07/01/2007
Une chronique d'Eric Le Boucher à faire lire à tous les candidats à l'Elysée ...et à d'autres
Sortir du « social compassionnel » et instaurer « un droit au sérieux opposable »
Il est des chroniques qu’on aurait aimé écrire. Même quand leur auteur n’a pas toujours des positions conformes à celles qu’on défend soi-même. Celle d’Eric Boucher dans Le Monde daté d’aujourd’hui en fait partie… Parce que le texte, bien documenté et riche en références crédibles est conforme à l’ironie grinçante mais pertinente du titre : « le droit au sérieux opposable »…
Face à l’accumulation des promesses en tous genres qui marquent le début de cette campagne (y compris chez Chirac) et devant les recours à des réflexes protectionnistes, bureaucratiques, frileux (trop « français », comme disent nos partenaires européens), Eric Le Boucher a le mérite de mettre quelques points sur les « i ». « S'il est un seul droit opposable qu'il faut faire voter d'urgence en France, c'est celui du sérieux. »
>>> « Jusqu'au bout, Jacques Chirac aura multiplié les "droits à", souligne Le Boucher. Le président des aides, des subventions, des crédits, des principes de précaution, des garanties, des assurances et, maintenant, des droits "opposables", laissera la trace d'un gigantesque distributeur de billets. Et aussi de celui qui a fait passer la dette de l'Etat de 58 % du PIB en 2002 à 66,6 % en fin de parcours. La maison Chirac panse les fractures sociales à crédit. »
>>> « Les grands enjeux sont oubliés et le social compassionnel a repris le dessus, comme à chaque occasion depuis 1995 ».
>>> « Que la France du logement social soit en échec, voilà qui est avéré. L'abbé Pierre aura beau y avoir consacré sa vie, il y a cinquante ans que cela dure. Le problème de fond aujourd'hui est que la France manque de 600 000 logements. Et que donc, pour simplifier, dans l'échelle des prix, chacun habite le logement d'en dessous, ceux du 8e au 7e, et ainsi de suite, et ceux du 1er qui attendent une HLM, expulsent les plus démunis du rez-de-chaussée dans la rue.
Impéritie des gouvernements (surtout en l'occurrence de la gauche, qui déteste le BTP), électoralisme des élus, malthusianisme de tous, rentabilité trop faible des loyers (jusqu'aux dernières hausses), le diagnostic mériterait d'être mis au net. Mais M. Chirac n'a pas le temps d'attendre. Son gouvernement propose à la va-vite un système typiquement français : un droit (un de plus donc) si complexe que personne ne voit vraiment comment il va s'appliquer et qui, en tout état de cause, n'entrera pas en vigueur avant... plusieurs années. »
>>> Dans un monde qui vit, en effet, « des changements considérables », il faut en finir avec la « subventionnite » (…)et avec ce qui devenu un mal français qui se résument en quelques mots : "protéger", accorder "des droits à", des "avantages", des "aides"… « Il faut une meilleure croissance et une refonte complète du fonctionnement de l'Etat. »
>>> Meilleure croissance ? L'économiste Eric Chaney, de Morgan Stanley, a calculé que la part de la France dans les exportations globales de la zone euro a reculé depuis 1999 de 16 %, quand celle de l'Allemagne a crû de 11 %, celle de l'Espagne de 2 % et celle de l'Italie a baissé de 1 %. Ces chiffres devraient tirer la sonnette d'alarme sur l'état réel de la compétitivité de l'économie nationale. Voilà le problème le plus "sérieux" de la France.
Et Eric Chaney d'implorer les candidats de ne pas céder au "populisme", qui reviendrait à "laisser penser aux Français que le gouvernement a le pouvoir d'isoler la France de la mondialisation" en renforçant le protectionnisme.
>>>Le fonctionnement de l'Etat ? Le rapport sur "l'économie de l'immatériel" remis au ministre des finances par Jean-Pierre Jouyet et Maurice Lévy souligne l'ampleur de la révolution nécessaire. "La capacité à innover, à créer des concepts et à produire des idées est devenue l'avantage compétitif essentiel." "Formation, recherche, innovation : c'est sur ces critères que seront de plus en plus classées les nations. Et c'est sur ces trois critères que notre économie présente des faiblesses importantes et durables."
Y remédier, poursuivent les auteurs, impose d'augmenter "sérieusement" les moyens de l'enseignement et d'en changer les structures, de "rénover en profondeur" l'organisation de la recherche et de "bousculer" notre système fiscal parce qu'il pénalise les innovations (puisse Mme Royal lire ce rapport de Jean-Pierre Jouyet, chef du service de l'inspection des finances et, par ailleurs, son conseiller !) », insiste Eric LE BOUCHER
Le but n’est évidemment pas de succomber aux chants des sirènes de l’hyper-capitalisme, de l’hyper-libéralisme, d’un ordre mondial bien désordonné, de l’économie-casino… Il n’est pas non plus de nier l’action des politiques et des pouvoirs publics. Il n’est surtout pas de renoncer à un « modèle social » qui doit au contraire remettre pleinement « l’homme » au centre de toute activité.
La France a trop de qualités pour continuer à gâcher ses atouts en ayant peur de son ombre. Bien des NON au référendum qui, contrairement à ce qui a été dit ,ont été des NON à l’Europe, à l’esprit d’ouverture, à l’audace et à la volonté de se dépasser et de relever les défis d’un siècle qu’il importe d’aborder avec un sens de l’avenir et non avec un passéisme et des archaïsmes cultivés. Une vraie « politique sociale » ne se confond pas avec ce que Le Boucher appelle avec pertinence le « social-compassionnel » Oui, au "droit au sérieux opposable". Merci Eric Le Boucher.
Daniel RIOT
06:00 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, économie, etat de la France, présidentielles










