17/02/2007

« Taisez-vous Duhamel ! »… « Messieurs les Castreurs, bonjour ! »

Le vrai délit involontaire d’Alain DUHAMEL : oser contester indirectement la bipolarisation politique soutenue par les responsables médias ! Le berlusconisme à la française fait de plus en plus de ravages… François Bayrou, ennemi public numéro un des champions UMPS d’un statut quo suicidaire pour la France….

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EDITORIAL: Ce n’est pas la première fois que « j’ai mal à mon journalisme ». Mais cette fois, la crise devient chroniquement aiguë ! Non seulement j’ai honte de  l’état de santé de  notre système médiatique, trop fidèle miroir d’une société en panne, mais j’ai peur. En journaliste que je reste, et surtout en citoyen.

Revoici, planqués derrière de beaux mots vidés de leur sens (« neutralité », « impartialité », « indépendance ») les retours en force des hypocrisies les plus viles, des lâchetés les plus crasses, des censures les plus fallacieuses, des « délits d’opinions » les plus archaïques, des conformismes les plus  castrateurs, et des injustices les plus liberticides.

Revoici, aussi,  ce que l’on croyait devenu impossible en démocratie : les délits d’intentions, la poursuite en suspicion, les jugements sélectifs, en plusieurs poids et plusieurs mesures, reposant sur des présomptions de culpabilité possible… Qui parlait de présomption d’innocence ? Qui disait qu’il fallait juger sur des actes ?

« L’affaire Duhamel » illustre l’une des facettes les plus affligeantes de la crise de notre démocratie. Nos amis italiens peuvent sourire en coin : le « berlusconisme » (qui avait commencé de faire son lit en France grâce à Mitterrand et à la « Cinq ») revient en France après avoir fait tant de ravages dans la Botte… 

Quand Alain Duhamel reconnaît « avoir eu tort » de dire que Bayrou avait sa préférence, je comprends ce qu’il veut dire. Ce « mea culpa » très catholique pour ce protestant rigoureux est à son honneur.

Combien de fois travaillant dans un journal « généraliste » puis dans une chaîne de « service public », aie-je personnellement mis en avant avec sincérité une formule longtemps mûrie et bien  pratique : «  Je n’ai qu’une carte, ma carte de presse » ? Combien de fois me suis-je réfugié derrière « le secret de l’isoloir » pour taire mes préférences et mes choix ? Une affaire de déontologie et de règles du jeu. Une question pratique aussi : tous ceux qui s’exposent en exposant sont l’objet de procès d’arrières pensées (de « pensées de derrière », disait Pascal) contre lesquels on se prémuni (mal) comme on peut.

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Je connais suffisamment Duhamel pour savoir qu’il partageait cette éthique de discrétion et de distanciation, qui ne l’empêchait évidemment pas d’affirmer haut et fort des opinions, d’afficher des grilles de valeurs, de faire des mises en perspectives forcément (et heureusement) subjectives. Hubert Beuve-Merry, ce Maître trop oublié,  le disait fort bien : l’objectivité n’existe pas, seule compte l’honnêteté. En la matière, Alain n’a de leçons à recevoir de personne (surtout pas de ceux qui font semblant de lui en donner aujourd’hui)

Je le connais suffisamment aussi pour savoir que ce « dinosaure du PAF », comme certains le surnomment avec une pointe de jalousie, refuse de dramatiser son cas et de voir  sa situation instrumentalisée.

>>> Son frère, Patrice, qui a fait une carrière plus politicienne que la sienne (c’est le moins qu’on puisse dire et cela est dit avec tout ce que cela peut comporter) est l’adjoint de Patrick de Carolis… Pas de vagues, SVP. La décision a été « prise d’un commun accord ».

>>> Par tempérament, Alain qui n’a fait aucun plan de carrière  pouvant compromettre son indépendance d’esprit n’est pas homme à mener des batailles personnelles d’égo mal placé. Son égo, il peut le satisfaire en une réflexion partagée par nombre d’ auditeurs et de téléspectateurs : France 2 et RTL sont plus perdants que lui dans ce silence imposé.

Il n’est évidemment pas question ici de faire d’Alain Duhamel  un martyr contre son gré. Mais de tenter de tirer quelques leçons d’une affaire qui  dépasse son « cas personnel »

Un premier constat : la défiance manifestée à l’égard de Duhamel est une insulte à tous les journalistes qui avec intelligence savent que le devoir de distanciation n’est en rien une obligation d’indifférence.

Un deuxième constat : cette mise en cause de l’honnêteté intellectuelle intervient dans un contexte où, avec l’encouragement de bien des politiques la vocation de « médiateur » et de « passeurs » (d’idées et de témoins) des bons journalistes est remise en cause  par l’irruption des « pannels » et d’une nouvelle forme de faux débats qui permettent  aux responsables politiques d'éviter, comme le souligne Le Monde, «  les questionnements précis, les confrontations, les rappels aux faits ou les mises en perspective que les journalistes peuvent - et doivent - exercer. » Plus de com’, moins d’infos : généralisation des préaux d’écoles de jadis. « L’heure de vérité » finit par ne plus sonner du tout…

Un troisième constat  qui est une confirmation : internet, cet outil fantastique, peut être une arme liberticide et totalitaire. Attention danger : quand les sphères publiques et privées tentent à se confondre, on débouche sur une forme de totalitarisme.

Filmé à son insu dans un cours à huis clos, Alain Duhamel fait une confidence à des étudiants de Sciences Po pour bien cadrer les analyses critiques qu’il fait de la campagne de Bayrou sur le Oui au référendum. Il ne milite pas en faveur de Bayrou. Il ne roule pas pour  Bayrou. Il n’est pas plus le thuriféraire de Bayrou qu’il ne l’a été d’autres, en d’autres temps et en d’autres circonstances… La confidence « pédagogique » entre adultes présupposés intelligents se retrouve des mois après sur la Toile. Et la sanction tombe. Sur France Télévision comme sur RTL. Sur le « public » comme dans la radio « périphérique ». Belle efficacité ! Par quel magicien de la coordination ? A la demande de qui ? Pourquoi ? 

Un quatrième constat qui est de simple bon sens : Duhamel, comme chacun, a au moins les défauts de ses qualités, mais personne ne met en cause la pertinence de ses analyses (y compris quand il se trompe sur le « destin » de prétendante de Mme Royal, par exemple). On le bâillonne alors que les plateaux des cafés du commerce qui fleurissent sur toutes les chaînes des animateurs parés du titre de « chroniqueur » (encore un mot trahi !) se permettent de dire n’importe quoi n’importe comment.

Oh ! Ce Steevy, par exemple ! Le gamin baiseur en piscine du Loft, fait l’éloge de Sarko dans toutes les émissions ou presque de Ruquier, qui devrait être sacré « éditorialiste le plus influent de France ». Il va finir ministre de la culture de Sarko, ce Steevy si fort du QI. Ce serait « in », non ? Avec Pascal Sevran à la Coopération, peut-être. Oh ! Oui. Et Doc Gynéco à la Santé. Et Johnny à Bercy. « Allons danser »… sur les volcans du sarko-berlusconisme mis en musique par TF1, relayé par France Télévision et par des radios où Sarko compte autant de copains que de coquins.

Un cinquième constat que je formule sous une forme interrogative pour ne pas personnaliser es réponses: combien de journalistes, de responsables de journaux, de directeurs d’antennes doivent leurs nominations uniquement à leur qualités professionnelles ? Vraiment «irréprochable » le service public dirigé par le confesseur éditorial de Bernadette Chirac ?

Si la « neutralité » c’est de laisser dire n’importe quelle contre-vérité, PPDA est très neutre dans son rôle de Monsieur Loyal quand il joue le porte-micro de « vrais gens » (y en aurait-il des faux ?). Quelques perles de Sarko non relevées par lui dans « j’ai une question à vous poser » mais heuresement notées par François Chérèque 

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 *"Il nous a dit 'le SMIC, c'est la moitié de Français': c'est pas vrai ! Il y a 17% des Français au SMIC"

*"Il nous dit: 'Les retraités sont de plus en plus pauvres', c'est faux ! On a des problèmes avec les retraités les plus pauvres, mais les retraités sont la catégorie sociale dont le pouvoir d'achat s'est le plus amélioré depuis 20 ans"

*"Il nous dit: 'Il n'y a pas de politique familiale au premier enfant', c'est faux ! On est le seul pays en Europe où on a un quotient familial qui réduit les impôts pour tous les Français dès le premier enfant",

*"Il nous dit les classes moyennes ne peuvent plus s'acheter de maisons: je veux bien qu'il y ait un problème de logement et des classes moyennes qui vont de plus en plus loin dans les banlieues pour habiter, mais quand même ils achètent des maisons !"

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Si la neutralité, c’est d’afficher une veulerie à toute épreuve comme Arlette Chabot face à François Bayrou, bravo les « neutres » ! De quoi mettre en colères nos amis helvètes… ¨Pourquoi dire que le leader de l’udf « instrumentalise » sa critique des médias alors que le Béarnais de dire ce que constate le CSA sans être écouté ? Pourquoi caricaturer le programme de Bayrou par une formule du style : « Vous piquez çà à droite et ceci à droite » alors que, en l’état, si une personnalité politique devrait demander des droits d’auteurs pour morceaux de programme pillés », c’est bien le même Béarnais

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Si la neutralité, c’est d’annoncer « je vote blanc » comme le chroniqueur de RTL qui sévit sur bien des plateaux, Jean-Michel Aphatie, vive la neutralité ! Ce non-choix proclamé est un choix, Monsieur le souriant politologue non patenté. D’ailleurs, en bonne démocratie, ces votes être considérés comme autre chose que des bulletins nuls…  Vous devriez peut-être vous  suspendre vous-mêmes d’antenne, vous qui approuvez avec tant de délicatesse (et "d'élégance") les sanctions dont est l’objet son confrère et néanmoins concurrent Duhamel… J’espère pour vous Monsieur Aphatie que vous sortirez de votre apathie le jour où le démocratie sera vraiment en danger, ce qui ne saurait tarder si ceux chargés d’éclairer l’opinion ont les mains blanches parce qu’ils manchots.

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Si le neutralité, c’est de passer un coup de fil à Sarkozy avant de confier la couverture de l’UMP pour une grande radio à une nouvelle journaliste, alors vive la neutralité ! Si la neutralité c’est de céder à toutes les invitations et pressions du ministre-candidat et de ses mais « hauts placés » dans les affaires et les médias,  vive la neutralité qui devient synonyme de désinformation organisée. Et de propagande sophistiquée.

Qu’en conclure, provisoirement ? Sur la crise médiatique, rien de définitif. Nous sommes au cœur d’une crise de croissance. Par définition, elle devrait être surmontée si les journalistes, dans leur diversité, réfléchissent vraiment à ce qu’ils font et à ce qu’ils ne font plus, ou moins bien. Et si les citoyens admettent leurs responsabilités dans le développement de l'info-spectacle

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Sur l’aspect politique de cette affaire, la confidence d’Alain Duhamel dérange la classe médiatico-politico-affairiste dominante. Non par ce qu’il marque son soutien du bout des lèvres à un candidat, mais parce qu’en nommant BAYROU, il  rompt à la doxa actuelle qui enferme les Français dans le choix binaire, donc primaire, il soutient l’ennemi public numéro un des partisans d’un statut quo suicidaire pour la France

Ce qui gêne le plus Sarko et Ségo, en effet,  ce n’est pas que tel ou telle soutienne telle ou tel. C’est que des voix autorisées, pertinentes, sérieuses se mettent à soutenir une solution autre que celle de l’actuelle bipolarisation d’une vie politique sclérosée  par des clivages droite-gauche archaïques.

 

Le Pen fait le jeu du « duo »  de l’UMPS. En favorisant le statu quo. Bayrou lui tente de casser le jeu. Ce jeu qui depuis des décennies rend peu guérissable ce que Peyrefitte déjà appelait « le Mal français ».

Le Mal Français…C’était à l’époque où l’ex-ORTF était encore la « Voix de la France » (selon l’expression de Pompidou) mais où le système médiatique, en dehors des radios et télé d’Etat (qui avaient des programmes d’une qualité disparue) offrait des plages de résistance, de contestations, de saines remises en cause, de vraies réflexions… bref un pluralisme qu’on va finir par se mettre à regretter. Si le Berlusconisme à la française continue à faire des ravages. Si la surinformation apparente et trompeuse continue à se traduire par une sous-information et une désinformation  galopantes…

Je me souviens du fameux « Messieurs des Censeurs, bonsoir », de Maurice Clavel. Aujourd’hui, c’est « Messieurs les Castreurs, bonjour »…

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En fait, cette « affaire Duhamel » devrait encourager Bayrou à intensifier son combat, à durcir sa révolte, à poursuivre sa campagne de convictions et de cohérence. Personnellement, je vois encore plus clairement qu’avant ce festival d’hypocrisie politico-médiatique où sont les votes nuisibles et où est le vote « utile ». Mais je ne  prétends convaincre personne.

Je tente de montrer qu’il n’est pas encore interdit  de parler  de Bayrou dans la rue et sur le web… Il faut en profiter d’ailleurs. Sait-on jamais ? Comme disent les Guignols, d’ici à ce que « l’extrême centre révolutionnaire » subisse le sort des fumeurs il n’y qu’un pas. « Taisez-vous Duhamel!», comme lançait Marchais à Elkabbach...à une époque où il y avait de vrais débats et de vraies ITW à la télé. Marche d'un autre siècle, pourrait dire Jean-Marie Cavada, excellent journaliste devenu dangereux extrême-centriste, comme chacun sait...

Daniel RIOT