14/10/2006
COREE DU NORD: A L'ONU, UNE VICTOIRE DU BON SENS. UN VOTE QUI FERA DATE
La crise nord-coréenne ou plutôt la crise provoquée par l’essai nucléaire de la Corée du Nord restera dans l’Histoire de la géopolitique internationale comme un « événement référence »…. A plus d’un titre.
>>> Au niveau de la non-dissémination nucléaire, les Coréens du Nord lancent un avertissement au monde entier. Les « armes de l’Apocalypse », pour reprendre le titre d’un livre documenté de Jacques ATALLI, restent on ne peut plus dangereuses. Et il n’y a pas que le « nucléaire » … Chimiques, biologiques, « technologiques », informatiques… Miniaturisation et prolifération : des « Etats voyous » peuvent soutenir des « réseaux terroristes » : ce n’est pas nouveau, mais c’est confirmation… Et « l’exemple nord- coréen » peut être suivi par d’autres, et pas seulement par l’Iran …
>>> Les Etats-Unis ont un nouvelle preuve des limites de leur puissance et de la vanité de l’unilatéralisme impérial suivi, jusqu’aux déboires irakiens, par Bush et ses (mauvais) conseillers. Cela est plutôt rassurant. Cela donne raison, en tous cas aux diplomaties européennes (française en tête) qui refusent le suivisme atlantiste aveugle. Aznar en avait déjà fait les frais. Blair est en train de s’en mordre les doigts…Une « Europe européenne », dans le respect des solidarités transatlantiques, n’est pas qu’un slogan « gaullien », mais une nécessité impérative.
>>> Dans cette optique d’un « multiralisme » intelligent, ou d’un « monde multipolaire » le vote à l’unanimité de ce samedi soir au conseil de sécurité de l’ONU illustre la nécessité de respecter un peu plus l’ONU que de Gaulle dénonçait comme un « machin » dans d’autres conditions et que les américains de Bush avaient tendance à trop mépriser. Ce vote consacre un esprit de compromis (et non de compromission) qui réhabilité l’intelligence diplomatique.
>>> C’est la première fois que la Russie et la Chine se trouvent aux premiers postes dans un dossier et sur un problème qui (les Coréens du Sud ont raison) menace la paix mondiale. Nous oublions trop que la guerre de Corée de 1950 n’est pas terminée… N’oublions pas non plus que Pékin était (et reste, peut-être) le dernier soutien extérieur officiel du régime nord-coréen, archéo-communiste et authentiquement totalitaire… N’oublions surtout pas que les moyens de pressions classiques sur la Corée du nord sont très limités : ce pays vit pratiquement en autarcie. Seule une rupture des robinets (chinois) du pétrole pourrait le mettre à genoux. Mais derrière le régime, il y a le peuple, donc des gens
>>> En dépit des débats internes passionnés que cette nouvelle « affaire de Corée » provoque à Séoul, à Tokyo et ailleurs, on peut saluer le réalisme des dirigeants sud-coréens, japonais, chinois, russes et…américains. Le texte de l’ONU fera date par l’alchimie réussie entre la fermeté et l’esprit d’ouverture.
La résolution, qui porte le numéro 1718, prévoit, entre autre, un embargo sur "les armes et matériels connexes", "les matériels liés à la technologie nucléaire ou à celle des missiles", ainsi que sur "les produits de luxe".
Elle demande également le gel des actifs financiers détenus à l'étranger par toute personne ou organisation liée au programme nucléaire ou de missiles balistiques de la Corée du Nord. C’est logique.
Mais elle réclame ausi la reprise du dialogue à six (Chine, les deux Corées, Etats-Unis, Japon, Russie). Et surtout, elle exclut(à la demande la Chine acceptée par Washington) le recours à la force contre Pyongyang.
On comprend la satisfaction de l'ambassadeur chinois à l'ONU, Wang Guangya : les mesures arrêtées par le Conseil à l'égard de la Corée du Nord sont "fermes mais appropriées".
On comprend aussi la joie de l'ambassadeur de France à l’ONU, Jean-Marc de La Sablière : « Le Conseil de sécurité a été à la hauteur de ses responsabilités ». La France n’y a pas peu contribué, et c’est tant mieux.
>>>La « communauté internationale » qui n’existe que sur le papier et dans les discours prend subitement un sens nouveau. Il serait illusoire, stupide et irresponsable de s’en réjouir sans réserve, mais dans le contexte international actuel, les bonnes nouvelles sont suffisamment rares pour qu’on les apprécie… Demain est un autre jour.
21:40 Publié dans Débats d'actualité, Edito, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Corée, ONU, International, diplomatie, nucléaire
09/10/2006
Le défi nord-coréen et le parisianisme bête...
L’essai nucléaire nord-coréen était annoncé… « Mein Kampf » n’est qu’un exemple : C’est le propre des dictateurs d’annoncer ce qu’ils comptent faire. Et ce qu’ils font effectivement…. Le plus terrible, c’est le sentiment d’impuissance que ce type d’événement engendre…. Qui ne condamne pas ? Même Pékin, l’allié privilégié, de Pyongyang, affiche tristesse et colère. Pas seulement pour des questions de susceptibilité : Les Chinois auraient été prévenus une heure avant….
Cet essai a d’abord des motivations intérieures : ce régime « plus que stalinien » aurait dû imploser depuis longtemps. Mais… le couvercle de la cocotte-minute est bien verrouillé. Pas de jet de vapeur toléré…. Le régime va en tirer un profit optimal : le nationalisme se nourrit de la fausse fierté nationale exacerbée…
Cet essai est aussi programmé pour des raisons extérieures. Joli calendrier : neuvième anniversaire de l'arrivée de Kim Jong-il au pouvoir, tournée du nouveau premier ministre japonais à Pékin et à Séoul... et nomination du sud-coréen M. Ban à la place de M. Annan à l’ONU.
Bienvenue, Mister Ban ! Le Conseil de sécurité peut se réunir et condamner. Mais que peut-il faire ?
Négocier ? Cet essai marque l’échec des négociations
Décider de sanctions ? Mais lesquelles ? La Corée du nord vit déjà en autarcie. Seuls les Chinois pourraient couper les robinets du pétrole, amis pourquoi le feraient-ils ?
Une intervention militaire ? Mais où, comment et par qui ? Une nouvelle guerre de Corée ? Les Coréens du Sud, les japonais et les Chinois sont les premiers à la refuser. Et Bush a déjà trop collectionné les bêtises, y compris à ses frontières mexicaines. Il existe des gens sérieux, à la maison Blanche (mais oui) au Département d’Etat et au Pentagone…
Alors ? Alors rien…. Impuissance. Ce n’est pas le « cas coréen » qui inquiète le plus… C’est la mort du traité de non-prolifération des armes nucléaires…. Quoi qu’on en dise, ce traité a jusqu'à présent permis de limiter, de contenir la dynamique de prolifération. Si le « TNP » n'existait pas, nous n'aurions pas huit Etats dotés de l'arme nucléaire, mais vingt ou trente. C’est qui nous attend. Pas seulement en IRAN….
Déjà les professionnels de l’anti-américanisme militants critiquent Washington. Dans son éditorial de ce soir, LE MONDE écrit : « Cette dangereuse "diplomatie au bord du gouffre" de Pyongyang est aussi un "fruit amer" de la politique menée à l'égard de ce pays depuis l'arrivée au pouvoir de George Bush. Et il convie à s'interroger sur le bien-fondé d'une politique théoriquement destinée à dissuader le régime de se doter de l'arme atomique, et qui a eu un effet contraire ». C’est fou ce réflexe qui consiste à rendre les Américains responsables de tout en les dénonçant pour tout…Qui disait que l’anti-américanisme était une forme d’infantilisme ?
Le Monde argumente, en plus : « En 1994, Pyongyang et Washington avaient passé un accord, sans doute imparfait, sur le gel du programme de production de plutonium nord-coréen en échange de la fourniture de centrales à eau légère et de garanties de sécurité. En provoquant, en octobre 2002, une nouvelle crise nucléaire, arguant d'un programme clandestin d'enrichissement d'uranium nord-coréen, Washington a fait sauter les seuls "verrous" aux ambitions de Pyongyang : le gel, sous la surveillance de l'Agence internationale pour l'énergie atomique, de son programme à base de plutonium, prévu dans l'accord de 1994. Washington a déclaré celui-ci caduc et Pyongyang est sorti du traité de non-prolifération et a repris sa production de plutonium ». Quel raisonnement déraisonnable… C’est la Corée du nord qui défie la « Communauté internationale » (qui n’existe pas ) et c’est Bush le « criminel »….Non. Redevenons un peu sérieux, Messieurs du MONDE… Bush a plein de défauts que je déteste, mais je ne peux supporter ce type de fausse analyse. Un peu d’honnêteté intellectuelle, SVP.
L’éditorialiste de ce bon journal ose poursuivre : « Paradoxalement, la quête d'une force de dissuasion de la part de la Corée du Nord est aussi un appel au dialogue avec les Etats-Unis afin d'obtenir des garanties de sécurité en échange de l'arrêt de son programme nucléaire. Les pourparlers à Six - Chine, deux Corées, Etats-Unis, Japon, Russie - auraient pu être une enceinte de dialogue. Mais ils se sont enlisés. L'accord de principe, intervenu en septembre 2005 à l'issue de la quatrième session, a été suivi d'une offensive américaine contre les "menées criminelles" du régime, assortie de sanctions financières qui ont étranglé le pays. Et Pyongyang a alors refusé de revenir à la table de négociation. » Ah ! bon… C’est Bush qui a pressé sur le « bouton » nord-coréen. Désolé, Messieurs les penseurs du Monde : vous déconnez !
Je me retrouve, heureusement, d’accord avec l’éditorialiste du Monde sur un constat : « la bombe nord-coréenne constitue désormais un risque majeur, non seulement pour la région, mais aussi pour l'ensemble de la communauté internationale. Le monde doit compter avec une neuvième puissance nucléaire. Les risques de prolifération et, plus gravement, de transmission de technologies nucléaires à des organisations terroristes ne peuvent qu'en être accrus. Quant aux autres candidats à l'arme nucléaire, ils ne peuvent qu'être encouragés à poursuivre leurs programmes. » Cà, c’est un constat de bon sens …à la portée de n’importe quel citoyen un peu éveillé qui ne lit pas forcément Le Monde…Beuve-Merry revient ! Ils sont devenus fous…
Question stupide : Qu’en pensent « Sarkogène » et « Ségozarky » ? La politique mondiale, c’est dur…De Villepin doit avoir raison, parfois.
18:10 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : international, diplomatie, commentaire, nucléaire, corée










