20/09/2007

Une exclusivité TF1 et France 2 : Ce soir, le Roi Sarko parle à ses Sujets

Décidément, la « Doulce France » est un Royaume fantastique… Même les pauvres Belges plongés dans leur royale crise existentielle peuvent se permettre de sourire de notre République monarchique où les pratiques, les effets et les jeux  de Cour sont plus développés qu’en tous lieux d’Europe (sauf au Kremlin, peut-être).

Ce soir, le Roi parle. A la télé. En exclusivité sur deux chaînes : TF1, l’officielle privée, et France 2, l’officielle publique. Avec deux « pages » (si l’on peut dire) connus pour leur impertinence.

Depuis lundi, le Souverain avait pourtant tenu la vedette de tous les JT et envahi des heures durant les chaînes d’info continue transformées en « la Voix du Maître en direct ». Mais les choses étant ce qu’elles sont (une poussière de point en moins dans les thermomètres de la popularité), le Roi a un impérieux devoir de communiquer impérialement.

Dans quelque temps, on va enrichir les dictionnaires de dictons : « Trop de Sarko tue  Sarko », mais en l’état, s’il ne parlait pas du tout, le temps d’une journée, les observateurs courtisans s’interrogeraient gravement : « Pourquoi tant de silence » ?

UN "FAN" DU "PETIT RAPPORTEUR" 

Et puis tout de même, sans lui, aujourd’hui, la Une de l’actualité aurait été « Cécilia aux obsèques de Jacques Martin »… Le Roi, qui a beaucoup appris en regardant « l’école des fans », sait que tous les « petits rapporteurs » auraient pu avoir l’impertinence de rappeler qu’à Neuilly, ville du Royaume,  un officier d’état civil était tomber amoureux de la femme qu’il mariait à un ami et que la concupiscence, cette arme de pouvoir prendre des cœurs et s’emparer des trônes, peut être plus forte que tout.

« Prends mon écharpe tricolore, Jacques…Moi, j’ai le lasso qu’il me faut. Ce que Sarko veut, Sarko peut… Et je prendrai la France comme on prend une femme ! En niquant tous ceux qui en rêvent ». En ce jour de deuil, ce genre de rappel est inconvenant, il faut en convenir. 

 Cécilia doit avoir un autre souci : son amie Rachida (qui porte toujours, en talisman,  le bracelet aux cœurs croisés par elle offert) a de plus en plus de problème. Pas avec son cabinet où les collaborateurs ne font que passer), mais avec les magistrats, les avocats et tous ces gens de justice qui ne comprennent rien. Ou pas grand-chose à la lecture sarkozienne de la « séparation des pouvoirs ». Montesquieu ? De Grâce, Sire, son œuvre est inconnue en « Sarkoland ».

LE POUVOIR N'EST PAS DU SAUCISSON

D’ailleurs pourquoi séparer tout ce qui est intrinsèquement, d’une façon innée, lié ? Le pouvoir, c’est le pouvoir. Point. Tout est dans tout, non ? Le pouvoir, ce n’est pas du saucisson. Les Français ont élu leur Roi pour qu’il assume tout : politique, justice, presse, fric, fisc, police,  législatif, exécutif… tout n’est pas encore parfait, puisqu’il existe encore des Conseils (constitutionnel et d’Etat) qui peuvent contrarier des  politiques « qui s’imposent dans l’intérêt des Français et que les Français réclament », mais faites un sondages : vous verrez à quel point les magistrats et les avocats sont impopulaires.

Rachida, elle, est vient de la magistrature. Elle sait ce que c’est. Et elle sait ce qu’il faut faire. Elle ne va d’ailleurs pas assez loin : Comme Hortefeux (qui n’est pourtant pas ministre de l’intérieur) l’a fait pour les préfets, elle devrait  convoquer tous ceux qui méritent d’être… convoqués. Pour les rappeler à l’ordre, et leur donner des ordres ! Même dans sa nouvelle carte judiciaire, elle ne va pas assez loin la trop gentille Rachida. Pourquoi tant d’argent pour rendre la justice ? Un chêne et un bon roi suffiraient, non ? 

 C’est pour avoir une justice plus juste que les Français ont élu Sarkozy. Et c’est à cela que Rachida travaille. Oui, la justice doit être indépendante. De tout. Sauf du pouvoir. Si le Roi élu pour cela ne le dit pas, qui le dira ? D’ailleurs, Dati, elle cite même Badinter parmi les anciens Gardes des Sceaux dont elle s’inspire. Alors…

LA CONCERTATION  SELON SARKO...

En plus, depuis quelques heures, les porte-voix des forces « syndicales », donc de la plèbe, se font trop entendre. Assourdissants leurs discours ! Pourtant, le Souverain avait pris des pincettes ne manquant pas une occasion de tartiner mille et un compliments. Un Président Roi n’est pas élu pour écouter les autres parler… Surtout quand il a la gentillesse de ne pas « passer en force » et de laisser du temps à la concertation, à condition que l’objectif atteint à l’arrivée soit à l’identique celui qui était imposé au départ. C’est le Roi qui a la légitimité du suffrage universel, et non des délégués d’organisations si peu représentatives…

Et puis, il y a trop de mésententes (déjà) à la Cour. A tel point que l’on parle déjà d’un remaniement alors que l’état de grâce est encore chanté par la chorale des gazetiers de la Cour…

Ne voit-on pas les employés du gouvernement de sa Majesté oser montrer leur désaccord sur l’utilisation de l’adn, ce test qui entraîne chez Hortefeux une de ces jouissances que seuls des chasseurs comblés par leurs trophées peuvent avoir ? On a même entendu une insolente parlementaire poser la question  des tests adn pour les couples « recomposés » (y compris royaux).

 L'ADN, C'EST INNE, PAS ACQUIS 

La filiation, une simple affaire de génétique ? On repart sur des débats (royaux) sur l’inné et l’acquis déjà lancés dans la campagne dite présidentielle qui a précédé le sacre par des esprits sous influence des « néo-cons » et des « créationnistes » américains.  Au fait, les  qualités extrêmes du Sieur Hortefeux « le trop gavé »,  elles sont innées ou acquises ?

Bref, la « grand messe » télévisée royale s’imposait. Ce n’est pas tout… Il y a les vrais enjeux. Le Roi en sa tête couronnée ne rêve-t-il pas de transformer (en douceur) le Code du Travail en Code du Capital, la fonction publique  en fonction privée, la sécurité sociale en assurance sociétale, et faire que le mot « retraite » ne couvre que son sens premier : se mettre ou être en retrait ?…. Qui parlait de « modèle social français» ? Guizot déjà exhortait : « travaillez plus pour gagner plus».

Il est vrai que nous avons tous intérêt à « gagner plus », car il faudra dépenser beaucoup pour compenser ce que nous allons perdre à terme, surtout si comme la plupart des salariés qui ne peuvent ni tricher avec les lois, ni exploiter les autres, ni jouer aux tables de « l’économie casino » nous ne bénéficions pas des cadeaux fiscaux généreusement offert (sans dialogue social, sans concertation) qui gagnent plus non parce qu’ils travaillent plus, mais parce que leur fric peut mieux rapporter…

MORIN A DEJA EXPLOSE EN RASE-MOTTES 

Je sais. On va là m’accuser de sombrer dans une démagogie d’opposant. J’en conviens. Mais comment répondre à la démagogie des « cire bottes » ?… « Je les niquerez tous », lançait Sarkozy selon de bons auteurs jamais démentis. « Niqués », nous sommes tous. Mais certains le savent plus que d’autres. C’est comme le (mauvais) mot de je ne sais plus qui à propos des malades : « Nous sommes tous malades, mais certains le savent, d’autres pas »

Il en est un (parmi d’autre) qui ne sait pas qu’il est « malade » (ou « niqué », en royal langage sarkozien), c’est le brave ministre de la défense, Morin le lumineux, l’ami fidèle de Bayrou (tous les traîtres sont ami fidèle de ceux qu’ils trahissent, sinon ils ne pourraient pas être traîtres !). Lui qui sait pourtant être brillant quand il ne dit rien vient de lancer une torpille dans la nature : Le Président m’a dit que des ministres vont exploser en vol, a-t-il sourit en n’ayant visiblement pas compris qu’en s’adressant à lui, Sarko le malin  parlait  d’abord de…lui !

Il est vrai que cette semaine nous avons appris que le vrai ministre de la défense est, en fait, celui des affaires étrangères. C’est Kouchner, en effet, qui lance le mot « guerre ». ses mises au point, ses rectificatifs, ses procès en journalisme n’y changent rien. Il a dit ce qu’il a dit : j’ai suivi l’émission en direct et j’ai bondi sur le champ. Mais je me garde de mettre Kouchner et Morin dans le même sac. Bourde, il y a chez Morin. Propos calculé, il y a chez Kouchner !

Morin confirme son grand sens politique en appelant de ses vœux l’arrivée de nouveaux « ministres d’ouverture » dans ce cabinet royal où Fillon (« le poste fictif de Matignon », aie-je lu sous une bonne plume) a oublié que, dans son sens premier, le mot « collaborateur » n’a rien de péjoratif… Il y trouverait confirmation de tout ce pour quoi il avait fait campagne aux cotés de Bayrou, Morin le malin.

C’est bien, soldat Morin, mais nous n’avons visiblement pas soutenu le même programme et me même candidat. Bayrou prônait non une « ouverture » factice, mais une Union nationale contractuelle. Nuance. Et si vous vouliez vous montrez digne des illusions sur vous que vous avez su, un moment, entretenir, Monsieur le ministre, vous tiriez parti de vos prestations télévisées pour rappeler ce que Bayrou disait des déficits, des fonctions publiques, de la social-économie, de la démocratie sociale, de l’éco-économie, de l’indépendance de ma magistrature, de la démocratisation du régime, de…

Oh ! Il est vrai que vous avez oublié tout le fiel (vite effacé) que vous aviez déversé sur votre blog contre Sarkozy aujourd’hui par vous tant apprécié. Vous ne risquez pas « d’exploser en vol », M. Morin. Vous volez trop pas, et voilà longtemps que vous avez implosé en rase-mottes: un porte-feuille ministériel, surtout quand le Château concentre tous les pouvoirs, c’est comme une décoration qui récompense davantage les impostures que les postures. Mais pourquoi diable ais-je le besoin de vous consacrer autant de place dans ce billet d’humeur ?

MORIN, SOYEZ MEILLEUR POUR...SAUVER LE MODEM 

Ah ! c’est vrai :le seul vrai reproche que je vous fait, c’est de ne pas avoir assez de qualités pour attirer au « Nouveau centre » les « centreux » de l’udf qui, comme vous n’ont rien compris à la démarche de « résistance  constructive » de Bayrou  et du MoDem … Mais même cela vous dépasse. Au moins, vous avez quitté clairement l’udf : c’est plus noble que ceux qui font les mêmes calculs politiciens que vous en y restant pour jouer les taupes et les doryphores. Moralement, le déserteur est plus digne que le saboteur.

Daniel RIOT