02/01/2007
L'enjeu majeur de 2007: La France en Europe et l'Europe avec ou sans la FRANCE
L’ « exception française » n’est en rien une expression vide de sens. On l’a liée à tort à la culture, comme pour se faire plaisir. Culturelle, elle l’est dans la mesure où la culture est d’abord une affaire de mentalités…

« L’exception française » ? , ironisaient voilà quelques années quelques amis belges, est « la dernière trouvaille française pour que les Français se voient ou se croient exceptionnels ». C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’hier.
Notre coq gaulois qui, toujours selon nos amis belges si raillés, avait la particularité de chanter …même sur un tas de fumier, est (on le sait une espèce en voie de disparition), y compris sur des clochers de villages que nous n’avons plus les moyens ou la volonté de restaurer.
Non. Ce préambule n’est pas un discours « décliniste », « pessimiste », « masochiste » d’un journaliste qui, un peu déprimé par les événements, sombrerait dans la pensée unique si à la mode des « déclinologues » trop en vogue. La France, je tente de la voir telle qu’elle est et non telle que je voudrais qu’elle soit ou non telle que la plupart des candidats à l’Elysée aimeraient que je la perçoive…
La France a trop de richesses, de qualités, de forces et de ressources pour qu’on ne l’aime pas. Elle a trop de vertus pour que son avenir soit hypothéqué par un passé (y compris récent) mal assumé. Elle compte trop de forces vives pour que nous nous résignions à la compter parmi les contrées condamnées à se mettre sur les bords, sur les bas-côtés, dans les talus des routes de l’avenir.
Ces dernières décennies, nos responsables politiques (donc nos représentants, donc Nous, chacun de Nous) n’ont pas su ou pas pu s’adapter aux réalités nouvelles et anticiper les évolutions en cours.
Ne désignons pas des responsables : tous coupables, ou presque !
Un parisianisme étriqué, une bureaucratie verrouillée, une technocratie étouffante, des partis transformés en machines à distribuer des places et non à promouvoir des idées, une lâcheté généralisée face aux pouvoirs (sur estimés) des lobbies et de la rue, une « sondocratie » (une « doxacratie ») qui est la négation de la politique et surtout DU politique, un règne artificiel des corporatismes en tous genres (y compris sous des bannières syndicales), un conservatisme généralisé (y compris chez nos « révolutionnaires »), un refus de voir les réalités telles qu’elles sont. Et une « défaite de la pensée » sur tous les bords. Surtout chez ceux qui se donnent l’illusion de penser en faisant des plateaux de TV…

Pourquoi insister davantage sur ces diagnostics ? J'ai l'impression de macher une vielle boule de gom...
Dans le « Mal français », Alain Peyrefitte le gaulliste n’a-t-il pas tout décrit?
Les fléaux du chômage, de la précarité, des inégalités ? C’est toute une bibliographie qu’il faudrait publier.
La crise de la démocratie représentative ? Seuls les ignares et les incultes peuvent faire semblant de la découvrir… Relisons Castoriadis, par exemple.
La crise de la Justice ? La situation honteuse de nos prisons ? La place prise par les racismes ? Les crises de l’école, des universités de la recherche ? La misère des SDF, des mal logés et des oubliés du progrès ? Tant de livres dans nos bibliothèques… Tant de rapports dans les oubliettes de la République…
Même « l’écologie », si en mode aujourd’hui par l’effet Hulot, plus médiatique que programmatique, serait moins chargée de plaies si l’on avait su tirer les leçons des cris d’alarme lancés par le Club de Rome et René Dumont (par exemple) et non nous laisser enfermés par des dogmatiques archaïques dignes des opposants aux chemins de fer et aux tunnels du temps jadis…

La France ? Elle a coupé la tête de son Roi (et ne s’en est toujours pas remise). Elle a fait plusieurs Révolutions transformées en Terreur, en Empire ou en déroutes. Elle a su, avec missionnaires et soldats en tête, être à l’origine d’une mondialisation dont elle a peur aujourd’hui… Et elle est toujours prisonnière de ce train fantôme Vichy-Moscou qui, selon une expression de wynstub de Philippe Sollers et de l’auteur de ces lignes, marque son écartèlement entre le magnétisme de la lâcheté, le culte de nostalgies d’une grandeur qui n’a jamais vraiment existée et l’amour d’une révolution utopique vouée à l’échec.
Vichy-Moscou : déraillement assuré avec des extrêmes qui ne sont en rien « Républicains », même quand la « République » leur sert d’alibi, d’excuses, de cache-sexe et de cache-misère…
La victoire des NON au référendum sur le projet de traité portant Constitution pour l’Union européenne n’est pas un accident : c’est le déraillement de ce « train fantôme »
La présence de Le Pen au deuxième tour des dernières Présidentielles dans le dos d’un Jospin victime d’un bilan désastreux et, surtout, d’absence d’horizon d’espérance est aussi un déraillement du même « train fantôme ».
Ce « train fantôme » est toujours sur les rails. Même si les « révolutionnaristes » qui se nomment « alter-mondialistes », « antilibéraux », « alter-européens » sont divisés.
La « France moisie » pour reprendre une autre formule de Philippe Sollers qui avait fait scandale dans le Landernau parisien voilà quelques années pourrit toujours notre présent et hypothèque l’avenir.

De cette France-là, nos partenaires européens souffrent. L’Europe est en panne à cause d’une France en rade. Et la France est en rade en raison d’une Europe en panne. On en sort comment ?
Le véritable enjeu, le plus riche de conséquences des Présidentielles, est la place (« le rang », redirait De Gaulle) de la France en Europe et dans le monde. Pour l’heure, Sarkozy et Royal n’ont aucune vision claire de l’avenir européen de la France et de la place que peut avoir et doit retrouver la France en Europe.
Ce ne sont évidemment ni Le Pen ni les partisans de l’Europe « altérée » de l’ultra-gauche (ces ex-« internationalistes » devenus « anti-mondialistes » qui - un comble- sont contre l’élargissement de l’Union à la Bulgarie et à la Roumanie…) qui peuvent NOUS sauver en sauvant l’Europe ! Mettons l’Europe au cœur de la campagne. Comme l’écologie. Comme les SDF. Comme les luttes contre la pauvreté et les inégalités. Et comme cette Sécurité qui n’a rien à voir avec les discours sécuritaires de Sarkozy et de Ségolène…

Alors, Bayrou ? Oui, Bien sûr… Encore faudrait-il que les calculs politiciens, les jeux de pronostics, les réflexes « poeple » soient vaincus par de vraies réflexions. Et des vrais choix. C’est au deuxième tour qu’on élimine, non au premier. Sinon, il faut revoir nos institutions et nos processus de sélections… Au premier tour, le vote dit « utile » risque d’être un vote futile…
J’entends trop de gens qui donnent raison à Bayrou sans lui donner raison… d’avoir raison.
Ce n’est pas raisonnable !
Le premier tour n’est pas un éliminatoire pour savoir qui va affronter Le Pen au deuxième tour…
Daniel RIOT
23:10 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, présidentielles, bayrou, allemegne, union européenne, constitution










