien informé). François Hollande, le Premier secrétaire du PS avait demandé « qu'il y ait immédiatement des vérifications » sur cette indiscrétion.

Et, malgré son « carton jaune » et sa mise au piquet, Julien Dray, a dénoncé les « pratiques inacceptables » du ministère de l'Intérieur. Il y voit la confirmation de « la confusion totale des genres entre fonction ministérielle et candidature à l'élection présidentielle ».
Il « demande au chef de l'Etat de rappeler les règles élémentaires et de donner toutes les garanties du respect des principes démocratiques ». A quoi servent les RG s’ils ne peuvent pas enquêter ? Sarkozy reste à l’intérieur parce que c’et ce ministère qui organise les élections. Le « ridicule » qu’il dénonce chez les autres le touche en premier. Mais le « petit Nicolas » sait depuis longtemps que le ridicule ne tue pas.
>>> « Gravissime »
Le Parti socialiste a jugé « gravissimes » les nominations intervenues au CSA, notamment celle de Michel Boyon( photo ci-dessous) à la présidence du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Il a raison… Pourtant, Boyon (ex-directeur de cabinet de Raffarin) était dans les voies ferrées, donc dans les voies de… communication. Un placard peut en cacher un autre… Anne Hidalgo, secrétaire nationale du PS chargée de la culture, s'insurge contre « la prise en main totale, un contrôle absolu du fonctionnement des médias » par la « droite au pouvoir ». Elle a jugé que le journaliste Rachid Arhab avait été nommé au CSA « pour donner des gages à la gauche » et « aux minorités visibles »… Ce qui ne trompe personne.

Ce ne sont pas ces nominations qui doivent être contestées mais le mode de désignation des « Sages ». Au CSA, comme ailleurs. Bayrou, le premier, a mis cela dans son programme. Il faut en finir avec un Pouvoir qui se résume à un pouvoir de… « nommer ». Rien de tel n’est prévu dans la « République irréprochable » promise par Sarko, partisan de la « continuité tranquille ».
Le président du Sénat Christian Poncelet, lui, s'est contenté de nommer un de ses proches, son ancien directeur de cabinet Alain Méar. Il remplace Philippe Levrier. Compétence ou copinage ? Reconnaissance. C’est mieux que la légion d’honneur, non ?
Question : Que va devenir Dominique Baudis ? C’est Douste-Blazy que devrait s’inquiéter pour Toulouse. Mais l’ex-maire de Lourdes croit aux miracles…
Rappel : Le mandat des membres du CSA est de six ans. Le Conseil est notamment en charge du contrôle du temps de parole dans les media audiovisuels des candidats à la présidentielle.
Pour l’heure, il surtout donné raison à Bayrou et autres candidats (dits « petits ») traités sans « équité » et sans « égalité ». Mais sans faire en sorte que cela change…La démocratie est un combat…

Comme redirait Deniau, « qui a un message doit le porter ». C’est ce que fait Bayrou : « Ange veut dire messager. Satan est le messager de rien », disait Deniau. Mais Satan semble plus écouté que l’Ange… Beaucoup de messages pour rien, en effet, dans cette campagne ! Où est l’or ? Où sont les bas de soie ?
Deniau réveilles-toi : ils sont devenus fous ! « Un vrai chef d’Etat , c’est celui qui sait dire avant les autres et mieux que les autres ». Ils ne sont pas légion… Patience. « il faut savoir distinguer l’espoir de l’espérance », confiait Deniau. « C’est la volonté d’espoir qui est l’espérance ». Vouloir pour espérer : une vraie morale d’action…
Daniel RIOT
04:30 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, présidentielles, bayrou, sarkozy, PS, deniau
24/01/2007
Fragment de pensée
«Le début de la fin de l'enfance commence lorsque l'on se rend compte que tout ce qu'on a rêvé n'est pas possible. Accepter quoi que ce soit, c'est refuser tout le reste.»
Jean-François DENIAU
17:35 Publié dans fragment de pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : plitique, littérature, Deniau










