06/03/2007

Mon carnet de campagne: Sondages, info-intox et l'UMP au secours de Le Pen (et de Besancenot). Que c'est beau la noblesse démocratique!

François Bayrou franchit le cap symbolique des  20 %

François Bayrou poursuit son ascension et franchit un palier symbolique : pour la première fois, il est crédité de 20 % d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle, selon un sondage LH2 pour RMC-BFM TV-20 Minutes réalisé les 2 et 3 mars. Le candidat de l'UDF gagne trois points, par rapport aux 23 et 24 février. Qui est le perdant de la progression de M. Bayrou ? Nicolas Sarkozy, arrive toujours en tête au premier tour, à 28 %, mais il perd deux points. Ségolène Royal se maintient à 27 %. Elle talonne de nouveau le candidat de l'UMP, considéré comme favori. Le suspense s’accroît…pour ceux qui prennent les sondages au sérieux. Mais l’inquiétude grandit dans les deux coalitions qui rêvent d’un maintien de ce « bi-partisme » qui rend la France « hémiplégique », comme disait Raymond ARON

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L’UMP au secours des signatures de Le Pen : Quelle noblesse !

On le sentait venir depuis 15 bons jours. L’UMP abandonne ses mots d’ordre (non écrits) : « On n’est pas à L’UMP pour faciliter les choses de Le Pen ». Sarkozy lui-même s’engage à se battre pour que, au nom de la démocratie, Le Pen (et Besancenot, SVP !) aient leurs signatures…L’esprit démocratique en question est né des calculatrices de l’UMP

Sans Le Pen, bien des électeurs déclarés pour le FN viendront grossir l’électorat potentiel de Bayrou : des simulations ont été faites. La tentation du coup de pied dans la fourmilière, du vote protestataire « contre 25 ans d’échecs » de l’UMPS, d’une vraie  réforme des institutions (avec réintroduction d’une bonne dose de proportionnelle aux Législatives) c’est Bayrou qui en deviendrait le champion des champions.

L’UMP paierait ainsi la facture de ses attaques contre Bayrou (« c’est le Le Pen des bobos »). L’absence d’une candidature de Besancenot  apporterait des voix à Ségolène : l’écart est trop faible au sein de l’UMPS  pour que le moindre risque soit pris.

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Enfin, Sarkozy sait lire les sondages : 58 % des Français penseraient qu’il ne serait pas « démocratique » que Le Pen n’ait pas ses signatures… Sarkozy en une phrase bien ciselée réussit à transformer un calcul politicien en leçon de vertu démocratique. Qui plus est cette « noble attitude «  pourrait être récompensée par de reports de voix au deuxième tour !

Un malin, ce ministre de l’intérieur qui est bien sûr le seul à bénéficier des enquêtes d’opinions des RG… 

« La démocratie ne doit pas être confisquée par un petit nombre de gens » précise le candidat-ministre en évitant l’un de ses tics de langage : « C’est ma conviction personnelle et c’est ma conviction à moi ».  Qui a écrit : « soi- même comme un autre » ? Ah ! oui… Paul Ricoeur ! Un penseur de talent,  lui. Et un humaniste porteur de vraies valeurs. Pardon : nous voilà loin de la « Sarko-attitude »

Raffarin à Bayrou : « François reviens »

Il a un bon sens indéniable le défenseur de la France d’en bas qui a tant donné raison à Bertolt Brecht : « Ceux qui sont en bas sont maintenus en bas pour que que restent en haut ceux qui y sont déjà »… Alors que l’UMPS tente de persuader l’électorat que Bayrou est de droite, soit en espérant le récupérer (tendance Sarko), soit pour lui reprendre les voix de gauche qu’il a déjà reçu et peut recevoir encore (courant Ségo), Raffarin est clair : Bayrou est trop à gauche. Et il lui lance un appel : «  François reviens où tu étais si bien ». Encore un grand Homme d’Etat qui a tout compris le père des raffarinades…

Il doit être content Raffarin, comme de Villepin d’ailleurs. Et comme Chirac… Lu sur la profession de foi d’une investie UMP dans une circonscription de Strasbourg : « Il faut rompre avec celles (les pratiques politiques) qui ont démontré leur inefficacité depuis 25 ans ». Sur le fond, elle a raison cette jeune dame… C’est du Bayrou dans le texte ! C’est vraiment beau d’essayer de se faire élire en critiquant le bilan de l’action du mouvement pour lequel elle milite et notamment de l’ère Sarkozy ! Avec Sarko et ses supporters, tout est déjà possible ! Même l’incroyable…Qu’est-ce que cela va être demain, si…

Santini, le concierge

Encore un comique, pas drôle : Santini est sûr (évidemment puisqu’il a rejoint son ami Sarkozy, qui est aussi président de son conseil général, ce qu’on ne rappelle pas assez !) que Bayrou va subir « l’effet malabar », vous savez ces boules de gum que les enfants font grossir, grossir, grossir jusqu’à l’explosion… « Je garde la maison udf », lance-t-il en oubliant qu’il avait été mis en congé de parti.

Santini, concierge ! Il pourra se relayer avec de Robien, le « sang triste » qui, lui, attend encore avant de dire son choix. Vous imaginez un instant qu’il vote Ségolène, par dépit et rancune envers Bayrou et par détestation de Sarkozy ce saint homme si fier de son action (critiquée par Sarkozy) au ministère de l’intérieur. Une action si performante que nos retard en matière d’enseignement et de recherche figure dans tous les programmes, ou presque. «Ensemble,  contre Sarko, tout est possible », non ?

Gobées au vol, quelques phrases:

*Azouz Begag (Egalité des chances) sur Chirac: « Je reste un chiraquien inconvertible. J'attends avec impatience ce que le président va dire dans quelques jours (…) La France a encore besoin d'un homme de cette envergure ». Cela fait du bien un peu de chaleur humaine dans ce monde cynique !

*Jean-Louis Debré, nouveau président du Conseil constitutionnel, sur Chirac: "Je pense à toutes celles et tous ceux qui lui sont fidèles et je pense souvent aux courtisans partis courtiser ailleurs ».Oh ! Les ingrats !

*Ségolène Royal sur son futur gouvernement: « Je ne suis liée à aucun réseau, aucune puissance d'argent, aucun lobby, aucun grand média, aucune grande entreprise. Je n'ai personne à placer et ne dois rien à personne si ce n'est au peuple français ». Bien dit. Son gouvernement, pour l’heure, c’est « personne ».

*Nicolas Sarkozy, sur l'immigration: « Le Pen a fait de l'immigration un cheval de bataille et moi, j'ai essayé de faire de l'immigration un thème d'action, c'est différent ».Un joli raccourci ! *François Hollande, numéro 1 PS sur Bayrou : « Le vrai choix n'est pas entre le changement ou la continuité, il est entre le changement ou la crise ». Très bonne analyse : avec l’UMPS et la fausse alternance, c’est la crise. Avec Bayrou, c’est enfin le changement.

*  Alain Finkielkraut s'est dit  « atterré par l'état actuel de la gauche ». « Je constate que le Parti socialiste est dans le coma (…) La gauche a choisi la voie du mitterrandisme, de la posture, du symbole et pas la voie du mendésisme, c'est-à-dire en gros de la connaissance des dossiers », considère M. Finkielkraut en précisant  que cela ne fait pas de lui pour autant "le porte-parole de Nicolas Sarkozy, ni de qui que ce soit d'autre". L'écrivain dément notamment les informations de certains médias faisant état de son ralliement imminent au candidat de l'UMP. Il y a vraiment des spécialistes de l’info-intox !

* Précision recueillie de la bouche même de l’intéressé : Max Gallo n’a jamais dit ni écrit qu’il voterait Sarkozy. Il s’est félicité de voir Sarko s’inspirer de son « Fier d’être Français » dans les références historiques. Il a dénoncé la diabolisation du ministre-candidat qui « n’est pas Le Pen ». Il a dit qu’il ne voterait pas Mme Royal « pour des raisons évidentes ». Il précise qu’il votera pour « un candidat du champ républicain », sans plus de précision. Lanceurs de rumeurs, remettez vos pendules à l’heure !  

28/02/2007

Mon carnet de campagne : Le « sursaut » des « intellectuels » (conformistes) dits de « gauche »

C’était annoncé : c’est fait. Dans le « Nouvel Observateur » de ce jeudi, les appels de Jean Daniel pour un « sursaut du patriotisme de gauche » (confondant ainsi curieusement parti et patrie) sont entendus par des intellectuels, des créateurs, des chercheurs, des artistes qui tiennent à manifester, par leurs signatures, leur soutien à la candidate du PS.

Chez les pétitionnaires, peu ou pas de surprises. Sur le fond, RAS ou presque. La menace d’un nouveau 21 avril et « le deuxième tour se joue dès le premier tour » donc « Oui à Ségolène Royale, candidate de l’espérance »  et « Non à Sarkozy, « candidat de la peur »…

 «  Jamais candidat de droite n’aura à ce point symbolisé la régression sociale. Nicolas Sarkozy est, tout à la fois, le candidat du pouvoir financier, du pouvoir personnel et du désordre mondial. Soutenu par la nouvelle aristocratie financière, il incarne la soumission de la politique à l’argent. Favorable à un renforcement des pouvoirs présidentiels, il incarne la tentation du césarisme contre l’approfondissement de la démocratie.

Engagé aux côtés de l’actuelle administration américaine, il incarne le risque des aventures impériales, du choc des cultures et de l’affrontement des peuples.

C’est le candidat de la peur. Des peurs qu’il exploite – celles de l’avenir, du monde, de l’étranger, des jeunes – mais aussi des peurs qu’il inspire en convoquant l’imaginaire de l’homme fort, du chef vindicatif et exalté, épris du pouvoir et de lui-même ».

Cela je pourrais le signer…

Faits à noter : Aucune référence sérieuse aux valeurs défendues à travers la « gauche » d’aujourd’hui, juste une allusion à Le Pen non nommé, un silence sur les candidats de « l’autre gauche » Ce texte est une prise de position partisane non  un choix d’intellectuel.

Fait à noter encore : une ignorance totale de Bayrou. Pourtant ce qui est dit sur « l’espérance » provoquée chez les signataires par la candidate du Désir d’avenir pourrait très bien illustrer ce que le projet de Bayrou permet non d’espérer mais d’envisager.

« Une espérance à la fois sociale et écologique, éthique et démocratique, française et européenne, ne sacrifiant pas les conditions de vie et de travail à la modernisation économique. L’espérance d’une république nouvelle, rompant avec un présidentialisme étouffant pour un parlementarisme vivant. L’espérance d’une démocratie qui ne se réduirait plus à un pouvoir personnel, avec ses courtisaneries, ses impunités et ses privilèges. L’espérance d’une France enfin réconciliée avec son peuple, ses quartiers, ses travailleurs et sa jeunesse dans sa diversité ».

C’est presque du Bayrou dans le texte, non ? J’y souscrirais volontiers si ces « espérances » là étaient vues portées par celui qui les porte le mieux et le plus, de la façon la plus crédible. Mais à gauche comme à droite on applique les mots d’ordre des « appareils » : le centre n’existe pas et, s’il existe, il est impossible…C’est terrible de voir des intellectuels  aussi respectueux du désordre ambiant et aussi conformistes. Un intellectuel, ce devrait être un  aiguillon, non un édredon…

A noter enfin :  une  note restrictive glissée comme pour la forme et comme pour se faire excuser une partition plus partisane qu’intellectuelle et plus soucieuse de l’avenir de la « gauche » que du destin de la France et des Français… «  Nous affirmons qu’il n’est de soutien entier que critique, de loyauté que lucide, de solidarité qu’indépendante, et nous resterons fidèles à cet engagement »… C’est la moindre des choses pour des « intellectuels » ce me semble. S’ils éprouvent le besoin de l’écrire, c’est que cela , chez eux, ne va pas sans dire…