06/05/2007
Dieu se retourne et dit : « j’ai fait un rêve »
François Wolfermann de la librairie Kleber prépare pour l'été un catalogue de livres bien particulier: des choix personnels de livres qui ont marqué des lecteurs connus ou inconnus. Sollicité, j'ai choisi, "Rgards sur le monde actuel" de Paul Valéry.un livre qui vaut plus que tous les livres dits "d'actualité" qui envahissent les librairies....
"TOUTE TENTATION EST UN COMMENCEMENT"
Souvenirs de vacances à Sète. « Je suivais un serpent qui venait de me mordre »… Dans l’incandescence de l’adolescence : « J’ai vécu de vous attendre Et mon cœur n’était que vos pas »… Avec cette quête de sens qui marque la sortie de l’enfance : « Oh récompense après une pensée Qu’un long regard sur le calme des Dieux ». Vacances riches d’une découverte : Paul Valéry. Un poète trop cérébral pour la jeune pousse bourgeonnante que j’étais. Un penseur trop paradoxal pour ma petite tête. Mais c’est depuis ces vacances sétoises, (« nuit de Gênes » en plein jour, donc rupture avec mes idoles), que je me conduis en état livresque. « O récompense après une pensée Qu'un long regard sur le calme des dieux! »

« Toute tentation est un commencement »…Valéry m’a fait découvrir la tentation de l’esprit. « C’est bien de se cravacher furieusement les idées, de rouler sa mélancolie à coups de bottes, de fondre sur ses phobies et ses manies, décorner ses idoles ». Cette « tentation » est à la base de toute capacité de jauger les réalités de ce monde.
Son « Regards sur le monde actuel » m’a servi à forger un art d’observer et d’analyser en « homme moderne » non « esclave de sa modernité » et non prisonnier de ces modes condamnées se démoder.
Leçon de journalisme : « Tout ce qui est simple est faux, mais tout ce qui ne l’est pas est inutilisable » (...) « Le paradoxe, c’est le nom que les imbéciles donnent à la vérité ».
Leçon de philosophie : « Ce sont les questions qui font le philosophe » (…) « Tout idée philosophique érigée en système cesse d’être philosophique » (…) « Je me pense, donc je suis ».
Leçons d’écriture : « Le travail doit finir par effacer le travail » (…) « le génie est une habitude que prennent certains » (…) « Entre deux mots il faut toujours savoir choisir le moindre » (…) « Si le talent sans génie est peu de chose, le génie sans talent n’est rien » (…) « Le poète est celui qui inspire, non celui qui est inspiré ».
Leçon de vie : « L’intelligence, faculté de reconnaître sa propre sottise » (…) « Rien de plus soi que de se nourrir d'autrui. Le lion est fait de mouton assimilé » (…) «Le bonheur est la plus cruelle des armes aux mains du temps. » (…) « La fin du monde...Dieu se retourne et dit : "J'ai fait un rêve". »
Classant mes livres « selon les besoins de les relire qu’ils m’ont plus ou moins inspirés », je vis avec Valéry à portée de main. Et je l’emporte en voyage… Parce qu’il reste une vitamine de l’esprit, une béquille de la vie, un remède contre la fuite de ce temps qui fait que « l’homme est adossé à sa mort comme un causeur à sa cheminée »
C’est surtout l’actualité de Paul Valéry qui m’impressionne et me nourrit. Crise de la civilisation « mortelle », crise du politique, Europe, Méditerranée, défaite de la pensée, poids de la Mémoire, procès de l’Histoire, valeurs en jachère ou trahies, évolutions de l’Art et de la Science, pièges et vertus du Progrès… Son monde « actuel » (avec des Regards posés entre XIX ième et XX ième siècles) reste Notre monde. Notre temps. Nos défis.
Ses analyses n’ont rien perdu de leur profondeur et de leur pertinence. Parce qu’il a su « tout embrasser, l’humain et l’inhumain » et « regarder » au-delà ce que ses yeux lui montraient : la vision importe plus que la vue.
Daniel RIOT

13:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, philosophie, jouranlisme, culture, politique










