18/10/2006

Le vaiqueur du premier débat télévisé des trois "candidats à la candidature" du PS : François Hollande...

« Alors ce débat ?

- J’ai raté le 3-O de Lyon en Ukraine pourvoir un 0-0-0 ! Et un match nul à trois… »

Propos de comptoir, autour du café du petit matin..... NON!

Les débats politiques sont toujours difficiles à organisés, surtout quand ils sont  médiatisés. Micros et caméras faussent tout. Mais il faut faire avec, ne serait-ce que parce que ces outils permettent de diffuser des idées que les réunions de préaux ne pouvaient pas assurer…

Mais que veulent les téléspectateurs ? Et que veulent les critiques de télévision ou les chroniqueurs politiques si prompts à critiquer tout et le contraire de tout ? Des foires d’empoignes, du catch politique, des combats de coqs ?

Aujourd’hui, dans le PAF dominé par l’Audimat,  c’est le règne de la « star académie » des aboyeurs, des bateleurs, et des faiseurs sur des plateaux TV transformés en « Arènes », dans des « talk shows » qui, à quelques belles exceptions près (comme Ripostes), sont des « téle-criées »  criardes. Avec schématisations, caricatures, surenchères, slogans.  Et dialogues de sourds.  

Le premier  « grand oral » du PS a été critiqué pour son coté formel, policé, téléguidé. Un décor de « Questions pour un champion » disent les plus indulgents.« Brejnévien », disent les plus méchants. « Avaient-ils répété leurs prestations avant le direct ? », questionnent les plus ironiques. « Des récitants, non des intervenants » Qu’aurait-on dit si les trois « acteurs » s’étaient livrés à une foire d’empoigne, comme tant sont programmées ?

Il ne s’agissait pas d’un débat ? C’est vrai. Une suite de monologues ne fait pas débat. Mais chacun a eu l’occasion de s’exprimer, dans son style.

Il ne s’agissait pas d’une émission journalistique ? C’est vrai. Mais le rôle des journalistes est à géométrie variable, en fonction des circonstances. Médiateurs ici ;  modérateurs, là,;  aiguillons, gratte-culs, questionneurs, voire inquisiteurs,  ailleurs. Passeurs d’idées et de témoins, toujours. Les deux journalistes des chaînes parlementaires n’ont pas à avoir honte de leur travail—de  ce travail journalistique si souvent confondu avec celui des animateurs…

Il ne s’agissait pas d’un spectacle ? C’est vrai et heureusement. La « politique-spectacle » fait assez de dégâts, comme « l’information-spectacle » d’ailleurs…  La démocratie passe par des débats qui impliquent une écoute, des réflexions. Et des efforts.  Elle n’est pas un divertissement.

Certains s’endorment ? « L’ennemi, c’est la pantoufle », redirait André Glucksmann. Qui plus est, l’écran de télé a un coté hypnotique qui est minimisé par les calculs de l’audimat…

D’autres s’ennuient ? Les démocrates grecs le constataient déjà : l’Agora n’est pas un terrain de jeu ou un cirque, et bien des citoyens ne supportent pas l’attention que les « grandes  questions » exigent.

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>>> La forme de ce premier « grand oral » doit pouvoir être améliorée, mais jugeons-là en fonction de ce que devait être  cette « confrontation » : fournir aux militants du PS qui ont à faire un choix des éléments d’information et de perception, de réflexions raisonnantes et résonnantes d’un type nouveau.

>>> Sur le fond, qui a gagné ? N’étant pas militant PS, ce n’est pas à moi de le dire… « Le Parisien » titre sur « avantage DSK ». D’autres parlent de « match nul » ou de « partie blanche »… ce qui fait le jeu de Ségolène qui, dans cette « manche », ne partait pas favorite !  

>>> Au niveau des constats, chacun est apparu avec ses qualités et ses faiblesses.

*Fabius a visé son cœur de ce cible : les militants du PS. Le « projet » !

*DSK a confirmé qu’il était sans aucun doute le plus crédible en matière économique et sociale, au risque de souffrir des handicaps que d’autres ont connu avant lui, à droite comme à gauche (Barre, Rocard, Delors…) : la compétence ne fait pas la séduction.

*Ségolène a su pallier ses handicaps « théoriques » en matière économique en faisant référence à son expérience charentaise et en se plaçant, d’une façon bien distillée,  au-delà de  la « primaire »…. Elle mise visiblement sur « l’effet popularité » : elle sait qu’un militant a d’abord une envie, celle de gagner. L’esprit de compétition ne concerne pas que « l’élite »…Il y a en tout et pour tout ce que René Girard a si bien analysé : le « mimétisme de masse ». Les adversaires de Sarkozy à l’UMP n’ont-ils pas le même problème ?

>>> Au total, c’est François Hollande qui doit être à fois soulagé et satisfait après ce premier (faux-vrai) débat. Sa réaction est certainement la plus sincère et la plus justifiées de toutes celles (nombreuses) qui ont été enregistrées : « Le débat a été à l'honneur du parti socialiste, parce qu'il a été respectueux, qu'il a été clair sur les orientations et les conceptions de chacun et chacune, et qu'il a été de qualité, pour les trois protagonistes (…),Pour le PS, être capable de montrer qu'il a cette capacité, cette diversité et ces talents, c'est plutôt une chance »

De ce point de vue là : l’objectif a été atteint, en effet. S’il faut désigner un vainqueur à cette « prestation comparative », c’est le PS…

A droite, Devedjian le reconnaît implicitement d'ailleurs : après des remarques ironiques, des railleries, des ricanements sur le caractère « fastidieux » de ce « faux débat », il engage l’UMP à organiser des débats internes si plusieurs candidatures à la candidature se déclarent… En l’occurrence, c’est Le PS qui donne l’exemple. Opération réussie. Un essai à transformer, comme on dit en rugby…