05/11/2006
De la difficulté d'entreprendre des réformes en France...
Détendu, Alain Juppé. Serein, même. L’air du Québec, le retour réussi à Bordeaux et un rôle de spectateur (pour l’instant) distancié de la compétition présidentielles. Sur « france 5 », F.O.G nous a offert une émission intéressante en ce dimanche. Face au maire de Bordeaux : Claude Allégre, Luc Ferry et la bouillante Elisabeth Lévy. Chacun est venu avec son dernier livre. Et tous avaient une préoccupation d’actualité : Pour quoi les réformes, pourtant indispensables, sont-elles aussi difficiles à entreprendre dans cette France qui a tout de « ptofondément changé » ces dernières années ?
Allègre résume : « Le mal français c’est la rue et les urnes. La rue est plus forte que les urnes ». Juppé ? Viré pour cause de réforme de la sécurité sociale. Allègre ? Viré pour avoir tenté de réformer le « mammouth ». Ferry ? Viré par les étudiants dans la rue. « Nous avons un record d’instabilité ministérielle », souligne Allègre.
Eh ! Oui…Sous la Quatrième les Présidents di Conseil changeaient souvent, mais les titulaires de portefeuilles ministériels pouvaient inscrire leurs actions dans la durée. Et la démocratie n’était pas la doxocratie d’aujourd’hui…
Les remèdes ? « Un meilleur fonctionnement du quinquennat ». Retour au « contrat de Législature », proposé jadis par Mendès-France ? «Les hommes (et les femmes) politiques feraient bien de se replonger dans « La République moderne »… Et un nouvel état d’esprit chez ceux qui assument le pouvoir. Mais la plus difficile des réformes ne concerne-t-elle pas le fonctionnement d’un système politique sclérosé ?
« Vaincre nos peurs », pour reprendre le titre de l’excellent livre de Luc Ferry ? Bien sûr. Mais comment ? « Le pire et le nouveau, c’est que la peur a été déculpabilisée. Avant, on disait aux enfants que ce n’est pas bien d’avoir peur »…
« Le mot-clef, c’est la confiance, lâche Juppé en dénonçant les « déclinologues ». Il faut reconstruire une société de confiance et en finir avec cet auto-dénigrement qui est debenue une spécialité nationale ».
Certes.... mais comment ? « Les Français ne sont pas des imbéciles », se fâche Elisabeth Lévy. « Si le mot Réforme est devenu un gros mot, c’est parce les forces populaires ont peur d’en prendre encore plein la figure alors qu’il en ont déjà plein le dos »
« Vous avez dit matière grise » ? Joli titre… il faudrait que les candidats à la Présidentielle et leurs conseillers se creusent davantage mes méninges pour que l’on cesse « de marcher sur la tête », ou de « marcher cul par dessus tête » pour reprendre quelques unes des expressions lancées dans ce débat modéré par un Frantz Olivier Giesber visiblement heureux d’être en aussi bonne compagnie. Dans cette pré-campagne pour la présidence où (sauf rare exceptions) , la « matière grise » n’est guère visible, la « discorde » triomphe, les peurs font le jeu des extrêmes et des protestataires et où , ai nom de la « démocratie participative » mal comprise et d’arguments « attrape-tout », on désacralise un peu plus chaque jour, non seulement le pouvoir, mais aussi la République.
Les livres cités :
>>> Alain JUPPE : « France, mon pays » (Robert Laffont)
>>> Luc Ferry : « Vaincre nos peurs. La philosophie comme amour de la sagesse» (Odile Jacob)
>>> Claude Allègre : « Vous avez dit matière grise ? » (¨Plon)
>>> Elisabeth LEVY, avec Rony Brauman et Alain Finkielkraut : « la Discorde » (Mille Et Une Nuits )
17:10 Publié dans Livre, Présidentielles 2007: carnet de campagne, Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, livres, télévision, juppé, ferry, allègre










