02/11/2008

Relatio-Europe, l'Europe vue de Strasbourg

Une semaine arabe qui ne devrait pas se tenir à Bruxelles
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Dimanche, 02 Novembre 2008 19:41

COMMENTAIRE RELATIO: "Semaine arabe au parlement européen du 3 au 7 novembre" La manifestation est intéressante. Elle a une grande portée. Elle entre dans le cadre du dialogue inter-culturel (dont le Conseil de l'Europe est à l'origine). Elle est organisée par le parlement européen. Elle se déroule à Bruxelles, et non dans la ville siège du PE: Strasbourg! C'est tout simplement une anomalie, un coup de couteau de plus dans la lettre et l'esprit des traités.

Comment les parlementaires européens (français notamment) ont-ils pu ainsi autoiser cette entorse alors que cette semaine est officiellement consacrée aux réunions des commissions? Comment la Présidence française (si organisée!) a-t-elle pu laisser passer cela? Il ne s'agit pas d'en faire une "histoire": ce serait stupide, mais il faut tout de même de temps à autre rappeler que la jurisprudence de la Cour de Luxembourg demande au PE de respecter ses champs de compétences.

Faites battre l'Europe en son coeur de Strasbourg : signez la pétition "One City" ! PDF Imprimer Email
Dimanche, 02 Novembre 2008 00:40

Une bonne initiative de jeunes européens picards  pour que les traités qui fixent le siège unique du parlement européen à Strasbourg soient appliqués dans leurs lettres et leur esprit

Par Daniel RIOT

Rappel d'une réalité trop oubliée (n'est-ce pas Daniel Cohn-Bendit ? ): le parlement européen a un siège unique qui a été  fixé à Strasbourg ! Il n'y a donc pas de guerre du siège, expression caduque depuis le 12 décembre 1992... Pourtant,  voila deux  ans, la suédoise Cecilia Malmström, avait lancé une pétition sur Internet afin que les travaux du Parlement européen soient tous regroupés dans la capitale belge qui abrite aussi l'Otan.

Cette pétition a été examinée par le parlement européen qui a refusé d'en faire l'objet d'un débat. Cela se comprend ne serait-ce que pour deux raisons : la crédibilité de cette pétition est pour le moins sujette à caution et le choix de Strasbourg siège du parlement européen est de la compétence des chefs d'Etats et de gouvernement. Elle est gravée dans le marbre des traités et s'inscrit dans une répartition des sièges et des lieux de travail de l'Union qui est fondée sur un polycentrisme qui est l'un des choix fondamentaux de l'Europe ‘unie dans sa diversité ».

Enseigner les droits de l'Homme aux professionnels du droit PDF Imprimer Email
Dimanche, 02 Novembre 2008 16:50

HELP! Il faut soutenir le programme..."HELP"

Par  Maud de Boer-Buquicchio

D'une manière générale, je n'aime pas beaucoup les acronymes, qui cachent souvent plus de choses qu'ils n'en révèlent. Le Programme européen d'éducation aux droits de l'homme pour les professionnels du droit n'aurait cependant pu recevoir meilleure appellation que celle de programme « HELP » (qui en français signifie « aide »). En effet, ce programme apporte une aide là où elle est nécessaire. Il aide à ce que la Convention européenne des droits de l'homme soit convenablement comprise et appliquée là où il le faut et par les personnes qu'il faut, c'est-à-dire les juges et les procureurs de nos Etats membres.

C'est au niveau national que se joue l'efficacité de la protection des droits de l'homme. La Convention européenne des droits de l'homme repose sur le principe de subsidiarité. Si nous pouvons être extrêmement fiers de la Cour de Strasbourg, n'oublions pas cependant qu'il s'agit de la juridiction de dernier ressort.

Cachez ce sein que je ne saurais voir PDF Imprimer Email
Dimanche, 02 Novembre 2008 15:45
Le journal suisse Le Matin  publie une information qui confirme que « l'unité dans la diversité » qu'est l'union européenne respecte les règlementations nationales et locales les plus surprenantes, les plus hypocrites et les plus sottes... Les lois de mœurs, par définition, relativisent le droit.Affaire de modes...
Au moins, la très catholique Pologne ne devrait-elle pas être heurtée par l'extrême pudeur qu'imposent des régimes islamiques aux femmes... L'Internationale des intégristes est contre le nu intégral (même partiel). Personnellement, je suis contre les mains nues. A quand les gants obligatoires pour les femmes ? Ce serait vachement érotique non ? Surtout chez les hôtesses de l'air de plus de 65 ans...
Je trouve aussi que les épaules dénudées sont aussi très provocatrices et ne parlons pas des petits nez coquins... Ou des pieds. Mais j'ai tort de plaisanter. La femme libérée, en certains lieux d'Europe, reste un mythe. la blonde et la brune aux seins nus de Manet saluent bien les juges polonais!
Marek Halter à Strasbourg le 3 novembre : Y a-t-il un lien entre Barack Obama et le Reine de Saba ? PDF Imprimer Email
Vendredi, 31 Octobre 2008 03:30

UNE SUGGESTION RELATIO : Marek Halter le 3 novembre, à 17h30 à la Salle Blanche de la Librairie Kléber, à Strasbourg. Une conversation animée par Daniel RIOT de Relatio-Europe autour du dernier roman de Marek Halter qui vient de sortir (Chez Robert Laffon) : « la Reine de Saba ». Une conversation qui portera aussi bien sûr sur les questions d'actualité qui ne manquent pas de préoccuper Marek-l'écrivain engagé qui sait aussi « se réveiller en colère ».... « Novembre, mois de la mémoire », comme on a raison de dire au Conseil de l'Europe.


PRESENTATION: Y a-t-il un lien entre Barack Obama et...le reine de Saba ? Question saugrenue ? Pas du tout. Marek Halter le conteur veut sinon y croire du moins envisager l'hypothèse. Le monde est petit, l'Histoire est courte. Et la vie est d'abord du sang qui coule dans des veines, hors du temps, hors de l'espace. Tous frères, puisque tous enfants d'une même Terre.
Le père d'Obama est originaire d'une de ces nombreuses régions d'Afrique marquées par les descendants de Ménélik, enfant de l'amour entre la reine de Saba et le roi salomon :le Kenya (Barack veut dire « béni » en hébreu) Éthiopie, Mali, Nigeria, Ghana, Rwanda, Zimbabwe, Ouganda, Cap Vert etc...) foyers de ce judaïsme noir qui revit en Afrique et, bien sûr, aux Etats-Unis...
Allez savoir ! Le conteur raconte des contes. Marek, l'artiste, le mime, le comédien, le romancier, sait s'appuyer sur des faits réels, avérés, ou rêvés, pour nous offrir des voyages mythologiques qui font fantasmer, mais aussi penser. Il est des légendes qui illustrent mieux que des récits réalistes l'humaine condition. Et l'Histoire ne se fait que parce que les hommes (et les femmes) adorent se raconter des histoires, non?...


Israel: Jérusalem, au coeur de la campagne PDF Imprimer Email
Dimanche, 02 Novembre 2008 15:09

Par Guy Senbel
Tzipi Livni ! Le destin national d'une femme politique, que l'opinion compare volontiers à Golda Meir, est en panne. Le Président de l'Etat Shimon Pérès lui avait confié la responsabilité de former un gouvernement après sa victoire contre Shaoul Mofaz dans la course à la présidence de Kadima. Elle devra maintenant convaincre l'opinion, appelée aux urnes au cours de l'hiver prochain.

Certains attribuent l'échec des négociations menées par Tzipi Livni avec l'ensemble des partis de la Knesset à un manque d'expérience, voire à un manque d'indulgence à l'égard de ceux qui en demandaient trop. C'est d'ailleurs avec cet argument qu'elle justifie sa décision : « J'ai fait des offres raisonnables », mais « les demandes formulées par certains partis sont inacceptables. Il y a des éléments de l'Etat qui ne se marchandent pas ».

Paris : le festival européen des quatre écrans. PDF Imprimer Email
Dimanche, 02 Novembre 2008 19:10
SUGGESTION RELATIO Fictions du réel ou documentaires, formats longs ou formats courts, réalisés pour le cinéma, la télévision, le Net ou le téléphone mobile... Sur tous les écrans, le Festival programme et récompense des films européens qui posent un regard engagé sur le monde qui nous entoure. C'est une bien belle idée que concrétise (dans un deuxième festival riche de promesse) notre ami Herve Chabalier
La révolution numérique ? C'est formidable
Par Hervé Chabalier
La révolution numérique conquiert chaque jour de nouveaux espaces. Elle bouleverse le monde de l'audiovisuel, même si elle le met souvent cul par-dessus tête. Depuis notre premier Festival, il y a un an, les évolutions, les innovations, les remises en cause n'ont fait que se précipiter. « Convergence des médias », « productions à 360° », « média global », ces expressions deviennent familières même si nous n'imaginons pas exactement les nouveaux comportements qui en découleront dans notre quotidien.
Oui à la retraite à 120 ans! PDF Imprimer Email

18/09/2008

Rolin invité de Kléber, ce vendredi

Olivier Rolin à Strasbourg: La part du lion dans les prix?
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Olivier ROLIN sera ce vendredi 20 septembre à Strasbourg. A l'invitation de la librairie Kléber, il participera à une rencontre littéraire animée par Caroll de Maîstre, psychanalyste et rédactrice en chef de Realtio-europe, au restaurant Le Strissel (place du Cochon de lait), à 20 heures (entrée libre, dans la limite des places disponibles). "Un chasseur de lions"? Un livre inspiré par un tableau de Manet. Impressions de lecture..
 
"Un chasseur de Lions"  : Une fresque vivante et foisonnante
Olivier Rolin est un écrivain talentueux, auteur de l'invention du monde en 1993, de Port Soudan récompensé par le prix Fémina en1994, et de Tigre en papier qui frôlera le prix Goncourt en 2002.
Olivier Rolin quitte le périphérique de Tigre en papier et part sur la piste d un autre fauve.. Laissons- nous dévorer et régaler par son dernier roman Un chasseur de lions publié au Seuil.
On peut souhaiter à quelques jours du prix Goncourt, qu'il se taillera la part belle du lion. En attendant la chasse est ouverte.

L'écriture est esquisse chez Rolin, un amoureux de la langue et des Belles lettres. Le temps et l'espace sont habités par la littérature.
Dans un chasseur de lions, Rolin nous embarque dans un voyage à remonter le temps, à la recherche d'un temps perdu, suspendu et retrouvé. Trois figures centrales pour méditer sur cette valse romanesque, historique, et littré à trois temps.

 

13/09/2008

Le Fiancé de la lune : Quand Eric Genetet nous emballe...

 
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La révélation "roman" de la rentrée littéraire française

 

Suggestion RELATIO-EUROPE

Par Daniel RIOT

Il a (avait ?) tout pour devenir un excellent journaliste. Avec cette vertu devenue rare en cette ère du tapage et du verbiage : le sens de l'écoute des autres. Mais il n'est que bon (ce qui est plus que bien)...parce que son horloge intérieure ne marque pas la même heure que celle des montres qu'il faut exhiber pour « réussir » en cette ère de « l'éclat du futile » et des « dérobades endiablées ». Éric Genetet aime trop, « aller au bout de ses rêves ». Et il est sans doute trop « agnomme »-homme agneau- pour cette planète de « l'info » dévorée par les fauves de la « com » ribaude.
Sa nonchalance de dilettante, sa décontraction séduisante, son charme casanovesque masquent une richesse intérieure qui exige d'autres champs de réflexions et d'épanouissement que « l'écume des choses », la vanité du paraître et la superficialité des « rafales de vents »... La vraie liberté est en soi. Sans cesse à conquérir. « Pour n'être que soi, il faut renaître plusieurs fois »
Éric Genetet illustre assez bien cette définition un peu énigmatique de Wiesel: « Le journaliste se définit parce qu'il dit, et l'écrivain parce qu'il tait ». Genetet se révèle écrivain. Un excellent écrivain. Qui sait taire ce qu'il veut dire. Héloïse d'Ormesson a vu et misé juste : « Le fiancé de la Lune » est, davantage que la plupart des succès préfabriqués, la vraie révélation de cette « rentrée littéraire ». Ce qui ne surprendra pas les lecteurs de "Chacun son Foreman"qui fut pour Éric un galop d'essai fort réussi


 

04/08/2008

Si le Périgord vous inspire... Suivez ce conseil de Relatio-europe

Concours de la Nouvelle gourmande


Dimanche, 03 Août 2008 23:48

Bonne fourchette et bonne plume? Encore un mois pour adresser vos manuscrits au SALON du LIVRE GOURMAND de PERIGUEUX

« Le Périgord n'est pas seulement un pays où l'on mange bien, c'est un pays où l'on mange finement et où la cuisine est tenue pour un des Beaux-Arts » .André Maurois

« Qu'une truffe tombe dans mon assiette, cela suffit : c'est l'œuf qui soudainement fait éclore dix personnages de La Comédie Humaine ». Honoré de Balzac

A peine remise des émotions (spirituelles et gustatives) de la première édition du Festival européen de « Saveurs et culture »  la rédaction de Relatio-Europe est déjà en appétit à la seule pensée de se déplacer cet automne en Périgord  pour le dixième le Salon International du Livre Gourmand. Ce salon va distinguer quelques œuvres publiées, bien sûr, mais  il est encore assez tôt pour que les bonnes fourchettes qui sont aussi de bonnes plumes participent au concours de la nouvelle gourmande.

03/02/2008

SUR RELATIO: Lettres européennes

STRASBOURG: Rendez-vous des littératures européennes

Amis des Litteratures européennes, rendez-vous à Strasbourg, les 29 février et 1er marspour LES TROISIEMES RENCONCONTRES DE LITTERATURE. A L'HONNEUR: TADEUSZ ROZEWICZ, poète et dramaturge polonais

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06/12/2007

Quand Sollers le Magnifique visite sa vie....

« Ecrivain européen d’origine française », Philippe Sollers retrouve aujourd’hui Strasbourg, « Chez Yvonne » et le public de la salle Blanche de la Librairie Kléber.

Il vient bien sûr présenter son nouveau livre qui a déjà suscité tant de critiques bêtement vénéneuses (la jalousie des « écrivants » envers les vrais écrivains, c’est hilarant !) ou élogieuses (Comment ne pas aimer Sollers et ses postures en cette ère où l’air est pollué de mille et une impostures ?). Des Mémoires nommées « Roman de ma Vie ». Sobrement ou plutôt sollersement. Sollersiennement.

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Ni un roman, ni des Mémoires, ce livre. Un essai (réussi) à la Sollers sur Sollers… Voyage au bout (ou preque )de lui-même, ou plutôt de ce qui luit en lui  : « Je visite ma vie »… Suivez le guide si votre esprit n’est pas altéré par les marées de la médiocrité qui nous submergent tant, si vous résistez à  cette « montée de l’insignifiance », comme disait Castoriadis, qui donne le vertige, si vous savez encore trouver des béquilles en ces temps où l’électricité nous fait oublier les Lumières tout en nous privant de la chaleur des bougies de jadis…

Sollers !71 ans, une jeunesse d'esprit exceptionnelle et  plus d’un demi-siècle de vie littéraire. D’innombrable écrits qui crient. Des cris qui  sont des alarmes. Salutaires. Ou des chants d’enchantement. Rassurants. Ou des poèmes en prose. Stimulants. Il sait si bien faire rimer Amour avec Humour, esprit avec chair, mots avec choses, profondeur avec légèreté…

Content de lui, Sollers ? Il regrette de ne pas être un « virtuose », mais il l’est, à sa manière, et dans ses registres. Il n’a pas  honte de son ego, et il a bien raison : il sait se mettre à nu sans s’exhiber, quitte à se déguiser un peu, pour jouir ou jouer avec pudeur. Ce n’est pas chez lui une « insoutenable légèreté de l’Etre » : C’est l’ Être  dans une profondeur d’une incroyable légèreté…

Eros lui fait oublier Thanatos. Et il fuit les mystères de notre humaine finitude par une surhumaine quête de plénitude  « Il m'est arrivé de baiser avec le néant, et de coucher plusieurs fois avec la mort. »…Cela ne l’empêche pas de répondre à la question la plus métaphysique  de Proust » (« Comment aimeriez-vous mourir? »)  par un très déterminé :  « Il n'est pas question que je meure! Je déteste la mort. Je vous en prie, passez votre chemin! »…

Quel bonheur en tous cas d’avoir pu rencontrer Sollers sur son propre chemin. J’arrête ici…uniquement parce que j’ai la chance de le rejoindre. En fait, pour être franc, il fait partie de ceux que je ne quitte guère. Il est, comme ses livres, une vitamine qui me permet  d'avoir bonne mine, même quand la vie me mine…."Celui qui ne sait pas rire ne doit pas être pris au sérieux." écrivait-il dans Passion Fixe!

Daniel RIOT

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LE DEBUT DU LIVRE: Naissances

Quelqu’un qui dira je plus tard est entré dans le monde humain le samedi 28 novembre 1936, à midi, dans les faubourgs immédiats de Bordeaux, sur la route d’Espagne. Je n’ai aucune raison d’en douter. En tout cas, l’état civil est formel, puisque j’y suis déclaré sous le nom de Philippe, Pierre, Gérard Joyaux, fils d’Octave Joyaux (40 ans) et de Marcelle Joyaux, née Molinié (30 ans), troisième enfant, donc, après deux filles, Clothilde et Anne-Marie, dite Annie (5 ans et 3 ans). Baptisé catholique à l’église du coin. Signe astrologique occidental: Sagittaire, ascendant Verseau. Chinois: rat de feu. Bonne chance.

Toute ma vie, on m’a reproché d’écrire des romans qui n’étaient pas de vrais romans. En voici enfin un. «Mais c’est de votre existence qu’il s’agit», me dira-t-on. Sans doute, mais où est la différence? Vous allez me l’expliquer, j’en suis sûr.

Roman familial plus qu’étrange : deux frères, ayant épousé deux soeurs, vivent dans deux maisons jointes et symétriques, chaque pièce de l’une étant l’exacte réplique de celle de l’autre, D’un côté «nous», de l’autre Maurice, Laure et Pierre (mon «parrain», dix ans de plus que moi). Il y a donc, d’emblée, un Pierre Joyaux et un Philippe Joyaux. Cela fait deux P. J., et je mettrai longtemps à imposer le h pour écrire l’abréviation de mon prénom, Ph. Joyaux et pas P. Joyaux. Je réussirai même à obtenir un tampon rouge pour bien souligner la séparation. Aujourd’hui encore, où je m’appelle le plus souvent Sollers, l’inscription P. S., dans les signatures ou les interviews, me dérange (d’autant plus que cela fait «Post-Scriptum» ou «Parti Socialiste»). Ph, vous dis-je, comme le Phi grec, c’est-à-dire, bien entendu, Phallus. P. J. n’était pas non plus possible, puisque cela donne «Police Judiciaire». J’insiste: Ph. J. ou Ph. S. Et ne vous avisez pas, les adultes, de traiter familièrement cet enfant de «Fifi». Il vous en coûtera, chaque fois, une amende. Un franc de ces temps anciens, deux pour les récidivistes. Tirelire. Banco.

Ce nom de Joyaux a d’ailleurs été à la fois une merveille personnelle et une plaie sociale, dans la mesure où il m’a attiré (surtout à l’époque) une agressivité et des quolibets en tout genre. Jean Paulhan, qui a lu mes premiers essais transmis par Francis Ponge, trouvait que c’était «un nom de grand écrivain» : ironie, sans doute, de Malraux à Joyaux... J’ai donc passé mon enfance, à l’école, à entendre déformer ce «Joyaux» en «Noyau» ou «Boyau», sans parler des apostrophes lassantes des professeurs petits-bourgeois : «Ce Joyaux n’est pas une perle.» Ou bien : «Dites-moi, Joyaux, vous ne brillez pas de tous vos feux aujourd’hui!» J’ai remarqué, autre trait d’époque, que les noms systématiquement moqués étaient en général aristocratiques ou juifs. J’étais suspect comme eux, je le reste.

Nom d’autant plus difficile à porter que les Frères Joyaux possédaient une assez importante usine de fabrication de produits ménagers, tôle, aluminium, émaillerie, casseroles, plats, brocs, marmites, lessiveuses, poubelles, étiquettes à lettres bleues ornées des trois croissants traditionnels de la ville. L’entreprise offrait même des buvards à lettres rouges, je les ai encore. Mais un Joyaux dans les poubelles, est-ce bien raisonnable? Redoublement des sarcasmes, à n’en plus finir. Qu’on ne croie pas, cependant, que j’aie changé de nom en publiant par timidité ou servilité sociale. Quand mon premier petit livre est paru, et surtout, presque simultanément, le second (Une curieuse solitude), j’étais encore mineur (moins de 21 ans, en ce temps-là, et ma famille trouvait ce roman scandaleux. Donc pseudo, Sollers, personnage imaginaire que je m’étais créé vers 15 ou 16 ans, un peu sur le modèle du Monsieur Teste de Valéry («la bêtise n’est pas mon fort», etc.). Ce personnage était secret, voué à la pensée et à la méditation, très influencé par Stendhal, mais venu tout droit de l’Odyssée, comme son nom, traduit en latin, le laisse supposer: un type aux mille tours et détours, plein de subtilités et de ruses, et qui veut avant tout vivre sa vie libre et se retrouver chez lui. J’ai été plutôt très bon en latin, le dictionnaire m’a donné mon nom d’écrivain.

Sollers, de sollus et ars : tout à fait industrieux, habile, adroit, ingénieux. Horace: «lyrae sollers», qui a la science de la lyre. Cicéron «sollers subtilisque descriptio partiutn», adroite et fine distribution des parties du corps. «Agendi cogitandique sollertia», ingéniosité dans l’action et dans la pensée. Sollus (avec deux l, à ne pas confondre avec solus, seul) est le même que le holos grec, c’est-à-dire tout entier, sans reste (holocauste), et que totus, entier, intact. On entend aussi salvus, guéri ou sauvé. Tout entier art tout un art. Attention, Sollers avec deux l. De même que Joyaux, écrit sans x, comme pour éviter le pluriel, me blesse (autre quolibet «Joyaux de la couronne»), de même l’absence épisodique de ce deuxième l me souffle d’indignation. Il m’arrive aussi d’entendre prononcer «solaire», et j’encaisse mal. Je passe sur les très nombreux articles intitulés «Le système sollers», ou «Rien de nouveau sous le sollers», etc., le bon docteur Freud nous a expliqué ce que cette attaque au nom signifie de façon gentiment meurtrière. C’est comme ça, en route. Qui est-on d’abord, et enfin ? Un nom. Se donner le sien n’est pas une mince affaire.

Philippe Sollers

Un vrai roman, Mémoires, éditions Plon

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EN SAVOIR PLUS>>>>>>

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DICTIONNAIRE SOLLERSIEN

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29/09/2007

Un livre autour duquel Strasbourg devrait organiser un événement

Europe : La bibliothèque idéale en un livre

d20720da62d1447d912881fbd583227c.jpg« L'Europe n'a pas réussi à penser sa littérature comme une unité historique », a écrit Milan Kundera. Elle n’a pas réussi à penser sa pensée comme une unité historique, serait plus juste, encore. En raison de traductions trop insuffisantes, d’informations trop « escargotistes », de programmes scolaires et universitaires trop nombrilistes. Le nationalisme intellectuel, une maladie culturellement transmissible… Par paresse intellectuelle. « Nous avions les Lumières, nous n’avons que l’électricité », redirait l’ami Tomi Ungerer.

Cet « irréparable échec intellectuel » est d’abord et surtout un échec politique : les gouvernements n’ont pas su ou voulu se donner les moyens d’appliquer ce qui est préconisé depuis les  années 50 et 60 par le Conseil de l’Europe, c'est-à-dire européaniser les programmes scolaires, mettre l’accent sur l’Europe comme entité culturelle, favoriser les traductions et l’apprentissages des langues des autres, développer des réseaux d’intelligences autour de l’approfondissement de l’identité culturelle européenne. « Esprits d’Europe », pour reprendre le titre de l’excellent essai d’Alexandra Laignel-Lavastine. « Lettres d’Europe », pour afficher le titre de l’excellent « manuel » de « littérature (s) européenne(s) » dirigé par deux personnalités aussi passionnées que talentueuses, Annick Benoit-Dusausoy et Guy Fontaine, et que vient de publier l’éditeur belge de Broeck.

LIRE LA SUITE SUR RELATIO >>>>>>>>

04/06/2007

fragments de pensées: Lire, c'est vivre plusieurs vies

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> A quoi servent les livres s'ils ne ramènent pas vers la vie, s'ils ne parviennent pas à nous y faire boire avec plus d'avidité ?  

 Henry Miller

    

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  > Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire c'est errer.