09/12/2006
Carnet de campagne: Et si Jack Lang avait eu raison avant d'avoir tort?
Elle est drôle, parfois, la vie d’un journaliste… Voilà quelques bonnes semaines que je savais que Jack Lang dans son livre-tremplin ("Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur moi") programmé pour sa candidature ne ménageait pas ses critiques envers Ségolène Royal.
Je n’en ai pas fait état. Parce que je n'avais pas les preuves en mains (donc par déontologie). Parce que j’ai eu la chance de fréquenter un peu Edgar Faure qui m’a beaucoup appris en terme de cynisme, d’opportunisme et de versatilité politiques, donc qui m’a enseigner l’art de relativiser les choses…(Vous connaissez sa formule : « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »…). Et parce que (aveu !) j’apprécie Jack à un point tel que même ses défauts me semblent des qualités dans le « microcosme » (Barre dixit) assez marécageux qui gouverne (mal) la France depuis 25 ou 30 ans.
Sans doute aie-je pêché par paresse : des preuves, j’aurais pu en avoir. Mais ce type d’"investigation" pour des rubriques « poepe » plus que pour des « éditos » ne m’amuse plus guère…

Mais « l’affaire du livre de Lang » rebondit. Et le NouvelObs.com se régale…Allez y faire un tour. Ne serait-ce que pour prendre connaissance des versions des uns et des autres. De celle de l’éditeur, frustré. Et de celle de l’auteur, castré dans ses élans présidentiels. Moi, je n’ai rien à trancher, à juger et à dire. La justice est saisie, d’ailleurs…
Mais il est des phrases (démenties ou retirées) mises dans la bouche de Lang que je connaissais (je ne vous dirai pas de qui et d’où : secret des sources…)
« Hollande a manipulé tout le monde, en me faisant travailler sur le projet socialiste alors que Ségolène n’était jamais là.(…) « Ce couple a privatisé le parti à son profit. C’est un déni de démocratie. ».Ségolène ? : « Elle n’en a aucune expérience, ni à l’international, ni dans un grand ministère. » (…) « On ne peut pas jouer uniquement de son charme, ne rien dire, et espérer devenir présidente. »
Jack Lang apporte un démenti formel (of course!). Didier Jacob, du Nouvel Observateur, sur son blog “Rebuts de presse” doit seulement illustrer cette phrase prêtée à Mitterrand que Lang aime citer : « Méfiez-vous des journalistes, ils sont serviles et moutonniers. » (ce qui n’est pas toujours vrai, heureusement).
La boulette portugaise de Ségolène
« Moutonniers », nombre de journalistes (français) l’ont été en commentant « l’accueil enthousiaste » dont a bénéficié Ségolène lors de sa première apparition devant le congrès du Parti socialiste européen… Bien sûr qu’elle a été accueillie par des applaudissements, par des hommages, par des phrases du type : « La parole est à la future Présidente de la République française ». Mais les images font, souvent, écran. C’est le gros problème de la télé d’ailleurs…puisque l’essentiel est (presque) toujours hors-cadre, sauf quand on veut frapper l’émotion plus que l’esprit.
Dans sa déclaration, la reine du PS a commis une « boulette ». Sur la Banque centrale européenne. C’est gentil de vouloir flatter l’aile « euro-sceptique » du PS. Mais il faut savoir ce que l’on dit, là comme ailleurs. Même Hollande s’est cru obligé de rectifier le tir…En « tempérant » les propos de sa compagne qui avait été trop « fabusienne » (version "démago" 2005)

Hollande et « l’esprit des traités »
La candidate socialiste jeudi, devant le congrès du Parti socialiste européen, à Porto, avait critiqué le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, affirmant qu'il n'avait pas à "décider de l'avenir de nos économies", cette tâche revenant "aux dirigeants élus".
"Nous devons revenir à l'esprit des traités avant de vouloir les modifier", a déclaré Hollande, ce vendredi, devant le m^me Congrès.
Une remise en question de l'indépendance de la banque centrale supposerait, en effet, de réviser les traités européens. Ceux-ci interdisent actuellement aux Etats-membres de la zone euro d'interférer dans la conduite de la politique monétaire de la BCE. Et Ségolène ne doit pas prendre ses rêves, réels ou calculés, pour des réalités. Sauf à sombrer dans le défaut bien français de bne vouloir qu’une Europe française
Le professeur Delors fait la leçon à Ségolène
Egalement présent au congrès, l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors a dans son style feutré tancé Ségolène Royal. "L'euro protège mais l'euro ne dynamise pas", parce que "d'un point de vue technique, on demande trop à la monnaie et pas assez à l'économie", a-t-il expliqué. Jacques Delors a rappelé que son rapport de 1989, qui a ouvert la voie à l'Union économique et monétaire (UEM), reposait sur "l'équilibre dialectique entre l'économique et le monétaire".
Outre le pacte de stabilité et de croissance, qui encadre les politiques budgétaires des pays membres de la zone euro, "il aurait fallu un pacte de coordination des politiques macro-économiques". Mais pour cela, les Etats-membres auraient dû reconnaître une capacité de jugement et d'orientation à la Commission européenne, ce qu'ils n'ont jamais voulu, précise celui qui a présidé à Bruxelles de 1985 à 1994.
Trouver une issue, selon Jacques Delors, "implique, non pas le changement des statuts de la BCE", mais faire de l'UEM "une véritable coopération renforcée, avec un budget propre permettant d'accompagner les efforts des Etats", et peut-être "un fonds d'intervention conjoncturel" à utiliser "de manière raisonnable".
Selon lui, il faudrait aussi "une harmonisation minimale à l'intérieur de l'UEM, notamment en ce qui concerne l'assiette de l'impôt sur les entreprises puis ensuite sur les taux".
Eh oui ! Delors sait de quoi il parle, lui. Mais Ségolène, là comme dans (presque) tous les domaines a le temps d’apprendre. N’est-elle pas « énarque », cette fervente supportrice de « L’Europe des gens » ? Peut-être proposera-t-elle un livre à l'ex-éditeur de jack: "Tout ce que je voudrais savoir et que vous ne saurez jamais". J'arrête.je deviens mêchant.Et l'ex-éditeur de Lang ne se laisserait sans doute plus prendre... Mais pour en revenir au fond du problème, une question se pose: Et si Lang, dans ses déclarations auto-censurées ou démenties sur Ségolène, avait raison? Chut! Il a rallié Ségolène... et il a démenti les propos qu'on lui prête. "Tout ce que vous ne saurez jamais sur tout ce que vous aimeriez savoir".
Daniel RIOT
01:35 Publié dans Présidentielles 2007: carnet de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène, PS, présidentielles, europe, lang, delors










