09/03/2007

Serge July trahit l’esprit de vérité et confond commentaire et propagande : L’ex- chronique d’Alain Duhamel transformée en Tribune anti-Bayrou ?

Ce n’est pas moi qui vais reprocher à d’autres d’avoir un esprit critique. J’ai appris personnellement et professionnellement à « penser contre ma propre pensée », à tout questionner y compris mes questions et les questions que je tente d’y donner (quand je peux) et à tenter de m’y retrouver dans ce « labyrinthe de la pensée complexe » décrypté par Castoriatis : c’est  le propre d’une vraie réflexion. Et Paul Valéry m’a trop enseigné que seuls « les huîtres et les sots adhèrent » pour que je ne cherche pas en tout ce qui me séduit ou me convainc ce qui pourrait m’empêcher de coller à des engagements comme du papier peint à un mur.

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Sur le projet de Bayrou, puisque c’est lui qui me préoccupe en ce moment, je peux émettre bien des critiques (que je recenserai ici un jour complètement), bien des réserves et bien des questions.

>Il ne va pas assez loin et vite dans la lutte contre le chômage, par exemple, en ne jouant pas sur toutes les touches du piano économico-financier.

>Son souci méritoire de ne pas aggraver les déficits et les dettes (il est bien le seul à en faire une priorité) l’empêche de faire preuve de plus d’imagination pour accroître un pouvoir d’achat trop limé, enrayer la précarisation des clases dites « moyennes » et réduire des inégalités trop galopantes : sans sombrer dans les mirages du projet socialiste, il existe des moyens de relancer une croissance propre accoucheuse de richesses nouvelles en utilisant différemment l’épargne des Français qui est (heureusement )supérieure à la dette, par exemple.

>Il n’anticipe pas assez les évolutions géo-démographiques qui s’annoncent, avec, notamment,  une urbanisation encore renforcée (des villes moyennes ou petites devenant grandes) et un vieillissement programmé de la population…   

>Il ne place pas « l’Europe de la justice » si indispensable pour lutter contre une économie criminelle florissante et dévoreuse de richesses « communes » au cœur d’une Europe « politique ».

Il… Mais que sont ces critiques face aux vertus qui l’inspirent et qu'il contient ?  Le projet de Bayrou a une crédibilité, une cohérence et un courage que les autres n’ont pas !  J'ai passé un temps fou à étudier et comparer.

Les « autres » ? Des programmes  la fois trop flous et trop riches en  promesses intenables ou nuisibles, incohérents et sectoriels, superficiels et démagogiques, passéistes et ravageurs, trop chargés de (faux) remèdes pire que les (vrais) maux et surtout trop idéologiques : hyper-capitalisme et économisme à peine masqué chez Sarkozy qui s’est éloigné et des valeurs centristes et du gaullisme et socialisme mal défini d’un PS qui, seul en Europe, refuse toujours la social-démocratie chez Ségolène, libéralisme autoritaire d’un coté, autoritarisme social-bureaucratique de l’autre…

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Ce qui est impardonnable chez nombre de « commentateurs » c’est la méconnaissance totale du programme de Bayrou. Je viens d’écrire à Serge July qui, ce matin, sur RTL dans la chronique que tenait « l’exclu » Alain Duhamel  a produit une caricature de tout ce qu’un éditorialiste ne doit intellectuellement pas faire : travestir la réalité.

Bayrou ? Un « anti-candidat » qu ne fait pas de campagne et n’a pas de programme, un candidat « pas plein »… Tout juste si July retient des propositions institutionnelles de Bayrou  le retour partiel (50%) à la proportionnelle !

Outré, je suis. Et je lui ai fait savoir sans ménagement. July, en qui je reconnais nombre de qualités et pour qui j’ai estime et amitié depuis longtemps, n’est pas le seul à jouer ainsi les tricheurs, les menteurs, les trompeurs.

Il a évidemment le droit (comme tout le monde) de ne pas aimer Bayrou (qui le lui rend bien), de lui préférer Ségolène   voire Sarkozy (puisque tant d’  « intellectuels »  sont favorables au  maintien des vieux clivages pour le seul plaisir de pouvoir  passer d’un « camp » à l’autre au gré de leurs humeurs changeantes et de leurs intérêts variables, comme des mercenaires de la pensée inique, comme des Belles de Jour de l’intelligence « marchandisée », comme des « prisonniers volontaires » de modes qui, par définition,  se démodent  ).

Mais il n’a pas le droit de travestir, déformer, trahir la réalité et d’utiliser une tribune journalistique sur un grand média généraliste pour jouer les porte-voix de faiseurs de slogans et non pour assumer sa fonction de passeurs d’idées et d’inspirateurs de réflexions.

Mais peut-être, avec l’âge, Serge renoue-t-il avec cette arme que la gauche « révolutionnaire » où il a noyé une partie sa jeunesse utilisait avec générosité : la PROPAGANDE, cette négation de l’esprit critique, donc de l’esprit…tout court !

Encore un effort, Serge. Comme écrit  si pertinemment Philippe Val dans « Les Traîtres et les Crétins »,  le dernier recueil de ses « chroniques politiques » publié au « Cherche Midi » : « Peut-être un jour, traîtres et crétins trouveront-ils un langage commun, un respect mutuel, et alors ils formeront une ronde autour de la Terre en se donnant la main. Il n’y aura alors plus de traîtres, plus de crétins. Juste une joyeuse bande de cons ». En attendant le devoir de vérité continue à secréter une exigence d’honnêteté chez ceux qui se réclament de l’information fut-elle "éditorialisée"…

Daniel RIOT